Chapitre 2 — Électrophysiologie cellulaire · Topic 2 : Effet Donnan et potentiel de repos · Leçon 2.2

⏱️ Durée : 15 min
🎓 Niveau : PASS / LAS / L1 Santé
📚 Topic : Effet Donnan et potentiel de repos
🔑 Prérequis : Équation de Nernst, flux diffusif et électrique (Topic 1), effet Donnan (Leçon 2.1)
🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

Toute cellule vivante au repos présente une différence de potentiel électrique entre son intérieur et son extérieur : le potentiel de repos. Sa valeur, toujours négative (de −30 à −90 mV selon le type cellulaire), résulte de la combinaison des gradients ioniques et des perméabilités relatives de la membrane. L’équation de Goldman formalise ce lien.

🎯 Objectifs pédagogiques

  • Définir le potentiel de repos (Vm = Vint − Vext) et donner des valeurs typiques ;
  • Exposer la théorie de Boyle et Conway et en identifier la limite ;
  • Écrire et interpréter l’équation de Goldman (paramètres bNa, bK) ;
  • Connaître les gradients ioniques au repos (Na⁺, K⁺, Cl⁻ intérieur/extérieur) ;
  • Expliquer pourquoi le flux net de chaque ion est nul au repos.

🧭 Plan de la leçon

  1. Définition et valeurs du potentiel de repos
  2. Théorie de Boyle et Conway — imperméabilité au Na⁺
  3. Théorie de Hodgkin et Huxley — équation de Goldman
  4. Gradients ioniques au repos
  5. Bilan des flux au repos

1. Définition et valeurs du potentiel de repos

Convention de signe

Le potentiel de membrane est défini par convention comme :

Vm = Vint − Vext

Au repos, Vm est toujours négatif — l’intérieur cellulaire est chargé négativement par rapport à l’extérieur. Les valeurs typiques à connaître pour le concours :

  • Cellule myocardique : −90 mV
  • Neurone : −70 mV
  • Cellule musculaire lisse : −30 à −60 mV

Ces valeurs ne s’expliquent pas par un seul ion : plusieurs ions contribuent à ce potentiel, selon leurs concentrations intérieure/extérieure et la perméabilité relative de la membrane à chacun d’eux.

Bicouche lipidique membranaire avec protéines intégrales, phospholipides et glycoprotéines de surface.
Figure 1 — Structure de la membrane cellulaire : bicouche lipidique avec protéines intégrales (canaux ioniques) et glycoprotéines.

2. Théorie de Boyle et Conway — imperméabilité au Na⁺

Hypothèse et limite

Hypothèse de Boyle et Conway (1941) : la membrane au repos est imperméable au sodium. Si Na⁺ ne diffuse pas, seuls K⁺ et Cl⁻ contribuent au potentiel de membrane. Dans ce cas, Vm = VK⁺ = potentiel d’équilibre de K⁺ (équation de Nernst) ≈ −90 mV.

Limite : en réalité, la membrane n’est pas totalement imperméable à Na⁺. Des canaux sodiques passifs (canaux de fuite) permettent à Na⁺ d’entrer lentement dans la cellule au repos. La perméabilité à Na⁺ n’est pas nulle — elle est seulement bien inférieure à celle de K⁺. Le potentiel de repos réel est donc moins négatif que VK⁺.

3. Théorie de Hodgkin et Huxley — équation de Goldman

L’équation de Goldman

Pour tenir compte de la perméabilité partielle de la membrane à Na⁺, Hodgkin et Huxley (1952, Prix Nobel 1963) ont établi l’équation de Goldman (aussi appelée équation GHK — Goldman-Hodgkin-Katz) :

Vint − Vext = −(RT/F) · ln [(bNa·[Na⁺]int + bK·[K⁺]int) / (bNa·[Na⁺]ext + bK·[K⁺]ext)]

b = coefficient de diffusion de l’ion dans la membrane (proportionnel à la perméabilité membranaire pour cet ion). Au repos, bNa/bK ≈ 1/75 à 1/100, ce qui traduit la bien plus faible perméabilité de la membrane aux ions sodium.

Lien entre Goldman et Nernst

L’équation de Goldman est une généralisation de celle de Nernst pour plusieurs ions. Deux cas limites :

  • Si bNa → 0 (membrane imperméable à Na⁺) : l’équation de Goldman se réduit à l’équation de Nernst pour K⁺ → Vm → VK⁺ ≈ −90 mV. On retrouve la limite de Boyle et Conway.
  • Avec bNa faible mais non nul : Vm est légèrement moins négatif que VK⁺. Pour le neurone, Vrepos ≈ −70 mV (au lieu de −90 mV).
Flux diffusif et électrique de Na⁺, K⁺ et Cl⁻ à travers la membrane cellulaire au repos.
Figure 2 — Flux ioniques au potentiel de repos : flux diffusifs (gradients de concentration) et flux électriques (gradient de potentiel) pour Na⁺, K⁺ et Cl⁻.

4. Gradients ioniques au repos

Valeurs à connaître

Les concentrations ioniques au repos (valeurs du cours Sorbonne UE3b) :

Ion Intérieur (mM) Extérieur (mM) Sens du gradient de concentration
Na⁺ 15 140 Entrée (ext → int)
K⁺ 150 4 Sortie (int → ext)
Cl⁻ 4 120 Entrée (ext → int)

Ces gradients sont maintenus à l’état stationnaire par la pompe Na⁺/K⁺ ATPase (voir Leçon 2.3).

Gradients de concentration de Na⁺ (fort à l'extérieur) et K⁺ (fort à l'intérieur) de part et d'autre de la membrane.
Figure 3 — Gradients ioniques de Na⁺ et K⁺ au repos : le Na⁺ est concentré à l’extérieur, le K⁺ à l’intérieur.

5. Bilan des flux au repos

Flux net nul pour chaque ion

Au potentiel de repos, pour chaque ion, la somme algébrique de tous les flux est nulle :

Flux diffusif + Flux électrique + Flux actif (pompe) = 0

Cela signifie qu’il n’y a pas de courant net traversant la membrane. En pratique :

  • K⁺ : tend à sortir par diffusion (fort dedans), est retenu par le champ électrique (intérieur négatif). Le flux net diffusif-électrique est faible et compensé par la pompe.
  • Na⁺ : tend à entrer par diffusion (fort dehors) ET par le champ électrique (l’intérieur négatif attire Na⁺). Les deux flux sont dans le même sens — la pompe Na⁺/K⁺ expulse Na⁺ en contrepartie.
  • Cl⁻ : Cl⁻ est à son potentiel d’équilibre de Nernst au repos. Son flux diffusif (entrant : fort dehors) est exactement compensé par son flux électrique (sortant : l’intérieur négatif repousse l’anion). Il n’y a pas de transport actif de Cl⁻ dans ce modèle.
Récapitulatif des flux ioniques (diffusifs, électriques, actifs) à travers la membrane au repos avec Na⁺, K⁺ et Cl⁻.
Figure 4 — Récapitulatif des flux ioniques au repos : diffusifs + électriques + actifs = 0 pour chaque ion.

🧠 À retenir absolument

  • Potentiel de repos : Vm = Vint − Vext < 0 (−90 mV myocarde, −70 mV neurone, −30 à −60 mV muscle lisse).
  • Boyle-Conway : hypothèse imperméabilité au Na⁺ → Vm → VK⁺ ≈ −90 mV ; limite = la membrane laisse passer un peu de Na⁺.
  • Goldman : Vm = −(RT/F)·ln[(bNa[Na⁺]int + bK[K⁺]int) / (bNa[Na⁺]ext + bK[K⁺]ext)] ; au repos bNa/bK ≈ 1/75 à 1/100.
  • Gradients : Na⁺ 15/140 mM, K⁺ 150/4 mM, Cl⁻ 4/120 mM (int/ext).
  • Cl⁻ est à son potentiel d’équilibre au repos (pas de transport actif de Cl⁻).
  • Au repos, flux net = 0 pour chaque ion (flux diffusif + électrique + actif = 0).

❓ Questions fréquentes

Pourquoi le potentiel de repos est-il négatif et non positif ?

L’intérieur de la cellule est riche en K⁺, qui tend à sortir par diffusion (gradient de concentration). En sortant, K⁺ emporte des charges positives et laisse un excès de charges négatives à l’intérieur. Par ailleurs, les protéines intracellulaires (chargées négativement) contribuent à la négativité de l’intérieur via l’effet Donnan. Ces deux facteurs imposent Vint < Vext, donc Vm négatif.

Qu’est-ce que le coefficient b dans l’équation de Goldman et comment l’interpréter ?

b est le coefficient de diffusion de l’ion dans la membrane (souvent noté P pour perméabilité dans les formulations alternatives). Il intègre à la fois la vitesse de diffusion de l’ion dans le milieu lipidique membranaire et la facilité d’entrée dans la membrane. Au repos, bNa ≪ bK (rapport ~ 1/75 à 1/100), ce qui signifie que la membrane est quasi-imperméable à Na⁺ et très perméable à K⁺. Lors d’un potentiel d’action, bNa augmente brutalement (ouverture des canaux Na⁺ voltage-dépendants).

Pourquoi Cl⁻ est-il à son potentiel d’équilibre au repos, mais pas Na⁺ ni K⁺ ?

Cl⁻ n’est pas pompé activement — sa distribution est dictée uniquement par l’équilibre électrochimique passif entre flux diffusif et flux électrique. Au potentiel de repos (−70 mV pour un neurone), le flux de Cl⁻ entrant (par gradient de concentration, Cl⁻ fort dehors) est exactement annulé par le flux électrique sortant (l’intérieur négatif repousse Cl⁻). En revanche, pour Na⁺, les flux diffusif et électrique sont tous les deux dirigés vers l’entrée — il faut la pompe pour maintenir l’équilibre.

Pourquoi le potentiel de repos du neurone (−70 mV) est-il moins négatif que VK⁺ (≈−90 mV) ?

Parce que la membrane au repos laisse passer une petite quantité de Na⁺ via des canaux de fuite. L’entrée de Na⁺ (ions positifs) atténue légèrement la négativité de l’intérieur. L’équation de Goldman traduit cet effet : avec bNa/bK ≈ 1/75, le terme Na⁺ « tire » le potentiel vers VNa⁺ (+60 mV) et décale le Vm de −90 mV vers −70 mV. Plus la perméabilité au Na⁺ augmente (dépolarisation), plus Vm se rapproche de VNa⁺.

Comment mesure-t-on concrètement le potentiel de repos ?

On utilise une microélectrode intracellulaire (micropipette en verre remplie de KCl 3 M, pointe < 1 µm) insérée dans la cellule. La différence de potentiel entre cette électrode (interne) et une électrode de référence placée dans le milieu extracellulaire donne directement Vint − Vext = Vm. La technique du patch-clamp (Neher et Sakmann, Nobel 1991) permet même de mesurer les courants d’un seul canal ionique et de fixer Vm à la valeur souhaitée (mode voltage-clamp).

Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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