Chapitre 1 — Santé numérique : définition et acteurs · Topic 1 : Définition de la e-santé · Leçon 1.2
La leçon précédente a fixé le vocabulaire : e-santé, télésanté, télémédecine, m-santé. Cette leçon fait le tour des outils concrets que ces mots recouvrent : dossier patient informatisé (DME/DPI), dossier médical partagé (DMP), les 5 actes de télémédecine reconnus en France, les objets connectés (IoMT), l’IA médicale, les plateformes numériques.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer DME/DPI et DMP ;
- Citer les 5 actes de télémédecine reconnus en France ;
- Décrire les principales catégories d’outils m-santé et IoMT ;
- Situer l’IA et les plateformes dans le paysage de la e-santé 2025-2026.
🧭 Plan de la leçon
- Les dossiers patients informatisés (DME, DPI, DMP)
- La télémédecine et ses 5 actes
- La m-santé, les objets connectés (IoMT)
- L’IA, l’aide à la décision et les plateformes
1. Les dossiers patients informatisés
Le Dossier Médical Électronique (DME), aussi appelé Dossier Patient Informatisé (DPI), est le dossier patient tenu par un professionnel ou un établissement : stockage et gestion électronique des données médicales, pour faciliter l’accès aux informations pertinentes par les professionnels de santé qui le tiennent.
C’est le logiciel métier d’un cabinet, d’une clinique, d’un hôpital. Chaque professionnel a le sien.
Le Dossier Médical Partagé (DMP) est différent : c’est un dossier de santé numérique national, qui appartient au patient et sur lequel tous les professionnels autorisés peuvent déposer et consulter des documents (comptes rendus d’hospitalisation, résultats d’examens, lettres de liaison, etc.).
Le DMP est aujourd’hui l’un des services socles de Mon espace santé (MES) : chaque assuré français en dispose automatiquement depuis 2022 (sauf opposition).
| DME / DPI | DMP | |
|---|---|---|
| Détenteur | Professionnel / établissement | Patient |
| Périmètre | Un cabinet, un hôpital | National |
| Alimentation | Par le professionnel qui le tient | Par tous les professionnels autorisés |
| Utilisation type | Consultation, suivi interne | Coordination entre soignants, accès patient |
| Rattachement | Logiciel métier (DPI, LGC…) | Mon espace santé |
Dans le secteur médico-social (EHPAD, services pour personnes handicapées), on parle de Dossier Usager Informatisé (DUI), cible du programme ESMS numérique. Cette précision « complément hors cours » est utile pour comprendre les acronymes rencontrés en stage.
2. La télémédecine et ses 5 actes
La télémédecine désigne l’utilisation des technologies de communication pour la consultation à distance, le suivi des patients, les diagnostics et les interventions médicales. En France, elle est encadrée par le Code de la santé publique qui reconnaît 5 actes.
- Téléconsultation : consultation médicale à distance entre un patient et un médecin.
- Télé-expertise : avis médical sollicité par un professionnel de santé auprès d’un ou plusieurs confrères, à partir d’informations du patient.
- Télésurveillance médicale : interprétation à distance de données recueillies sur le patient (paramètres vitaux, dispositifs implantés).
- Téléassistance médicale : assistance d’un professionnel médical à un autre professionnel qui réalise un acte médical.
- Régulation médicale : réponse médicale apportée dans le cadre de l’aide médicale urgente (Centres 15 / SAS).
Complément hors cours : le télésoin, mentionné dans la feuille de route 2019-2022, désigne la pratique à distance de professionnels paramédicaux (infirmiers, orthophonistes, pharmaciens). Il n’est pas de la télémédecine au sens strict (source : article L. 6316-2 CSP).
Entre 2019 et 2022, le volume de téléconsultations a été multiplié par 40 — et par 142 au pic de la pandémie COVID-19 (bilan de la feuille de route 2019-2022, ministère de la Santé). La téléconsultation est aujourd’hui l’acte de télémédecine le plus répandu et le mieux connu du grand public.
3. La m-santé et les objets connectés (IoMT)
La m-santé ou mHealth désigne les applications, dispositifs et services de santé exploitant les technologies mobiles (smartphones, tablettes, objets connectés).
Exemples : suivi de l’activité physique, suivi nutritionnel, gestion des maladies chroniques (diabète, HTA), rappels de traitement, calendriers vaccinaux, applications de méditation.
L’Internet des objets médicaux (IoMT — Internet of Medical Things) désigne le réseau d’objets connectés utilisés pour surveiller les patients en temps réel : bracelets, montres intelligentes, tensiomètres connectés, capteurs de glycémie en continu (CGM), pèse-personnes, oxymètres, textiles intelligents.
Ces objets collectent des données de santé qui, si elles sont utilisées à des fins médicales, tombent sous le régime réglementaire des données de santé (voir Chapitre 3, RGPD).
Le cours 2024-2025 mentionnait deux briques complémentaires :
- Big Data : analyse de grandes quantités de données pour identifier des tendances ou améliorer la prise de décision (voir le Health Data Hub, chapitre 3).
- Blockchain : sécurisation des données de santé et amélioration de l’interopérabilité entre systèmes. Les données de santé étant très convoitées, il faut les sécuriser pour les conserver et les traiter correctement.
4. L’IA, l’aide à la décision et les plateformes
L’intelligence artificielle (IA) est un outil désormais intégré à la santé numérique. Elle analyse les données médicales pour :
- soutenir le diagnostic (imagerie médicale, dermatologie, anatomopathologie) ;
- personnaliser les traitements (médecine de précision, oncologie) ;
- prédire des tendances épidémiologiques.
L’IA médicale fait l’objet du Chapitre 2 du module.
À côté de l’IA, deux catégories complètent le paysage :
- Outils d’aide à la décision médicale (ADM) : systèmes qui proposent des recommandations, alertes ou scores (interactions médicamenteuses, protocoles thérapeutiques).
- Plateformes numériques pour prendre rendez-vous, suivre son traitement, accéder à ses résultats d’examens (Doctolib, Maiia, Mon espace santé pour la partie publique).
Au niveau national, trois plateformes structurent la stratégie française (voir leçon 2.2 sur la feuille de route) :
- Mon espace santé (MES) : le carnet de santé numérique du patient.
- Bouquet de services aux professionnels : point d’accès unique aux services numériques pour les soignants.
- Health Data Hub (HDH) : plateforme de mise à disposition des données de santé pour la recherche (voir Chapitre 3).
Le cours 2023-2024 listait aussi la pédagogie numérique en ligne comme outil de la e-santé : plateformes pour fournir des informations médicales, ressources éducatives et programmes de sensibilisation pour les professionnels et le grand public. Cette dimension a un peu reculé dans les descriptions récentes, mais elle reste très active (formation continue, DPC en ligne).
🧠 À retenir absolument
- DME / DPI : dossier tenu par le professionnel (logiciel métier).
- DMP : dossier national appartenant au patient, hébergé dans Mon espace santé.
- DUI : dossier usager informatisé des ESMS (secteur médico-social).
- 5 actes de télémédecine : téléconsultation, télé-expertise, télésurveillance, téléassistance, régulation médicale.
- Téléconsultations : × 40 entre 2019 et 2022 (× 142 au pic COVID).
- m-santé / IoMT : applis mobiles + objets connectés (montres, capteurs, textiles).
- IA, aide à la décision, plateformes = nouveaux blocs 2025-2026.
- 3 plateformes nationales : MES, Bouquet pro, Health Data Hub.
❓ Questions fréquentes
DME, DPI, DMP : comment ne plus les confondre ?
Le moyen mnémotechnique : le « P » du DMP, c’est « Partagé » — donc national, alimenté par plusieurs professionnels, appartient au patient. Le « E » du DME (Électronique) ou le « I » du DPI (Informatisé) désigne juste la version numérique du dossier du cabinet ou de l’hôpital — local, alimenté par un seul professionnel/service.
Est-ce que la téléconsultation est remboursée ?
Oui, depuis septembre 2018 (avenant 6 à la convention médicale). L’Assurance Maladie prend en charge la téléconsultation au même tarif qu’une consultation en présentiel, sous réserve du respect de certaines conditions (connaître le patient au préalable ou passer par une organisation territoriale). C’est ce cadre réglementaire qui a accéléré l’explosion des usages pendant la pandémie COVID-19.
Un pilulier connecté, c’est de la m-santé ou de la télésurveillance ?
Cela dépend ! S’il rappelle simplement au patient de prendre son traitement, c’est de la m-santé. S’il transmet en temps réel à un professionnel de santé qu’un comprimé a été oublié, avec une action médicale attendue derrière (rappel, adaptation), on entre dans la télésurveillance. La différence tient à l’existence d’une surveillance médicale — donc à la présence d’un professionnel qui interprète les données.
Le DMP a-t-il vraiment décollé après avoir stagné pendant 15 ans ?
Oui. Créé en 2004, le DMP a longtemps piétiné (10 millions de dossiers vides en 2021). Le tournant s’est fait avec Mon espace santé, ouvert par défaut à tous les assurés en 2022, et avec le Ségur du numérique qui a financé les éditeurs de logiciels pour qu’ils alimentent automatiquement le DMP. Résultat : fin 2024, on a dépassé les 250 millions de documents/an déposés dans MES, contre 6 millions avant le Ségur.
L’IA médicale est-elle un dispositif médical au sens réglementaire ?
Souvent oui. Un logiciel d’IA qui aide au diagnostic (par exemple qui détecte une lésion sur une IRM) est un dispositif médical logiciel (DM), soumis au Règlement européen 2017/745 (MDR). Il doit être marqué CE et son évaluation clinique est de plus en plus exigeante. La HAS, via la CNEDiMTS, évalue certains DM numériques pour le remboursement. C’est un enjeu majeur du Chapitre 2 (IA en santé).
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.