Chapitre 1 — Santé numérique : définition et acteurs · Topic 1 : Définition de la e-santé · Leçon 1.1
« E-santé », « santé numérique », « télésanté », « télémédecine », « m-santé » : les termes se ressemblent, on les emploie souvent l’un pour l’autre, mais chacun désigne un périmètre précis. Cette leçon fixe ce vocabulaire — celui de l’OMS d’un côté, celui du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) de l’autre — pour poser les fondations du chapitre.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Connaître la définition de l’e-santé selon l’OMS ;
- Distinguer e-santé, télésanté, télémédecine et m-santé ;
- Restituer la vue du CNOM (Livre blanc 2025) sur les branches de la santé numérique ;
- Situer l’informatique médicale comme domaine scientifique support de la e-santé.
🧭 Plan de la leçon
- E-santé, santé numérique : les termes synonymes
- La définition de l’OMS
- La lecture du CNOM (Livre blanc 2025)
- Un vocabulaire qui évolue vite
1. E-santé, santé numérique : les termes synonymes
Les trois expressions e-santé, santé numérique et information numérique sur la santé désignent la même réalité : l’usage des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le champ de la santé.
En anglais, on parle de digital health ou e-health.
Le terme « e-santé » regroupe un ensemble de techniques :
- la télésanté ;
- la télémédecine ;
- la m-santé (santé mobile — objets connectés et applications mobiles) ;
- la robotique.
Quand on parle d’e-santé, « santé » est à comprendre au sens de l’OMS : « un état complet de bien-être physique, mental et social, et pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité » (Constitution de l’OMS, 1946). La e-santé ne concerne donc pas que les maladies : elle englobe la prévention, le bien-être et le suivi de personnes en bonne santé.
Le développement de la e-santé s’appuie sur un domaine scientifique particulier : l’informatique médicale (ou informatique de santé). Elle a des liens étroits avec l’informatique générale mais traite de problématiques spécifiques au domaine de la santé (interopérabilité, sécurité des données personnelles, terminologies médicales, etc.).
2. La définition de l’OMS
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé numérique comme une notion vaste regroupant :
- la santé électronique (e-santé au sens strict) ;
- la santé mobile (m-santé), en référence aux objets connectés non reliés directement aux serveurs récupérant les données ;
- la télésanté, correspondant à la pratique de la santé à distance ;
- les données sanitaires (surveillance des épidémies, analyse des données de santé).
Pour l’OMS, la santé numérique constitue une priorité pour améliorer l’efficacité des systèmes et des services de santé : il est aujourd’hui reconnu que le numérique améliore l’efficacité globale du système, à condition d’être bien piloté (voir Chapitre 3 sur les enjeux de gouvernance des données).
3. La lecture du CNOM (Livre blanc 2025)
En janvier 2025, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) publie son Livre blanc « Santé connectée : de la e-santé à la santé connectée ». Il y propose une vue en poupées russes des différentes branches de la santé numérique.

- La télésanté est au centre de la santé numérique : elle correspond notamment aux services de santé en ligne. Elle inclut la télémédecine.
- La m-santé (santé mobile) est en lien avec la télémédecine. Elle comprend tous les objets connectés, les capteurs et les textiles intelligents.
- La télémédecine s’intègre dans le concept plus large de la télésanté.
- La e-santé est l’association de la télésanté et de la robotique (robotique non abordée dans ce cours). Elle comprend aussi les systèmes d’information à l’hôpital et en ville, les applications de santé, etc.
Le CNOM le reconnaît dans son Livre blanc : « Les frontières sont de plus en plus brouillées dans le monde de la santé connectée et il devient difficile, voire aléatoire, de faire une distinction absolue entre les dispositifs, applis et objets connectés utilisés dans le domaine du bien-être, dans celui de la santé et dans celui de l’exercice de la médecine. »
À retenir : la santé numérique = utilisation de l’informatique dans le domaine de la santé ; la médecine numérique = utilisation de l’informatique dans la prise en charge médicale des patients.
4. Un vocabulaire qui évolue vite
Le cours de Sorbonne Université interroge chaque année ChatGPT sur la définition de la santé numérique. La comparaison des 3 dernières années donne un aperçu de l’évolution des représentations :
| Année | Accent mis sur… |
|---|---|
| 2023-2024 | TIC + amélioration de la prestation des soins et de la gestion des informations médicales |
| 2024-2025 | Technologies numériques + prévention, diagnostic, traitement, gestion des maladies (soins centrés sur le patient) |
| 2025-2026 | « Ensemble des technologies qui améliorent la santé, la prévention, les soins et la vie des patients » ; accompagne aussi les professionnels |
Le glissement lexical est net : du système au patient, puis à l’ensemble des acteurs (patients + professionnels + système de soins).
Le cours Sorbonne 2025-2026 retient six catégories d’outils de santé numérique :
- les dossiers médicaux informatisés (DME / DPI) ;
- la télémédecine (consultations à distance) ;
- les applications de santé et objets connectés (montres, capteurs) ;
- l’intelligence artificielle pour aider au diagnostic ;
- les outils d’aide à la décision ;
- les plateformes pour prendre rendez-vous, suivre son traitement, accéder aux résultats d’examens.
Les systèmes d’information hospitaliers, présents dans les descriptions 2023-2024, ont reculé au profit de l’IA et des outils d’aide à la décision qui, eux, sont apparus.
🧠 À retenir absolument
- E-santé = santé numérique = usage des TIC dans le domaine de la santé.
- Elle regroupe : télésanté, télémédecine, m-santé (mobile), robotique.
- OMS : 4 sous-ensembles = santé électronique + m-santé + télésanté + données sanitaires.
- CNOM (2025) : télésanté au centre ; elle inclut la télémédecine ; la m-santé regroupe objets connectés, capteurs, textiles intelligents.
- L’e-santé = télésanté + robotique + systèmes d’information + applications.
- Support scientifique : informatique médicale.
- Évolution 2025-2026 : recul des SIH, montée de l’IA et des outils d’aide à la décision.
❓ Questions fréquentes
E-santé et santé numérique, est-ce vraiment la même chose ?
Oui. Le cours de Sorbonne Université 2025-2026 l’écrit explicitement : « e-santé ou santé numérique ou information numérique sur la santé » désignent la même chose. L’ANS (Agence du numérique en santé) et le Ministère de la Santé emploient indifféremment « numérique en santé » et « e-santé ». En anglais, on parle de digital health ou e-health. La nuance existe surtout pour les puristes : « santé numérique » est le terme officiel adopté par les pouvoirs publics français depuis 2019.
Quelle différence entre télésanté et télémédecine ?
La télésanté est le concept large : toute pratique de santé à distance, y compris par des professionnels non médicaux (télésoin par infirmier, orthophoniste, etc.). La télémédecine est un sous-ensemble de la télésanté : elle désigne strictement l’exercice médical à distance (médecin impliqué). D’où la formule du CNOM : « télésanté au centre, télémédecine qui s’y intègre ». Le détail des actes de télémédecine est traité dans la leçon 1.2.
La m-santé, c’est juste des applis sur smartphone ?
Non, c’est plus large. La m-santé (mobile health) regroupe les applications mobiles mais aussi les objets connectés (montres, tensiomètres, capteurs de glycémie), les textiles intelligents (vêtements avec capteurs biométriques intégrés) et l’ensemble des dispositifs mobiles non reliés directement aux serveurs. L’OMS précise ce dernier point pour distinguer la m-santé de la télésurveillance médicale, où les données sont transmises en temps réel à un centre de suivi.
La robotique en santé, ce n’est pas déjà de la télémédecine ?
Non. Un robot chirurgical (type Da Vinci) est piloté par un chirurgien à quelques mètres de la table opératoire — c’est de la robotique médicale, pas de la télémédecine. Un robot d’assistance en EHPAD (portage, mobilisation) est de la robotique de service, pas non plus de la télémédecine. La télémédecine implique par définition une distance significative et l’usage d’une télécommunication. Le CNOM classe la robotique comme une branche de l’e-santé distincte de la télésanté.
Pourquoi les définitions changent-elles autant d’une année sur l’autre ?
Parce que le secteur bouge très vite. L’irruption de l’IA générative en 2023, l’accélération de Mon espace santé depuis 2022, la publication d’un Livre blanc du CNOM en 2025 obligent à réviser chaque année le vocabulaire. C’est pour cette raison que la doctrine du numérique en santé (voir leçon 2.2 du chapitre) est actualisée chaque année : la version 2025 est même devenue 100 % numérique et ne contient plus que les nouveautés et modifications.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.