Chapitre 23 — Myologie, vaisseaux et nerfs du membre inférieur · Topic 4 : Les muscles du pied · Leçon 4.1
Tous les muscles étudiés jusqu’ici venaient de la jambe et ne faisaient que traverser le pied avec leurs longs tendons. Ceux de cette leçon sont d’une autre nature : ce sont les muscles intrinsèques, ou muscles propres du pied, qui naissent et se terminent dans le pied. Ils sont courts, plats, souvent modestes en volume — et pourtant ce sont eux qui tiennent la voûte plantaire et qui ajustent la position des orteils à chaque pas.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- définir un muscle intrinsèque du pied et citer les trois groupes ;
- donner l’artère et le nerf satellites de chaque groupe ;
- décrire les deux muscles dorsaux et discuter leur innervation ;
- citer les trois muscles plantaires superficiels et leur origine commune ;
- décrire le muscle carré plantaire et les quatre lombricaux ;
- expliquer pourquoi le pied n’a pas de muscle opposant de l’hallux ;
- comparer point par point la plante du pied et la paume de la main.
🧭 Plan de la leçon
- Les généralités : trois groupes de muscles propres
- Le groupe dorsal : les deux courts extenseurs
- Le plan plantaire superficiel : trois muscles sur le calcanéus
- Le plan plantaire intermédiaire : carré plantaire et lombricaux
- La plante du pied face à la paume de la main
1. Les généralités : trois groupes de muscles propres
Un muscle intrinsèque du pied est un muscle qui n’a aucune insertion en dehors du pied : il y naît et il s’y termine. Cela l’oppose aux muscles de la jambe — long fléchisseur des orteils, long extenseur de l’hallux, tibial postérieur, long fibulaire… — qui n’envoient dans le pied que leurs tendons de passage.
Le cours distingue trois groupes de muscles propres du pied, le groupe plantaire étant lui-même réparti en trois plans superposés :
| Groupe | Muscles | Artères et nerfs satellites |
|---|---|---|
| Le groupe dorsal | Le muscle court extenseur des orteils Le muscle court extenseur de l’hallux |
Artère dorsale du pied Nerf tibial + nerf fibulaire profond pour le court extenseur de l’hallux |
| Le groupe plantaire | Plan superficiel Le muscle abducteur de l’hallux Le muscle abducteur du V Le muscle court fléchisseur des orteils |
Artères plantaires latérale et médiale Nerf tibial |
| Plan intermédiaire Le muscle carré plantaire Les quatre muscles lombricaux |
||
| Plan profond Le muscle court fléchisseur du V Le muscle court fléchisseur de l’hallux Le muscle adducteur de l’hallux |
||
| Le groupe interosseux | Les muscles interosseux dorsaux × 4 Les muscles interosseux plantaires × 3 |
Artères métatarsiennes dorsales et plantaires Nerf tibial |
Cette leçon traite du groupe dorsal, du plan plantaire superficiel et du plan plantaire intermédiaire. Le plan plantaire profond et le groupe interosseux font l’objet de la leçon suivante.
Le tableau de la fiche indique « nerf tibial » pour le groupe dorsal, puis précise à la page suivante que « le muscle court extenseur de l’hallux est le seul muscle intrinsèque du pied innervé par le nerf fibulaire profond ». En réalité, les deux muscles dorsaux — court extenseur des orteils et court extenseur de l’hallux — sont innervés par le nerf fibulaire profond : c’est la branche terminale qui accompagne l’artère dorsale du pied sur le dos du pied, et le nerf tibial, lui, ne franchit jamais la face dorsale. Le nerf tibial innerve la totalité des muscles plantaires et interosseux, via ses deux branches terminales. Si la question tombe telle quelle au concours, la réponse attendue reste celle de la fiche : nerf tibial pour le groupe dorsal, nerf fibulaire profond pour le seul court extenseur de l’hallux.
Dire « nerf tibial » pour toute la plante est un raccourci commode. En pratique, le nerf tibial se divise sous le rétinaculum des fléchisseurs, en arrière de la malléole médiale, en nerf plantaire médial et nerf plantaire latéral, exactement comme il donne les deux artères plantaires. Le plantaire médial est l’homologue du nerf médian de la main : il prend l’abducteur de l’hallux, le court fléchisseur des orteils, le court fléchisseur de l’hallux et le premier lombrical. Le plantaire latéral est l’homologue du nerf ulnaire : il prend tout le reste, dont l’ensemble des interosseux. Retenir cette dualité rend l’innervation du pied beaucoup plus logique.
Le cours souligne un manque révélateur : le pied de l’Homme ne possède aucun muscle opposant de l’hallux, alors que la main possède un opposant du pouce. C’est ce qui explique la différence de dextérité entre la main et le pied. À l’inverse, de nombreuses espèces de primates dites « quadrimanuelles » possèdent un muscle opposant de l’hallux, ce qui les rend remarquablement agiles avec leurs pieds. Chez l’Homme, la colonne du gros orteil s’est alignée sur les autres : le pied a troqué la préhension contre la propulsion.
2. Le groupe dorsal : les deux courts extenseurs
Le dos du pied n’abrite que deux muscles propres, tous deux nés de la face supéro-latérale du calcanéus et tous deux destinés à renforcer l’action des longs extenseurs venus de la jambe. Ce sont des muscles d’appoint : ils n’ont pas d’action propre originale.
| Court extenseur des orteils | Court extenseur de l’hallux | |
|---|---|---|
| Origine | La face supéro-latérale du calcanéus | |
| Trajet | Il se divise en trois chefs destinés aux orteils II, III et IV | Chef unique, oblique en avant et en dedans vers l’hallux |
| Terminaison | Le bord latéral du tendon du muscle long extenseur des orteils | Le bord latéral du tendon du muscle long extenseur de l’hallux |
| Innervation | Nerf tibial selon la fiche (nerf fibulaire profond en réalité) |
Nerf fibulaire profond |
| Action | Renforcement de l’action du muscle long extenseur des orteils | Renforcement de l’action du muscle long extenseur de l’hallux |

Deux détails se lisent directement sur ce schéma. D’abord l’origine commune : les deux muscles partent du même point, la face supéro-latérale du calcanéus, c’est-à-dire l’angle antéro-supérieur et externe de l’os du talon. Le corps musculaire est donc oblique en avant et en dedans, en travers du dos du pied.
Ensuite la terminaison : aucun de ces deux muscles ne rejoint directement une phalange. Chacun s’accroche au bord latéral du tendon du long extenseur correspondant. C’est très exactement la définition d’un muscle de renfort : il ajoute de la force à un tendon existant, sans créer de mouvement nouveau.
Les anciennes nomenclatures réunissaient les deux courts extenseurs sous un nom unique, le muscle pédieux. Ce nom se rencontre encore souvent en clinique et en imagerie. Son corps charnu forme un relief palpable en avant et en dessous de la malléole latérale, que l’on peut confondre avec un œdème après une entorse de cheville. La Terminologia Anatomica retient aujourd’hui deux muscles distincts, extensor digitorum brevis et extensor hallucis brevis, et décrit la terminaison du second sur la base dorsale de P1 de l’hallux plutôt que sur le seul bord du tendon long : les deux descriptions coexistent, la fiche conserve la sienne.
3. Le plan plantaire superficiel : trois muscles sur le calcanéus
La plante est organisée en trois plans empilés, du plus superficiel (juste sous l’aponévrose plantaire) au plus profond (au contact des métatarsiens). Le plan superficiel compte trois muscles, et ils ont un point commun frappant : ils naissent tous les trois de la tubérosité du calcanéus, l’un latéralement, les deux autres médialement.
| Abducteur de l’hallux | Abducteur du V | Court fléchisseur des orteils | |
|---|---|---|---|
| Origine | La partie médiale de la tubérosité du calcanéus | La partie latérale de la tubérosité du calcanéus | La partie médiale de la tubérosité du calcanéus |
| Trajet | Il longe le bord médial du pied | Il longe le bord latéral du pied | Il occupe l’axe de la plante et se divise en quatre tendons |
| Terminaison | La face médiale de P1 de l’hallux | La face latérale de P1 du V | Les bases des P2 des orteils longs |
| Innervation | Nerf tibial (nerf plantaire médial, sauf l’abducteur du V : nerf plantaire latéral) | ||
| Action | Écartement de l’hallux | Écartement du V | Renforcement de l’action du muscle long fléchisseur des orteils |
Une seule phrase résume le plan superficiel : les trois muscles naissent de la tubérosité du calcanéus. L’abducteur du V en prend la partie latérale, l’abducteur de l’hallux et le court fléchisseur des orteils en prennent la partie médiale. Les deux abducteurs bordent la plante, le court fléchisseur en occupe le centre : trois muscles, trois colonnes — latérale, médiane, médiale.

Ce schéma montre la disposition en éventail de la première couche : un seul point de départ, la tubérosité du calcanéus, et trois directions divergentes vers l’avant. C’est cette configuration qui fait de ces muscles les premiers haubans actifs de la voûte plantaire : tendus de l’arrière-pied à l’avant-pied, ils se comportent comme la corde d’un arc.
Noter que les deux muscles latéraux sont des abducteurs, c’est-à-dire des muscles d’écartement : l’abducteur de l’hallux écarte le gros orteil en dedans, l’abducteur du V écarte le petit orteil en dehors. Chez l’Homme chaussé, cette fonction est presque perdue ; leur rôle réel est surtout statique.
Deux précisions éclairent ce plan. D’abord, chacun des quatre tendons du court fléchisseur des orteils se dédouble avant de se fixer sur P2 pour laisser passer le tendon du long fléchisseur des orteils, qui file, lui, jusqu’à P3 : c’est le chiasma plantaire, décalque exact du chiasma tendineux de la main entre fléchisseur superficiel et fléchisseur profond des doigts. Ensuite, ces trois muscles sont plaqués contre le squelette par l’aponévrose plantaire (fascia plantaire), lame fibreuse tendue du calcanéus aux têtes métatarsiennes ; son inflammation d’insertion est la fasciite plantaire, cause fréquente de talalgie mécanique.
4. Le plan plantaire intermédiaire : carré plantaire et lombricaux
Le deuxième plan est entièrement organisé autour des tendons du long fléchisseur des orteils. Ses deux occupants ne s’insèrent presque pas sur l’os : ils naissent d’un tendon, s’appliquent sur un tendon, et servent à corriger la course de ce tendon.
| Muscle carré plantaire | Les quatre muscles lombricaux | |
|---|---|---|
| Origine | La partie médiale de la tubérosité du calcanéus L’aponévrose plantaire |
Le tendon commun du muscle long fléchisseur des orteils |
| Trajet | Corps quadrilatère, oblique en avant et en dehors, dans l’axe de la plante | Quatre petits corps fusiformes accolés aux quatre tendons, passant du bord médial vers la face dorsale des orteils |
| Terminaison | Le bord latéral des tendons du muscle long fléchisseur des orteils | Les tendons individuels du muscle long fléchisseur des orteils (fiche) L’expansion dorsale des orteils II à V (description de référence) |
| Innervation | Nerf tibial | |
| Action | Maintien en place des tendons du muscle long fléchisseur des orteils (+++) Renforcement de l’action du long fléchisseur des orteils |
Maintien en place des tendons du long fléchisseur des orteils (+++) (fiche) Flexion des métatarso-phalangiennes et extension des interphalangiennes (description de référence) |

Le schéma rend visible le problème mécanique que ce plan résout. Le tendon du long fléchisseur des orteils arrive dans la plante par le bord médial, après avoir contourné la malléole médiale : sa traction est donc oblique, et non dans l’axe des orteils. Contracté seul, il ferait dévier les orteils en dedans.
Le carré plantaire, qui tire le bord latéral de ces tendons en arrière et en dehors, redresse l’axe de traction et le ramène dans l’alignement des orteils. Les lombricaux, appliqués sur chaque tendon individuel, complètent ce guidage. C’est le sens exact de la formule du cours : « maintien en place des tendons du long fléchisseur des orteils ».
La fiche donne aux lombricaux du pied une origine et une terminaison sur les tendons du long fléchisseur des orteils, avec la même action que le carré plantaire. C’est inexact : comme à la main, les lombricaux du pied naissent bien des tendons du long fléchisseur des orteils, mais ils passent de la face plantaire à la face dorsale et se terminent sur le bord médial de l’expansion dorsale (appareil extenseur) des orteils II à V. Tendus d’un fléchisseur vers un extenseur, ils réalisent donc une action double et caractéristique : flexion des articulations métatarso-phalangiennes et extension des interphalangiennes. Le rôle de simple maintien des tendons revient, lui, au carré plantaire. Si la question tombe telle quelle au concours, la réponse attendue reste celle de la fiche : origine et terminaison sur les tendons du long fléchisseur des orteils, action de maintien et de renforcement.
Le muscle carré plantaire porte le nom classique de chair carrée de Sylvius (caro quadrata), qui décrit bien son corps charnu quadrilatère. Il est propre au pied : la main n’a pas d’équivalent, tout simplement parce que le tendon du fléchisseur profond des doigts y arrive dans l’axe du poignet, sans obliquité à corriger. La présence de ce muscle est donc une signature de la bipédie : il n’existe que parce que le tendon fléchisseur doit contourner la malléole médiale pour atteindre la plante.
5. La plante du pied face à la paume de la main
Le plan de la plante calque presque celui de la paume : c’est le meilleur moyen de mémoriser les deux à la fois, à condition de repérer les trois différences qui comptent.
| Élément | Main | Pied |
|---|---|---|
| Organisation | 3 loges : thénar, hypothénar, interosseuse | 3 groupes : dorsal, plantaire (3 plans), interosseux |
| Muscles dorsaux propres | Aucun | Deux : courts extenseurs des orteils et de l’hallux |
| Lombricaux | 4, nés du fléchisseur profond des doigts | 4, nés du long fléchisseur des orteils |
| Carré plantaire | Aucun équivalent | Présent : il redresse l’axe du tendon fléchisseur |
| Opposant du I | Présent (opposant du pouce) | Absent chez l’Homme |
| Innervation | Nerf médian (latéral) / nerf ulnaire (médial) | Nerf plantaire médial / nerf plantaire latéral, branches du nerf tibial |
| Fonction dominante | Préhension et précision | Statique et propulsion : soutien de la voûte plantaire |
Retenir la logique plutôt que les listes : le pied possède presque tous les muscles de la main — abducteurs, courts fléchisseurs, adducteur, lombricaux, interosseux — mais il a perdu l’opposant de l’hallux et gagné le carré plantaire. Les muscles restants ne servent plus tant à mobiliser les orteils qu’à tendre la voûte plantaire à chaque appui. C’est pourquoi le cours insiste, pour la plupart d’entre eux, sur des actions de « renforcement » et de « maintien » plutôt que sur des mouvements francs.
🧠 À retenir absolument
- Muscle intrinsèque du pied = aucune insertion en dehors du pied. 3 groupes : dorsal, plantaire (3 plans : superficiel, intermédiaire, profond), interosseux.
- Satellites : groupe dorsal = artère dorsale du pied ; groupe plantaire = artères plantaires médiale et latérale ; groupe interosseux = artères métatarsiennes dorsales et plantaires. Nerf = nerf tibial partout selon la fiche, sauf le court extenseur de l’hallux (nerf fibulaire profond).
- Groupe dorsal : court extenseur des orteils (3 chefs pour les orteils II, III, IV) et court extenseur de l’hallux ; O = face supéro-latérale du calcanéus pour les deux ; T = bord latéral du tendon du long extenseur correspondant ; A = renforcement.
- Plan plantaire superficiel : abducteur du V (partie latérale de la tubérosité du calcanéus → face latérale de P1 du V), abducteur de l’hallux (partie médiale → face médiale de P1 de l’hallux), court fléchisseur des orteils (partie médiale → bases des P2 des orteils longs).
- Actions du plan superficiel : écartement du V, écartement de l’hallux, renforcement du long fléchisseur des orteils.
- Plan plantaire intermédiaire : carré plantaire (O = partie médiale de la tubérosité du calcanéus + aponévrose plantaire ; T = bord latéral des tendons du long fléchisseur des orteils) et 4 lombricaux (nés du tendon commun du long fléchisseur des orteils).
- Action des deux : maintien en place des tendons du long fléchisseur des orteils (+++) et renforcement de son action.
- Le pied de l’Homme n’a pas de muscle opposant de l’hallux : c’est ce qui explique sa faible dextérité par rapport à la main.
❓ Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un muscle intrinsèque du pied ?
Un muscle qui n’a aucune insertion en dehors du pied : il y naît et il s’y termine. Cela l’oppose aux muscles de la jambe, comme le long fléchisseur des orteils ou le long fibulaire, qui n’envoient dans le pied que leurs tendons.
Combien de muscles le dos du pied contient-il, et d’où partent-ils ?
Deux seulement : le court extenseur des orteils et le court extenseur de l’hallux. Tous deux naissent de la face supéro-latérale du calcanéus et se terminent sur le bord latéral du tendon du long extenseur correspondant, pour en renforcer l’action.
Quel est le point commun des trois muscles plantaires superficiels ?
Ils naissent tous les trois de la tubérosité du calcanéus : partie latérale pour l’abducteur du V, partie médiale pour l’abducteur de l’hallux et pour le court fléchisseur des orteils.
À quoi sert le muscle carré plantaire ?
À maintenir en place les tendons du long fléchisseur des orteils et à renforcer leur action. Il se fixe sur leur bord latéral, ce qui redresse leur direction de traction oblique — le tendon arrive dans la plante par le bord médial du pied — et la ramène dans l’axe des orteils.
D’où naissent les muscles lombricaux du pied ?
Du tendon commun du muscle long fléchisseur des orteils. Ils sont au nombre de quatre, un par orteil long, et participent au maintien en place de ces tendons ainsi qu’au renforcement de leur action.
🚀 Pour aller plus loin
Deux plans encore à découvrir sous la plante, et un squelette dont ces muscles épousent chaque relief.
- Leçon 4.2 — Les muscles plantaires profonds et les interosseux
- Chapitre 22 — Ostéologie et arthrologie du membre inférieur : le calcanéus, les métatarsiens et les phalanges sur lesquels s’insèrent ces muscles
- Chapitre 21 — Myologie et espaces de passage du membre supérieur : les muscles intrinsèques de la main, modèle dont dérive le plan de la plante
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.