Chapitre 22 — L’ostéologie et l’arthrologie du membre inférieur · Topic 4 : La cheville et le pied · Leçon 4.2
Sous la cheville, le pied n’est pas une pièce rigide : c’est un empilement d’une vingtaine de petites articulations qui, prises isolément, bougent à peine, mais dont la somme donne au pied sa capacité à s’adapter au sol. Une seule, dans tout cet ensemble, ne bouge pas du tout — et c’est exactement le genre de détail que les QCM adorent.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- décrire les articulations sub-talaires (ou talo-calcanéennes) et leurs surfaces ;
- définir l’articulation transverse du tarse et les deux articulations qui la composent ;
- citer les six surfaces en présence dans l’articulation transverse du tarse ;
- repérer la seule articulation du pied qui est une syndesmose ;
- classer les articulations de l’avant-pied et donner leur mouvement ;
- citer les trois ligaments qui maintiennent la voûte plantaire, avec leur origine et leur terminaison.
🧭 Plan de la leçon
- Vue d’ensemble : synoviales partout, sauf une
- Les articulations sub-talaires (ou talo-calcanéennes)
- L’articulation transverse du tarse
- Les autres articulations du tarse antérieur
- L’exception : l’articulation cuboïdo-naviculaire
- Les articulations de l’avant-pied
- Les trois ligaments de la voûte plantaire
1. Vue d’ensemble : synoviales partout, sauf une
Le pied comporte de très nombreuses articulations, réparties entre le tarse postérieur (talus et calcanéus), le tarse antérieur (naviculaire, cuboïde, trois cunéiformes), le métatarse et les phalanges. Pour t’y retrouver, garde en tête un principe simple : presque toutes sont synoviales, donc mobiles ; une seule est une syndesmose, donc immobile.
| Articulation(s) | Type | Mouvements |
|---|---|---|
| Sub-talaires (ou talo-calcanéennes) | Synoviales | Inclinaison latérale / inclinaison médiale |
| Transverse du tarse | Synoviale | Inclinaison latérale / inclinaison médiale |
| Cunéo-naviculaire, intercunéiforme médiale, intercunéiforme latérale, cunéo-cuboïdienne | Synoviales | Mouvements possibles (non détaillés) |
| Cuboïdo-naviculaire | Syndesmose | Aucun mouvement possible |
| Tarso-métatarsiennes, métatarso-phalangiennes, interphalangiennes proximales et distales | Synoviales | Mobilité fine des orteils |
La fiche raisonne systématiquement en deux temps : le type détermine la mobilité. « Synoviale donc mouvements possibles » d’un côté, « syndesmose donc pas de mouvement possible » de l’autre. Si l’on te demande en QCM si telle articulation du pied bouge, il suffit donc de te rappeler son type.
2. Les articulations sub-talaires (ou talo-calcanéennes)
Les articulations sub-talaires, également appelées talo-calcanéennes, unissent le talus (l’os de la cheville) au calcanéus (l’os du talon), qui se trouve juste en dessous — d’où le préfixe sub-.
| Type | Synoviales, donc mouvements possibles |
| Éléments en présence | Les trois surfaces calcanéennes du talus Les trois surfaces talaires du calcanéus |
| Mouvements | Inclinaison latérale / inclinaison médiale |
Les surfaces se répondent une à une. Côté talus, la face inférieure du corps porte les surfaces calcanéennes postérieure et moyenne, et la face inférieure de la tête porte la surface calcanéenne antérieure. Côté calcanéus, la face supérieure porte les surfaces talaires postérieure (+++), moyenne et antérieure. On parle donc des articulations sub-talaires postérieure, moyenne et antérieure.
Entre la surface talaire postérieure en arrière et les surfaces talaires moyenne et antérieure en avant, la face supérieure du calcanéus est creusée d’un sillon non cartilagineux : le sillon calcanéen. Recouvert par le talus « à la façon d’un toit », il forme un véritable canal osseux, le sinus du tarse, zone de passage importante pour les vaisseaux sanguins et les nerfs du pied.
3. L’articulation transverse du tarse
L’articulation transverse du tarse est la grande articulation qui sépare le tarse postérieur (talus et calcanéus) du tarse antérieur (naviculaire et cuboïde). Sa particularité : elle n’est pas une articulation isolée mais la réunion de deux articulations.
| Définition | Réunion de deux articulations : — l’articulation talo-calcanéo-naviculaire — l’articulation calcanéo-cuboïdienne |
| Type | Synoviale, donc mouvements possibles |
| Mouvements | Inclinaison latérale / inclinaison médiale |
Les six surfaces articulaires en présence sont réparties sur quatre os. Le meilleur moyen de les mémoriser est de les classer par os :
| Os | Surfaces en présence |
|---|---|
| Le talus | La surface calcanéenne antérieure La surface naviculaire |
| Le calcanéus | La surface talaire antérieure La surface cuboïdienne |
| Le naviculaire | La surface talaire |
| Le cuboïde | La surface calcanéenne |
La fiche emploie les deux noms pour le segment médial de l’articulation transverse du tarse : « talo-naviculaire » dans la description du talus, « talo-calcanéo-naviculaire » dans le tableau d’arthrologie. Le terme officiel de la Terminologia Anatomica est articulation talo-calcanéo-naviculaire (articulatio talocalcaneonavicularis), et c’est celui qu’il faut retenir : la tête du talus s’y articule à la fois avec le naviculaire en avant et avec la face supérieure du calcanéus en bas — par sa surface talaire antérieure, portée par le sustentaculum tali —, la cavité étant complétée en dessous par le ligament calcanéo-naviculaire plantaire, dit ligament « ressort ». « Talo-naviculaire » n’en désigne que le versant antérieur : c’est un raccourci d’usage, pas une autre articulation. Si un QCM propose l’un ou l’autre comme segment médial, les deux visent la même articulation ; le segment latéral, lui, est sans ambiguïté la calcanéo-cuboïdienne.
Le naviculaire est situé sur le bord médial du pied, dont il constitue la clé de voûte. Il s’articule avec la tête du talus en arrière, le cuboïde en dehors et les trois cunéiformes en avant. Le cuboïde, lui, occupe le bord latéral et s’articule avec le calcanéus en arrière, le naviculaire et C3 en dedans, les bases de M4 et M5 en avant.
Ce que la fiche appelle « inclinaison médiale » et « inclinaison latérale » porte un nom précis, et ce sont des mouvements composés, c’est-à-dire faits de trois composantes simultanées dans les trois plans :
- l’inversion = adduction + supination + flexion plantaire, soit environ 30 à 35° : la plante du pied se tourne vers le dedans ;
- l’éversion = abduction + pronation + flexion dorsale, soit environ 15 à 20° : la plante du pied se tourne vers le dehors.
Voilà ce qui manque le plus à la fiche, qui donne les mouvements article par article sans jamais dire ce qu’ils produisent ensemble : aucune articulation ne réalise l’inversion ou l’éversion à elle seule. Chaque composante se répartit entre les articulations sub-talaires, l’articulation transverse du tarse et, pour la part de flexion, la talo-crurale au-dessus. Prises isolément, ces articulations ne font presque rien ; c’est leur addition qui permet au pied de rester à plat sur un sol incliné. Retiens aussi l’asymétrie : l’inversion est environ deux fois plus ample que l’éversion — et c’est précisément au cours d’une inversion forcée que survient l’entorse latérale de cheville (leçon 4.1).
4. Les autres articulations du tarse antérieur
En avant de l’articulation transverse du tarse, les os du tarse antérieur s’articulent entre eux par un groupe d’articulations synoviales que la fiche traite d’un bloc, sans détailler leurs mouvements :
- l’articulation cunéo-naviculaire, entre le naviculaire et les trois cunéiformes ;
- l’articulation intercunéiforme médiale, entre C1 et C2 ;
- l’articulation intercunéiforme latérale, entre C2 et C3 ;
- l’articulation cunéo-cuboïdienne, entre C3 et le cuboïde.
Toutes sont synoviales, donc mobiles. Leur amplitude individuelle est faible, mais leur addition participe à la déformabilité de l’avant-pied lors de l’appui.
La fiche ne donne pour ces quatre articulations ni éléments en présence ni mouvements : elle se contente de leur type. Ce sont des articulations planes — surfaces à peu près plates se répondant l’une l’autre —, unies par des ligaments dorsaux, plantaires et interosseux courts et tendus, qui n’autorisent que de petits glissements. C’est exactement cette faible mobilité qui fait la rigidité du massif tarsien : à l’appui, le tarse antérieur se comporte comme un bloc légèrement déformable, et non comme une chaîne d’articulations libres.
5. L’exception : l’articulation cuboïdo-naviculaire
Au milieu de cet ensemble mobile, une seule articulation fait exception : l’articulation cuboïdo-naviculaire, qui unit le cuboïde au naviculaire.
| Articulation | Cuboïdo-naviculaire |
| Type | Syndesmose, donc pas de mouvement possible |
C’est la seule articulation du pied qui n’autorise aucun mouvement. Une syndesmose est une articulation fibreuse : les deux os sont reliés par du tissu fibreux, sans cavité articulaire ni cartilage, ce qui la rend immobile. Ne la confonds pas avec ses voisines cunéo-cuboïdienne et cunéo-naviculaire, qui sont, elles, synoviales.
6. Les articulations de l’avant-pied
En avant du tarse, la fiche regroupe quatre séries d’articulations qui partagent le même type et le même rôle fonctionnel :
| Articulations | Ce qu’elles unissent |
|---|---|
| Tarso-métatarsiennes | Les os du tarse antérieur aux bases des métatarsiens |
| Métatarso-phalangiennes | Les têtes des métatarsiens aux phalanges proximales |
| Interphalangiennes proximales | Les phalanges proximales aux phalanges moyennes |
| Interphalangiennes distales | Les phalanges moyennes aux phalanges distales |
Toutes ces articulations sont synoviales, donc mobiles, et la fiche leur attribue un mouvement unique et global : la mobilité fine des orteils.
7. Les trois ligaments de la voûte plantaire
Il existe de nombreux ligaments du pied, en particulier à la face plantaire du tarse. Parmi eux, trois ligaments jouent un rôle particulier : ce sont eux qui maintiennent la voûte plantaire. Deux sont profonds, un est superficiel.
La fiche parle de la voûte plantaire sans jamais la décrire : elle n’y apparaît que par les trois ligaments qui la maintiennent. Retiens l’essentiel. Le pied ne repose pas à plat : c’est une voûte à trois arches — l’arche médiale (calcanéus, talus, naviculaire, cunéiformes, M1 à M3), la plus haute et la plus élastique ; l’arche latérale (calcanéus, cuboïde, M4 et M5), basse et presque au contact du sol ; l’arche transverse, tendue en travers du tarse antérieur et des bases métatarsiennes. Cette voûte repose sur trois points d’appui : la tubérosité calcanéenne en arrière, la tête de M1 en avant et en dedans, la tête de M5 en avant et en dehors.
Les trois ligaments plantaires décrits ci-dessous sont les haubans profonds tendus entre ces appuis : chacun relie le talon à un point plus antérieur de l’arche, de plus en plus loin à mesure que l’on passe du plan profond au plan superficiel. L’aponévrose plantaire, large lame fibreuse tendue de la tubérosité calcanéenne aux orteils, en est le hauban le plus superficiel.

Observe leur point commun : les trois naissent du calcanéus. C’est depuis l’os du talon, point d’appui postérieur du pied, que partent tous les haubans qui soutiennent l’arche. Seule leur terminaison les distingue : de plus en plus loin vers l’avant à mesure que l’on passe du plan profond au plan superficiel.
| Ligament | Origine | Terminaison |
|---|---|---|
| Calcanéo-naviculaire plantaire (profond) |
La face plantaire du calcanéus | La face plantaire du naviculaire |
| Plantaire court (profond) |
La face plantaire du calcanéus | La face plantaire du cuboïde |
| Plantaire long (superficiel) |
La face plantaire du calcanéus, juste en avant du talon | La face plantaire du cuboïde La face plantaire des bases de M2, M3, M4 et un peu M5 |
La fiche insiste sur cette hiérarchie : deux ligaments profonds — le calcanéo-naviculaire plantaire et le plantaire court — et un ligament superficiel, le plantaire long. Ce dernier est aussi le plus étendu : c’est le seul à atteindre les bases des métatarsiens, ce qui en fait le grand hauban longitudinal du pied.
Une anomalie de tension de ces trois ligaments peut provoquer un pied plat ou un pied creux. Tout s’éclaire une fois la voûte décrite : trop lâches, les haubans laissent l’arche médiale s’affaisser vers le sol — c’est le pied plat ; trop tendus, ils rapprochent l’appui du talon de celui des têtes métatarsiennes et creusent exagérément l’arche — c’est le pied creux. Ces ligaments ne sont donc pas de simples freins : ce sont les régulateurs de la forme du pied.
🧠 À retenir absolument
- Sub-talaires (talo-calcanéennes) : synoviales ; les 3 surfaces calcanéennes du talus ↔ les 3 surfaces talaires du calcanéus ; inclinaison latérale / médiale.
- Transverse du tarse = talo-calcanéo-naviculaire (segment médial ; nom officiel de la Terminologia Anatomica, « talo-naviculaire » n’en est que le raccourci d’usage) + calcanéo-cuboïdienne (segment latéral) ; synoviale ; inclinaison latérale / médiale.
- Hors fiche : ces inclinaisons sont des mouvements composés répartis entre plusieurs articulations — inversion = adduction + supination + flexion plantaire (30-35°) ; éversion = abduction + pronation + flexion dorsale (15-20°).
- Ses 6 surfaces : talus (calcanéenne antérieure, naviculaire), calcanéus (talaire antérieure, cuboïdienne), naviculaire (talaire), cuboïde (calcanéenne).
- Cunéo-naviculaire, intercunéiformes médiale et latérale, cunéo-cuboïdienne : synoviales, donc mobiles — hors fiche : articulations planes, ligaments dorsaux, plantaires et interosseux, petits glissements seulement, d’où la rigidité du massif tarsien.
- Cuboïdo-naviculaire : syndesmose → aucun mouvement. C’est la seule exception du pied (+++).
- Tarso-métatarsiennes, métatarso-phalangiennes, IPP et IPD : synoviales → mobilité fine des orteils.
- Voûte plantaire : 2 ligaments profonds (calcanéo-naviculaire plantaire : calcanéus → naviculaire ; plantaire court : calcanéus → cuboïde) et 1 superficiel (plantaire long : calcanéus, juste en avant du talon → cuboïde + bases de M2, M3, M4 et un peu M5).
- Hors fiche : la voûte plantaire = 3 arches (médiale, latérale, transverse) sur 3 points d’appui (tubérosité calcanéenne, tête de M1, tête de M5), haubanée par les trois ligaments plantaires et par l’aponévrose plantaire.
- Une anomalie de tension de ces trois ligaments → pied plat (arche médiale affaissée) ou pied creux (arche exagérément creusée).
❓ Questions fréquentes
Quelle est la seule articulation immobile du pied ?
L’articulation cuboïdo-naviculaire. C’est une syndesmose, c’est-à-dire une articulation fibreuse : elle n’autorise donc aucun mouvement. Toutes les autres articulations du pied listées par la fiche sont synoviales, donc mobiles.
De quoi est faite l’articulation transverse du tarse ?
De la réunion de deux articulations : l’articulation talo-calcanéo-naviculaire, qui en constitue le segment médial, et l’articulation calcanéo-cuboïdienne, qui en constitue le segment latéral. Elle est synoviale et autorise les inclinaisons latérale et médiale.
Quels mouvements les articulations sub-talaires permettent-elles ?
L’inclinaison latérale et l’inclinaison médiale, comme l’articulation transverse du tarse. Ce sont ces articulations, et non la talo-crurale, qui autorisent le pied à se tourner vers le dedans ou vers le dehors : la cheville, elle, ne fait que fléchir et s’étendre.
Quels sont les trois ligaments qui maintiennent la voûte plantaire ?
Deux ligaments profonds — le ligament calcanéo-naviculaire plantaire et le ligament plantaire court — et un ligament superficiel, le ligament plantaire long. Les trois naissent de la face plantaire du calcanéus.
Où se termine le ligament plantaire long ?
Sur la face plantaire du cuboïde et sur la face plantaire des bases de M2, M3, M4 et un peu M5. C’est le seul des trois ligaments de la voûte à atteindre les métatarsiens ; il naît de la face plantaire du calcanéus, juste en avant du talon.
🚀 Pour aller plus loin
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