Chapitre 1 — Santé numérique : définition et acteurs · Topic 1 : Définition de la e-santé · Leçon 1.3
Le numérique en santé apporte de vrais bénéfices — coordination, continuité des soins, échange d’informations — mais aussi de nouveaux risques. Cette leçon en identifie trois grandes familles : la qualité inégale des sites internet santé, la e-réputation des professionnels et l’impact environnemental du numérique.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Connaître les labels de qualité des sites internet santé (HON, NetScoring) ;
- Restituer la définition CNIL de la e-réputation et les recours possibles ;
- Chiffrer l’impact environnemental du numérique en santé ;
- Décrire les actions de sobriété numérique (écoscore, éco-conception).
🧭 Plan de la leçon
- Qualité des sites internet santé — HON et NetScoring
- E-réputation des professionnels de santé
- Impact environnemental du numérique en santé
- Sobriété numérique et écoscore
1. Qualité des sites internet santé
Bénéfices attendus du numérique en santé :
- améliorer l’échange et le partage d’informations au sein de l’équipe de soins ;
- faciliter la coordination — gain d’efficacité si tout le monde partage la même information ;
- optimiser la continuité des soins, éviter les incidents dans les parcours.
Risque : tous les sites trouvés par les moteurs de recherche ne se valent pas et ne sont pas forcément issus de sources sûres. Des outils permettent d’évaluer les sites internet santé.
La Fondation Health on the Net (HON) a mis en place une procédure de certification appelée HONcode, dans le cadre d’une convention de partenariat avec la Haute Autorité de Santé (HAS).
Ce label traduit l’engagement de l’éditeur du site à respecter des principes de transparence ; il ne garantit PAS la qualité du contenu du site.
Le HONcode repose sur 8 critères :
- Autorité — qualification des rédacteurs
- Complémentarité — compléter et non remplacer la relation patient-médecin
- Confidentialité
- Attribution — transparence des sources
- Justification — éléments de preuve
- Professionnalisme — clarté, adresse de contact
- Transparence du financement
- Honnêteté dans la publicité et la politique éditoriale
Le NetScoring a été développé par le Centre Hospitalier Universitaire de Rouen en collaboration avec Centrale Santé. Il propose une évaluation plus fine à travers 8 catégories et 49 critères :
| Catégorie | Points |
|---|---|
| Crédibilité | 90 |
| Contenu | 79 |
| Hyperliens | 42 |
| Design | 20 |
| Interactivité | 19 |
| Aspects quantitatifs | 9 |
| Aspects déontologiques | 20 |
| Accessibilité | 4 |
La crédibilité est la catégorie la plus pondérée. Elle intègre notamment : source, révélation des liens d’intérêt, mise à jour, pertinence, existence d’un comité éditorial et d’un comité scientifique, utilisation de métadonnées.
Complément hors cours : la Fondation HON a cessé de délivrer de nouvelles certifications HONcode en 2022 (source : HON Foundation). Le label reste cité dans les cours car il constitue une référence historique et pédagogique majeure. D’autres labels/repères actuels existent : charte SantéLeem, guides HAS pour l’information au patient.
2. E-réputation des professionnels de santé
Selon la CNIL : « La e-réputation est l’image numérique d’une personne sur Internet. Cette e-réputation est entretenue par tout ce qui concerne cette personne et qui est mis en ligne sur les réseaux sociaux, les blogs ou les plateformes de partage de vidéos. »
Les systèmes de notations et d’avis sur les professionnels de santé ne sont pas illégaux — mais ils peuvent choquer. La seule qualité de médecin ne justifie pas une interdiction de publication d’avis, mais les abus peuvent être sanctionnés.
L’article 38 de la loi du 6 janvier 1978 (loi Informatique et Libertés) rappelle que « toute personne physique a le droit de s’opposer, pour des motifs légitimes, à ce que des données à caractère personnel la concernant fasse l’objet d’un traitement ».
- Examinez votre e-réputation tous les mois.
- Souscrivez une assurance e-réputation.
- Sachez engager un recours en cas d’atteinte à votre e-réputation.
- Porter plainte auprès de la CNIL ;
- Demander la suppression de votre fiche par référé (avec l’aide d’un avocat) ;
- Demander le retrait des propos ;
- En réponse à des propos non illicites : demander un droit de réponse au directeur de la publication (courrier AR) ;
- En cas de propos illicites (injure, diffamation, incitation à la haine, dénigrement, atteinte à la vie privée ou au droit à l’image), 2 voies :
- voie amiable (suppression) : signalement à l’hébergeur, mise en demeure ;
- voie judiciaire (suppression + indemnisation) : huissier pour constat, avocat pour la défense.
L’injure publique est un délit pénal : 12 000 € d’amende maximum, portés à 1 an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende maximum en cas d’injure à caractère raciste, xénophobe, sexiste, homophobe, etc. La diffamation, l’incitation à la discriminaton ou à la haine, le dénigrement, l’atteinte à la vie privée et l’atteinte au droit à l’image figurent aussi parmi les qualifications possibles.
- Un nombre d’avis conséquent (au-delà de 100) allant dans le même sens peut être significatif.
- Il serait suspect qu’un praticien ne récolte que des avis positifs — la présence de quelques témoignages moins favorables est plutôt rassurante.
- Les médecins, ayant un devoir de réserve, ne répondent normalement pas aux avis lorsqu’ils sont émis par des patients qu’ils ont traités ou vus en consultation.
3. Impact environnemental du numérique en santé
- Une requête Google émet environ 7 g de CO2 ; 10 recherches équivalent à 1 km à scooter.
- Près de 93 % du trafic internet provient des moteurs de recherche.
- Google reçoit environ 80 000 requêtes par seconde, soit 6,9 milliards par jour.
- Internet pollue autant qu’un grand pays industriel.
Le numérique s’appuie sur des équipements physiques qui consomment des ressources naturelles et émettent indirectement du CO2 tout au long de leur cycle de vie :
- 800 kilos de matières premières pour fabriquer un ordinateur de 2 kg ;
- 0,2 % de la consommation d’eau mondiale ;
- 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales.
Autres impacts : acidification, écotoxicité, radiations ionisantes, particules fines, ozone, déchets, consommation d’énergie primaire et finale.
| Secteur | Émissions de GES mondiales | Perspective |
|---|---|---|
| Numérique | 3,5 % | + 60 % d’ici 2040 → 6,7 % de l’empreinte carbone nationale |
| Santé | 8 % | L’augmentation des usages numériques accroît mécaniquement l’empreinte |
Impact du réchauffement climatique sur la santé : entre 2030 et 2050, le changement climatique entraînera près de 250 000 décès supplémentaires par an au niveau mondial (source : OMS). Agir sur la prévention et sur la santé passe donc aussi par la diminution de notre empreinte carbone.
4. Sobriété numérique et écoscore
- Prioriser les services à déployer selon le bénéfice attendu (logique bénéfices/risques appliquée au numérique) ;
- Appliquer l’éco-conception des services numériques pour diminuer leur impact ;
- S’appuyer sur l’éco-soin et la pertinence des soins pour limiter le recours au numérique en conservant la qualité — éviter la redondance des bilans et imageries ;
- Généraliser le réemploi ou, à défaut, le recyclage.
« Diminuer l’impact environnemental du numérique sans renoncer aux bénéfices rendus. »
Répartition de l’impact environnemental d’un équipement : 75 % à la fabrication, 25 % à l’utilisation. C’est pourquoi le réemploi est un levier majeur.
L’écoscore est un coefficient / indice d’impact environnemental à l’utilisation. Il est utilisé dans les dossiers de candidature des applications pour figurer dans le catalogue de services de Mon Espace Santé. Il se décline en 3 grandeurs :
- Performance — délai de réponse entre les différentes étapes (limiter la saisie, pré-remplir).
- Énergie — usage de la batterie (les étapes qui consomment sont les étapes de changement / action).
- Données transférées — nombre de sollicitations du data center (une page d’accueil est la plus impactante, elle doit se charger en moins de 3 secondes).
🧠 À retenir absolument
- 2 labels historiques de qualité des sites santé : HONcode (HAS, 8 critères) et NetScoring (CHU Rouen, 8 catégories / 49 critères).
- HONcode = engagement de transparence de l’éditeur, pas garantie de qualité du contenu.
- E-réputation (CNIL) : image numérique d’une personne ; les avis sur médecins ne sont pas illégaux mais les abus sont sanctionnables.
- Injure publique = 12 000 €, portée à 1 an et 45 000 € si aggravante (raciste, sexiste…).
- Numérique = 3,5 % des GES mondiaux ; santé = 8 %.
- 800 kg de matières premières pour un ordinateur de 2 kg.
- Impact environnemental : 75 % fabrication, 25 % utilisation.
- Réchauffement : 250 000 décès/an supplémentaires 2030-2050 (OMS).
- Écoscore = performance + énergie + données transférées (obligation MES).
❓ Questions fréquentes
Un site labellisé HONcode est-il forcément fiable ?
Non — c’est le piège classique. Le HONcode est un engagement de transparence de l’éditeur (source, financement, mise à jour, etc.), pas une évaluation du contenu médical. Un site peut être HONcodé et proposer par ailleurs des recommandations discutables. Pour la fiabilité du contenu, il faut se référer à des sources primaires : HAS, ANSM, INSERM, Ministère de la Santé, sociétés savantes.
Un patient peut-il vraiment noter son médecin sur Google ?
Oui — c’est légal. Depuis un arrêt du Conseil d’État de 2014 et plusieurs positions de la CNIL, les avis publics sur les professionnels de santé sont admis au titre de la liberté d’expression. Le médecin ne peut pas exiger la suppression de sa fiche Google Business au simple motif qu’il est médecin. En revanche, en cas de propos injurieux, diffamatoires ou dénigrants, il peut saisir la voie amiable (hébergeur) ou judiciaire.
Le devoir de réserve empêche-t-il un médecin de répondre à un avis ?
Le médecin ne doit jamais répondre à un avis en révélant des éléments couverts par le secret médical — même si l’avis est manifestement mensonger. Cela reviendrait à confirmer que la personne est bien sa patiente, ce qui viole le secret. La règle pratique : soit un droit de réponse générique (« nous prenons cet avis en considération… »), soit un signalement à la plateforme, soit un recours juridique. Jamais de contre-attaque publique.
Combien un hôpital pollue-t-il vraiment via son informatique ?
Difficile à chiffrer précisément — mais les ordres de grandeur du cours donnent un premier repère : le numérique = 3,5 % des GES mondiaux, la santé = 8 %. Une étude de The Shift Project (2021) estime que le numérique en santé représente environ 4 à 5 % de l’empreinte numérique totale de la France. Le gros de l’impact vient de la fabrication des équipements — pas de l’électricité consommée quand ils tournent.
L’écoscore est-il obligatoire pour toutes les applis santé ?
Pas pour toutes, mais il est requis pour figurer dans le catalogue de services de Mon Espace Santé — c’est le principal levier réglementaire. Une appli qui veut être visible et téléchargeable depuis MES doit passer l’évaluation écoscore (performance, énergie, données transférées). C’est un exemple typique de bonus / malus environnemental intégré aux critères de mise sur le marché numérique.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.