Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
- Identifier la question scientifique d’un sujet portant sur les impacts d’un changement climatique passé sur une occupation humaine documentée
- Comprendre à quoi sert chacune des ressources fournies (modélisation de fonte, données polliniques sur tableur, tableau d’exigences écologiques)
- Mobiliser les notions d’inlandsis, de banquise, d’eustatisme et de principe d’Archimède appliqué à la fonte des glaces
- Construire une stratégie de poursuite en trois temps pour valider la modélisation par un témoin « banquise »
- Anticiper la nature de la ressource complémentaire apportée pour caler la chronologie de la submersion
- Communiquer les mesures par photographie titrée et légendée ou par tableau et diagramme sur tableur, et interpréter avec la trame « J’observe / Or je sais / J’en déduis »
- Rédiger une conclusion qui répond exactement à la question posée
1. Quel type de sujet ECE est-ce ?
Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.
Deux grands types de sujets ECE :
- Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
- Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).
Ici, dans le sujet 26_SVT_45, la partie A te demande directement de réaliser une modélisation expérimentale de la fonte d’un inlandsis (glaçons posés sur une grille au-dessus de l’eau, sous une lampe) et de construire en parallèle un diagramme pollinique à partir de données numériques sur tableur. La manipulation est déjà entièrement cadrée. Ce n’est qu’en partie B qu’on te demandera de proposer une stratégie pour valider la modélisation par un témoin « banquise » (glaçons flottants directement). C’est donc un sujet « poursuite de stratégie ».
2. Le contexte et la question scientifique
L’épreuve te plonge dans un site exceptionnel mêlant archéologie paléolithique et paléoclimatologie : la grotte Cosquer, située dans les calanques de Marseille, dont l’entrée actuelle est sous la mer à 37 m de profondeur. Cette grotte a été découverte fortuitement en 1985 par le plongeur Henri Cosquer, et a révélé un trésor archéologique majeur : des centaines de peintures et gravures pariétales du Paléolithique supérieur représentant chevaux, bisons, bouquetins, phoques, méduses, ainsi que des mains négatives. La datation par ¹⁴C a montré une fréquentation humaine entre −33 000 et −19 000 ans BP, puis un arrêt brutal.
Pourquoi l’arrêt vers −19 000 ans BP ? L’hypothèse principale est que l’élévation du niveau marin liée à la fonte des inlandsis du dernier maximum glaciaire (LGM, apogée à −21 ka) a noyé l’entrée de la grotte, la rendant inaccessible aux humains. Au LGM, le niveau marin global était ≈ 120 m plus bas qu’aujourd’hui, car d’énormes quantités d’eau étaient stockées sous forme de glace dans les inlandsis Fennoscandien (Europe du Nord) et Laurentide (Amérique du Nord). La déglaciation post-LGM a libéré cette eau dans l’océan, faisant remonter le niveau marin jusqu’à son niveau actuel sur ≈ 12 000 ans. L’entrée de la grotte Cosquer, accessible à pied sec ou à faible immersion au LGM, est devenue progressivement submergée à partir de la déglaciation.
Le sujet propose de tester cette hypothèse en combinant deux approches : (a) une modélisation expérimentale simple démontrant que la fonte de glaces terrestres élève bien le niveau marin (et non la fonte de banquise déjà flottante, qui ne le modifie pas — principe d’Archimède) ; (b) un diagramme pollinique régional méditerranéen attestant le réchauffement climatique vers −19 ka qui a provoqué la fonte.
La question scientifique du sujet : « L’arrêt de la fréquentation humaine de la grotte Cosquer vers −19 000 ans BP est-il bien dû à l’élévation du niveau marin provoquée par la fonte des inlandsis lors de la déglaciation post-LGM, comme l’attestent une modélisation expérimentale et un diagramme pollinique régional ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ta modélisation, ton diagramme pollinique et ta stratégie de poursuite doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.
3. À quoi servent les ressources fournies ?
Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.
Ressource 1 — Béchers transparents, glaçons, grille support, lampe chauffante, papier millimétré ou règle graduée. Elle te permet de modéliser expérimentalement la fonte d’un inlandsis terrestre et son impact sur le niveau marin. Le dispositif : un bécher contenant de l’eau (l’océan), une grille placée au-dessus du niveau d’eau supportant des glaçons (l’inlandsis terrestre situé sur un continent), une lampe pour accélérer la fonte. La règle ou le papier millimétré permettent de mesurer la hauteur initiale et finale du niveau d’eau dans le bécher.
Ressource 2 — Données numériques de palynologie de la région méditerranéenne sur la période d’intérêt (−25 000 à −15 000 ans BP), fournies sur tableur. Elle te donne les comptages des principaux taxons polliniques à différents âges, à partir d’une tourbière ou d’un lac régional. La construction du diagramme pollinique permettra de mettre en évidence un réchauffement climatique local concomitant de la submersion supposée de Cosquer.
Ressource 3 — Tableau d’exigences écologiques des principaux taxons rencontrés. Elle te fournit la grille d’interprétation paléoclimatique : graminées (Poaceae) et armoises (Artemisia) = climats froids et secs (toundra-steppe glaciaire) ; chêne (Quercus) et noisetier (Corylus) = climats chauds et humides (forêt tempérée méditerranéenne). Cette grille transformera l’information floristique en information climatique.
4. Le raisonnement scientifique du sujet
On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :
- L’hypothèse à tester est que l’arrêt de fréquentation de Cosquer vers −19 ka est lié à l’élévation du niveau marin provoquée par la fonte des inlandsis de la déglaciation post-LGM.
- Cette hypothèse repose sur deux chaînons causaux à vérifier : (a) la fonte des inlandsis fait bien monter le niveau marin (chaînon physique testable par modélisation), (b) la déglaciation a bien eu lieu à la fin du LGM dans la région méditerranéenne (chaînon climatique testable par palynologie).
- La modélisation avec glaçons posés sur grille au-dessus de l’eau reproduit fidèlement un inlandsis terrestre : la glace est hors de l’océan au départ, et sa fonte ajoute de l’eau au volume marin. Mesurer h0 et hfinal permet de quantifier la montée.
- Le diagramme pollinique méditerranéen, en montrant la transition de taxons froids (graminées, armoise) vers taxons tempérés (chêne, noisetier) vers −19 ka, atteste du réchauffement régional qui a déclenché la fonte des inlandsis.
- La convergence des deux indicateurs (montée marine modélisée + réchauffement palynologique attesté) valide l’hypothèse : la submersion de l’entrée de la grotte est le résultat physique et climatique attendu.
- La partie B renforce la modélisation par un témoin négatif : refaire la même expérience avec des glaçons flottant directement dans l’eau (modélisation de la banquise déjà à flot). Selon le principe d’Archimède, leur fonte ne devrait pas modifier le niveau d’eau, prouvant que seule la glace terrestre contribue à l’eustatisme.
Conclusion logique : pour répondre à la question, il « suffit » de démontrer expérimentalement l’impact de la fonte d’inlandsis sur le niveau marin (chaînon physique), d’attester le réchauffement régional par la palynologie (chaînon climatique), puis de proposer en partie B le témoin banquise pour valider la spécificité du mécanisme.
5. Rappels théoriques : inlandsis, banquise, eustatisme et principe d’Archimède
Un inlandsis est une vaste calotte glaciaire continentale reposant sur un substrat rocheux, atteignant des épaisseurs de plusieurs kilomètres et couvrant des millions de km². Aujourd’hui, seuls deux inlandsis subsistent : l’Antarctique (14 millions de km², 4 km d’épaisseur maximale, ≈ 26 millions de km³ de glace) et le Groenland (1,7 million de km², 3 km d’épaisseur, ≈ 3 millions de km³). Au LGM (−21 ka), deux autres inlandsis majeurs existaient : le Fennoscandien (Europe du Nord, atteignant les Alpes au sud) et le Laurentide (Amérique du Nord, atteignant New York au sud). Leur fonte progressive post-LGM a libéré ≈ 30 millions de km³ d’eau dans l’océan.
La banquise est un champ de glace flottant à la surface de l’océan, formé par congélation directe de l’eau de mer. Elle ne repose pas sur un continent. Elle existe aujourd’hui dans l’océan Arctique (étendue saisonnière variant de 5 à 15 millions de km² entre été et hiver) et autour de l’Antarctique. Crucial : la fonte de la banquise n’élève pas le niveau marin, en vertu du principe d’Archimède (la glace flottante déplace déjà un volume d’eau égal à son poids — quand elle fond, elle libère exactement le même volume d’eau qu’elle déplaçait). Cette distinction est fondamentale dans les débats actuels sur le réchauffement climatique : la fonte du Groenland et de l’Antarctique terrestre élèveront le niveau marin (jusqu’à +66 m de hausse théorique en cas de fonte totale), pas celle de la banquise arctique (qui pose d’autres problèmes : albédo, écosystèmes).
L’eustatisme désigne les variations globales du niveau marin liées à des changements du volume d’eau océanique (eustatisme glacio-eustatique = lié aux variations de stockage de glace dans les inlandsis) ou du volume des bassins océaniques (eustatisme tectono-eustatique = lié à la tectonique). À l’échelle du Quaternaire, c’est l’eustatisme glacio-eustatique qui domine, rythmé par les cycles glaciaires-interglaciaires. Entre le LGM (−21 ka, niveau ≈ −120 m) et l’Holocène (depuis −11,7 ka, niveau actuel), le niveau marin global a monté de ≈ 120 m. La vitesse moyenne de cette remontée a été d’environ 1 cm/an, avec des phases rapides (jusqu’à 4 cm/an lors des meltwater pulses) et des phases lentes.
Attention au piège conceptuel : pourquoi la fonte de la banquise n’élève-t-elle pas le niveau marin ? Parce que la glace flottante déplace déjà un volume d’eau égal à son poids (poussée d’Archimède). Quand cette glace fond, elle se transforme en eau liquide dont le volume est exactement égal à celui qu’elle déplaçait précédemment (la glace est ≈ 9 % moins dense que l’eau, mais 9 % de son volume était au-dessus de la surface). Le bilan est donc nul. Démonstration simple : remplir un verre avec un glaçon et de l’eau jusqu’au bord, observer après la fonte du glaçon : le niveau ne change pas.
6. Construire ta stratégie de poursuite en trois temps
Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ce n’est pas en partie A que tu proposes une stratégie (la manipulation y est imposée). C’est en partie B qu’on attend ta proposition, pour valider la modélisation par un témoin contrôle démontrant la spécificité du mécanisme. Et cette proposition doit, comme toujours, être structurée en trois temps. C’est la méthode officielle attendue par les jurys :
Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :
- LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
- LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
- LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?
Appliquons cette grille au sujet Cosquer :
Le QUOI
Je cherche à valider expérimentalement que seule la fonte de glace terrestre (inlandsis) élève le niveau marin, et non la fonte de glace déjà flottante (banquise). Cette démonstration par témoin négatif renforcera la modélisation de la partie A et confirmera la pertinence du mécanisme invoqué pour expliquer la submersion de l’entrée de la grotte Cosquer.
Le COMMENT
Je vais réaliser une expérience témoin parallèle à celle de la partie A. (a) Préparer un second bécher identique au premier, contenant la même quantité d’eau et placé sous la même lampe. (b) Dans ce second bécher, mettre directement des glaçons flottants à la surface de l’eau (modélisation de la banquise déjà à flot), sans grille support. (c) Mesurer le niveau d’eau initial h0 précisément au papier millimétré. (d) Laisser fondre pendant le même temps que dans la modélisation A (15-20 min sous la lampe). (e) Mesurer le niveau d’eau final hfinal et calculer Δh = hfinal − h0. (f) Comparer le Δh de la modélisation inlandsis (partie A) au Δh de la modélisation banquise (témoin négatif).
Les RÉSULTATS ANTICIPÉS
Deux scénarios sont possibles, et chacun m’oriente vers une conclusion différente :
- Scénario 1 — Spécificité de la fonte terrestre confirmée. La modélisation inlandsis (partie A) montre une montée nette du niveau d’eau après fonte (Δh significatif, par exemple +1 cm pour une masse de glaçons donnée). La modélisation banquise (témoin négatif) montre aucune variation du niveau d’eau (Δh ≈ 0). La spécificité du mécanisme inlandsis est démontrée, conformément au principe d’Archimède. Cela confirme que seule la fonte des inlandsis terrestres post-LGM peut expliquer l’élévation marine ayant submergé Cosquer.
- Scénario 2 — Pas de différence entre les deux dispositifs. Si les deux dispositifs montrent la même variation, soit la mesure est imprécise (l’élévation due à la fonte est petite), soit il y a un biais expérimental (évaporation, gouttes mal collectées). Il faudrait alors améliorer la précision (mesures sur durée plus longue, glaçons plus volumineux, vases plus étroits) ou refaire l’expérience.
7. La mise en œuvre pratique
Cette partie correspond à la manipulation cadrée de la partie A : tu dois monter le dispositif de modélisation inlandsis, mesurer la montée du niveau d’eau, et construire en parallèle le diagramme pollinique sur tableur.
Étape 1 — Montage du dispositif de modélisation.
- Verse une quantité connue d’eau dans le bécher (par exemple 200 mL). Marque le niveau initial h0 au papier millimétré collé sur le bécher, ou avec un trait de feutre.
- Place une grille support au-dessus du niveau d’eau (sans la toucher), maintenue par les bords du bécher ou par un dispositif extérieur.
- Dépose plusieurs glaçons sur la grille (l’« inlandsis » terrestre, hors de l’eau initiale).
- Place la lampe au-dessus pour accélérer la fonte.
- Démarre un chronomètre.
Étape 2 — Mesure de la montée du niveau d’eau.
- Laisse fondre pendant 15 à 20 minutes sous la lampe. L’eau de fonte tombe dans le bécher en passant à travers la grille.
- À la fin, mesure le niveau final hfinal au papier millimétré.
- Calcule la variation Δh = hfinal − h0. Cette variation est positive, témoignant de la montée du niveau due à l’apport d’eau de fonte.
- Note la masse approximative de glaçons fondus si possible (pesée avant/après) pour quantifier la relation entre masse fondue et montée du niveau.
Étape 3 — Construction du diagramme pollinique en parallèle.
- Ouvre le fichier de données polliniques méditerranéennes sur tableur.
- Pour chaque âge, calcule les pourcentages des principaux taxons (graminées, armoises, chêne, noisetier, autres).
- Insère un graphique en courbes superposées représentant l’évolution des % des taxons en fonction de l’âge (en ka BP).
- Repère le moment de la transition taxons froids (graminées, armoises) → taxons tempérés (chêne, noisetier).
Sécurité. La lampe chauffante peut être brûlante : ne pas toucher l’ampoule en fonctionnement. Manipuler l’eau avec précaution pour éviter les courts-circuits avec la lampe électrique. Le bécher en verre peut casser : éviter les chocs.
8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?
Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Cette ressource n’est pas un cadeau : elle est calibrée pour compléter ton analyse ou débloquer une étape de raisonnement. Anticiper sa nature est un excellent réflexe d’élève. Ce sujet riche peut justifier deux ressources complémentaires successives.
Sur ce sujet précis, la ressource complémentaire pourrait être :
- Une courbe du niveau marin reconstituée depuis −25 000 ans BP (à partir de mesures sur des coraux fossiles, des récifs surélevés, des forages côtiers), montrant la remontée progressive de ≈ −120 m à 0 m sur ≈ 17 000 ans, avec une accélération entre −19 et −15 ka.
- Une carte de la paléogéographie méditerranéenne au LGM (−21 ka) et à différentes époques de la déglaciation (−19, −15, −10 ka), montrant la submersion progressive du plateau continental méditerranéen et de l’entrée de la grotte Cosquer.
- Le témoin expérimental « banquise » directement (résultats d’une expérience avec glaçons flottants), démontrant l’absence d’élévation du niveau d’eau et validant la spécificité du mécanisme inlandsis terrestre.
- Une chronologie archéologique de la grotte Cosquer avec datations ¹⁴C des charbons et représentations pariétales, montrant la fréquentation entre −33 et −19 ka et l’arrêt brutal coïncidant avec la submersion modélisée.
Quelle qu’elle soit, chaque ressource doit être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.
9. Communiquer les résultats et interpréter
Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de ton observation.
Option 1 — Photographie titrée et légendée. Capture (1) un schéma annoté du dispositif de modélisation avant et après fonte (avec h0 et hfinal mesurés), et (2) le diagramme pollinique construit sur tableur. Présente chaque image avec un titre informatif (« Modélisation expérimentale de la fonte d’un inlandsis : élévation du niveau marin » et « Évolution palynologique en Méditerranée entre −25 et −15 ka BP »), précise les échelles et légende les éléments clés (glaçons, grille, niveau d’eau, lampe ; taxons polliniques, axes datés).
Option 2 — Production sur tableur. Construis un tableau de mesures pour la modélisation (h0, hfinal, Δh, masse fondue) et un tableau de données polliniques avec calcul des pourcentages. Insère le diagramme pollinique directement dans le document. Ajoute une zone de synthèse interprétant la convergence des deux pistes (modélisation physique + palynologie régionale).
Interpréter les résultats
Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :
Exemple appliqué au sujet (si modélisation positive et réchauffement palynologique attesté) :
- J’observe… que la modélisation expérimentale de la fonte d’inlandsis (glaçons sur grille) entraîne une montée mesurable du niveau d’eau dans le bécher (Δh ≈ +1 cm après 15 minutes de fonte sous la lampe). En parallèle, le diagramme pollinique méditerranéen montre un remplacement progressif des taxons froids (graminées et armoises dominantes vers −25 ka) par des taxons tempérés (chêne et noisetier en augmentation à partir de −19 ka), confirmant le réchauffement climatique régional à cette période.
- Or je sais que… seule la fonte de glace terrestre (inlandsis) élève le niveau marin (eustatisme glacio-eustatique), tandis que la fonte de la banquise déjà flottante ne le modifie pas (principe d’Archimède). Et que le réchauffement climatique post-LGM (entre −18 et −8 ka) a libéré environ 120 m d’élévation marine cumulée. La grotte Cosquer, fréquentée entre −33 et −19 ka, a son entrée actuellement à 37 m de profondeur.
- J’en déduis que… les deux pistes convergent pour expliquer l’arrêt de fréquentation de Cosquer : la fonte des inlandsis post-LGM (déclenchée par le réchauffement attesté en palynologie) a élevé le niveau marin et progressivement submergé l’entrée de la grotte, la rendant inaccessible aux humains à pied sec à partir de −19 ka environ. L’expérience témoin avec glaçons flottants (banquise, stratégie de poursuite en partie B) confirmera la spécificité du mécanisme inlandsis terrestre.
10. La conclusion : revenir à la question initiale
Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler les deux résultats clés (modélisation positive + réchauffement palynologique), (2) en déduire le mécanisme submersion de l’entrée de la grotte, (3) répondre explicitement à la question posée par le sujet (cause de l’arrêt de fréquentation). Pense aussi à intégrer la ressource complémentaire obtenue auprès de l’examinateur.
Exemple de formulation type (si convergence et témoin validés) :
« La modélisation expérimentale de la fonte d’inlandsis a confirmé une élévation mesurable du niveau d’eau (Δh ≈ +1 cm) lorsque la glace est posée au-dessus de l’eau (configuration terrestre), tandis que le diagramme pollinique méditerranéen atteste d’un réchauffement climatique régional vers −19 000 ans BP (transition des graminées et armoises vers chêne et noisetier). La ressource complémentaire (courbe du niveau marin / carte paléogéographique / témoin banquise / chronologie archéologique) confirme la convergence de ces données avec l’élévation marine globale de ≈ 120 m post-LGM et la submersion progressive du plateau continental méditerranéen. L’arrêt de fréquentation de la grotte Cosquer vers −19 000 ans BP s’explique donc bien par l’élévation du niveau marin liée à la fonte des inlandsis lors du réchauffement post-LGM, qui a noyé l’entrée de la grotte et l’a rendue inaccessible aux humains du Paléolithique supérieur. Cette reconstitution articule un mécanisme physique simple (modélisation d’Archimède) et des archives paléoclimatiques régionales pour expliquer un fait archéologique majeur. Elle nous rappelle aussi que le niveau marin actuel ne sera pas stable : le réchauffement anthropique actuel provoquera lui aussi une élévation marine par fonte du Groenland et de l’Antarctique terrestre, avec des conséquences potentiellement importantes sur nos littoraux. »
11. Les pièges fréquents à éviter
Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici c’est un sujet « poursuite de stratégie » : la stratégie en 3 temps porte sur la partie B (témoin banquise), pas sur la modélisation imposée en A. Si tu inverses, tu vas formuler ta proposition au mauvais moment et perdre des points.
Piège n°2 — Confondre fonte d’inlandsis et fonte de banquise. Inlandsis = glace terrestre, sa fonte ajoute de l’eau à l’océan et élève le niveau marin. Banquise = glace flottante déjà à la surface de l’océan, sa fonte ne modifie pas le niveau (principe d’Archimède). Cette distinction est fondamentale en climatologie actuelle (la fonte du Groenland est inquiétante, celle de la banquise arctique pose d’autres problèmes : albédo, écosystèmes, mais pas eustatisme).
Piège n°3 — Conclure sur le seul niveau marin sans utiliser le diagramme pollinique. La modélisation prouve le chaînon physique mais pas le chaînon climatique : le réchauffement régional attesté par la palynologie est nécessaire pour expliquer pourquoi les inlandsis ont fondu à ce moment-là. Toujours articuler les deux pistes dans la conclusion.
Piège n°4 — Ne pas attendre suffisamment longtemps pour observer la fonte. La fonte des glaçons sous une lampe est progressive. Une mesure trop précoce (5 min) ne révélera pas une élévation significative. Vise au moins 15-20 minutes pour avoir une variation mesurable et statistiquement significative.
Piège n°5 — Oublier la grille de support pour les glaçons. Sans la grille, les glaçons flottent directement dans l’eau (modélisation banquise), et la fonte n’élève pas le niveau. La grille au-dessus du niveau d’eau est l’élément clé du dispositif inlandsis. C’est l’erreur de montage la plus fréquente.
Piège n°6 — Ne pas exploiter la ressource complémentaire. Si tu l’as demandée et reçue, elle doit apparaître dans ta conclusion. Sinon, c’est comme si tu ne l’avais pas utilisée.
12. Indice / cause / exemple — eustatisme et déglaciation post-LGM
- Indice : élévation mesurable du niveau d’eau dans un bécher lors de la fonte de glaçons situés sur une grille au-dessus de l’eau (modélisation inlandsis terrestre), absence d’élévation lors de la fonte de glaçons flottants directement dans l’eau (modélisation banquise)
- Cause : l’eustatisme glacio-eustatique relie le volume des inlandsis terrestres au niveau marin global ; pendant les périodes glaciaires, une grande partie de l’eau de la planète est stockée sous forme de glace dans les inlandsis (au LGM : −120 m de niveau marin) ; pendant les périodes interglaciaires, la fonte libère cette eau et le niveau marin remonte ; la banquise (flottante) suit le principe d’Archimède : sa fonte ne modifie pas le niveau marin
- Exemple : la grotte Cosquer à Marseille, découverte en 1985, a son entrée à 37 m sous le niveau marin actuel ; sa fréquentation par les humains du Paléolithique supérieur entre −33 et −19 ka, attestée par les peintures pariétales et les datations ¹⁴C, prouve que l’entrée était alors accessible à pied sec ; d’autres exemples de submersion post-LGM : le Doggerland (plateau continental aujourd’hui sous la Manche et la mer du Nord, terre habitable entre Grande-Bretagne et continent jusqu’à −7 000 ans), le plateau du Sahul (Australie-Papouasie reliées par un pont terrestre au LGM, séparées par la remontée marine), le détroit de Béring (Alaska-Sibérie reliés au LGM, permettant le peuplement de l’Amérique)
Ce qu’il faut retenir
- Type de sujet : poursuite de stratégie (modélisation + palynologie imposées en A, témoin banquise à proposer en B)
- Question du sujet : l’arrêt de fréquentation de la grotte Cosquer vers −19 ka est-il dû à l’élévation marine post-LGM ?
- Outils A : béchers + glaçons sur grille + lampe + papier millimétré (modélisation) + données polliniques + tableur (diagramme pollinique) + tableau d’exigences écologiques
- Principe physique : seule la fonte d’inlandsis terrestre élève le niveau marin (eustatisme) ; la fonte de banquise ne le modifie pas (Archimède)
- Stratégie B en 3 temps : LE QUOI (valider spécificité du mécanisme) / LE COMMENT (témoin banquise = glaçons flottants directement) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (témoin sans élévation = spécificité inlandsis confirmée)
- Communiquer les résultats : photographies titrées (schéma dispositif + diagramme pollinique) OU tableau de mesures + diagramme pollinique sur tableur
- Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
- Lien au cours : 2B.1 (archives quaternaires, déglaciation post-LGM) + 2B.2 (impacts climatiques : eustatisme, submersion côtière) — analogie avec le réchauffement anthropique actuel et la future élévation marine prévue
- Piège majeur à éviter : confondre fonte d’inlandsis (élève le niveau) et fonte de banquise (ne l’élève pas, Archimède)
- Conclusion finale : toujours articuler chaînon physique (modélisation) + chaînon climatique (palynologie) + chronologie archéologique pour expliquer l’arrêt de fréquentation