Durée estimée : 30 min Niveau : Terminale spé SVT Type : ECE — Sujet 26_SVT_23 Thème : 1B — La dynamique interne de la Terre Cours référencés : 1B.2 (ophiolites, témoins d’océans disparus) + 1B.2 (cycles de Wilson) + 1B.2 (collision continentale, chaînes de subduction-collision)

Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
  • Identifier la question scientifique d’un sujet portant sur la reconstitution d’une chaîne de subduction-collision
  • Comprendre à quoi sert chacune des ressources fournies (Tectoglob 3D, échantillon de métagabbro, microscope, fiche minéraux, diagramme P-T)
  • Mobiliser les notions d’ophiolite, de minéral métamorphique HP/BT, de cycle de Wilson et de collision continentale
  • Construire une stratégie de poursuite en trois temps pour valider la phase de collision succédant à la subduction téthysienne
  • Anticiper la nature de la ressource complémentaire apportée pour caler l’épaississement crustal ou la cinématique indienne
  • Communiquer la cartographie ophiolitique et l’identification minéralogique par photographie titrée et légendée ou par tableau récapitulatif sur tableur, et interpréter avec la trame « J’observe / Or je sais / J’en déduis »
  • Rédiger une conclusion qui répond exactement à la question posée

1. Quel type de sujet ECE est-ce ?

Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.

Deux grands types de sujets ECE :

  • Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
  • Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).

Ici, dans le sujet 26_SVT_23, la partie A te demande directement de repérer sur Tectoglob 3D les affleurements d’ophiolites le long de la suture indo-asiatique (zone Yarlung-Tsangpo) et d’identifier au microscope dans une lame mince de métagabbro himalayen un minéral marqueur de subduction (glaucophane, jadéite, grenat) à l’aide d’une fiche minéraux et d’un diagramme pression-température. La manipulation est déjà entièrement cadrée. Ce n’est qu’en partie B qu’on te demandera de proposer une stratégie pour valider la phase de collision continentale qui a succédé à la subduction. C’est donc un sujet « poursuite de stratégie ».

2. Le contexte et la question scientifique

L’épreuve te plonge dans la plus haute chaîne de montagnes du monde : l’Himalaya, qui culmine à 8 849 m (Everest) et résulte de la convergence entre la plaque indienne et la plaque eurasiatique. Le modèle géodynamique standard, largement validé, postule que cette convergence a comporté deux phases successives : d’abord une subduction de la lithosphère océanique téthysienne (la branche orientale de la Téthys, ancien océan séparant l’Inde de l’Asie) sous la plaque eurasiatique, débutée au Crétacé ; puis, après fermeture complète de l’océan vers 55-50 Ma, une collision continentale entre l’Inde et l’Asie qui se poursuit encore aujourd’hui.

Mais ce modèle est-il vérifiable par les roches que l’on trouve aujourd’hui dans la chaîne ? Deux indices clés doivent être réunis pour valider la phase de subduction : (1) la présence d’ophiolites témoignant qu’un océan a bien existé puis disparu ; (2) la présence de minéraux métamorphiques HP/BT dans ces ophiolites prouvant que la lithosphère océanique a bien été entraînée en subduction avant d’être préservée. Pour la phase de collision, d’autres indices seront à chercher : épaississement crustal, métamorphisme prograde, raccourcissement tectonique massif.

La question scientifique du sujet : « Le modèle géodynamique de formation de l’Himalaya par subduction puis collision est-il validé par les roches actuellement observables dans la chaîne et le long de sa suture ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ta cartographie Tectoglob, ton observation minéralogique et ta stratégie de poursuite doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.

3. À quoi servent les ressources fournies ?

Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.

Ressource 1 — Tectoglob 3D et carte géologique mondiale. Elle te permet de cartographier à l’échelle régionale les affleurements d’ophiolites alignés le long de la suture indo-asiatique (zone du Yarlung-Tsangpo, au sud du Tibet, latitude ≈ 30°N, longitude ≈ 85°E). C’est la ressource qui révèle l’existence passée d’un océan à cet emplacement : sans ophiolites, on n’aurait aucune preuve directe que la Téthys a un jour séparé l’Inde et l’Asie. Tectoglob permet aussi de tracer la topographie et la sismicité actuelle pour visualiser la collision encore active.

Ressource 2 — Échantillon de métagabbro himalayen, lame mince, microscope polarisant et fiche d’identification des minéraux métamorphiques. Elle te permet d’identifier dans la roche les minéraux métamorphiques HP/BT diagnostiques d’une subduction : glaucophane (bleu lavande caractéristique en LPA, faciès schiste bleu, P ≈ 1,2 GPa, T ≈ 400 °C) ou jadéite + grenat (faciès éclogite, P > 2 GPa, T ≈ 600 °C). Sans cette identification minéralogique, on ne pourrait pas démontrer que le métagabbro a bien plongé en subduction avant d’être obducté.

Ressource 3 — Schéma du trajet pression-température (P-T) d’un gabbro subduit. Elle te fournit la grille théorique qui relie chaque minéral métamorphique à un domaine du diagramme P-T (faciès schiste vert, schiste bleu, éclogite, granulite, amphibolite). C’est ton « décodeur » : sans elle, observer une glaucophane sans savoir qu’elle correspond à 35-45 km de profondeur reviendrait à perdre l’information chronologique. Le schéma permet de quantifier le trajet (profondeur maximale atteinte, conditions de pic métamorphique).

4. Le raisonnement scientifique du sujet

On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :

  • Pour valider la phase de subduction d’un ancien océan, il faut réunir deux indices conjoints : (a) preuve qu’un océan a existé (= ophiolites préservées), (b) preuve que sa lithosphère a été entraînée en profondeur (= minéraux métamorphiques HP/BT).
  • La cartographie Tectoglob teste l’indice (a) : si une bande continue d’affleurements ophiolitiques apparaît le long d’une ligne précise (suture), c’est l’empreinte fossile d’un ancien océan fermé.
  • L’analyse de la lame mince au microscope teste l’indice (b) : si la paragenèse contient glaucophane ou jadéite + grenat, le métagabbro a bien plongé en subduction (≥ 35 km).
  • La conjonction des deux indices permet de valider la phase de subduction téthysienne sous l’Eurasie.
  • Pour la phase de collision, il faudra des indices supplémentaires : épaississement crustal détectable par sismique réfraction, métamorphisme barrovien prograde (chlorite → biotite → grenat → staurotide → disthène → sillimanite), chevauchements majeurs (MCT, MBT, MFT) visibles en coupe, raccourcissement mesurable. C’est l’objet de la stratégie de poursuite en partie B.

Conclusion logique : pour répondre à la question, il « suffit » de croiser cartographie (ophiolites le long de la suture) et minéralogie (présence HP/BT) en partie A pour valider la subduction, puis de proposer une recherche d’indices de collision en partie B. La stratégie articule donc deux échelles : régionale (cartographie) et microscopique (minéralogie), et deux phases successives du cycle de Wilson (subduction + collision).

5. Rappels théoriques : cycle de Wilson, chaîne de subduction-collision et histoire indo-asiatique

Le cycle de Wilson décrit la naissance, l’expansion, la fermeture puis la disparition d’un océan, qui peut conduire à la formation d’une chaîne de montagnes. Les cinq étapes idéales sont : (1) rift continental avec amincissement crustal et magmatisme alcalin ; (2) océan en expansion avec dorsale active ; (3) subduction d’une lithosphère océanique sous une autre plaque, avec marges actives et arc volcanique ; (4) fermeture totale de l’océan et collision continentale entre les deux continents anciennement séparés ; (5) érosion et pénéplénation. L’Himalaya correspond aux étapes (3) et (4) entre la plaque indienne et la plaque eurasiatique.

L’histoire indo-asiatique se résume ainsi : il y a environ 140 Ma, l’Inde se détache du Gondwana et migre vers le nord à grande vitesse (≈ 15 cm/an, l’une des plus rapides jamais enregistrées sur Terre). Pendant tout le Crétacé et le début du Cénozoïque, la lithosphère océanique téthysienne subducte sous l’Asie : c’est la phase de subduction. Vers 55-50 Ma, l’océan est complètement résorbé : les deux continents entrent en collision. La vitesse de convergence ralentit (à ≈ 5 cm/an aujourd’hui), mais ne s’arrête pas. Résultat : la croûte continentale s’épaissit (jusqu’à 70 km sous l’Himalaya, contre 30 km en moyenne), se raccourcit par chevauchements successifs (MCT — Main Central Thrust ; MBT — Main Boundary Thrust ; MFT — Main Frontal Thrust), et se surélève, formant la chaîne actuelle qui continue de croître de quelques mm/an.

Les ophiolites du Yarlung-Tsangpo sont les témoins fossiles de l’océan téthysien disparu. Elles affleurent en une bande étroite (quelques kilomètres) mais continue sur plus de 2 000 km le long de la suture indo-asiatique, parallèlement à la rivière Yarlung-Tsangpo (qui devient le Brahmapoutre en Inde). Elles contiennent péridotites, gabbros, basaltes en coussins et sédiments pélagiques — la succession ophiolitique classique.

Attention à la distinction subduction / collision : la subduction met en jeu au moins une plaque océanique qui s’enfonce dans le manteau (plus dense, peut couler). La collision met en jeu deux plaques continentales qui ne peuvent pas s’enfoncer (trop peu denses) : elles s’épaississent et se chevauchent. Dans l’Himalaya, la subduction téthysienne s’est arrêtée quand la marge nord de l’Inde (continentale) est arrivée au front de la subduction : la collision a alors commencé.

6. Construire ta stratégie de poursuite en trois temps

Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ce n’est pas en partie A que tu proposes une stratégie (la manipulation y est imposée). C’est en partie B qu’on attend ta proposition, pour valider la phase de collision succédant à la subduction téthysienne. Et cette proposition doit, comme toujours, être structurée en trois temps. C’est la méthode officielle attendue par les jurys :

Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :

  1. LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
  2. LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
  3. LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?

Appliquons cette grille à la stratégie de poursuite pour le sujet Himalaya :

Le QUOI

Je cherche à valider la phase de collision continentale indo-asiatique qui a succédé à la subduction téthysienne, en mettant en évidence les trois signatures caractéristiques d’une collision active : (1) épaississement crustal détectable par profil sismique, (2) raccourcissement tectonique matérialisé par des chevauchements majeurs (MCT, MBT, MFT) et un métamorphisme barrovien prograde, (3) cinématique de convergence documentable par paléomagnétisme et géodésie GPS actuelle.

Le COMMENT

Je vais demander la consultation de trois types de données complémentaires. (a) Un profil sismique transverse de l’Himalaya (Inde du nord vers Tibet) montrant la double épaisseur crustale (jusqu’à 70 km sous le Tibet) et la flexion de la lithosphère indienne sous l’Asie. (b) Une coupe géologique traversant les grands chevauchements himalayens (MCT, MBT, MFT) avec, dans chaque écaille, l’identification des assemblages métamorphiques barrovien (chlorite, biotite, grenat, staurotide, disthène, sillimanite selon la profondeur d’enfouissement). (c) Des données paléomagnétiques retraçant la migration vers le nord de la plaque indienne sur les 140 derniers Ma et des vitesses GPS actuelles documentant la convergence encore active (≈ 5 cm/an).

Les RÉSULTATS ANTICIPÉS

Deux scénarios sont possibles, et chacun m’oriente vers une conclusion différente :

  • Scénario 1 — Convergence des indices. Le profil sismique confirme une croûte continentale anormalement épaisse (≈ 70 km) sous l’Himalaya-Tibet, la coupe géologique met en évidence le système de chevauchements MCT-MBT-MFT et un métamorphisme barrovien prograde des écailles, les données paléomagnétiques et GPS documentent la migration de l’Inde et la convergence encore active. La phase de collision continentale est définitivement validée : elle a fait suite à la subduction téthysienne après fermeture complète de l’océan vers 55-50 Ma.
  • Scénario 2 — Indices incomplets ou contradictoires. Si un seul des trois indices manquait (par exemple croûte normale sous le Tibet, ou absence de chevauchements majeurs), le modèle de collision serait à reconsidérer. Mais dans le cas himalayen, les trois indices sont massivement présents et convergents, ce qui fait du modèle subduction-collision l’un des mieux établis de la géologie moderne.

7. La mise en œuvre pratique

Cette partie correspond à la manipulation cadrée de la partie A : tu dois successivement cartographier les ophiolites sur Tectoglob 3D, puis identifier au microscope un minéral marqueur de subduction dans le métagabbro. C’est une étape technique qui demande de la rigueur à chaque opération.

Étape 1 — Cartographie des ophiolites sur Tectoglob 3D.

  1. Centre la carte sur les coordonnées indiquées par le sujet (latitude ≈ 30°N, longitude ≈ 85°E — sud du Tibet).
  2. Active la couche géologie pour afficher la nature des roches affleurantes.
  3. Repère la bande étroite et continue d’affleurements ophiolitiques (en général figurée en vert sombre ou violet selon la convention cartographique) parallèle à la rivière Yarlung-Tsangpo. Cette bande matérialise la suture indo-asiatique.
  4. Affiche également la topographie 3D pour visualiser le contraste entre la haute chaîne himalayenne au sud et le plateau tibétain au nord, et la sismicité actuelle qui matérialise la convergence encore active.
  5. Capture la zone pour l’annoter ensuite (suture, ophiolites, principaux sommets, sens de la convergence).

Étape 2 — Identification du minéral marqueur de subduction au microscope polarisant.

  1. Place la lame mince du métagabbro himalayen sur la platine, démarre en lumière polarisée non analysée (LPNA) au grossissement ×40 pour repérer la texture générale.
  2. Passe en lumière polarisée analysée (LPA) au ×100 puis ×400 pour identifier les minéraux selon les critères usuels.
  3. Cherche en particulier : la glaucophane (bleu lavande très caractéristique en LPA, allongée, biréfringence moyenne) ou le couple jadéite + grenat (jadéite vert pomme à incolore en LPA, grenat isotrope = noir quel que soit l’angle de rotation). Confronte chaque minéral à la fiche minéraux fournie.
  4. Identifie la paragenèse complète et associe-la au faciès métamorphique correspondant (schiste bleu si glaucophane dominante, éclogite si jadéite + grenat).

Étape 3 — Placement sur le diagramme P-T et estimation de la profondeur.

  1. Sur le diagramme pression-température fourni, repère le domaine de stabilité du faciès observé (schiste bleu ou éclogite).
  2. Lis la pression de pic (P ≈ 1,2-1,5 GPa pour schiste bleu, P > 2 GPa pour éclogite) et convertis en profondeur d’enfouissement (1 GPa ≈ 35 km, soit ≈ 40-50 km pour schiste bleu, ≈ 70-90 km pour éclogite).
  3. Confirme par la lecture que le métagabbro a bien été entraîné en subduction profonde, validant la phase de subduction de l’océan téthysien.

Sécurité. Les lames minces sont fragiles et coupantes : manipule-les par les bords, jamais sur la surface vernie. Le microscope reste sous la responsabilité de l’élève : ne force jamais la mise au point au fort grossissement (risque d’enfoncer l’objectif dans la lame).

8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?

Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Cette ressource n’est pas un cadeau : elle est calibrée pour compléter ton analyse ou débloquer une étape de raisonnement. Anticiper sa nature est un excellent réflexe d’élève.

Sur ce sujet précis, la ressource complémentaire pourrait être :

  • Un profil sismique transverse de l’Himalaya (Inde-Tibet) révélant la double épaisseur crustale (jusqu’à 70 km sous le Tibet contre 30 km en moyenne) et la flexion de la lithosphère indienne plongeant sous l’Asie — preuve directe de l’épaississement par collision.
  • Une coupe géologique synthétique traversant la chaîne avec les trois grands chevauchements (MCT — Main Central Thrust, MBT — Main Boundary Thrust, MFT — Main Frontal Thrust) et l’enchaînement des faciès métamorphiques barroviens dans les écailles successives (chlorite, biotite, grenat, staurotide, disthène, sillimanite).
  • Une carte paléomagnétique retraçant la migration vers le nord de la plaque indienne sur les 140 derniers Ma, avec des positions reconstituées à 100, 80, 60, 40, 20 et 0 Ma, démontrant la dérive de 5 000 km parcourue depuis le Gondwana.
  • Une carte de vitesses GPS actuelles en Inde et au Tibet, montrant que l’Inde continue de se déplacer vers le nord à ≈ 5 cm/an et que la collision est encore active : la chaîne n’est pas une relique fossile mais un orogène vivant.

Quelle qu’elle soit, cette ressource doit toujours être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.

9. Communiquer les résultats et interpréter

Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de ton observation.

Option 1 — Photographie titrée et légendée. Capture (1) une vue Tectoglob 3D annotée montrant la bande d’ophiolites le long de la suture Yarlung-Tsangpo, la haute chaîne himalayenne et le plateau tibétain, et (2) un champ microscopique caractéristique de la lame mince du métagabbro avec son minéral marqueur de subduction (glaucophane bleue ou jadéite + grenat). Présente chaque image avec un titre informatif (« Suture indo-asiatique et bande ophiolitique du Yarlung-Tsangpo, vue Tectoglob 3D » et « Glaucophane dans le métagabbro himalayen, microscope polarisant en LPA, ×400 »), précise les échelles (cartographique pour Tectoglob, micrométrique pour la lame) et légende les éléments clés (suture, ophiolites, sommets, minéraux).

Option 2 — Production sur tableur. Construis un tableau récapitulatif des indices à deux colonnes : « Indice attendu pour valider le modèle subduction → collision » et « Observation réalisée et conclusion ». Lignes : (a) existence d’un océan disparu → ophiolites le long de la suture (oui/non), (b) plongée en subduction → minéral HP/BT identifié et faciès associé, (c) profondeur estimée à partir du diagramme P-T, (d) phase de collision → à compléter en partie B (épaississement, chevauchements, paléomagnétisme). Une dernière colonne « validation : oui/non/à compléter » synthétise le diagnostic.

Interpréter les résultats

Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :

Exemple appliqué au sujet (si ophiolites + glaucophane identifiées) :

  • J’observe… que Tectoglob 3D met en évidence une bande continue d’affleurements ophiolitiques alignée le long de la rivière Yarlung-Tsangpo sur plus de 2 000 km, marquant la suture entre les hautes terres tibétaines et la chaîne himalayenne. Et que la lame mince du métagabbro himalayen contient des cristaux bleu lavande caractéristiques, identifiés comme de la glaucophane d’après la fiche minéraux, plaçant la roche dans le faciès schiste bleu du diagramme P-T (P ≈ 1,2-1,5 GPa, soit ≈ 40-50 km de profondeur).
  • Or je sais que… la présence d’ophiolites témoigne de l’existence passée d’un océan aujourd’hui disparu (ressource 1), et la présence de glaucophane atteste d’un trajet métamorphique HP/BT typique d’une subduction froide (ressources 2 et 3). La conjonction des deux indices est la signature géologique d’une fermeture d’océan par subduction.
  • J’en déduis que… les observations réunies valident la phase de subduction de l’océan téthysien sous l’Asie : un océan a bien existé entre l’Inde et l’Eurasie, sa lithosphère a bien été entraînée à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur, et les reliques sont aujourd’hui obductées le long de la suture indo-asiatique. La phase de collision qui a succédé reste à valider par les indices d’épaississement crustal et de raccourcissement tectonique, objet de la stratégie de poursuite en partie B.

10. La conclusion : revenir à la question initiale

Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler les deux indices observés (ophiolites + minéral HP/BT), (2) en déduire la validation de la phase de subduction, (3) répondre explicitement à la question posée par le sujet (le modèle subduction-collision est-il validé par les roches actuelles ?). Pense aussi à intégrer la ressource complémentaire obtenue auprès de l’examinateur.

Exemple de formulation type (si les deux phases sont validées) :

« La cartographie Tectoglob 3D met en évidence une bande continue d’ophiolites alignée sur plus de 2 000 km le long de la suture Yarlung-Tsangpo, témoignant de l’existence passée d’un océan (la Téthys) entre l’Inde et l’Eurasie. L’observation microscopique du métagabbro himalayen révèle la présence de glaucophane (faciès schiste bleu, P ≈ 1,2-1,5 GPa), prouvant que la lithosphère océanique téthysienne a bien été entraînée à 40-50 km de profondeur en subduction. La ressource complémentaire (profil sismique / coupe / paléomagnétisme / GPS) confirme l’épaississement crustal massif (jusqu’à 70 km sous le Tibet), la présence des grands chevauchements (MCT, MBT, MFT) et la convergence encore active (≈ 5 cm/an), validant la phase de collision continentale qui a succédé à la subduction. Le modèle géodynamique de formation de l’Himalaya par subduction puis collision est donc pleinement validé par les roches et les structures actuellement observables. »

11. Les pièges fréquents à éviter

Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici c’est un sujet « poursuite de stratégie » : la stratégie en 3 temps porte sur la partie B (validation de la collision), pas sur les observations imposées en A. Si tu inverses, tu vas formuler ta proposition au mauvais moment et perdre des points.

Piège n°2 — Confondre subduction et collision. La subduction implique qu’au moins une plaque soit océanique (plus dense, peut s’enfoncer). La collision implique deux plaques continentales (toutes deux trop peu denses pour s’enfoncer), qui s’épaississent et se chevauchent. Dans l’Himalaya, les deux phases se sont succédé : subduction téthysienne (océanique) puis collision indo-asiatique (continentale). Ne mélange pas les marqueurs dans ta rédaction.

Piège n°3 — Conclure sur le modèle global à partir des seuls indices océaniques. Les ophiolites et la glaucophane valident la subduction, pas la collision. Pour cette dernière, il faut impérativement les indices supplémentaires (épaississement, chevauchements, métamorphisme barrovien, paléomagnétisme). C’est précisément pourquoi la partie B existe. Ne grille pas l’étape.

Piège n°4 — Oublier que l’Himalaya est encore en cours de formation. L’Inde continue de se déplacer vers le nord à ≈ 5 cm/an. La chaîne s’élève encore de quelques mm/an, les séismes sont fréquents (la sismicité visible sur Tectoglob est une preuve directe). Ne décris pas l’Himalaya comme une chaîne fossile : c’est un orogène vivant.

Piège n°5 — Confondre Yarlung-Tsangpo (rivière) et suture indo-asiatique (limite tectonique). Le Yarlung-Tsangpo est une grande rivière qui suit topographiquement la suture sur des centaines de kilomètres avant de descendre vers l’Inde sous le nom de Brahmapoutre. Mais la suture, elle, est une structure tectonique matérialisée par les ophiolites, indépendante de la rivière. La rivière sert juste de repère cartographique pratique.

Piège n°6 — Ne pas exploiter la ressource complémentaire. Si tu l’as demandée et reçue, elle doit apparaître dans ta conclusion. Sinon, c’est comme si tu ne l’avais pas utilisée.

12. Indice / cause / exemple — chaîne de subduction-collision indo-asiatique

  • Indice : bande continue d’ophiolites le long de la suture indo-asiatique (Yarlung-Tsangpo), présence de glaucophane ou de jadéite + grenat dans les métagabbros, croûte continentale anormalement épaisse (≈ 70 km) sous le Tibet, chevauchements majeurs MCT/MBT/MFT en coupe, convergence encore active de ≈ 5 cm/an mesurée par GPS
  • Cause : fermeture progressive de l’océan téthysien par subduction de sa lithosphère océanique sous la plaque eurasiatique (Crétacé-Paléogène), suivie de la collision continentale entre l’Inde (détachée du Gondwana à ≈ 140 Ma) et l’Asie à partir de 55-50 Ma ; la collision se poursuit et continue d’épaissir et de soulever la chaîne
  • Exemple : la chaîne Himalaya-Tibet est le plus grand orogène de subduction-collision actuellement actif sur Terre, culminant à 8 849 m (Everest) ; ses 8 sommets > 8 000 m, sa croûte épaisse de 70 km et sa sismicité intense en font le terrain de référence mondial pour étudier les chaînes de collision ; les ophiolites de la suture Yarlung-Tsangpo sont parmi les mieux préservées au monde, livrant des données fondamentales sur la composition et l’histoire de la Téthys

Ce qu’il faut retenir

  • Type de sujet : poursuite de stratégie (observations imposées en A pour valider la subduction, indices de collision à proposer en B)
  • Question du sujet : le modèle subduction → collision de la formation de l’Himalaya est-il validé par les roches actuelles ?
  • Outils A : Tectoglob 3D (cartographie des ophiolites le long de la suture Yarlung-Tsangpo) + microscope polarisant (identification minérale) + diagramme P-T (estimation de profondeur)
  • Indices de subduction : ophiolites alignées sur la suture + minéraux HP/BT (glaucophane = schiste bleu ≈ 40-50 km ; jadéite + grenat = éclogite > 70 km)
  • Stratégie B en 3 temps : LE QUOI (valider la collision) / LE COMMENT (profil sismique + coupe à chevauchements + métamorphisme barrovien + paléomagnétisme + GPS) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (convergence des 3 indices = modèle validé)
  • Communiquer les résultats : photographies titrées et légendées (Tectoglob + lame) OU tableau récapitulatif des indices sur tableur
  • Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
  • Lien au cours : 1B.2 (ophiolites, cycles de Wilson, collision continentale) — l’Himalaya illustre le cas le plus spectaculaire et actif de chaîne de subduction-collision sur Terre
  • Piège majeur à éviter : confondre subduction (océanique) et collision (continentale), ou conclure sur le modèle global à partir des seuls indices océaniques
  • Conclusion finale : toujours articuler les deux phases successives (subduction téthysienne validée en A + collision indo-asiatique à valider en B) pour répondre explicitement à la question
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