Chapitre 23 — La myologie, les vaisseaux et les nerfs du membre inférieur · Topic 1 : Les muscles de la hanche · Leçon 1.1
Un seul muscle traverse la frontière entre l’abdomen et la cuisse : l’ilio-psoas. Il naît dans le ventre, contre les vertèbres lombales et dans le creux de l’os coxal, glisse sous le ligament inguinal et vient se fixer sur un relief minuscule à la face postéro-médiale du fémur, le petit trochanter. C’est le plus puissant fléchisseur de la hanche, et le seul muscle antérieur de cette région : tout le reste de la hanche est postérieur.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- organiser les muscles de la hanche en un groupe antérieur et un groupe postérieur ;
- opposer, dans le groupe postérieur, les muscles glutéaux superficiels et les pelvi-trochantériens profonds ;
- décrire les deux chefs du muscle psoas et l’origine du muscle iliaque ;
- suivre le trajet de l’ilio-psoas sous le ligament inguinal jusqu’au petit trochanter ;
- restituer son innervation et ses trois actions sur la hanche ;
- expliquer pourquoi ce muscle est un repère chirurgical et radiologique majeur.
🧭 Plan de la leçon
- Généralités : l’organisation des muscles de la hanche
- Le muscle ilio-psoas : deux muscles, un tendon
- Innervation et actions
- Pourquoi l’ilio-psoas compte en clinique
1. Généralités : l’organisation des muscles de la hanche
Les muscles de la hanche se répartissent en deux groupes seulement, et le déséquilibre entre les deux est frappant.
- Le groupe antérieur ne comporte qu’un seul muscle : le muscle ilio-psoas.
- Le groupe postérieur en comporte dix, eux-mêmes répartis en deux plans :
- les muscles glutéaux (anc. muscles fessiers) en superficie, auxquels on rattache le tenseur du fascia lata ;
- les muscles pelvi-trochantériens en profondeur.
| Groupe | Plan | Muscles |
|---|---|---|
| Antérieur | — | Muscle ilio-psoas (psoas + iliaque) |
| Postérieur | Superficiel : les glutéaux | Tenseur du fascia lata ; grand glutéal ; moyen glutéal ; petit glutéal |
| Profond : les pelvi-trochantériens | Piriforme ; obturateur interne ; jumeaux supérieur et inférieur ; obturateur externe ; carré fémoral |
Au total, onze muscles agissent sur la hanche depuis cette région — un en avant, dix en arrière. Ce déséquilibre n’est pas un hasard : la station debout et la marche bipède exigent un puissant appareil postérieur, capable d’étendre la hanche et de stabiliser le bassin à chaque appui. La flexion, elle, est largement assistée par le poids du membre et par les muscles antérieurs de la cuisse : un seul muscle antérieur suffit.
Au membre inférieur, les muscles antérieurs sont plutôt extenseurs et les muscles postérieurs plutôt fléchisseurs — c’est l’inverse du membre supérieur. La hanche est l’exception qui confirme la règle : son unique muscle antérieur, l’ilio-psoas, est un fléchisseur. Retiens l’exception dès maintenant, elle tombe régulièrement.
2. Le muscle ilio-psoas : deux muscles, un tendon
Le nom dit tout : l’ilio-psoas est la réunion de deux muscles distincts, le muscle psoas (vertébral) et le muscle iliaque (coxal), qui fusionnent partiellement dans la fosse iliaque avant de partager un tendon terminal commun.
| Muscle ilio-psoas | |
|---|---|
| Origine | Muscle psoas : — chef antérieur (ou corporéal) : les corps vertébraux et les disques intervertébraux de T12 à L4, en formant des arcades ; — chef postérieur (ou transversaire, ou costiforme) : les processus transverses de L1 à L5. Muscle iliaque : la fosse iliaque de l’os coxal. |
| Trajet | Une fois réunis partiellement, les deux muscles passent sous le ligament inguinal pour rejoindre la cuisse. |
| Terminaison | Le petit trochanter du fémur, via un tendon commun. |
| Innervation | Les racines L1, L2 et L3 pour la partie supérieure du muscle psoas ; le nerf fémoral pour la partie inférieure du muscle psoas et pour le muscle iliaque. |
| Action | Flexion de la hanche (+++) ; adduction de la hanche ; rotation externe de la hanche. |

Deux détails méritent d’être visualisés. D’abord les arcades du chef antérieur : en s’insérant à la fois sur les corps vertébraux et sur les disques, le psoas ménage au-dessus de chaque corps une petite arcade fibreuse par laquelle cheminent les vaisseaux lombaux. Ensuite le passage sous le ligament inguinal : c’est le seul endroit du corps où un muscle fait communiquer directement la cavité abdominale et la loge antérieure de la cuisse.
Il est utile de dresser en parallèle le portrait des deux muscles constitutifs : on comprend alors pourquoi ils sont décrits ensemble malgré leurs différences.
| Muscle psoas | Muscle iliaque | |
|---|---|---|
| Région d’origine | Rachis lombal (paroi abdominale postérieure) | Os coxal (paroi latérale du pelvis) |
| Forme | Fusiforme, allongé verticalement contre les vertèbres | Éventail large, plaqué dans le creux de la fosse iliaque |
| Chefs | Deux : antérieur (corporéal) et postérieur (transversaire) | Un seul corps charnu |
| Terminaison | Commune : le petit trochanter, par un tendon unique | |
| Action | Commune : flexion de la hanche (+ adduction et rotation externe accessoires) | |
En anatomie de référence (Terminologia Anatomica, données reprises par les traités et par StatPearls), le muscle grand psoas est innervé directement par les rameaux ventraux des nerfs spinaux L1 à L3 (parfois L4), c’est-à-dire par le plexus lombal lui-même, et non par le nerf fémoral ; seul le muscle iliaque reçoit une branche du nerf fémoral (L2-L3). La fiche Sorbonne attribue au nerf fémoral « la partie inférieure du muscle psoas » : si la question tombe telle quelle au concours, la réponse attendue reste celle de la fiche.
Complément hors fiche Sorbonne. Un muscle petit psoas existe en avant du grand psoas, tendu de T12-L1 à l’éminence ilio-pectinée de l’os coxal. Il est inconstant et absent chez environ la moitié des sujets. Purement tenseur du fascia iliaca, il n’a aucun rôle fonctionnel notable : c’est une variation anatomique, pas un oubli de la fiche.
3. Innervation et actions
L’ilio-psoas est le fléchisseur de hanche le plus puissant du corps : c’est lui qui décolle la cuisse du sol à chaque pas, et lui encore qui permet de s’asseoir depuis la position couchée. Les deux autres actions — adduction et rotation externe — sont accessoires et découlent du trajet oblique du tendon, qui contourne l’avant du col fémoral pour se fixer en arrière et en dedans, sur le petit trochanter.
| Action | Intensité | Explication mécanique |
|---|---|---|
| Flexion de la hanche | +++ (principale) | Le tendon passe en avant de l’axe transversal de la coxo-fémorale |
| Adduction | Accessoire | La terminaison est médiale par rapport à l’axe du fémur |
| Rotation externe | Accessoire | Le tendon s’enroule autour du col pour gagner la face postéro-médiale |
L’ilio-psoas est le seul muscle du programme dont les deux chefs n’ont ni la même origine embryologique ni la même innervation : le psoas est un muscle de la paroi abdominale postérieure, l’iliaque un muscle de la paroi latérale du pelvis. Ils ne se rencontrent qu’au moment de franchir le ligament inguinal. C’est pour cela que tu retrouves le muscle iliaque décrit deux fois dans le programme : une fois avec le pelvis, une fois ici avec la hanche.
Une conséquence pratique : tester la flexion de hanche contre résistance, cuisse fléchie et patient assis, revient à tester l’ilio-psoas et, à travers lui, les racines L1 à L3. C’est l’un des rares muscles dont l’examen clinique explore directement un étage médullaire précis.
4. Pourquoi l’ilio-psoas compte en clinique
Sa situation profonde en fait un repère permanent. Sur une radiographie d’abdomen sans préparation, le bord latéral du psoas dessine une ligne oblique de part et d’autre du rachis lombal : son effacement fait suspecter un épanchement rétropéritonéal. En chirurgie, le muscle est le plancher du compartiment latéral du trigone fémoral et accompagne le nerf fémoral, qui chemine à son bord latéral.
Deux situations d’examen découlent directement de cette anatomie. Une abolition de la flexion active de hanche oriente vers une atteinte de l’ilio-psoas ou de son innervation, donc vers le plexus lombal ou le nerf fémoral. Et parce que le muscle longe le rétropéritoine, une collection qui s’y développe — hématome ou abcès du psoas — se traduit par une attitude en flexion irréductible de la hanche : le muscle irrité se met spontanément en course courte.
Complément hors fiche Sorbonne. La station assise prolongée raccourcit l’ilio-psoas. Comme le muscle prend appui sur le rachis lombal, sa rétraction entraîne une antéversion du bassin et une accentuation de la lordose lombale : c’est l’un des mécanismes des lombalgies posturales décrits dans la littérature de médecine physique. Retiens le principe : un muscle bi-régional transmet ses tensions d’un segment à l’autre.
🧠 À retenir absolument
- Deux groupes à la hanche : antérieur (un seul muscle, l’ilio-psoas) et postérieur (glutéaux en superficie, pelvi-trochantériens en profondeur).
- Au membre inférieur, antérieur = extenseur et postérieur = fléchisseur : c’est l’inverse du membre supérieur. L’ilio-psoas fait exception.
- Psoas, chef antérieur (corporéal) : corps et disques intervertébraux de T12 à L4, en formant des arcades.
- Psoas, chef postérieur (transversaire ou costiforme) : processus transverses de L1 à L5.
- Muscle iliaque : la fosse iliaque de l’os coxal (face endopelvienne, au-dessus de la ligne arquée).
- Trajet : réunion partielle, puis passage sous le ligament inguinal vers la cuisse.
- Terminaison : le petit trochanter du fémur, via un tendon commun.
- Innervation (fiche) : racines L1-L2-L3 pour la partie supérieure du psoas ; nerf fémoral pour la partie inférieure du psoas et pour l’iliaque.
- Actions : flexion de la hanche (+++), adduction, rotation externe.
- Le psoas vient du rachis lombal, l’iliaque de la paroi latérale du pelvis : deux régions, un seul tendon terminal.
- Repère : l’ilio-psoas est le plancher du compartiment latéral du trigone fémoral, accompagné du nerf fémoral à son bord latéral.
- Clinique : une flexion de hanche impossible oriente vers le plexus lombal ou le nerf fémoral ; une attitude en flexion irréductible évoque une collection du psoas.
❓ Questions fréquentes
Combien de muscles compte le groupe antérieur de la hanche ?
Un seul : le muscle ilio-psoas. Tous les autres muscles de la hanche sont postérieurs, répartis entre les muscles glutéaux en superficie et les muscles pelvi-trochantériens en profondeur. Ce déséquilibre est une aide mnémotechnique : à la hanche, « antérieur » signifie automatiquement « ilio-psoas ».
Quelle est la différence entre le chef antérieur et le chef postérieur du psoas ?
Le chef antérieur, dit corporéal, naît des corps vertébraux et des disques intervertébraux de T12 à L4 en formant des arcades. Le chef postérieur, dit transversaire ou costiforme, naît des processus transverses de L1 à L5. Les deux chefs encadrent les nerfs du plexus lombal, qui se constitue entre eux.
Où se termine l’ilio-psoas, et par quel dispositif ?
Sur le petit trochanter du fémur, par un tendon commun aux deux muscles. Le petit trochanter est un relief étroit, postéro-médial : c’est cette position en arrière et en dedans qui explique les actions accessoires d’adduction et de rotation externe du muscle.
Par où l’ilio-psoas passe-t-il de l’abdomen à la cuisse ?
Sous le ligament inguinal, dans le compartiment latéral du trigone fémoral, aussi appelé lacune musculaire. Il y est accompagné du nerf fémoral, situé à son bord latéral. Les vaisseaux fémoraux, eux, empruntent le compartiment médial, ou lacune vasculaire.
Pourquoi dit-on que l’ilio-psoas est un muscle « bi-régional » ?
Parce qu’il prend son origine dans deux régions distinctes — le rachis lombal pour le psoas, la fosse iliaque du pelvis pour l’iliaque — et qu’il se termine dans une troisième, la cuisse. Il transmet donc directement les tensions du membre inférieur au rachis, ce qui explique son rôle dans l’équilibre du bassin.
🚀 Pour aller plus loin
Le groupe antérieur est bouclé : passons derrière, d’abord en surface, puis en profondeur.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.