Chapitre 6 — Formes galéniques, voies d’administration et PK descriptive · Topic 1 : Formes galéniques · Leçon 1.2
La voie orale est la voie la plus utilisée en pratique de ville. Elle repose sur des formes solides — comprimés, gélules, capsules — qui doivent d’abord se désintégrer dans le tube digestif, puis se dissoudre avant que le principe actif ne puisse être absorbé. Cette leçon détaille l’anatomie de ces formes, leurs avantages et inconvénients, et introduit les trois grands modes de libération modifiée (accélérée, prolongée, retardée) qui permettent de moduler la vitesse d’apparition du médicament dans le plasma.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- énumérer les principales formes orales solides (poudres, granulés, gommes, comprimés, gélules, capsules) ;
- décrire la structure d’une gélule et d’un comprimé ;
- comparer avantages et inconvénients des gélules et des comprimés ;
- distinguer un comprimé enrobé, effervescent, dispersible, orodispersible et à libération modifiée ;
- différencier les trois modes de libération modifiée : accélérée, prolongée (LP), retardée (gastro-résistante) ;
- expliquer pourquoi une gélule ne doit pas être ouverte, et un comprimé pas broyé.
🧭 Plan de la leçon
- Panorama des formes orales solides
- Les gélules : structure, avantages, précautions
- Les comprimés : structure, avantages, précautions
- Comprimés à formes variées et libération modifiée (accélérée, prolongée, retardée)
- Désintégration puis dissolution : le préalable à toute absorption
1. Panorama des formes orales solides
Un patient hypertendu doit prendre son traitement une fois par jour pour rester observant. Le prescripteur choisit un comprimé LP (libération prolongée), qui libère l’antihypertenseur pendant 24 h à concentration à peu près constante. C’est un choix galénique — le principe actif est identique à celui du comprimé conventionnel — mais il change complètement la cinétique plasmatique et l’observance.
La voie orale utilise deux grandes familles de formes : les formes solides et les formes liquides (traitées à la leçon suivante). Parmi les formes solides, le cours retient :
- Poudres et sachets — poudres à disperser dans un liquide avant absorption ;
- Pilules ou granules — petites masses solides sphériques ;
- Granulés — agglomérats solides, souvent conditionnés en sachets ;
- Gommes à mâcher — à absorption buccale (le PA est libéré par mastication) ;
- Comprimés — la forme orale la plus répandue ;
- Gélules — deux demi-coques emboîtées, contenu solide ;
- Capsules — enveloppes contenant un liquide visqueux ou pâteux, à distinguer des gélules.
Attention : en pharmacie française, la gélule contient un solide (poudre ou microgranules), tandis que la capsule (dite « capsule molle » ou softgel) contient un liquide visqueux ou pâteux. Cette distinction, banale en officine, est régulièrement questionnée en QCM d’ICM.
2. Les gélules : structure, avantages, précautions
Une gélule est constituée :
- de deux demi-coques emboîtées ;
- en cellulose ou en gélatine ;
- avec un contenu solide (poudre, microgranules) ;
- parfois avec des excipients de remplissage ;
- éventuellement à libération modifiée — obtenue avec des excipients spéciaux (microgranules à enrobages différenciés) ou des procédés particuliers.
Les gélules sont donc différentes des capsules, qui contiennent un liquide visqueux ou pâteux.

| Avantages des gélules | Inconvénients |
|---|---|
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Avantages et inconvénients selon le cours de référence Sorbonne 2025-2026.
Il ne faut pas ouvrir les gélules. Même si elles paraissent faciles à démonter, l’ouverture modifie la libération du PA (en particulier pour les formes LP), peut altérer le goût, entraîner une irritation gastrique et exposer le manipulateur (poudre cytotoxique par exemple). En cas de difficulté de déglutition, il faut demander au prescripteur une autre forme galénique adaptée.
3. Les comprimés : structure, avantages, précautions
Un comprimé se caractérise par :
- une consistance solide ;
- une destination orale (avalé) ;
- un ou plusieurs principes actifs ;
- l’agglomération d’un volume constant de particules par compression, tout en permettant leur désintégration dans le tube digestif.
Ils peuvent être sécables, pour mieux adapter la posologie aux besoins du patient et permettre un ajustement fin.
| Avantages des comprimés | Inconvénients |
|---|---|
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Un comprimé doit être avalé tel quel : pas de broyage sauvage. Broyer un comprimé ne respecte pas la mise à disposition du principe actif (en particulier pour les formes LP ou gastro-résistantes), peut modifier le goût et provoquer des interactions avec les aliments. Un comprimé sécable ne peut être coupé qu’en suivant la barre de sécabilité prévue par le fabricant.
4. Comprimés à formes variées et libération modifiée
Les comprimés se déclinent en formes pharmaceutiques très variées : non enrobés, à croquer, enrobés, effervescents, dispersibles, orodispersibles, à libération modifiée.
La libération modifiée désigne toute libération volontairement différente d’une libération immédiate :
| Type | Principe | Exemples de procédé |
|---|---|---|
| Libération accélérée | Effet plus rapide que la forme conventionnelle | Lyoc, effervescent |
| Libération prolongée (LP) | Largage progressif du PA sur plusieurs heures | Comprimés enrobés à libération lente, systèmes osmotiques, matrices multicouches, microbilles enrobées : procédé de fabrication spécial |
| Libération retardée (gastro-résistante) | Libération du PA après passage dans l’estomac/duodénum | Comprimés à enrobage gastro-résistant (protection acide, ciblage intestinal) |

L’intérêt principal d’une forme LP est de maintenir des concentrations plasmatiques dans la fenêtre thérapeutique pendant 12 à 24 h, en évitant les pics toxiques et les creux inefficaces des formes conventionnelles. Cela réduit le nombre de prises quotidiennes et améliore l’observance, en particulier pour les traitements chroniques (antihypertenseurs, antalgiques opioïdes, antiépileptiques).

Complément hors cours. Les comprimés orodispersibles se désagrègent dans la bouche en moins de 3 minutes au contact de la salive (définition de la Pharmacopée européenne). Ils sont utiles chez les patients ayant des difficultés de déglutition (personnes âgées, urgences psychiatriques) et permettent une prise sans eau. Attention : cela ne signifie pas une absorption buccale — le PA est ensuite dégluti et absorbé au niveau gastro-intestinal comme un comprimé classique (source : Pharmacopée européenne, monographie Comprimés).
5. Désintégration puis dissolution : le préalable à toute absorption
Un principe actif ne peut être absorbé par l’organisme que s’il est sous forme dissoute. La phase orale se décompose donc en :
- Libération du PA à partir de la forme galénique (déblocage par l’enrobage, par exemple) ;
- Désintégration du comprimé ou de la gélule en particules plus fines ;
- Dissolution de ces particules dans les liquides gastriques ou intestinaux ;
- Absorption proprement dite à travers la muqueuse digestive.
Cette séquence est parfois appelée phase biopharmaceutique (ou LADME si on l’écrit dans le sigle pharmacocinétique) : elle précède la phase pharmacocinétique proprement dite. Toute modification galénique (LP, gastro-résistance) agit d’abord ici, avant de se répercuter sur les concentrations plasmatiques.
La vitesse d’apparition du PA dans le plasma dépend d’abord de la vitesse la plus lente parmi : libération > désintégration > dissolution > absorption. Pour un PA peu soluble, c’est en général la dissolution qui est limitante : c’est pour cela que l’on formule des comprimés effervescents ou orodispersibles, qui contournent cette étape.
2 demi-coques dans une gélule. 3 modes de libération modifiée : accélérée, prolongée, retardée. ≈ 24 h : durée d’action typique d’une LP orale bien conçue. < 3 min : temps de désagrégation d’un comprimé orodispersible (Pharmacopée européenne).
🧠 À retenir absolument
- Formes orales solides principales : poudres, granulés, gommes, comprimés, gélules, capsules.
- Gélule = 2 demi-coques (cellulose ou gélatine), contenu solide. Capsule = liquide visqueux ou pâteux.
- Gélules : absorption facile, masquent le goût, dissolution rapide, identification par couleur ; mais mal fermées, faciles à ouvrir, chères. Ne pas ouvrir.
- Comprimés : dosage précis, longue conservation, grande quantité de PA, enrobages possibles, forme de choix des traitements chroniques. Peuvent irriter la muqueuse ; absorption lente. Ne pas broyer.
- Formes variées : non enrobés, à croquer, enrobés, effervescents, dispersibles, orodispersibles, à libération modifiée.
- Trois modes de libération modifiée : accélérée (lyoc, effervescent), prolongée (LP), retardée (gastro-résistante).
- Un PA n’est absorbé que s’il est dissous : séquence libération → désintégration → dissolution → absorption.
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une gélule et une capsule ?
La gélule est constituée de deux demi-coques (cellulose ou gélatine) contenant un solide (poudre, microgranules). La capsule — parfois dite « capsule molle » — contient un liquide visqueux ou pâteux (huiles, solutions concentrées). Cette distinction est stricte dans le vocabulaire du cours ; ne pas la confondre avec l’anglais capsule, qui recouvre les deux.
Pourquoi ne faut-il pas ouvrir une gélule ni broyer un comprimé ?
Parce que la forme galénique a été spécialement conçue pour libérer le PA à un endroit et à une vitesse précis. Broyer un comprimé à libération prolongée délivrerait toute la dose d’un coup — risque de surdosage. Ouvrir une gélule à contenu irritant ou cytotoxique expose la muqueuse gastrique et le manipulateur. En cas de difficulté de déglutition, il faut demander une autre forme galénique (orodispersible, liquide, patch…).
Un comprimé effervescent agit-il plus vite qu’un comprimé classique ?
Oui, en général. Le comprimé effervescent se dissout complètement dans l’eau avant absorption : l’étape de désintégration et de dissolution est déjà faite quand le patient l’avale. Cette forme est classée parmi les libérations accélérées. Elle est utile quand on cherche un effet rapide (paracétamol effervescent en cas de céphalée aiguë, par exemple).
À quoi sert la libération prolongée (LP) ?
À maintenir des concentrations plasmatiques stables pendant 12 à 24 h, dans la fenêtre thérapeutique du médicament. Elle évite les pics de concentration (souvent responsables des effets indésirables) et les creux inefficaces, réduit le nombre de prises quotidiennes et améliore l’observance. C’est la forme de choix pour de nombreux traitements chroniques : antihypertenseurs, morphiniques (Skenan LP®), antiépileptiques.
Un comprimé gastro-résistant est-il une forme LP ?
Non : les deux relèvent de la libération modifiée mais sont différents. Un gastro-résistant a une libération retardée : le PA n’est libéré qu’après le passage dans l’estomac, généralement dans le duodénum ou l’intestin grêle ; puis il est libéré d’un coup. Une forme LP libère le PA progressivement sur plusieurs heures, y compris pendant le séjour gastrique. Les deux modes peuvent d’ailleurs être combinés (gastro-résistant + LP).
🚀 Pour aller plus loin
Complète cette leçon avec les formes liquides et les autres chapitres du module :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.