Durée estimée : 30 min Niveau : Terminale spé SVT Type : ECE — Sujet 26_SVT_17 (poursuite de stratégie) Thème : 1B — Le passé géologique de notre planète Cours référencés : 1B.1 Topic 3 (datation absolue, méthode Rb/Sr), 1B.2 Topic 1 (continents et orogenèses), 1B.2 Topic 5 (collision, pénéplanation et cycle orogénique)

Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
  • Identifier les étapes successives d’un cycle orogénique : collision, post-collision, extension tardive, pénéplanation
  • Distinguer un granite de collision (compression, alumineux) d’un granite tardif d’extension (calco-alcalin)
  • Construire une droite isochrone Rb/Sr et comparer rigoureusement deux âges absolus avec leurs incertitudes
  • Identifier dans une lame mince les minéraux porteurs de K ou de Ca (biotite, orthose, plagioclase) utiles pour la méthode Rb/Sr
  • Anticiper la nature des deux ressources complémentaires (schéma orogénique + composition chimique)
  • Construire une poursuite de stratégie en trois temps : le quoi, le comment, les résultats anticipés
  • Communiquer tes résultats par photographie de lame mince titrée et légendée ou graphique sur tableur, et interpréter avec « J’observe / Or je sais / J’en déduis »

1. Quel type de sujet ECE est-ce ?

Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.

Deux grands types de sujets ECE :

  • Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
  • Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).

Ici, dans le sujet 26_SVT_17, la stratégie t’est imposée en partie A : « dater le granite de Guéret pour le comparer au granite d’Aigoual (288 ± 9 Ma) » par la méthode Rb/Sr. En partie B, on te demande de poursuivre la stratégie pour identifier précisément l’étape orogénique de mise en place de chaque granite (collision vs extension tardive). Particularité de ce sujet : deux ressources complémentaires sont annoncées en partie B. C’est donc un sujet de poursuite de stratégie, avec un volet caractérisation tectonique étendu.

2. Le contexte et la question scientifique

L’épreuve te transporte dans le Massif central français, l’un des terrains les plus emblématiques de la chaîne hercynienne en Europe. Le Massif central comporte de très nombreux plutons granitiques mis en place pendant le cycle hercynien (-410 à -290 Ma), dans des contextes tectoniques variés selon leur position chronologique dans le cycle. Deux granites attirent particulièrement l’attention : le granite de Guéret (Creuse, nord du Massif central) et le granite de l’Aigoual (Cévennes, sud du Massif central).

L’âge du granite d’Aigoual est connu de façon fiable : 288 ± 9 Ma, soit un granite tardif du cycle hercynien, mis en place vers la limite Carbonifère-Permien. Pour le granite de Guéret, l’âge est à déterminer par la méthode Rb/Sr. Mais l’âge seul ne suffit pas : pour relier la mise en place de chaque granite à une étape précise du cycle orogénique (collision, post-collision, extension), il faut aussi caractériser le contexte tectonique de la fusion crustale qui a engendré le magma. C’est précisément l’objet de la partie B.

La question scientifique du sujet : « À quelles étapes du cycle orogénique hercynien se sont mis en place les granites de Guéret et d’Aigoual ? Les deux granites témoignent-ils d’une même phase orogénique ou de phases distinctes ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ton isochrone Rb/Sr, ta comparaison d’âges et ta caractérisation chimique doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.

3. À quoi servent les ressources fournies ?

Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.

Ressource 1 — Lame mince du granite de Guéret, microscope polarisant et planches d’identification minérale. Elle te permet d’identifier les minéraux porteurs de K ou de Ca (biotite reconnaissable à son pléochroïsme brun, orthose à ses clivages et teintes grises de premier ordre, plagioclase à ses macles polysynthétiques). Ces minéraux sont indispensables pour la méthode Rb/Sr : ils ont piégé du 87Rb (substitué au K) à la cristallisation, et le 87Sr s’accumule depuis avec le temps. Sans cette ressource, l’application de Rb/Sr ne serait pas justifiable.

Ressource 2 — Fichier de rapports isotopiques (87Rb/86Sr et 87Sr/86Sr) des minéraux de Guéret + tableur. Elle te fournit les données numériques brutes nécessaires pour construire la droite isochrone Rb/Sr de Guéret et calculer son âge absolu par t = ln(a+1)/λ avec λ = 1,42 × 10-11 an-1. C’est le cœur quantitatif de la partie A.

Ressource 3 — Schéma synthétique du cycle orogénique avec les deux types de granites. Elle te donne la clé d’interprétation chronologique : un granite mis en place en phase de collision-épaississement est généralement peralumineux (issu de la fusion de métapélites alumineuses enfouies dans la racine crustale) ; un granite mis en place en phase tardive d’extension post-orogénique est plutôt calco-alcalin (issu de la fusion d’une roche-source plus calco-potassique de la croûte inférieure). Cette ressource est centrale pour la partie B.

Ressource 4 — Âge du granite d’Aigoual (288 ± 9 Ma) fourni en référence. C’est le point d’ancrage chronologique auquel tu vas confronter ton âge calculé pour Guéret. Sans cette valeur, ta datation seule de Guéret n’aurait pas de portée comparative et ne pourrait pas répondre à la question scientifique du sujet.

4. Le raisonnement scientifique du sujet

On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :

  • Un cycle orogénique complet dure environ 100 à 150 Ma et comprend des étapes successives : convergence + collision (raccourcissement, épaississement crustal, formation de chaînes), post-collision (épaississement maximal, montée thermique), extension tardive (effondrement gravitaire de la chaîne épaissie), enfin pénéplanation (érosion régressive jusqu’au profil plan).
  • Chaque étape produit des granites de signature différente, à la fois par leur âge et par leur chimie. Les granites précoces (collision-post-collision, vers -340 à -310 Ma dans l’hercynien) sont typiquement peralumineux ; les granites tardifs (extension, vers -300 à -290 Ma) sont calco-alcalins.
  • Pour placer chaque granite dans l’étape correcte, il faut donc combiner deux informations : l’âge absolu (Rb/Sr) et la chimie de la roche (rapport A/CNK, teneurs en Al2O3, CaO, K2O).
  • La comparaison des âges Guéret-Aigoual permet de dire si les deux granites appartiennent à la même étape, mais ne tranche pas seule la nature de l’étape — d’où la nécessité de la caractérisation chimique en partie B.

Conclusion logique : pour répondre à la question, il faut combiner trois approches : identification minéralogique au microscope (partie A), datation absolue par isochrone Rb/Sr (partie A), et caractérisation chimique du granite (partie B). La cohérence entre âge et chimie permet de placer chaque granite dans la bonne étape orogénique.

5. Rappels théoriques : cycle orogénique hercynien et granites associés

L’orogenèse hercynienne (-410 à -290 Ma, chapitre 1B.2) résulte de la convergence puis collision entre les supercontinents Gondwana et Laurussia, formant la chaîne hercynienne dont la Pangée constitue le résultat final. Ce cycle orogénique de 120 Ma se découpe en plusieurs étapes : subduction-convergence (≈ -410 à -360 Ma), collision continentale (≈ -360 à -330 Ma), post-collision et épaississement maximal (≈ -330 à -310 Ma), extension tardive et effondrement gravitaire (≈ -310 à -290 Ma), enfin pénéplanation (à partir de -290 Ma).

Chaque étape produit des granites par fusion crustale, mais à partir de roches-sources différentes : (1) en collision-post-collision, l’épaississement crustal enfouit les métapélites argileuses à grande profondeur ; ces métapélites alumineuses fondent partiellement et donnent des granites peralumineux de type S (S pour sedimentary, riches en aluminium, en muscovite-biotite, A/CNK > 1,1). (2) En extension tardive, l’effondrement gravitaire produit une remontée du Moho et un afflux de chaleur depuis le manteau, qui fait fondre les niveaux profonds de la croûte inférieure (roches plus calco-potassiques) ; on obtient des granites calco-alcalins de type I (I pour igneous, riches en CaO et K2O, hornblende-biotite, A/CNK < 1).

Attention : un granite hercynien peut être précoce (collision) ou tardif (extension), avec des âges séparés de quelques dizaines de Ma. La datation seule ne tranche pas : il faut compléter par une donnée chimique pour identifier sans ambiguïté la phase tectonique de mise en place. C’est précisément pour cela que la partie B mobilise une seconde ressource complémentaire — la composition chimique.

6. Construire ta stratégie en trois temps

Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ta proposition de stratégie n’intervient qu’en partie B : on te demande comment prolonger l’analyse pour identifier les étapes orogéniques précises. Tu utilises cependant la même grille en trois temps que pour un sujet classique.

Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :

  1. LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
  2. LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
  3. LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?

Appliquons cette grille à la poursuite de stratégie demandée :

Le QUOI

Je cherche à identifier l’étape précise du cycle orogénique hercynien à laquelle s’est mis en place chacun des deux granites (Guéret et Aigoual) — collision, post-collision, ou extension tardive. La comparaison croisée âge + chimie permet de placer chaque granite dans la bonne fenêtre tectonique du cycle.

Le COMMENT

Je vais procéder en trois temps : (1) récupérer un tableau de composition chimique des deux granites (Guéret et Aigoual) — teneurs en Al2O3, CaO, K2O, Na2O, SiO2. (2) Calculer le rapport A/CNK pour chacun (Al2O3 / (CaO + Na2O + K2O), en moles) et le positionner dans le diagramme de Shand (peralumineux si > 1,1, métalumineux si entre 1 et 1, peralcalin si < 1). (3) Croiser cette caractérisation chimique avec les âges absolus et la replacer dans le schéma synthétique du cycle hercynien (ressource 3) pour conclure sur l’étape orogénique de chaque granite.

Les RÉSULTATS ANTICIPÉS

Plusieurs scénarios sont possibles, et chacun m’oriente vers une conclusion différente :

  • Scénario 1 — Âges proches (Guéret ≈ Aigoual ≈ 290 Ma) et chimies calco-alcalines : les deux granites sont tardifs et appartiennent à la phase d’extension post-orogénique. Même étape.
  • Scénario 2 — Guéret nettement plus ancien (≈ 330 Ma) et peralumineux ; Aigoual tardif (288 Ma) et calco-alcalin : les deux granites représentent deux étapes différentes du même cycle — collision-post-collision pour Guéret, extension tardive pour Aigoual.
  • Scénario 3 — Âges proches mais chimies différentes : situation plus complexe, peut-être deux contextes locaux distincts (par exemple un granite anatectique localisé même en phase tardive).

7. La mise en œuvre pratique

Pour la partie A, ta manipulation est imposée. Concentre-toi sur la précision et la rigueur des deux étapes.

Étape 1 — Observation microscopique de la lame de Guéret. Démarre à faible grossissement (×40) pour repérer la trame minéralogique globale, puis passe à fort grossissement (×100, ×400) pour identifier précisément les minéraux porteurs de K ou de Ca. Repère la biotite (pléochroïsme brun-noir intense, biréfringence forte), l’orthose (clivages perpendiculaires, teintes grises de premier ordre), et éventuellement le plagioclase (macles polysynthétiques en bandes parallèles). Cette identification justifie l’applicabilité de la méthode Rb/Sr.

Étape 2 — Construction de l’isochrone Rb/Sr sur tableur. Saisis les rapports 87Rb/86Sr en abscisse et 87Sr/86Sr en ordonnée pour chaque minéral. Trace le nuage de points, ajoute une droite de régression linéaire et affiche l’équation. Relève le coefficient directeur a et calcule l’âge par t = ln(a+1) / (1,42 × 10-11) an-1. Convertis en Ma. N’oublie pas d’estimer l’incertitude (typiquement ± 5 à ± 10 Ma).

Sécurité. Manipule la lame mince avec précaution (verre fragile, bord coupant), ne forçe pas sur la mise au point. Sauvegarde régulièrement ton fichier tableur. Évite de toucher l’objectif du microscope avec les doigts.

8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?

Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Ici, le sujet annonce deux ressources complémentaires. Anticiper leur nature est un excellent réflexe d’élève.

Sur ce sujet précis, les deux ressources complémentaires pourraient être :

  • Première ressource — Schéma synthétique du cycle orogénique hercynien, mettant en évidence les différentes étapes (subduction, collision, post-collision, extension, pénéplanation) avec leur fenêtre temporelle et le type de granite associé à chaque phase. C’est la grille de lecture indispensable pour positionner chaque granite dans le cycle.
  • Seconde ressource — Tableau de composition chimique des granites de Guéret et d’Aigoual (teneurs en Al2O3, CaO, K2O, Na2O, SiO2), accompagné éventuellement d’un diagramme A/CNK. Permet de trancher entre granite peralumineux (collision) et calco-alcalin (extension tardive).
  • Variante possible : une carte tectonique simplifiée du Massif central avec les principaux plutons hercyniens classés par âge et par contexte, pour situer Guéret et Aigoual dans la régionalisation orogénique globale.
  • Autre variante : des données microstructurales (analyse de la déformation à l’échelle de l’échantillon, présence ou non d’une foliation magmatique) qui renseignent sur le régime tectonique au moment de la mise en place.

Quelle qu’elle soit, chaque ressource doit toujours être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.

9. Communiquer les résultats et interpréter

Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de tes données.

Option 1 — Photographie titrée et légendée de la lame mince. Capture une zone représentative du granite de Guéret à travers l’oculaire (smartphone ou caméra de microscope). Présente la photo avec un titre informatif (« Lame mince du granite de Guéret, microscope polarisant, ×100, polariseurs croisés »), précise le grossissement, indique le type d’éclairage (LPNA ou LPA), ajoute une échelle et légende les minéraux identifiés (biotite, orthose, plagioclase, quartz). C’est la preuve visuelle de l’applicabilité de Rb/Sr.

Option 2 — Production sur tableur. Construis un graphique de l’isochrone Rb/Sr du granite de Guéret avec nuage de points, droite de régression linéaire, équation et coefficient R² affichés. Titre informatif (« Isochrone Rb/Sr du granite de Guéret, Massif central »), axes nommés (rapports isotopiques sans dimension). Tu peux compléter par un tableau comparatif à 3 lignes (âge Guéret, âge Aigoual, écart) et un axe temporel positionnant les deux granites par rapport aux étapes du cycle hercynien.

Interpréter les résultats

Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :

Exemple appliqué au sujet (si Guéret ≈ 330 Ma peralumineux, Aigoual ≈ 288 Ma calco-alcalin) :

  • J’observe… que la lame mince du granite de Guéret contient biotite et orthose (minéraux à K confirmant l’applicabilité de Rb/Sr) ; que l’isochrone Rb/Sr donne un âge d’environ 330 ± 10 Ma ; que la composition chimique fournie en partie B montre un caractère peralumineux marqué (A/CNK ≈ 1,2) pour Guéret et calco-alcalin (A/CNK ≈ 0,95) pour Aigoual.
  • Or je sais que… le cycle hercynien comprend successivement collision (≈ -360/-330 Ma), post-collision (≈ -330/-310 Ma), et extension tardive (≈ -310/-290 Ma) ; que les granites peralumineux signent la fusion de métapélites enfouies par épaississement crustal (collision/post-collision), tandis que les granites calco-alcalins signent l’extension tardive ; et que l’âge d’Aigoual fourni (288 ± 9 Ma) le place dans la fenêtre tardive.
  • J’en déduis que… le granite de Guéret est un granite précoce de collision/post-collision (peralumineux, ≈ -330 Ma), issu de la fusion de métapélites enfouies dans la racine de la chaîne hercynienne ; le granite de l’Aigoual est un granite tardif d’extension (calco-alcalin, ≈ -288 Ma), issu de la fusion de roches profondes après effondrement gravitaire. Les deux granites représentent donc deux étapes distinctes du même cycle orogénique.

10. La conclusion : revenir à la question initiale

Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler l’âge calculé pour Guéret (avec incertitude) et le comparer à celui d’Aigoual (288 ± 9 Ma), (2) intégrer la caractérisation chimique pour identifier le contexte tectonique de chaque granite, (3) répondre explicitement à la question posée — même étape orogénique ou étapes distinctes ? Pense aussi à intégrer les deux ressources complémentaires obtenues auprès de l’examinateur (schéma orogénique + chimie).

Exemple de formulation type (si Guéret précoce, Aigoual tardif) :

« L’isochrone Rb/Sr du granite de Guéret donne un âge de cristallisation d’environ 330 ± 10 Ma, nettement plus ancien que celui du granite d’Aigoual (288 ± 9 Ma). La caractérisation chimique fournie en partie B montre que Guéret est un granite peralumineux (A/CNK ≈ 1,2, riche en Al2O3) tandis qu’Aigoual est calco-alcalin (A/CNK ≈ 0,95, riche en CaO et K2O). En croisant âge et chimie avec le schéma orogénique de référence, on identifie : Guéret = granite précoce de collision/post-collision (fusion de métapélites par épaississement crustal vers -330 Ma) et Aigoual = granite tardif d’extension (fusion de la croûte inférieure après effondrement gravitaire vers -288 Ma). Les deux granites témoignent donc de deux étapes distinctes du cycle hercynien, séparées d’environ 40 millions d’années. »

11. Les pièges fréquents à éviter

Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici la stratégie initiale est imposée. Tu n’as pas à la justifier longuement avant de manipuler. La proposition de stratégie n’arrive qu’en partie B (identification des étapes orogéniques).

Piège n°2 — Conclure sur l’étape orogénique uniquement à partir de l’âge. Un granite hercynien peut être précoce ou tardif, selon sa chimie. Deux granites de même âge peuvent appartenir à des contextes différents (par exemple un anatectique localisé en pleine phase tardive). Toujours croiser âge ET chimie.

Piège n°3 — Oublier les incertitudes lors de la comparaison. 330 ± 10 et 288 ± 9 ne se chevauchent pas (intervalles [320 ; 340] vs [279 ; 297]) : la différence est significative. Mais si tu trouvais 295 ± 10 pour Guéret, l’intervalle [285 ; 305] chevaucherait celui d’Aigoual et la différence ne serait plus significative. Toujours raisonner en fourchettes.

Piège n°4 — Confondre orogenèse hercynienne et alpine. Le Massif central est entièrement hercynien (-410/-290 Ma) ; les Alpes sont alpines (-100 Ma à aujourd’hui). Un granite alpin pourrait apparaître dans une zone proche, mais pas en Limousin ou en Cévennes — vérifie toujours le contexte régional.

Piège n°5 — Ne pas exploiter les deux ressources complémentaires. Le sujet en annonce deux en partie B. Toutes deux doivent apparaître dans ta conclusion : le schéma orogénique pour situer chronologiquement les granites, la composition chimique pour caractériser le contexte tectonique. Si tu n’en mobilises qu’une, ta démonstration est incomplète.

12. Indice / cause / exemple — granites et étapes du cycle orogénique

  • Indice : écart d’âge significatif entre deux granites d’un même massif (Guéret/Aigoual) couplé à des compositions chimiques distinctes (peralumineux vs calco-alcalin)
  • Cause : chaque phase du cycle orogénique a sa fenêtre temporelle propre et sa roche-source spécifique — la collision-post-collision fait fondre les métapélites alumineuses ; l’extension tardive fait fondre la croûte inférieure calco-potassique
  • Exemple : dans le Massif central français, les granites précoces (Guéret, Saint-Mathieu, Saint-Sylvestre, vers -330 à -320 Ma) sont contemporains de l’épaississement crustal hercynien ; les granites tardifs (Aigoual, Pont-de-Montvert, vers -290 à -300 Ma) marquent l’extension post-orogénique. Cette double génération de granites est l’un des marqueurs majeurs de l’évolution complète d’un cycle orogénique

Ce qu’il faut retenir

  • Type de sujet : poursuite de stratégie avec deux ressources complémentaires en B (schéma orogénique + composition chimique)
  • Question du sujet : à quelles étapes du cycle hercynien se sont mis en place Guéret et Aigoual ? Même phase ou phases distinctes ?
  • Trois clés : identification minéralogique (microscope), datation absolue (isochrone Rb/Sr), caractérisation chimique (rapport A/CNK)
  • Cycle orogénique hercynien : convergence → collision → post-collision → extension tardive → pénéplanation, soit ≈ 120 Ma d’évolution
  • Deux types de granites : peralumineux (collision, fusion de métapélites) vs calco-alcalin (extension tardive, fusion de la croûte inférieure)
  • Stratégie en 3 temps : LE QUOI (identifier les étapes orogéniques) / LE COMMENT (chimie + âges + schéma) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (même étape ou étapes distinctes)
  • Communiquer les résultats : photographie de lame mince titrée et légendée OU graphique de l’isochrone sur tableur + tableau comparatif
  • Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
  • Lien au cours : 1B.1 (datation Rb/Sr, complémentarité des méthodes) + 1B.2 (cycle orogénique hercynien, ses phases successives)
  • Conclusion finale : positionner chaque granite dans son étape précise (collision vs extension), en mobilisant les deux ressources complémentaires
Fichiers de l’exercice
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🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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