Durée estimée : 30 min Niveau : Terminale spé SVT Type : ECE — Sujet 26_SVT_31 Thème : 2A — Biologie végétale Cours référencés : 2A.1 (échanges plante-milieu, nutrition minérale) + 2A.2 (interactions biotiques, symbioses mutualistes plante-microorganisme)

Avertissement — à lire avant de commencer. Cette leçon n’est pas un corrigé du sujet ECE. Diffuser un corrigé officiel des ECE est interdit, et ce n’est de toute façon pas le but pédagogique. L’idée ici est de te donner des pistes de réflexion et une méthode pour aborder ce type de sujet : comment lire l’énoncé, identifier la question, construire une stratégie et anticiper les résultats. À toi ensuite de faire le travail intellectuel le jour de l’épreuve — c’est lui qui te vaudra des points.

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Reconnaître le type d’un sujet ECE (classique ou poursuite de stratégie)
  • Identifier la question scientifique d’un sujet portant sur une symbiose mutualiste plante-bactérie pour la nutrition azotée
  • Comprendre à quoi sert chacune des ressources fournies (nodosités, bleu de méthylène, microscope, NaCl, planches de cristaux comparatives)
  • Mobiliser les notions de nodosité racinaire, de Rhizobium, de nitrogénase et de fixation biologique du diazote atmosphérique
  • Construire une stratégie de poursuite en trois temps pour démontrer le rôle bactérien causal dans la production d’ions ammonium
  • Anticiper la nature de la ressource complémentaire apportée pour préciser le mécanisme enzymatique ou démontrer le caractère causal de la symbiose
  • Communiquer les observations microscopiques et la cristallisation par photographie titrée et légendée ou par tableau récapitulatif sur tableur, et interpréter avec la trame « J’observe / Or je sais / J’en déduis »
  • Rédiger une conclusion qui répond exactement à la question posée

1. Quel type de sujet ECE est-ce ?

Avant de plonger dans le contenu, il faut d’abord reconnaître le type du sujet, car la stratégie attendue n’est pas la même.

Deux grands types de sujets ECE :

  • Sujet « classique » (à l’ancienne). La partie A commence par « Élaborer une stratégie de résolution afin de déterminer… ». On te demande de proposer la stratégie avant toute manipulation. Ensuite tu mets en œuvre.
  • Sujet « poursuite de stratégie ». Tu commences par une manipulation déjà cadrée, suivie d’une analyse de résultats. C’est seulement ensuite qu’on te demande de proposer une stratégie pour poursuivre la résolution du problème (avec une autre expérience, un autre angle).

Ici, dans le sujet 26_SVT_31, la partie A te demande directement d’écraser une nodosité racinaire d’une plante Fabacée, d’observer son contenu au microscope (coloration au bleu de méthylène), puis de tester chimiquement la présence d’ions ammonium NH₄⁺ en les faisant cristalliser avec du chlorure (NaCl), à comparer avec des planches de cristaux de référence. La manipulation est déjà entièrement cadrée. Ce n’est qu’en partie B qu’on te demandera de proposer une stratégie pour démontrer que ce sont bien les bactéries (et non la plante elle-même) qui produisent l’ammonium. C’est donc un sujet « poursuite de stratégie ».

2. Le contexte et la question scientifique

L’épreuve te plonge dans la nutrition minérale des plantes et l’agronomie durable. L’azote (N) est un élément essentiel à la vie : il entre dans la composition des protéines, des acides nucléiques, de la chlorophylle. Mais les plantes ne peuvent pas utiliser directement le diazote atmosphérique (N₂), pourtant abondant (78 % de l’air), à cause de la stabilité exceptionnelle de la triple liaison N≡N. Elles puisent donc l’azote sous forme assimilable (ions nitrate NO₃⁻ ou ammonium NH₄⁺) dans le sol — ressource souvent limitante, ce qui justifie l’usage massif d’engrais azotés de synthèse en agriculture conventionnelle (avec leurs effets délétères sur l’environnement : pollution des eaux, émissions de protoxyde d’azote, etc.).

Les Fabacées (légumineuses : pois, haricot, soja, luzerne, trèfle, lupin…) font exception : elles parviennent à utiliser le N₂ atmosphérique grâce à une symbiose mutualiste avec des bactéries du sol du genre Rhizobium. Ces bactéries sont logées dans des nodosités racinaires spécifiques (petites boules blanchâtres visibles sur les racines des légumineuses) où elles transforment le N₂ en ammonium directement utilisable par la plante. En échange, la plante fournit aux bactéries des sucres et un environnement protégé (notamment anoxique grâce à la leghémoglobine). Cette symbiose a une importance agronomique majeure : elle permet de cultiver les Fabacées sans engrais azotés et même d’enrichir le sol pour les cultures suivantes (rotation, engrais vert).

La question scientifique du sujet : « Les nodosités racinaires des Fabacées contiennent-elles bien des bactéries capables de transformer le diazote atmosphérique (N₂) en ion ammonium (NH₄⁺) assimilable par la plante, dans le cadre d’une symbiose mutualiste ? » C’est la phrase à garder en tête du début à la fin. Ton observation microscopique, ton test chimique et ta stratégie de poursuite doivent répondre à cette question précise, pas à une autre.

3. À quoi servent les ressources fournies ?

Les ressources d’un sujet ECE ne sont jamais là pour décorer. Chacune a une fonction précise dans la résolution. Avant de te lancer, prends 2 minutes pour identifier ce que chaque ressource t’apporte.

Ressource 1 — Nodosités racinaires de Fabacée (luzerne ou trèfle), microscope optique, lames à concavité, lamelles, bleu de méthylène, pince fine. Elle te donne accès au contenu cellulaire de la nodosité par écrasement. Le bleu de méthylène est un colorant général qui marque les structures contenant des acides nucléiques (noyaux des cellules végétales et, surtout, chromosome bactérien des Rhizobium qui apparaissent en bleu vif). C’est la ressource pour démontrer la présence des bactéries.

Ressource 2 — Solution de chlorure de sodium (NaCl) et lamelle témoin propre. Elle te permet de révéler chimiquement les ions ammonium éventuellement libérés par les bactéries lors de l’écrasement de la nodosité. En ajoutant une goutte de NaCl, les ions Cl⁻ rencontrent les ions NH₄⁺ et précipitent sous forme de chlorure d’ammonium NH₄Cl, qui forme des cristaux de morphologie caractéristique (étoilés, dendritiques) très différents des cristaux cubiques de NaCl pur.

Ressource 3 — Planches photographiques de cristaux de référence : NH₄Cl (dendritiques) et NaCl (cubiques). Elle te fournit les références morphologiques indispensables pour identifier sans ambiguïté les cristaux observés. Les cristaux de NaCl pur sont des cubes parfaits ; les cristaux de NH₄Cl sont étoilés, en plumes ou en dendrites caractéristiques (parfois en croix de Saint-André). Sans cette planche, on confondrait les deux à l’œil.

4. Le raisonnement scientifique du sujet

On peut maintenant relier les ressources entre elles pour bâtir le raisonnement. Suis bien la logique :

  • Les Fabacées poussent normalement et synthétisent des protéines (donc utilisent de l’azote) même sur sols pauvres en nitrates. Or elles ne possèdent pas d’enzyme capable de réduire le N₂ atmosphérique. D’où vient leur azote ?
  • L’observation directe des racines révèle des nodosités caractéristiques. L’hypothèse de leur rôle dans la fixation de N₂ peut être testée selon deux axes complémentaires : (a) présence de bactéries à l’intérieur (vérifiable au microscope après écrasement et coloration), (b) présence d’ions ammonium produits dans la nodosité (vérifiable par cristallisation avec Cl⁻).
  • La conjonction des deux observations (bactéries + ammonium) constituerait la signature classique d’une symbiose fixatrice d’azote : les bactéries présentes dans la nodosité produisent l’ammonium qui sera utilisé par la plante.
  • Mais cette conjonction n’est pas une preuve causale : on observe les bactéries ET l’ammonium, mais on n’a pas démontré que ce sont les bactéries qui ont produit l’ammonium (la plante elle-même pourrait avoir une voie alternative de production). Il faudra démontrer ce lien causal en partie B.
  • Pour la partie B, il faudra donc proposer une stratégie démontrant le rôle causal des bactéries dans la production d’ammonium : par exemple, isoler les bactéries de la nodosité, les cultiver en milieu sans azote utilisable (seul N₂ comme source), et tester si elles produisent de l’ammonium en l’absence de la plante.

Conclusion logique : pour répondre à la question, il « suffit » d’écraser une nodosité, d’observer les bactéries au microscope (test 1) et de révéler chimiquement l’ammonium par cristallisation (test 2). La démonstration du lien causal sera complétée en partie B par une expérience de culture pure des bactéries isolées sur milieu sans azote assimilable.

5. Rappels théoriques : nitrogénase, leghémoglobine et symbiose Rhizobium-Fabacée

La fixation biologique du diazote est réalisée par un petit groupe de bactéries (Rhizobium, Frankia, cyanobactéries, certaines Archées) possédant l’enzyme nitrogénase. Cette enzyme à fer-molybdène catalyse la réduction de N₂ en NH₃ (puis NH₄⁺ en solution) selon la réaction globale : N₂ + 8 e⁻ + 8 H⁺ + 16 ATP → 2 NH₃ + H₂ + 16 ADP + 16 P. Cette réaction est extrêmement coûteuse en énergie (16 ATP par molécule de N₂ fixée) — c’est ce qui explique qu’elle ne soit réalisable que par les bactéries fixatrices, et qu’elle se monnaie en sucres dans la symbiose. Surtout, la nitrogénase est extrêmement sensible au dioxygène : O₂ dégrade irréversiblement le cofacteur Fe-Mo. Les bactéries fixatrices doivent donc fonctionner dans des conditions anoxiques ou microaérobiques.

C’est ici qu’intervient la leghémoglobine (« hémoglobine des légumineuses »), pigment rouge synthétisé spécifiquement dans les nodosités. Cette protéine, très proche de l’hémoglobine animale, fixe l’O₂ avec très haute affinité, le séquestrant et le tamponnant à un niveau très bas (≈ 10 nM) — suffisamment pour permettre la respiration mitochondriale des cellules de la nodosité, mais largement insuffisant pour inhiber la nitrogénase. La leghémoglobine donne aux nodosités leur couleur rose à rouge caractéristique en section, et c’est un excellent marqueur visuel de la fixation active (une nodosité blanche ou verte ne fixe pas).

La symbiose Rhizobium-Fabacée est un cas d’école de mutualisme. Le Rhizobium, dans le sol, détecte la présence d’une racine de Fabacée hôte par signaux moléculaires (flavonoïdes émis par la racine, facteurs Nod émis par la bactérie). Il pénètre dans les poils absorbants, s’installe dans les cellules corticales sous forme de bactéroïdes (forme modifiée intracellulaire), induit la formation d’une nodosité, et démarre la fixation. Bilan symbiotique : la plante fournit aux bactéries des sucres (issus de la photosynthèse) et la leghémoglobine protectrice ; les bactéries fournissent à la plante de l’ammonium directement utilisable pour la synthèse des acides aminés. Cette symbiose permet aux Fabacées de pousser sur sols pauvres et d’enrichir le sol pour les cultures suivantes : c’est la base agronomique de la rotation des cultures et de l’engrais vert en agriculture durable.

Attention à ne pas confondre fixation biologique du N₂ (réalisée par les bactéries via la nitrogénase) et absorption de NO₃⁻ ou NH₄⁺ (réalisée directement par les racines de toutes les plantes). Les Fabacées peuvent faire les deux, mais leur particularité est la fixation symbiotique, qui les rend indépendantes de l’azote minéral du sol.

6. Construire ta stratégie de poursuite en trois temps

Comme il s’agit d’un sujet « poursuite de stratégie », ce n’est pas en partie A que tu proposes une stratégie (la manipulation y est imposée). C’est en partie B qu’on attend ta proposition, pour démontrer le rôle causal des bactéries dans la production d’ammonium. Et cette proposition doit, comme toujours, être structurée en trois temps. C’est la méthode officielle attendue par les jurys :

Une stratégie ECE se formule toujours selon trois axes :

  1. LE QUOI — qu’est-ce que je cherche à mettre en évidence ?
  2. LE COMMENT — comment je m’y prends concrètement (matériel, manipulation, mesures) ?
  3. LES RÉSULTATS ANTICIPÉS — qu’est-ce que j’attends comme résultat et comment je conclurai dans chaque cas ?

Appliquons cette grille à la stratégie de poursuite pour le sujet Fabacées :

Le QUOI

Je cherche à démontrer le lien causal entre la présence des bactéries (Rhizobium) et la production d’ammonium dans les nodosités. Spécifiquement, je veux montrer que les bactéries isolées de la nodosité, cultivées en l’absence de la plante hôte sur un milieu sans azote assimilable, sont effectivement capables de fixer le N₂ atmosphérique et de produire de l’ammonium. Cette démonstration prouverait que ce sont bien les bactéries (et non un mécanisme propre à la plante) qui réalisent la fixation.

Le COMMENT

Je vais procéder en plusieurs étapes. (a) Isolement des bactéries : écraser plusieurs nodosités dans un milieu stérile, prélever quelques µL et étaler sur boîte de Pétri contenant un milieu nutritif sans azote (gélose YMA sans nitrate ni ammonium ni acide aminé, mais contenant carbone, minéraux et vitamines). (b) Culture en atmosphère contrôlée : incuber les boîtes à 28 °C pendant plusieurs jours, en atmosphère contenant N₂ comme seule source possible d’azote. (c) Tests de production d’ammonium : prélever régulièrement des aliquotes du milieu de culture liquide et tester la présence d’ammonium par la méthode du chlorure (cristallisation NH₄Cl) ou par un dosage colorimétrique plus précis (méthode de Nessler ou méthode du salicylate). (d) Témoins essentiels : milieu non inoculé (témoin négatif : pas de bactéries → pas d’ammonium), milieu avec bactéries non-fixatrices (par exemple E. coli, témoin négatif spécifique).

Les RÉSULTATS ANTICIPÉS

Deux scénarios sont possibles, et chacun m’oriente vers une conclusion différente :

  • Scénario 1 — Production d’ammonium par les Rhizobium isolés. Les boîtes inoculées avec Rhizobium montrent une croissance bactérienne sur milieu sans azote, et le milieu accumule progressivement de l’ammonium (cristaux NH₄Cl visibles ou dosage positif). Les témoins (milieu non inoculé, E. coli) ne montrent ni croissance ni ammonium. Le rôle causal des bactéries Rhizobium dans la fixation du N₂ et la production d’ammonium est démontré. La symbiose Rhizobium-Fabacée est validée.
  • Scénario 2 — Pas de production d’ammonium en culture pure. Si les Rhizobium isolés ne produisent pas d’ammonium en l’absence de la plante, cela signifierait que la fixation nécessite des facteurs apportés par la plante (leghémoglobine pour l’environnement anoxique, signaux moléculaires d’activation). Il faudrait alors enrichir le milieu de culture pour reconstituer ces conditions (par exemple sous atmosphère microaérobique), ou conclure que la fixation est strictement symbiotique et non réalisable hors plante.

7. La mise en œuvre pratique

Cette partie correspond à la manipulation cadrée de la partie A : tu dois écraser une nodosité, observer son contenu au microscope, puis tester la présence d’ions ammonium par cristallisation.

Étape 1 — Observation microscopique du contenu de la nodosité.

  1. À l’aide de la pince fine, prélève une nodosité racinaire sur la racine de la Fabacée fournie. Choisis-la de préférence rose-rougeâtre en section (signe d’activité de la leghémoglobine).
  2. Pose la nodosité dans la cavité d’une lame à concavité, ajoute une goutte d’eau distillée puis écrase soigneusement avec une lame propre ou la pince.
  3. Ajoute une goutte de bleu de méthylène sur l’écrasement, laisse colorer 1-2 minutes.
  4. Couvre d’une lamelle, observe au microscope à fort grossissement (×400). Recherche les bactéries : elles apparaissent comme de petits bâtonnets bleus (bacilles), souvent en grand nombre, parfois regroupés. Compare leur taille (≈ 1-3 µm) aux noyaux des cellules végétales (≈ 10-15 µm).

Étape 2 — Test chimique de présence d’ions ammonium.

  1. Sur une lamelle propre (lamelle témoin), dépose une goutte de la solution NaCl. Laisse cristalliser à l’air, observe au microscope la morphologie des cristaux : cubes parfaits de NaCl (référence).
  2. Sur la préparation de nodosité écrasée, ajoute une goutte de NaCl sur le bord de la lamelle. Laisse migrer et cristalliser quelques minutes (éventuellement aide par un léger chauffage).
  3. Observe au microscope les cristaux formés à l’interface : présentent-ils une morphologie dendritique, étoilée, en plumes ou en croix de Saint-André (caractéristique de NH₄Cl) ? Compare aux planches photographiques de référence.
  4. Si la morphologie est dendritique, c’est la signature de NH₄Cl, donc de la présence d’ions NH₄⁺ dans la nodosité.

Sécurité. Le bleu de méthylène est un colorant qui tache durablement la peau et les vêtements : port de gants et de blouse recommandé. Les nodosités fragiles : manipule délicatement à la pince pour éviter de les écraser prématurément.

8. Que pourrait être la ressource complémentaire (partie B) ?

Dans tous les sujets ECE, la partie B prévoit l’appel de l’examinateur pour obtenir une ressource complémentaire. Cette ressource n’est pas un cadeau : elle est calibrée pour compléter ton analyse ou débloquer une étape de raisonnement. Anticiper sa nature est un excellent réflexe d’élève.

Sur ce sujet précis, la ressource complémentaire pourrait être :

  • Un schéma du fonctionnement de la nitrogénase avec sa réaction globale (N₂ + 8 e⁻ + 8 H⁺ + 16 ATP → 2 NH₃ + H₂), illustrant son cofacteur Fe-Mo et sa sensibilité à l’O₂, et expliquant le coût énergétique de la fixation biologique.
  • Un protocole d’expérience comparative menée sur deux lots de plantes : Fabacées avec nodosités vs Fabacées sans nodosités (obtenues en éliminant les Rhizobium du sol) cultivées sur sol pauvre en azote, montrant que seules les plantes nodulées poussent normalement et accumulent des protéines.
  • Un schéma détaillé de la symbiose Rhizobium-Fabacée : pénétration de la bactérie dans les poils absorbants, formation du cordon d’infection, induction de la nodosité, différenciation en bactéroïdes, échanges plante↔bactérie (glucides + leghémoglobine de la plante vers la bactérie ; ammonium de la bactérie vers la plante).
  • Une infographie agronomique sur la rotation des cultures avec Fabacées (luzerne, trèfle, soja, pois) montrant l’enrichissement du sol en azote pour les cultures suivantes (céréales) et l’économie d’engrais azotés réalisée — illustration des enjeux d’agriculture durable.

Quelle qu’elle soit, cette ressource doit toujours être mobilisée explicitement dans ta conclusion : ne la regarde pas seulement, cite-la et explique en quoi elle conforte (ou nuance) ton interprétation des résultats expérimentaux.

9. Communiquer les résultats et interpréter

Pour la partie B, présente tes résultats sous une forme claire — deux options classiques sont attendues selon la nature de ton observation.

Option 1 — Photographie titrée et légendée. Capture (1) un champ microscopique caractéristique de l’écrasement de nodosité montrant les bactéries bleues, et (2) une vue microscopique des cristaux de NH₄Cl dendritiques formés au contact du NaCl. Présente chaque image avec un titre informatif (« Bactéries Rhizobium dans une nodosité racinaire de Fabacée, microscope optique, ×400, coloration au bleu de méthylène » et « Cristaux dendritiques de NH₄Cl formés au contact de NaCl, microscope optique, ×100 »), précise les échelles (barre micrométrique) et légende les éléments clés (bactéries, noyaux végétaux, cristaux étoilés).

Option 2 — Production sur tableur. Construis un tableau récapitulatif à deux entrées : en lignes, les deux observations (bactéries identifiées dans la nodosité ? / cristaux formés au contact de NaCl) ; en colonnes, le résultat (oui/non), la nature observée (bacilles bleus / cristaux dendritiques) et la conclusion partielle. Une ligne de synthèse interprète la conjonction : « présence simultanée de bactéries + ammonium dans la nodosité → signature d’une symbiose fixatrice d’azote ». Tu peux ajouter un schéma comparatif des deux types de cristaux (cubes NaCl vs dendrites NH₄Cl) pour appuyer l’identification.

Interpréter les résultats

Adopte la structure d’analyse en trois temps, attendue à l’épreuve. Elle force la rigueur du raisonnement et te fait gagner des points :

Exemple appliqué au sujet (si bacilles bleus et cristaux dendritiques observés) :

  • J’observe… que l’écrasement de nodosité coloré au bleu de méthylène et observé au microscope présente de très nombreux bacilles bleus (≈ 1-3 µm de long, en forme de bâtonnets), souvent regroupés à l’intérieur ou à proximité des cellules végétales. L’ajout de NaCl sur cette préparation génère, après évaporation, des cristaux dendritiques et étoilés (en croix de Saint-André) très différents des cubes attendus pour le NaCl pur observé sur la lamelle témoin.
  • Or je sais que… les bacilles bleus correspondent à des bactéries (ressource 1) et que les cristaux dendritiques sont la signature morphologique caractéristique du chlorure d’ammonium NH₄Cl (ressources 2 et 3). La formation de cristaux de NH₄Cl atteste donc de la présence d’ions ammonium NH₄⁺ dans le contenu de la nodosité.
  • J’en déduis que… la nodosité contient simultanément des bactéries et des ions ammonium. Cette conjonction est compatible avec l’hypothèse d’une symbiose fixatrice d’azote où les bactéries (Rhizobium) transforment le N₂ atmosphérique en NH₄⁺ utilisable par la plante. La démonstration du lien causal entre les bactéries et la production d’ammonium nécessite l’expérience proposée en partie B (culture des bactéries isolées sur milieu sans azote).

10. La conclusion : revenir à la question initiale

Ta conclusion doit faire 3 choses : (1) rappeler les deux observations conjointes (bactéries + ammonium dans la nodosité), (2) en déduire l’existence d’une symbiose fixatrice d’azote, (3) répondre explicitement à la question posée par le sujet. Pense aussi à intégrer la ressource complémentaire obtenue auprès de l’examinateur.

Exemple de formulation type (si bactéries + ammonium confirmés et lien causal établi en partie B) :

« L’écrasement d’une nodosité racinaire de Fabacée coloré au bleu de méthylène a permis d’identifier au microscope de très nombreuses bactéries sous forme de bacilles bleus. L’ajout de NaCl sur la préparation a généré des cristaux dendritiques caractéristiques de NH₄Cl, confirmant la présence d’ions ammonium dans le contenu de la nodosité. La ressource complémentaire (schéma de la nitrogénase / expérience comparative avec/sans nodosités / schéma de la symbiose / infographie agronomique) confirme que les bactéries Rhizobium possèdent l’enzyme nitrogénase capable de réduire N₂ en NH₃ + NH₄⁺, et que la culture pure de ces bactéries sur milieu sans azote produit effectivement de l’ammonium — démonstration du rôle causal des bactéries. Les nodosités des Fabacées sont donc bien le siège d’une symbiose mutualiste avec des bactéries Rhizobium qui transforment le diazote atmosphérique en ions ammonium assimilables par la plante. Cette symbiose explique l’importance agronomique des légumineuses dans la rotation des cultures et l’agriculture durable, en réduisant le besoin d’engrais azotés de synthèse. »

11. Les pièges fréquents à éviter

Piège n°1 — Ne pas identifier le type de sujet. Ici c’est un sujet « poursuite de stratégie » : la stratégie en 3 temps porte sur la partie B (démonstration du lien causal bactéries-ammonium), pas sur les observations imposées en A. Si tu inverses, tu vas formuler ta proposition au mauvais moment et perdre des points.

Piège n°2 — Confondre cristaux de NH₄Cl et de NaCl. Cubes parfaits = NaCl. Dendrites/étoiles/plumes/croix de Saint-André = NH₄Cl. Sans la comparaison aux planches de référence, la confusion est facile et fait perdre tout le sens du test chimique. La lamelle témoin (NaCl seul) est ton garde-fou.

Piège n°3 — Conclure sur le rôle des bactéries sans la démonstration causale (Partie B). Observer simultanément bactéries et ammonium dans la nodosité est compatible avec la symbiose, mais ne prouve pas que les bactéries produisent l’ammonium (corrélation ≠ causalité). La culture pure des Rhizobium isolés sur milieu sans azote (partie B) est l’expérience-clé qui établit le lien causal. Ne grille pas cette étape dans ta conclusion.

Piège n°4 — Oublier la sensibilité de la nitrogénase à l’O₂. La nitrogénase est inhibée irréversiblement par O₂. C’est précisément pour ça que les nodosités contiennent de la leghémoglobine qui séquestre l’O₂ et crée un environnement microaérobique favorable. Si tu cultives les bactéries en laboratoire dans une atmosphère oxygénée normale, elles ne fixeront pas. Penser à mentionner cette exigence dans la conception de la stratégie de poursuite.

Piège n°5 — Confondre symbiose mutualiste et parasitisme. La relation Rhizobium-Fabacée est une symbiose mutualiste : les deux partenaires y trouvent un avantage net (la plante reçoit de l’azote, la bactérie reçoit des sucres et un environnement protégé). Ce n’est pas un parasitisme. Le terme correct est « mutualisme » ou « symbiose mutualiste », pas « association » ou « cohabitation ».

Piège n°6 — Ne pas exploiter la ressource complémentaire. Si tu l’as demandée et reçue, elle doit apparaître dans ta conclusion. Sinon, c’est comme si tu ne l’avais pas utilisée.

12. Indice / cause / exemple — symbiose Rhizobium-Fabacée et fixation du N₂

  • Indice : présence simultanée de bacilles bleus (bactéries) et de cristaux dendritiques caractéristiques de NH₄Cl dans le contenu écrasé d’une nodosité racinaire de Fabacée
  • Cause : symbiose mutualiste entre la plante hôte (Fabacée) et les bactéries du genre Rhizobium logées dans les nodosités ; les bactéries possèdent l’enzyme nitrogénase capable de réduire N₂ en NH₃/NH₄⁺ (à condition d’un environnement anoxique fourni par la leghémoglobine de la plante) ; en échange, la plante fournit aux bactéries des sucres issus de la photosynthèse
  • Exemple : la rotation des cultures en agriculture biologique alterne typiquement Fabacées (luzerne, trèfle, féverole, pois) et céréales (blé, maïs) ; les Fabacées enrichissent naturellement le sol en azote organique par leurs nodosités, ce qui permet aux céréales suivantes de pousser sans (ou avec moins d’) engrais azotés de synthèse ; à l’échelle planétaire, la fixation biologique du N₂ par les symbioses Rhizobium-légumineuses + cyanobactéries libres contribue à hauteur de ≈ 100-200 millions de tonnes d’azote par an au cycle global, comparable aux apports anthropiques par engrais Haber-Bosch

Ce qu’il faut retenir

  • Type de sujet : poursuite de stratégie (observation + test chimique imposés en A, démonstration du lien causal bactéries-ammonium à proposer en B)
  • Question du sujet : les nodosités des Fabacées contiennent-elles des bactéries fixatrices de N₂ produisant de l’ammonium ?
  • Outils A : nodosité écrasée + bleu de méthylène + microscope (présence de bactéries) ; NaCl + comparaison à planches de cristaux (présence d’ions ammonium)
  • Diagnostic : bacilles bleus + cristaux dendritiques NH₄Cl = signature conjointe attendue d’une symbiose fixatrice
  • Stratégie B en 3 temps : LE QUOI (démontrer rôle causal des bactéries) / LE COMMENT (isolement + culture pure sur milieu sans azote + tests ammonium + témoins) / LES RÉSULTATS ANTICIPÉS (production ammonium par Rhizobium isolés = rôle causal validé)
  • Communiquer les résultats : photographies titrées et légendées (bactéries + cristaux) OU tableau récapitulatif sur tableur
  • Interpréter : J’observe… / Or je sais… / J’en déduis…
  • Lien au cours : 2A.1 (échanges plante-milieu, nutrition azotée) + 2A.2 (interactions biotiques, symbioses mutualistes) — la symbiose Rhizobium-Fabacée est un cas d’école du mutualisme et un pilier de l’agriculture durable
  • Piège majeur à éviter : confondre corrélation et causalité — observer bactéries + ammonium n’est pas démontrer que les bactéries produisent l’ammonium (rôle de la partie B)
  • Conclusion finale : toujours articuler les deux observations conjointes (partie A) et la démonstration causale par culture pure (partie B) pour répondre pleinement à la question
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