Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
- Identifier la question scientifique d’un sujet portant sur la quantification du syndrome de domestication
- Comprendre à quoi sert chacune des ressources fournies (grains comparés, eau iodée, papier millimétré, logiciel Mesurim2, tableau du syndrome de domestication, schéma de grain)
- Mobiliser les notions de syndrome de domestication, d’albumen, de sélection humaine et de gènes-clés (tb1, tga1) du maïs
- Construire une stratégie de poursuite en trois temps pour démontrer d’autres caractères modifiés du syndrome de domestication
- Anticiper la nature de la ressource complémentaire apportée pour élargir l’analyse à d’autres caractères ou à la base génétique
- Communiquer la mesure de surface par photographie titrée et légendée ou par tableau de données sur tableur, et interpréter avec la trame « J’observe / Or je sais / J’en déduis »
- Rédiger une conclusion qui répond exactement à la question posée
1. Quel type de sujet ECE est-ce ?
Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.
Deux grands types de sujets ECE :
- Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
- Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).
Ici, dans le sujet 26_SVT_40, la partie A te demande directement de colorer à l’eau iodée puis mesurer la surface d’albumen sur des coupes longitudinales de grains de maïs domestique et de téosinte sauvage, à l’aide du logiciel Mesurim2 et d’un calibrage sur papier millimétré. La manipulation est déjà entièrement cadrée. Ce n’est qu’en partie B qu’on te demandera de proposer une stratégie pour démontrer d’autres caractères modifiés du syndrome de domestication (nombre de grains par épi, égrenage spontané, taille de l’épi, dispersion naturelle…). C’est donc un sujet « poursuite de stratégie ».
2. Le contexte et la question scientifique
L’épreuve te plonge dans l’un des cas les plus emblématiques de la domestication des plantes cultivées : la transformation de la téosinte sauvage en maïs domestique. La téosinte (Zea mays ssp. parviglumis) est une herbe mexicaine aux épis très petits (≈ 5 cm), portant 5 à 10 grains durs et égrenables, dispersés naturellement à maturité. Le maïs (Zea mays ssp. mays) que nous cultivons aujourd’hui présente des épis géants (jusqu’à 30 cm), portant des centaines de grains tendres et solidement attachés au rachis. Cette transformation spectaculaire s’est faite en seulement 7 000 à 9 000 ans, sous la pression de sélection des paysans amérindiens du Mexique central.
L’ensemble des caractères modifiés par cette sélection humaine forme ce qu’on appelle le « syndrome de domestication » : un ensemble de traits convergents qui apparaissent chez les plantes cultivées par rapport à leurs ancêtres sauvages. Ces caractères favorisent la récolte et le rendement pour l’humain (grains plus gros, plus nombreux, non égrenables, levée de dormance) mais réduisent les chances de survie sauvage de la plante (qui ne disperse plus ses graines, ne germe plus de façon échelonnée). Le maïs domestique n’existerait plus sans l’humain : il a totalement perdu son aptitude à se reproduire seul en milieu naturel. La question posée est de quantifier ce syndrome sur un caractère mesurable précisément (la surface d’albumen, principal organe de réserve du grain).
La question scientifique du sujet : « La différence de surface d’albumen entre les grains de maïs domestique et de téosinte sauvage confirme-t-elle l’existence d’un syndrome de domestication ayant sélectionné des caractères avantageux pour l’humain au cours des derniers millénaires ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ta mesure de surface et ta stratégie de poursuite doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.
3. À quoi servent les ressources fournies ?
Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.
Ressource 1 — Grains de maïs et de téosinte (frais ou imbibés), eau iodée (Lugol), papier millimétré, appareil photo ou caméra USB, logiciel Mesurim2, lame de rasoir et grosses pinces. Elle te donne tout le matériel pour réaliser une quantification rigoureuse de la surface d’albumen. L’eau iodée colore spécifiquement l’amidon en bleu-violet sombre, ce qui rend l’albumen facilement repérable. Le papier millimétré sert d’étalon de calibration pour Mesurim2 (qui calcule la surface en pixels, à convertir en mm²).
Ressource 2 — Tableau du syndrome de domestication. Elle te fournit la liste des caractères modifiés par la sélection humaine entre la téosinte sauvage et le maïs domestique : taille et nombre de grains par épi, présence ou absence d’égrenage spontané (capacité à libérer les grains à maturité), nature de l’enveloppe (grain nu vs grain couvert de glumes), masse moyenne du grain, levée de dormance et synchronisation de germination. C’est ta grille de lecture qui permet de situer le caractère « surface d’albumen » dans un ensemble cohérent de caractères transformés.
Ressource 3 — Schéma annoté d’un grain de céréale en coupe longitudinale. Elle te fournit la structure de référence pour identifier correctement l’albumen (tissu de réserve, occupant la majeure partie du grain) et le distinguer des autres tissus (téguments, embryon, scutellum). Sans ce schéma, tu risquerais de mesurer la surface totale du grain au lieu de la surface spécifique de l’albumen riche en amidon.
4. Le raisonnement scientifique du sujet
On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :
- Le syndrome de domestication est un ensemble de caractères modifiés par la sélection humaine. Pour démontrer son existence chez le maïs, il faut quantifier rigoureusement au moins un de ces caractères en comparant maïs domestique et téosinte sauvage.
- La surface de l’albumen est un excellent indicateur car elle reflète directement la quantité de réserves amidonnées disponibles dans le grain — caractère essentiel pour le rendement humain.
- La coloration à l’eau iodée permet de visualiser sélectivement l’albumen riche en amidon (coloration bleu-violet), facilitant la mesure précise de sa surface.
- Le logiciel Mesurim2 permet la mesure quantitative à partir d’une image numérique calibrée. La calibration sur papier millimétré est essentielle : sans elle, Mesurim2 donne des valeurs en pixels sans signification absolue.
- Si la surface d’albumen du maïs est significativement supérieure à celle de la téosinte (par exemple 5 à 10 fois), c’est un argument fort en faveur du syndrome de domestication : la sélection humaine a favorisé les grains à grande surface amidonnée.
- Cette mesure ne suffit cependant pas à elle seule à valider l’ensemble du syndrome ; il faut la compléter par d’autres caractères (nombre de grains par épi, égrenage, etc.) qui seront étudiés en partie B.
Conclusion logique : pour répondre à la question, il « suffit » de comparer rigoureusement la surface d’albumen entre maïs et téosinte, puis de proposer en partie B l’étude d’autres caractères du syndrome. L’ensemble cohérent permet de valider quantitativement l’existence du syndrome de domestication chez le maïs.
5. Rappels théoriques : syndrome de domestication, gènes-clés et histoire évolutive
Le syndrome de domestication est un ensemble convergent de caractères qui apparaissent chez les plantes cultivées par rapport à leurs ancêtres sauvages. Quelques traits récurrents : (a) augmentation de la taille des organes récoltés (grains, fruits, tubercules) ; (b) perte de l’égrenage (les grains restent fixés sur l’épi à maturité au lieu de tomber au sol — facilite la récolte) ; (c) perte de la dormance ou germination synchrone (toutes les graines germent en même temps après semis, au lieu d’une germination échelonnée typique du sauvage) ; (d) réduction des défenses chimiques (moins de tannins, alcaloïdes, glucosinolates → palatabilité accrue) ; (e) réduction des structures de protection (épines, glumes, coques). Ces caractères, tous favorables à l’humain, sont presque tous désavantageux en milieu naturel : c’est la signature même de la sélection humaine.
Chez le maïs, le syndrome de domestication a été décrypté en grande partie au niveau moléculaire. Quelques gènes-clés contrôlent les différences majeures avec la téosinte : tb1 (teosinte branched 1) contrôle la ramification de la plante (téosinte très ramifiée vs maïs à tige unique avec un épi terminal géant) — une mutation régulatrice augmente l’expression de tb1 dans le maïs, supprimant les ramifications latérales et concentrant les ressources sur l’épi principal. tga1 (teosinte glume architecture 1) contrôle la couverture du grain par les glumes (grains protégés chez la téosinte vs grains nus chez le maïs) — une mutation perte-de-fonction supprime cette protection. D’autres QTL contrôlent la taille du grain, la rachis non égrenable, le nombre de rangs de grains, etc. Quelques mutations majeures ont donc suffi à provoquer une transformation spectaculaire en quelques millénaires.
L’histoire évolutive du maïs est bien documentée : domestication initiale dans la vallée de Tehuacán (Mexique central) il y a environ 9 000 ans (premiers épis archéologiques retrouvés), à partir de populations de téosinte locales (Zea mays ssp. parviglumis). Diffusion progressive du maïs vers le nord (jusqu’au Canada) et le sud (jusqu’en Patagonie) sur plusieurs millénaires. Introduction en Europe par Christophe Colomb en 1493, puis en Afrique et en Asie. Aujourd’hui, le maïs est la première céréale mondiale en tonnage (1,1 milliard de tonnes/an), utilisée pour l’alimentation humaine, animale (60 % du tonnage), et industrielle (biocarburants, amidonnerie, dextrose). La transformation néolithique de la téosinte en maïs est l’un des cas d’école les plus documentés de la coévolution humain-plante.
Attention à la distinction syndrome de domestication (caractères convergents communs à de nombreuses plantes cultivées) et diversification variétale (différences entre variétés d’une même espèce domestiquée : maïs sucré, maïs corné, maïs à pop-corn, maïs farineux, maïs cireux). Le syndrome est commun à tout le maïs vs téosinte ; la diversification s’est faite ensuite par sélection humaine sur diverses caractéristiques (composition de l’amidon, couleur, taille, usage culinaire).
6. Construire ta stratégie de poursuite en trois temps
Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ce n’est pas en partie A que tu proposes une stratégie (la manipulation y est imposée). C’est en partie B qu’on attend ta proposition, pour démontrer d’autres caractères modifiés du syndrome de domestication. Et cette proposition doit, comme toujours, être structurée en trois temps. C’est la méthode officielle attendue par les jurys :
Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :
- LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
- LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
- LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?
Appliquons cette grille au sujet maïs-téosinte :
Le QUOI
Je cherche à compléter la démonstration du syndrome de domestication par l’étude quantitative d’autres caractères clés au-delà de la surface d’albumen : nombre de grains par épi, présence ou absence d’égrenage spontané (test mécanique), taille comparée des épis, présence ou absence de glumes protectrices, masse moyenne du grain. La convergence de plusieurs caractères modifiés validerait robustement l’existence du syndrome.
Le COMMENT
Je vais procéder à une étude comparative multi-caractères sur plusieurs épis de maïs et de téosinte (au moins 5 épis par espèce). (a) Nombre de grains par épi : compter directement les grains sur chaque épi entier. (b) Test d’égrenage spontané : secouer modérément un épi mûr de chaque espèce, compter les grains qui tombent vs ceux qui restent fixés. (c) Taille de l’épi : mesurer longueur et diamètre à la règle. (d) Présence de glumes : examiner à la loupe binoculaire la couverture des grains. (e) Masse moyenne du grain : peser 20 grains de chaque espèce sur balance de précision, calculer la masse moyenne. (f) Construire un tableau récapitulatif multicaractères et conclure sur l’amplitude des transformations.
Les RÉSULTATS ANTICIPÉS
Deux scénarios sont possibles, et chacun m’oriente vers une conclusion différente :
- Scénario 1 — Syndrome de domestication confirmé sur plusieurs caractères. Le maïs présente : nombre de grains par épi très supérieur (≈ 300 vs ≈ 7 chez la téosinte), absence d’égrenage spontané (vs égrenage total chez la téosinte), épis géants (30 cm vs 5 cm), grains nus (vs grains couverts de glumes), masse moyenne supérieure (≈ 300 mg vs ≈ 30 mg). Le syndrome de domestication est massivement confirmé sur tous les caractères mesurés. La transformation néolithique est démontrée dans toute son ampleur.
- Scénario 2 — Convergence partielle. Si seuls quelques caractères sont modifiés (par exemple grains plus gros mais nombre similaire), le syndrome serait partiel et nuancé. Mais ce scénario est très improbable dans le cas maïs-téosinte, qui est l’exemple le plus extrême connu de domestication végétale.
7. La mise en œuvre pratique
Cette partie correspond à la manipulation cadrée de la partie A : tu dois préparer les coupes des grains, les colorer à l’eau iodée, photographier et mesurer la surface d’albumen avec Mesurim2.
Étape 1 — Coupe longitudinale des grains.
- Place le grain de maïs entre deux grosses pinces ou dans un étau improvisé (les grains de téosinte sont particulièrement coriaces — sécurité maximale).
- À l’aide d’une lame de rasoir, coupe le grain en deux longitudinalement, en sectionnant à travers l’embryon visible à la base.
- Récupère un demi-grain bien plat de chaque espèce.
- Sèche éventuellement la surface coupée à l’aide d’un papier filtre.
Étape 2 — Coloration à l’eau iodée.
- Dépose une goutte d’eau iodée sur chaque face coupée des deux demi-grains.
- Laisse réagir 1 à 2 minutes : l’albumen riche en amidon vire au bleu-violet sombre, presque noir, fortement contrasté par rapport aux autres tissus (embryon, téguments, scutellum) qui restent peu ou pas colorés.
- Rince éventuellement à l’eau pour éliminer l’excès de réactif et améliorer la netteté.
Étape 3 — Photographie sur papier millimétré.
- Pose les deux demi-grains côte à côte sur un papier millimétré (qui servira d’étalon).
- Photographie à plat, à la verticale, avec un éclairage uniforme (lumière du jour ou lampe diffuse, éviter les reflets), avec un appareil photo ou une caméra USB.
- Importe l’image dans le logiciel Mesurim2.
Étape 4 — Mesure des surfaces avec Mesurim2.
- Calibre Mesurim2 en utilisant le papier millimétré : tracer un segment correspondant à une longueur connue (par exemple 10 mm) et entrer cette valeur dans le calibrage. Mesurim2 calcule alors la correspondance pixel-millimètre.
- Utilise l’outil « mesure de surface » de Mesurim2 : trace le contour de la zone colorée (albumen) sur chaque demi-grain.
- Mesurim2 calcule automatiquement la surface en mm².
- Note les deux valeurs et calcule le rapport surface maïs / surface téosinte.
Sécurité. Les grains de téosinte sont très durs : utilise des grosses pinces et une lame bien aiguisée, gestes contrôlés et lents pour éviter le ripage. L’eau iodée est irritante : port des gants et de la blouse. Microscope/photo sous responsabilité de l’élève.
8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?
Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Cette ressource n’est pas un cadeau : elle est calibrée pour compléter ton analyse ou débloquer une étape de raisonnement. Anticiper sa nature est un excellent réflexe d’élève.
Sur ce sujet précis, la ressource complémentaire pourrait être :
- Un tableau comparatif quantifié entre maïs et téosinte sur l’ensemble des caractères du syndrome de domestication : nombre de grains par épi (≈ 7 vs ≈ 300), masse moyenne du grain, longueur de l’épi, présence ou absence d’égrenage spontané, levée de dormance, présence de glumes — démonstration massive de la convergence des modifications.
- Un document génétique sur tb1 et tga1, expliquant comment des mutations dans ces deux gènes principaux (et quelques QTL secondaires) ont suffi à provoquer la transformation morphologique spectaculaire entre téosinte et maïs en quelques millénaires.
- Une photographie comparative côte à côte d’un épi de téosinte et d’un épi de maïs (à l’échelle), illustrant visuellement l’ampleur de la transformation morphologique.
- Une chronologie archéologique de la domestication du maïs (premiers épis fossiles à Tehuacán vers −7000 ans, diffusion progressive dans toute l’Amérique, introduction en Europe au XVe siècle, importance économique mondiale actuelle), illustrant la rapidité de la transformation et sa portée historique.
Quelle qu’elle soit, cette ressource doit toujours être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.
9. Communiquer les résultats et interpréter
Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de ton observation.
Option 1 — Photographie titrée et légendée. Capture les deux images Mesurim2 annotées (contour de l’albumen tracé, surface en mm² affichée) pour le maïs et la téosinte. Présente chaque image avec un titre informatif (« Surface d’albumen colorée à l’eau iodée d’un demi-grain de maïs domestique, mesure Mesurim2 » et « Surface d’albumen d’un demi-grain de téosinte sauvage, mêmes conditions »), précise les échelles (papier millimétré) et légende les valeurs mesurées avec le rapport calculé.
Option 2 — Production sur tableur. Construis un tableau récapitulatif : en lignes, le caractère mesuré (surface d’albumen, et place pour les caractères futurs de la partie B) ; en colonnes, maïs, téosinte, rapport maïs/téosinte, interprétation en termes de syndrome de domestication. Tu peux ajouter un diagramme en barres comparant les surfaces des deux espèces, et anticiper l’ajout des autres caractères mesurés en partie B (nombre de grains, égrenage, masse…).
Interpréter les résultats
Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :
Exemple appliqué au sujet (si surface maïs >> surface téosinte) :
- J’observe… que la surface d’albumen mesurée sur le demi-grain de maïs domestique est de ≈ 50 mm², contre seulement ≈ 6 mm² pour le demi-grain de téosinte sauvage, soit un rapport d’environ 8 fois en faveur du maïs. La coloration bleu-violet à l’eau iodée est intense et homogène dans les deux cas, confirmant la nature amidonneuse des tissus mesurés.
- Or je sais que… le syndrome de domestication regroupe l’ensemble des caractères modifiés par la sélection humaine en faveur du rendement et de la facilité de récolte (ressource 2). L’augmentation de la taille des organes récoltés (grains, albumen) est l’un des caractères centraux du syndrome.
- J’en déduis que… le caractère « surface d’albumen » est massivement modifié entre la téosinte sauvage et le maïs domestique, avec un facteur 8 d’augmentation. Cette modification est cohérente avec l’existence d’un syndrome de domestication ayant sélectionné des grains plus riches en réserves amidonnées. La validation complète du syndrome nécessite l’étude d’autres caractères (stratégie de poursuite en partie B) : nombre de grains par épi, égrenage spontané, présence de glumes, masse du grain. La convergence attendue de ces multiples caractères confirmera la transformation néolithique spectaculaire de la téosinte en maïs cultivable.
10. La conclusion : revenir à la question initiale
Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler la mesure clé (surface d’albumen avec le rapport entre les deux espèces), (2) interpréter cette différence dans le cadre du syndrome de domestication, (3) répondre explicitement à la question posée. Pense aussi à intégrer la ressource complémentaire obtenue auprès de l’examinateur.
Exemple de formulation type (si syndrome confirmé sur plusieurs caractères) :
« La mesure par Mesurim2 de la surface d’albumen sur des demi-grains colorés à l’eau iodée a révélé un rapport d’environ 8 fois en faveur du maïs domestique (≈ 50 mm²) par rapport à la téosinte sauvage (≈ 6 mm²). La ressource complémentaire (tableau multicaractères / gènes tb1-tga1 / photographies comparatives / chronologie archéologique) confirme que cette modification s’inscrit dans un syndrome de domestication massif affectant simultanément le nombre de grains par épi (×40), la masse moyenne du grain (×10), la longueur de l’épi (×6), l’égrenage spontané (perdu chez le maïs), la couverture du grain par les glumes (supprimée). La domestication du maïs à partir de la téosinte sauvage est donc spectaculairement validée par la convergence de tous ces caractères modifiés, sélectionnés par les paysans amérindiens en moins de 10 000 ans grâce aux mutations fixées dans quelques gènes-clés (tb1, tga1). Ce syndrome a transformé une herbe sauvage marginale en première céréale mondiale, au prix de la perte totale d’aptitude à la survie sauvage : le maïs ne se reproduirait plus sans l’humain. »
11. Les pièges fréquents à éviter
Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici c’est un sujet « poursuite de stratégie » : la stratégie en 3 temps porte sur la partie B (étude d’autres caractères du syndrome), pas sur la mesure de surface imposée en A. Si tu inverses, tu vas formuler ta proposition au mauvais moment et perdre des points.
Piège n°2 — Comparer des grains de tailles brutes très différentes sans normalisation. Si on photographie un gros grain de maïs et un petit grain de téosinte au même grossissement, les surfaces brutes seront naturellement différentes. Mais la différence est intéressante précisément parce qu’elle traduit une modification cellulaire et tissulaire. Veille à toujours mesurer la même structure (l’albumen) et à reporter les résultats sur l’échelle absolue (mm² calibrés via Mesurim2), pas en valeurs relatives à la taille du grain.
Piège n°3 — Oublier de calibrer Mesurim2 sur le papier millimétré. Sans calibration, Mesurim2 donne des surfaces en pixels, qui n’ont aucune signification absolue et qui dépendent de la résolution de l’appareil photo et de la distance prise. La calibration sur le papier millimétré est l’étape cruciale qui transforme la mesure en pixels en mesure en mm².
Piège n°4 — Ne mesurer qu’un seul grain de chaque espèce. Les grains individuels présentent une variabilité (taille, maturité, état de conservation). Pour une mesure robuste, il faudrait idéalement répéter sur plusieurs grains (au moins 3-5) et calculer une moyenne. Une seule mesure peut être atypique. Mentionne cette limite dans ta rédaction si tu n’as pu mesurer qu’un grain.
Piège n°5 — Confondre syndrome de domestication et diversification variétale. Le syndrome de domestication concerne les caractères convergents communs à toute l’espèce domestiquée (maïs en général) par rapport à l’ancêtre sauvage. La diversification variétale (maïs sucré, maïs corné, maïs farineux, maïs cireux, pop-corn…) est une sélection postérieure, à l’intérieur de l’espèce déjà domestiquée. Ne confonds pas les deux processus.
Piège n°6 — Ne pas exploiter la ressource complémentaire. Si tu l’as demandée et reçue, elle doit apparaître dans ta conclusion. Sinon, c’est comme si tu ne l’avais pas utilisée.
12. Indice / cause / exemple — syndrome de domestication du maïs
- Indice : surface d’albumen colorée à l’eau iodée plusieurs fois supérieure chez le maïs domestique par rapport à la téosinte sauvage, mesurée avec précision sur image calibrée par Mesurim2
- Cause : sélection humaine par les paysans amérindiens depuis ≈ 9 000 ans en faveur des plants à grains plus gros et plus riches en amidon (donc à grande surface d’albumen) ; cette sélection a fixé quelques mutations majeures (notamment dans les gènes tb1 et tga1) qui ont également modifié de nombreux autres caractères convergents (nombre de grains par épi, taille de l’épi, égrenage, glumes, dormance), formant l’ensemble cohérent appelé « syndrome de domestication »
- Exemple : le syndrome de domestication du maïs est l’un des cas les plus extrêmes connus, avec un facteur d’augmentation pouvant atteindre 50 fois entre la masse d’un épi de téosinte et celle d’un épi de maïs ; d’autres céréales montrent des syndromes similaires moins spectaculaires : blé (rachis non cassant sélectionné, glumes vestigiales), orge (rachis non cassant, levée de dormance), riz (absence d’égrenage, levée de dormance) ; le syndrome existe aussi chez les légumineuses (haricot, lentille, soja avec gros graines non éclatantes), les solanacées (tomate, poivron, aubergine sans amertume), etc. — il signe universellement la coévolution humain-plante depuis le Néolithique
Ce qu’il faut retenir
- Type de sujet : poursuite de stratégie (mesure de surface imposée en A, autres caractères à étudier en B)
- Question du sujet : la différence de surface d’albumen entre maïs et téosinte confirme-t-elle le syndrome de domestication ?
- Outils A : grains comparés + eau iodée + papier millimétré (étalon) + appareil photo + Mesurim2 calibré (mesure en mm²)
- Diagnostic : surface d’albumen maïs ≈ 8 fois supérieure à celle de la téosinte = caractère central du syndrome de domestication
- Stratégie B en 3 temps : LE QUOI (étudier autres caractères du syndrome) / LE COMMENT (nombre de grains/épi, égrenage, taille épi, glumes, masse — sur plusieurs épis) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (convergence massive des transformations = syndrome confirmé)
- Communiquer les résultats : photographies titrées et légendées des images Mesurim2 OU tableau récapitulatif multicaractères sur tableur
- Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
- Lien au cours : 2A.4 (plante sauvage à plante domestiquée, sélection humaine, gènes-clés de la domestication tb1-tga1 chez le maïs)
- Piège majeur à éviter : oublier de calibrer Mesurim2 sur le papier millimétré (mesures en pixels inexploitables) ; ne mesurer qu’un seul grain (variabilité non prise en compte)
- Conclusion finale : toujours articuler mesure quantitative rigoureuse (partie A) + convergence multicaractères (partie B) pour valider l’existence du syndrome de domestication dans toute son ampleur
Fichiers de l’exercice
🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.
ℹ️ Pour assurer un suivi personnalisé, les quiz ne sont accessibles qu'en étant connecté :
- en cliquant sur suivant vous serez donc redirigé vers une page de connexion,
- pour poursuivre sans vous connecter, merci de cliquer directement sur la leçon dans le menu.