Chapitre 23 — La myologie, les vaisseaux et les nerfs du membre inférieur · Topic 3 : Les muscles de la jambe · Leçon 3.2

⏱️ Durée : 16 min
🎓 Niveau : PASS / LAS / L1 Santé
📚 Topic : Les muscles de la jambe
🔑 Prérequis : La ligne du soléaire, la malléole médiale et le calcanéus (chapitre 22)

C’est le groupe le plus volumineux et le plus puissant de la jambe. En surface, le mollet : trois chefs qui fusionnent en un tendon unique, le plus épais du corps humain. En profondeur, trois muscles discrets dont les tendons contournent la malléole médiale pour aller commander les orteils et soutenir la voûte plantaire. Un seul nerf pour tout ce monde : le nerf tibial.

🎯 Objectifs pédagogiques

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • séparer le plan superficiel et le plan profond du groupe postérieur ;
  • énoncer les quatre caractéristiques communes des chefs du triceps sural ;
  • opposer les gastrocnémiens bi-articulaires et le soléaire mono-articulaire ;
  • situer le muscle plantaire et le muscle poplité ;
  • décrire le tibial postérieur, le long fléchisseur des orteils et le long fléchisseur de l’hallux ;
  • expliquer le passage rétro-malléolaire médial et l’arcade du soléaire.

🧭 Plan de la leçon

  1. Deux plans, un seul nerf
  2. Le triceps sural : trois chefs, un tendon
  3. Le muscle plantaire et le muscle poplité
  4. Le plan profond : deux règles communes
  5. Le muscle tibial postérieur
  6. Les deux longs fléchisseurs

1. Deux plans, un seul nerf

Le groupe postérieur, ou groupe des muscles fléchisseurs, se répartit en deux plans : un plan superficiel, qui forme le mollet, et un plan profond, plaqué contre les deux os et la membrane interosseuse. Tous ces muscles sont innervés par le nerf tibial et accompagnés par l’artère tibiale postérieure.

Le plan superficiel réunit le muscle triceps sural (trois chefs), le muscle plantaire et le muscle poplité. Le plan profond réunit le muscle tibial postérieur, le muscle long fléchisseur des orteils et le muscle long fléchisseur de l’hallux.

2. Le triceps sural : trois chefs, un tendon

Quatre caractéristiques rassemblent les trois chefs du muscle triceps sural.

  • Ils forment ensemble le galbe du mollet.
  • Ils se terminent tous sur la tubérosité du calcanéus via le volumineux tendon calcanéen (anciennement tendon d’Achille).
  • Ils sont tous innervés par le nerf tibial.
  • Ils sont tous fléchisseurs du genou et/ou de la cheville (donc du pied).
Plan postérieur superficiel de la jambe : triceps sural formé des deux gastrocnémiens, du soléaire et du muscle plantaire
Figure 1 — Gastrocnémiens et soléaire se réunissent sur le tendon calcanéen (d’Achille) : c’est le grand fléchisseur plantaire du pied.

Ce qu’il faut lire sur cette planche : les gastrocnémiens naissent au-dessus du genou, sur le fémur, tandis que le soléaire naît en dessous, sur le tibia et la fibula. C’est toute la différence entre un muscle bi-articulaire et un muscle mono-articulaire.

Repère aussi la convergence tendineuse : trois corps musculaires, un seul tendon terminal. C’est ce qui fait du tendon calcanéen le tendon le plus sollicité — et le plus souvent rompu — du corps.

Chef gastrocnémien médial Chef gastrocnémien latéral Chef soléaire
Origine Tubercule supra-condylaire médial du fémur ; face postérieure de la capsule articulaire du genou, en formant la coque condylaire médiale Tubercule supra-condylaire latéral du fémur ; face postérieure de la capsule articulaire du genou, en formant la coque condylaire latérale Face postérieure du tibia au niveau de la ligne du soléaire ; face postérieure de la tête de la fibula. Ces insertions forment une arcade
Trajet Corps oblique en bas et en dehors pour rejoindre le chef latéral ; tendon vertical au centre du mollet Corps oblique en bas et en dedans pour rejoindre le chef médial ; tendon vertical au centre du mollet Corps vertical, en profondeur des chefs gastrocnémiens ; tendon rejoignant celui des gastrocnémiens au centre du mollet
Terminaison Tubérosité calcanéenne via le tendon calcanéen Tubérosité calcanéenne via le tendon calcanéen Tubérosité calcanéenne via le tendon calcanéen
Innervation Nerf tibial Nerf tibial Nerf tibial
Action Flexion du genou ; flexion de la cheville Flexion du genou ; flexion de la cheville Flexion de la cheville uniquement
Deux au-dessus du genou, un en dessous

Les gastrocnémiens naissent du fémur : ils enjambent le genou et la cheville, ils sont bi-articulaires et fléchissent les deux. Le soléaire naît du tibia et de la fibula : il est mono-articulaire et ne fléchit que la cheville. Conséquence testable au lit du malade : genou tendu, on sollicite surtout les gastrocnémiens ; genou fléchi, ils sont détendus et c’est le soléaire qui travaille seul.

L’arcade du soléaire laisse passer plus que le nerf

Complément hors fiche Sorbonne. La fiche indique que les insertions tibiale et fibulaire du soléaire forment une arcade laissant passer le nerf tibial. Cette arcade tendineuse livre en réalité passage à tout le pédicule : le nerf tibial, mais aussi l’artère tibiale postérieure et ses veines, qui quittent ainsi la fosse poplitée pour entrer dans la loge postérieure profonde. C’est un défilé anatomique classique : une arcade trop tendue peut y comprimer le paquet vasculo-nerveux, comme elle le fait au niveau de l’artère poplitée dans le syndrome de l’artère poplitée piégée décrit dans la littérature vasculaire.

Le mollet, « cœur périphérique »

Complément hors fiche Sorbonne. Le triceps sural n’est pas seulement le moteur de la propulsion à la marche et à la course : il joue le rôle de pompe musculaire du retour veineux. À chaque contraction, il écrase les veines profondes du mollet et chasse le sang vers le haut, les valvules veineuses empêchant le reflux. L’immobilisation prolongée supprime cette pompe et fait partie des facteurs de risque reconnus de thrombose veineuse profonde — un point rappelé par les recommandations des sociétés savantes de médecine vasculaire.

3. Le muscle plantaire et le muscle poplité

Deux muscles accessoires complètent le plan superficiel. Le premier est un vestige, le second un stabilisateur.

Muscle plantaire (inconstant) Muscle poplité
Origine Tubercule supra-condylaire latéral du fémur, à côté du chef gastrocnémien latéral Condyle latéral du fémur
Trajet Oblique en bas et en dedans ; il descend entre les chefs gastrocnémiens en superficie et le chef soléaire en profondeur Corps croisant la face postérieure du genou vers le bas et le dedans ; tendon intra-articulaire
Terminaison Bord médial du tendon calcanéen Face postérieure du tibia, juste sous la ligne du soléaire, au niveau de la surface poplitée
Innervation Nerf tibial Nerf tibial
Action Flexion accessoire du genou ; flexion accessoire de la cheville Stabilité rotatoire du genou
Muscle poplité à la face postérieure du genou, tendu du condyle fémoral latéral au tibia
Figure 2 — Petit muscle profond, il déverrouille le genou en début de flexion par sa rotation médiale du tibia.

Cette planche est la seule du cours consacrée à un muscle isolé, et elle sert un but précis : montrer que le poplité ne descend pas dans la jambe. Il reste tout entier à la face postérieure du genou, du condyle latéral du fémur à la face postérieure du tibia, sous la ligne du soléaire.

Repère l’obliquité en bas et en dedans du corps musculaire : c’est elle qui explique l’action de rotation médiale du tibia, donc la stabilité rotatoire du genou. Repère aussi que le tendon disparaît sous la capsule articulaire : c’est le caractère intra-articulaire souligné dans le tableau.

Où ranger le muscle poplité ?

La fiche Sorbonne classe le muscle poplité parmi les muscles postérieurs superficiels, avec le triceps sural et le plantaire. C’est discutable : le poplité est le muscle le plus profond de la région, appliqué directement sur la capsule du genou, et la Terminologia Anatomica comme la plupart des traités le rattachent au compartiment postérieur profond de la jambe, aux côtés du tibial postérieur et des longs fléchisseurs. Si la question tombe telle quelle au concours, la réponse attendue reste celle de la fiche : plan superficiel. Ce qui n’est pas discuté, en revanche : son innervation par le nerf tibial et son rôle de stabilisateur rotatoire.

Le poplité, clé du déverrouillage du genou

Complément hors fiche Sorbonne. « Stabilité rotatoire » recouvre un rôle très précis. En extension complète, le genou se verrouille par une rotation latérale automatique du tibia sous le fémur. Pour reprendre la flexion, il faut déverrouiller : le poplité imprime une rotation médiale du tibia (ou, pied au sol, une rotation latérale du fémur) qui libère l’articulation. Son tendon intra-articulaire contribue aussi à retenir le ménisque latéral lors de la flexion, ce qui explique la moindre fréquence des lésions du ménisque latéral par rapport au médial.

4. Le plan profond : deux règles communes

Les trois muscles postérieurs profonds partagent deux caractéristiques :

  • ils sont tous innervés par le nerf tibial ;
  • ils sont tous fléchisseurs de la cheville (donc du pied) ou des orteils.

Leur autre point commun est topographique : leurs tendons contournent la malléole médiale par l’arrière avant de gagner la plante du pied. C’est ce virage rétro-malléolaire qui les rend palpables et qui explique leur pathologie.

Plan postérieur profond de la jambe : tibial postérieur, long fléchisseur des orteils et long fléchisseur de l'hallux
Figure 3 — Leurs tendons contournent la malléole médiale pour gagner la plante ; le tibial postérieur soutient la voûte plantaire.

La planche fixe la règle de situation, contre-intuitive et donc très demandée : le muscle qui commande les orteils longs est le plus médial, celui qui commande l’hallux est le plus latéral, et le tibial postérieur est intermédiaire.

Leurs tendons vont donc devoir se croiser sous la plante du pied pour rejoindre chacun leur orteil : c’est le croisement décrit dans le tableau du long fléchisseur de l’hallux.

5. Le muscle tibial postérieur

Muscle tibial postérieur
Situation Muscle postérieur profond intermédiaire
Origine Face postérieure du tibia ; face postérieure de la fibula ; face postérieure de la membrane interosseuse
Trajet Oblique en bas et en dedans ; corps restant au contact de la membrane interosseuse ; tendon passant en arrière puis en dessous de la malléole médiale
Terminaison Face médiale du naviculaire ; face médiale de C1 (cunéiforme médial)
Innervation Nerf tibial
Action Flexion de la cheville ; soutien de l’arche médiale de la voûte plantaire
Le pilier de l’arche médiale

Complément hors fiche Sorbonne. Le tibial postérieur est le principal suspenseur dynamique de l’arche médiale. Sa dysfonction, décrite dans la littérature orthopédique comme l’une des causes les plus fréquentes de pied plat acquis de l’adulte, entraîne un affaissement progressif de la voûte avec valgus de l’arrière-pied. Son insertion est en réalité plus étalée que ne l’écrit la fiche : elle envoie des expansions vers les trois cunéiformes, le cuboïde et les bases des métatarsiens moyens, ce qui fait de lui une véritable sangle plantaire. La fiche retient les deux insertions principales, naviculaire et cunéiforme médial : ce sont celles à restituer.

6. Les deux longs fléchisseurs

Muscle long fléchisseur des orteils Muscle long fléchisseur de l’hallux
Situation Muscle postérieur profond le plus médial Muscle postérieur profond le plus latéral
Origine Face postérieure du tibia Face postérieure de la fibula ; face postérieure de la membrane interosseuse
Trajet Passage en profondeur du tendon calcanéen pour rejoindre le bord médial du pied, puis passage à la face plantaire où il se divise en quatre tendons Tendon passant entre les tubercules postérieurs du talus ; il croise en profondeur les tendons du long fléchisseur des orteils, puis gagne la face plantaire en direction de l’hallux
Terminaison Face plantaire des bases de P3 des orteils longs Face plantaire de la base de P2 de l’hallux
Innervation Nerf tibial Nerf tibial
Action Flexion des orteils longs Flexion de l’hallux
L’ordre rétro-malléolaire médial

Derrière la malléole médiale, les structures se rangent toujours dans le même ordre, d’avant en arrière : tendon du tibial postérieur, tendon du long fléchisseur des orteils, puis le paquet vasculo-nerveux (artère tibiale postérieure, veines, nerf tibial), et enfin le tendon du long fléchisseur de l’hallux. Complément hors fiche Sorbonne : ce défilé porte un nom, le tunnel tarsien, et son syndrome de compression provoque douleurs et fourmillements de la plante du pied. Les manuels anglo-saxons le retiennent par la formule « Tom, Dick and Harry » : Tibialis posterior, flexor Digitorum longus, puis flexor Hallucis longus, le paquet vasculo-nerveux s’intercalant entre le D et le H.

Le croisement plantaire des deux fléchisseurs

Complément hors fiche Sorbonne. Puisque le muscle destiné à l’hallux est le plus latéral dans la jambe et le muscle destiné aux orteils longs le plus médial, leurs tendons doivent se croiser sous la plante du pied. Ce croisement, où le tendon du long fléchisseur de l’hallux passe en profondeur de celui du long fléchisseur des orteils, s’appelle le chiasma plantaire (nœud de Henry dans la littérature anglo-saxonne). Les deux tendons y échangent souvent des bandelettes fibreuses : c’est pourquoi il est difficile de fléchir l’hallux totalement indépendamment des autres orteils.

🧠 À retenir absolument

  • Groupe postérieur = fléchisseurs, artère tibiale postérieure, nerf tibial pour tous les muscles, superficiels comme profonds.
  • Plan superficiel : triceps sural (gastrocnémien médial, gastrocnémien latéral, soléaire), muscle plantaire, muscle poplité. Plan profond : tibial postérieur, long fléchisseur des orteils, long fléchisseur de l’hallux.
  • Triceps sural : galbe du mollet ; terminaison commune sur la tubérosité du calcanéus via le tendon calcanéen ; nerf tibial ; fléchisseurs du genou et/ou de la cheville.
  • Gastrocnémiens : tubercules supra-condylaires médial et latéral du fémur + capsule du genou (coques condylaires) ; bi-articulaires → flexion du genou + flexion de la cheville. Le médial est oblique en bas et en dehors, le latéral en bas et en dedans.
  • Soléaire : ligne du soléaire du tibia + tête de la fibula, insertions formant une arcade livrant passage au nerf tibial ; mono-articulaireflexion de la cheville seule.
  • Muscle plantaire (inconstant) : tubercule supra-condylaire latéral → bord médial du tendon calcanéen ; flexions accessoires du genou et de la cheville.
  • Muscle poplité : condyle latéral du fémur → face postérieure du tibia sous la ligne du soléaire ; tendon intra-articulaire ; stabilité rotatoire du genou ; nerf tibial.
  • Tibial postérieur (intermédiaire) : faces postérieures du tibia, de la fibula et de la membrane interosseuseface médiale du naviculaire et face médiale de C1 ; flexion de la cheville + soutien de l’arche médiale.
  • Long fléchisseur des orteils (le plus médial) : face postérieure du tibiafaces plantaires des bases de P3 des orteils longs. Long fléchisseur de l’hallux (le plus latéral) : face postérieure de la fibula + MIO → face plantaire de la base de P2 de l’hallux ; son tendon passe entre les tubercules postérieurs du talus.
  • Ordre derrière la malléole médiale, d’avant en arrière : tibial postérieur → long fléchisseur des orteils → paquet vasculo-nerveux → long fléchisseur de l’hallux.

❓ Questions fréquentes

Pourquoi le soléaire ne fléchit-il pas le genou ?

Parce qu’il ne l’enjambe pas. Il naît sous l’articulation, sur la ligne du soléaire du tibia et sur la tête de la fibula, alors que les deux chefs gastrocnémiens naissent du fémur, au-dessus du genou. Le soléaire est donc mono-articulaire et n’agit que sur la cheville, tandis que les gastrocnémiens sont bi-articulaires.

Que laisse passer l’arcade du soléaire ?

Les deux origines du soléaire, tibiale et fibulaire, se rejoignent par une arcade tendineuse sous laquelle passe le nerf tibial, selon la fiche. En pratique, c’est tout le pédicule postérieur qui s’y engage : nerf tibial, artère tibiale postérieure et veines satellites, qui quittent ainsi la fosse poplitée pour la loge postérieure profonde.

Quel est le muscle le plus médial du plan profond ?

Le long fléchisseur des orteils, qui naît de la face postérieure du tibia. Le tibial postérieur est intermédiaire, appliqué sur la membrane interosseuse, et le long fléchisseur de l’hallux est le plus latéral, sur la face postérieure de la fibula. Attention : la situation dans la jambe est donc inverse de la destination dans le pied.

Le muscle poplité fléchit-il vraiment le genou ?

La fiche ne lui attribue qu’un rôle de stabilité rotatoire du genou, et c’est la réponse à donner. Fonctionnellement, il amorce la flexion en déverrouillant l’extension complète : il imprime une rotation médiale du tibia sous le fémur, ce qui libère l’articulation. Son tendon est intra-articulaire.

Où se terminent exactement les deux longs fléchisseurs ?

Le long fléchisseur des orteils se divise en quatre tendons qui gagnent la face plantaire des bases de P3 des orteils longs. Le long fléchisseur de l’hallux se termine sur la face plantaire de la base de P2 de l’hallux, l’hallux ne comptant que deux phalanges. Leurs tendons se croisent sous la plante.

🚀 Pour aller plus loin

Le mollet est décrit : revoyons la loge antérieure, puis la loge latérale, et remontons à la source du nerf tibial.

Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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