Durée estimée : 30 min Niveau : Terminale spé SVT Type : ECE — Sujet 26_SVT_22 Thème : 1B — La dynamique interne de la Terre Cours référencés : 1B.2 (ophiolites, témoins d’océans disparus) + 1B.2 (cycles de Wilson) + 1B.2 (collision continentale)

Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
  • Identifier la question scientifique d’un sujet portant sur la reconstitution d’océans disparus à partir d’ophiolites alpines
  • Comprendre à quoi sert chacune des ressources fournies (lames minces de métagabbros, planches d’identification métamorphique, carte des ophiolites alpines)
  • Mobiliser les notions d’ophiolite, de trajet pression-température, de faciès métamorphique et de cycle de Wilson
  • Construire une stratégie de poursuite en trois temps pour distinguer l’océan d’origine (rhéique paléozoïque ou alpin mésozoïque) de chaque échantillon
  • Anticiper la nature de la ressource complémentaire apportée pour caler la chronologie ou le trajet P-T
  • Communiquer les paragenèses identifiées par photographie titrée et légendée ou par tableau récapitulatif sur tableur, et interpréter avec la trame « J’observe / Or je sais / J’en déduis »
  • Rédiger une conclusion qui répond exactement à la question posée

1. Quel type de sujet ECE est-ce ?

Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.

Deux grands types de sujets ECE :

  • Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
  • Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).

Ici, dans le sujet 26_SVT_22, la partie A te demande directement d’observer au microscope polarisant trois lames minces de métagabbros (échantillons A, B, C) prélevés dans différentes ophiolites alpines, et d’identifier dans chacune un minéral métamorphique caractéristique à l’aide de la planche fournie. La manipulation est déjà entièrement cadrée. Ce n’est qu’en partie B qu’on te demandera de proposer une stratégie pour préciser la localisation et l’âge de chaque échantillon, et donc l’océan disparu auquel il appartient. C’est donc un sujet « poursuite de stratégie ».

2. Le contexte et la question scientifique

L’épreuve te plonge dans un laboratoire de pétrologie alpine. Trois échantillons de métagabbros (A, B et C) ont été collectés dans différentes ophiolites de la chaîne alpine, mais l’étiquetage a été perdu : on ne sait plus de quel site précis chacun provient. Or les Alpes occidentales contiennent des reliques de deux océans disparus : l’océan rhéique (paléozoïque, lié à la formation de la Pangée) et l’océan alpin (mésozoïque, branche occidentale de la Téthys). Ces deux océans n’ont pas eu la même histoire tectonique : leurs lithosphères ont subi des trajets pression-température (P-T) différents lors de leur subduction et de leur fermeture.

La bonne nouvelle, c’est que ces trajets P-T sont enregistrés dans les minéraux métamorphiques. Un gabbro qui n’a connu qu’une hydrothermalisation près de la dorsale présente une paragenèse de faciès schiste vert (chlorite, actinote, hornblende). Un gabbro entraîné en subduction à faible température présente des minéraux du faciès schiste bleu (glaucophane). Un gabbro mené à très haute pression et température modérée présente des minéraux du faciès éclogite (jadéite + grenat). En identifiant la paragenèse, on remonte au trajet P-T, et donc à l’histoire de l’échantillon — son site probable et son océan d’origine.

La question scientifique du sujet : « Quel est l’océan d’origine (rhéique paléozoïque ou alpin mésozoïque) de chacun des trois métagabbros A, B et C, et comment leurs paragenèses métamorphiques permettent-elles de les localiser dans la chaîne alpine ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ton observation microscopique, ton identification minéralogique et ta stratégie de poursuite doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.

3. À quoi servent les ressources fournies ?

Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.

Ressource 1 — Trois lames minces de métagabbros (échantillons A, B, C) et microscope polarisant. Elle te donne accès aux minéraux métamorphiques qui se sont formés ou ont remplacé les minéraux magmatiques originels (pyroxène, plagioclase) au cours de l’histoire post-cristallisation de chaque gabbro. Ce sont eux qui portent l’empreinte du trajet P-T subi par la roche. Le microscope polarisant te permet de distinguer en LPA les couleurs de biréfringence caractéristiques de chaque minéral.

Ressource 2 — Planche d’identification des minéraux métamorphiques en LPNA et LPA. Elle te fournit les critères diagnostiques (couleur en LPNA, biréfringence en LPA, forme, clivages) pour reconnaître les trois minéraux clés : la hornblende (vert en LPNA, vert-brun en LPA — métagabbro peu transformé, faciès schiste vert / hydrothermalisme près d’une dorsale), la glaucophane (bleu lavande très caractéristique en LPA — faciès schiste bleu, subduction froide à pression modérée), la jadéite (vert pomme à incolore, souvent associée au grenat isotrope — faciès éclogite, subduction profonde à très haute pression). Sans cette planche, tu pourrais voir les minéraux sans pouvoir les nommer ni leur associer un faciès.

Ressource 3 — Carte des ophiolites alpines occidentales avec localisation des sites de référence. Elle te donne la répartition géographique des principales reliques océaniques alpines : Chenaillet (massif des Écrins, métagabbros faiblement transformés, hornblende) ; Queyras (schistes bleus à glaucophane) ; Mont Viso (éclogites à jadéite + grenat) ; ophiolites de Ligurie ; reliques rhéiques dans le socle paléozoïque. C’est ta « carte routière » : sans elle, tu identifierais bien le faciès métamorphique mais ne pourrais pas le rattacher à un site précis ni à un océan disparu.

4. Le raisonnement scientifique du sujet

On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :

  • Un gabbro est une roche magmatique grenue formée lentement en profondeur, typique de la croûte océanique inférieure au niveau d’une dorsale.
  • Selon son histoire tectonique ultérieure, ce gabbro va subir des transformations métamorphiques différentes : hydrothermalisme près de la dorsale (faciès schiste vert), subduction froide (faciès schiste bleu), subduction profonde (faciès éclogite).
  • Chaque faciès métamorphique est défini par une paragenèse caractéristique (assemblage de minéraux co-existant en équilibre) qui correspond à un domaine précis du diagramme P-T.
  • En identifiant la paragenèse d’un échantillon, on remonte donc à son trajet P-T, et de là à son histoire géodynamique.
  • Or les ophiolites des deux océans disparus (rhéique et alpin) ont des localisations différentes et ont subi des trajets P-T variables selon leur position dans la chaîne : zone externe peu déformée (Chenaillet, faciès schiste vert), zone intermédiaire (Queyras, schiste bleu), zone interne profondément subduite (Mont Viso, éclogite).
  • En croisant la paragenèse observée avec la carte des ophiolites, on peut donc proposer une localisation probable pour chaque échantillon, et en déduire son océan d’origine.
  • Pour la partie B, il restera à confirmer définitivement l’attribution par une datation absolue (Sm/Nd ou Lu/Hf sur grenat-clinopyroxène) ou un calage P-T plus précis.

Conclusion logique : pour répondre à la question, il « suffit » d’identifier dans chaque lame le minéral métamorphique diagnostique, de déduire le faciès et le trajet P-T, puis de proposer une localisation via la carte. La stratégie de poursuite consistera à verrouiller ce diagnostic par une datation isotopique ou un calage thermobarométrique précis.

5. Rappels théoriques : ophiolites, métamorphisme et cycle de Wilson

Une ophiolite est un fragment de lithosphère océanique (croûte + manteau supérieur) charrié sur un continent lors d’une collision et préservé dans une chaîne de montagnes. La succession idéale, de la base au sommet, est : péridotites (manteau lithosphérique), gabbros (croûte océanique inférieure), complexe filonien (dykes de diabase), basaltes en coussins (croûte supérieure), sédiments pélagiques. Les ophiolites sont les meilleures « cartes postales » des océans disparus : sans elles, on ignorerait l’existence passée d’océans aujourd’hui refermés.

Le métamorphisme est l’ensemble des transformations minéralogiques que subit une roche à l’état solide sous l’effet de variations de pression et de température. Chaque faciès métamorphique est défini par un champ P-T et une paragenèse caractéristique. Lors d’une subduction d’une lithosphère océanique, le gabbro subduit suit un trajet « froid » (gradient géothermique faible, ≈ 5-10 °C/km) car la plaque qui s’enfonce est plus froide que le manteau ambiant. Apparaissent alors successivement : faciès schiste vert (chlorite, actinote, hornblende verte), puis faciès schiste bleu (glaucophane, lawsonite), puis faciès éclogite (jadéite + grenat ± omphacite, sans plagioclase). Sans subduction profonde, on observe seulement une hydrothermalisation de fond océanique (faciès schiste vert : hornblende remplaçant les pyroxènes magmatiques).

Le cycle de Wilson décrit la naissance, l’expansion, la fermeture puis la disparition d’un océan en plusieurs centaines de millions d’années. La chaîne alpine témoigne de la fermeture (subduction puis collision) de la branche occidentale de la Téthys (océan alpin mésozoïque), commencée au Crétacé et achevée par la collision Afrique-Europe au Cénozoïque. Les Alpes contiennent aussi des reliques plus anciennes de l’océan rhéique (paléozoïque), témoin de la formation de la Pangée à la fin du Carbonifère.

Attention au gradient P-T : la subduction est un trajet à haute pression et basse température (gradient froid). À l’inverse, le métamorphisme de contact (autour d’un pluton) est à haute température et basse pression (gradient chaud). Le métamorphisme régional de collision est entre les deux. Ne confonds pas ces gradients dans ta rédaction.

6. Construire ta stratégie de poursuite en trois temps

Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ce n’est pas en partie A que tu proposes une stratégie (la manipulation y est imposée). C’est en partie B qu’on attend ta proposition, pour verrouiller définitivement l’attribution de chaque échantillon à un site précis et à un océan disparu. Et cette proposition doit, comme toujours, être structurée en trois temps. C’est la méthode officielle attendue par les jurys :

Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :

  1. LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
  2. LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
  3. LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?

Appliquons cette grille à la stratégie de poursuite pour le sujet ophiolites alpines :

Le QUOI

Je cherche à confirmer l’âge du métamorphisme de chaque échantillon par une datation isotopique absolue, afin de distinguer définitivement les ophiolites issues de l’océan rhéique (métamorphisme paléozoïque, ≈ 350-400 Ma) des ophiolites issues de l’océan alpin (métamorphisme mésozoïque à cénozoïque, ≈ 50-100 Ma). Je veux aussi préciser le trajet P-T de chaque échantillon par une analyse thermobarométrique sur la paragenèse complète.

Le COMMENT

Je vais demander la mise en œuvre de datations radiochronologiques par les méthodes Sm/Nd (samarium-néodyme) ou Lu/Hf (lutétium-hafnium) sur des paires grenat-clinopyroxène dans les éclogites et sur d’autres minéraux métamorphiques pour les schistes bleus et verts. Ces méthodes sont particulièrement adaptées à la datation des paragenèses métamorphiques de subduction. En parallèle, je réaliserai une analyse thermobarométrique en mesurant à la microsonde électronique la composition des phases (grenat, clinopyroxène, glaucophane, plagioclase…) pour reconstituer le pic P-T atteint par chaque échantillon. Je confronterai les âges et les conditions P-T obtenus aux références publiées pour les ophiolites alpines.

Les RÉSULTATS ANTICIPÉS

Trois scénarios contrastés sont attendus pour les trois échantillons :

  • Échantillon à hornblende (peu transformé) : datation ≈ 160-150 Ma (Jurassique) compatible avec l’océan alpin, conditions P-T faibles (P ≈ 0,3 GPa, T ≈ 350 °C) — typique du Chenaillet, ophiolite témoin d’un fond océanique alpin n’ayant pas subi de subduction profonde.
  • Échantillon à glaucophane (schiste bleu) : datation ≈ 50-60 Ma (Éocène) compatible avec la subduction de l’océan alpin, conditions P-T modérées (P ≈ 1,2-1,5 GPa, T ≈ 400-500 °C) — typique du Queyras, métagabbro porté à 40-50 km de profondeur dans la zone de subduction alpine.
  • Échantillon à jadéite + grenat (éclogite) : datation ≈ 50 Ma (Éocène) compatible avec la subduction profonde de l’océan alpin, conditions P-T extrêmes (P ≈ 2,5-3,0 GPa, T ≈ 600 °C) — typique du Mont Viso, métagabbro porté à plus de 80 km de profondeur avant remontée. Si la datation indiquait au contraire ≈ 350 Ma, il s’agirait d’une éclogite de l’océan rhéique préservée dans le socle paléozoïque.

7. La mise en œuvre pratique

Cette partie correspond à la manipulation cadrée de la partie A : tu dois successivement observer les trois lames minces au microscope polarisant et identifier dans chacune le minéral métamorphique caractéristique à l’aide de la planche. C’est une étape technique qui demande de la rigueur à chaque étape.

Étape 1 — Observation systématique des trois lames minces.

  1. Pour chaque lame (A, B, C), commence par une observation à faible grossissement (×40) en lumière polarisée non analysée (LPNA) pour repérer la texture générale et identifier les minéraux par leur couleur naturelle.
  2. Passe en lumière polarisée analysée (LPA) au ×100 puis ×400 pour identifier précisément chaque minéral selon les critères usuels : forme, clivages, biréfringence (teintes de polarisation), macles, extinction.
  3. Note dans un cahier d’observation, pour chaque lame, la liste des minéraux observés avec leurs caractéristiques.

Étape 2 — Identification des minéraux métamorphiques diagnostiques.

  1. Cherche en particulier la présence de l’un des trois minéraux clés. Hornblende : couleur verte en LPNA, teintes vertes à brunes en LPA, deux clivages à 120°. Signature : faciès schiste vert / hydrothermalisme de dorsale.
  2. Glaucophane : couleur bleu lavande très caractéristique en LPA (extrêmement diagnostique — c’est le minéral le plus facile à reconnaître), allongé, deux clivages à 120°. Signature : faciès schiste bleu, subduction froide à pression modérée.
  3. Jadéite : vert pomme à incolore, fréquemment associée au grenat (isotrope, totalement noir en LPA quel que soit l’angle de rotation). Signature : faciès éclogite, subduction profonde à très haute pression.
  4. Confronte systématiquement chaque minéral observé à la planche d’identification LPNA/LPA pour éviter les confusions (par exemple entre chlorite verte et hornblende verte).

Étape 3 — Attribution du faciès et localisation sur la carte.

  1. Pour chaque échantillon, associe le minéral diagnostique au faciès métamorphique correspondant (schiste vert / schiste bleu / éclogite).
  2. Reporte sur la carte des ophiolites alpines la position probable de chaque échantillon : Chenaillet pour le schiste vert peu transformé, Queyras pour le schiste bleu, Mont Viso pour l’éclogite.
  3. Note pour chaque échantillon la profondeur maximale atteinte (estimation grossière : ≈ 10 km pour Chenaillet, ≈ 40-50 km pour Queyras, ≈ 80 km pour Mont Viso) et le contexte géodynamique (dorsale, subduction modérée, subduction profonde).

Sécurité. Les lames minces sont fragiles et coupantes : manipule-les par les bords, jamais sur la surface vernie. Le microscope reste sous la responsabilité de l’élève : ne force jamais la mise au point au fort grossissement (risque d’enfoncer l’objectif dans la lame).

8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?

Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Cette ressource n’est pas un cadeau : elle est calibrée pour compléter ton analyse ou débloquer une étape de raisonnement. Anticiper sa nature est un excellent réflexe d’élève.

Sur ce sujet précis, la ressource complémentaire pourrait être :

  • Un tableau d’âges Sm/Nd ou Lu/Hf publiés sur les principales ophiolites alpines (Chenaillet, Queyras, Mont Viso, Ligurie, reliques rhéiques), avec leur incertitude, permettant de distinguer définitivement les deux générations océaniques (paléozoïque rhéique vs mésozoïque alpine).
  • Un diagramme pression-température avec les domaines de stabilité des principaux faciès métamorphiques (schiste vert, schiste bleu, éclogite, amphibolite, granulite) et les trajets P-T types des trois échantillons, permettant un calage thermobarométrique précis.
  • Une coupe géologique transverse des Alpes occidentales situant chaque grand massif ophiolitique dans la zone interne, intermédiaire ou externe, et faisant apparaître les nappes de charriage.
  • Un schéma cinématique de la fermeture de l’océan alpin (subduction crétacée-paléogène puis collision oligocène-miocène) qui aide à comprendre comment des roches portées à 80 km de profondeur ont pu remonter en surface et être préservées dans la chaîne.

Quelle qu’elle soit, cette ressource doit toujours être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.

9. Communiquer les résultats et interpréter

Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de ton observation.

Option 1 — Photographie titrée et légendée. Capture trois champs microscopiques caractéristiques (un par lame) montrant le minéral diagnostique de chaque échantillon. Présente chaque image avec un titre informatif (« Métagabbro A : hornblende verte sur reliques de clinopyroxène magmatique, microscope polarisant en LPA, ×100 », etc.), précise les échelles (barre micrométrique adaptée) et légende les minéraux clés (hornblende, glaucophane, jadéite, grenat). Aligne les trois photographies côte à côte pour rendre la progression métamorphique (schiste vert → schiste bleu → éclogite) visuellement évidente.

Option 2 — Production sur tableur. Construis un tableau récapitulatif à cinq colonnes : (1) échantillon (A, B, C), (2) minéraux métamorphiques identifiés, (3) faciès métamorphique correspondant, (4) site probable sur la carte des ophiolites alpines, (5) océan d’origine probable (rhéique paléozoïque ou alpin mésozoïque). Tu peux ajouter une sixième colonne « profondeur estimée » et une septième « contexte géodynamique » pour enrichir la synthèse. Un diagramme P-T schématique avec les trois trajets reportés peut compléter visuellement.

Interpréter les résultats

Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :

Exemple appliqué au sujet (si A = hornblende, B = glaucophane, C = jadéite + grenat) :

  • J’observe… que la lame A contient des cristaux verts de hornblende ayant remplacé partiellement les clinopyroxènes magmatiques, sans glaucophane ni grenat ; la lame B contient des cristaux bleu lavande très diagnostiques de glaucophane associés à des reliques de plagioclase ; la lame C contient des cristaux de jadéite (vert pomme) associés à des grenats isotropes, sans plagioclase préservé.
  • Or je sais que… la hornblende caractérise le faciès schiste vert (hydrothermalisme de dorsale ou subduction très peu profonde), la glaucophane caractérise le faciès schiste bleu (subduction froide à pression modérée), la jadéite associée au grenat caractérise le faciès éclogite (subduction profonde à très haute pression). Et que ces faciès se distribuent dans les Alpes des zones externes (Chenaillet) aux zones internes (Queyras, Mont Viso).
  • J’en déduis que… l’échantillon A provient probablement du Chenaillet (océan alpin, fond océanique peu transformé), l’échantillon B du Queyras (océan alpin, subduction modérée) et l’échantillon C du Mont Viso (océan alpin, subduction profonde). Tous trois témoigneraient de la fermeture de l’océan alpin (Téthys occidentale) au cours du Crétacé-Cénozoïque, à différentes profondeurs. La datation isotopique demandée en partie B permettra de confirmer ou de nuancer cette attribution (notamment de tester l’hypothèse alternative d’une origine rhéique paléozoïque pour l’éclogite).

10. La conclusion : revenir à la question initiale

Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler les trois paragenèses identifiées (hornblende / glaucophane / jadéite + grenat), (2) en déduire les trois faciès métamorphiques et les trois trajets P-T, (3) répondre explicitement à la question posée par le sujet (quel océan d’origine pour chaque échantillon ?). Pense aussi à intégrer la ressource complémentaire obtenue auprès de l’examinateur.

Exemple de formulation type (si les trois échantillons proviennent de l’océan alpin) :

« L’observation microscopique des trois lames minces a permis d’identifier trois paragenèses métamorphiques distinctes : hornblende (échantillon A, faciès schiste vert), glaucophane (échantillon B, faciès schiste bleu), jadéite + grenat (échantillon C, faciès éclogite). Ces trois faciès correspondent à des trajets P-T contrastés, depuis un simple hydrothermalisme de fond océanique (A, ≈ 10 km de profondeur) jusqu’à une subduction profonde (C, ≈ 80 km). La ressource complémentaire (tableau d’âges Sm/Nd / diagramme P-T / coupe alpine) confirme que les trois échantillons proviennent de la fermeture mésozoïque-cénozoïque de l’océan alpin, branche occidentale de la Téthys : A localisé au Chenaillet (zone externe), B au Queyras (zone intermédiaire), C au Mont Viso (zone interne). Aucun des trois échantillons ne provient de l’océan rhéique paléozoïque ; tous illustrent les différentes étapes d’enfouissement d’une lithosphère océanique alpine lors de sa subduction. »

11. Les pièges fréquents à éviter

Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici c’est un sujet « poursuite de stratégie » : la stratégie en 3 temps porte sur la partie B (datation et calage P-T), pas sur l’observation imposée en A. Si tu inverses, tu vas formuler ta proposition au mauvais moment et perdre des points.

Piège n°2 — Confondre minéraux magmatiques et minéraux métamorphiques. Le pyroxène et le plagioclase d’origine magmatique (formés lors de la cristallisation du gabbro à la dorsale) peuvent être encore présents dans les échantillons faiblement métamorphisés. Ne les confonds pas avec les minéraux métamorphiques (hornblende, glaucophane, jadéite, grenat) qui sont les vrais marqueurs du trajet P-T. La hornblende, en particulier, remplace souvent le pyroxène magmatique (texture de pseudomorphose).

Piège n°3 — Confondre hornblende verte et chlorite verte. Les deux sont verts en LPNA, mais leurs propriétés diffèrent : la chlorite a une biréfringence faible (teintes anormales bleu-violet en LPA) et est en lamelles ; la hornblende a une biréfringence moyenne (vert-brun) et des clivages à 120°. La planche d’identification est ton meilleur garde-fou.

Piège n°4 — Conclure sur l’océan d’origine à partir d’un seul critère. Le diagnostic complet associe paragenèse + localisation cartographique + (idéalement) datation isotopique. Un Mont Viso métamorphisé à l’éclogite est probablement alpin, mais l’attribution n’est définitive qu’avec la datation. Le faciès seul ne donne pas l’âge.

Piège n°5 — Oublier que le Chenaillet n’a pas subi de subduction. C’est un cas particulier dans les Alpes : ses métagabbros n’ont connu qu’une hydrothermalisation au niveau de la dorsale alpine. On y trouve hornblende et minéraux secondaires, mais ni glaucophane ni grenat. Ne lui attribue pas un trajet de subduction qu’il n’a pas suivi.

Piège n°6 — Ne pas exploiter la ressource complémentaire. Si tu l’as demandée et reçue, elle doit apparaître dans ta conclusion. Sinon, c’est comme si tu ne l’avais pas utilisée.

12. Indice / cause / exemple — métamorphisme des ophiolites alpines

  • Indice : présence de glaucophane (bleu lavande en LPA) ou de jadéite + grenat dans un métagabbro, sans plagioclase préservé dans le cas de l’éclogite
  • Cause : subduction d’une lithosphère océanique selon un trajet P-T à gradient géothermique faible (≈ 5-10 °C/km) ; selon la profondeur atteinte, on traverse successivement les faciès schiste vert, schiste bleu puis éclogite ; la remontée tectonique préserve ces paragenèses jusqu’en surface dans les nappes ophiolitiques
  • Exemple : le massif du Chenaillet (Briançonnais) préserve un fragment de plancher océanique alpin peu transformé (faciès schiste vert) ; le Queyras contient des schistes bleus à glaucophane parmi les mieux préservés des Alpes ; le Mont Viso (frontière franco-italienne) est l’un des trois plus grands massifs d’éclogites de fond océanique au monde, références internationales pour l’étude des subductions profondes

Ce qu’il faut retenir

  • Type de sujet : poursuite de stratégie (observation imposée en A, datation + thermobarométrie à proposer en B)
  • Question du sujet : quel océan d’origine (rhéique ou alpin) pour chacun des trois métagabbros A, B, C ?
  • Outils A : microscope polarisant + planche d’identification LPNA/LPA + carte des ophiolites alpines occidentales
  • Trois minéraux diagnostiques : hornblende → schiste vert (hydrothermalisme/Chenaillet) ; glaucophane (bleu lavande) → schiste bleu (subduction modérée/Queyras) ; jadéite + grenat → éclogite (subduction profonde/Mont Viso)
  • Stratégie B en 3 temps : LE QUOI (confirmer âge et trajet P-T) / LE COMMENT (Sm/Nd ou Lu/Hf sur grenat-clinopyroxène + thermobarométrie microsonde) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (≈ 50-160 Ma = océan alpin mésozoïque ; ≈ 350 Ma = océan rhéique paléozoïque)
  • Communiquer les résultats : trois photographies titrées et légendées des lames OU tableau récapitulatif (échantillon / minéral / faciès / site / océan) sur tableur
  • Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
  • Lien au cours : 1B.2 (ophiolites = témoins d’océans disparus, cycles de Wilson, collision) — les Alpes contiennent des reliques de deux océans (rhéique paléozoïque et alpin mésozoïque)
  • Piège majeur à éviter : confondre hornblende verte et chlorite verte, ou conclure sur l’océan d’origine à partir du seul faciès sans datation
  • Conclusion finale : toujours croiser paragenèse + localisation cartographique (+ datation en partie B) pour attribuer chaque échantillon à son océan d’origine
Fichiers de l’exercice
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🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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