Formation IFSI · Module C — Prévention et promotion de la santé
Un patient sur cinq en médecine générale présente une consommation d’alcool à risque — sans en être forcément conscient, et sans que le soignant l’ait repéré. Le RPIB (Repérage précoce et intervention brève) est une technique validée, rapide et efficace, que tout infirmier peut utiliser pour détecter et réduire les consommations problématiques d’alcool, de tabac ou de cannabis.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir le RPIB et distinguer repérage et intervention brève.
- Citer les principales situations et substances concernées par le RPIB.
- Utiliser l’outil AUDIT-C pour le repérage de la consommation d’alcool à risque.
- Décrire les étapes d’une intervention brève.
- Identifier le rôle infirmier dans le RPIB en soins primaires et hospitaliers.
🧭 Plan de la leçon
- Définition et fondements du RPIB
- Le repérage — outils et seuils
- L’intervention brève — étapes et techniques
- RPIB et tabac
- RPIB et santé mentale
- Rôle infirmier dans le RPIB
1. Définition et fondements du RPIB
Le RPIB est une stratégie de prévention secondaire qui associe :
- Un repérage précoce : identifier les personnes ayant une consommation à risque ou un comportement problématique, avant l’apparition d’une dépendance ou de complications.
- Une intervention brève : un échange court (5–20 minutes) visant à réduire la consommation ou le comportement à risque, basé sur les principes de l’entretien motivationnel.
Le RPIB repose sur des preuves solides : la méta-analyse Cochrane (2018) montre que l’intervention brève pour l’alcool réduit de 15 à 25% la consommation des buveurs à risque.
2. Le repérage — outils et seuils
Alcool — outil AUDIT-C (3 questions) :
- À quelle fréquence consommez-vous des boissons alcoolisées ? (0 à 4 points)
- Combien de verres standard contenant de l’alcool consommez-vous lors d’une journée ordinaire où vous buvez ? (0 à 4 points)
- Au cours d’une même occasion, combien de fois vous arrive-t-il de consommer 6 verres ou plus ? (0 à 4 points)
Score AUDIT-C : ≥ 4 chez l’homme, ≥ 3 chez la femme = consommation à risque → intervention brève indiquée.
Seuils de consommation à risque (OMS/Santé publique France) :
- Pas plus de 10 verres standard par semaine.
- Pas plus de 2 verres par jour (en moyenne).
- Au moins 2 jours sans alcool par semaine.
- Jamais plus de 4 verres lors d’une même occasion.
Un verre standard contient 10 g d’alcool pur, quelle que soit la boisson (25 cl de bière à 5%, 10 cl de vin à 12%, 3 cl de whisky à 40%). La taille du verre et la teneur en alcool sont souvent sous-estimées par les patients.
3. L’intervention brève — étapes
L’intervention brève s’inspire de l’entretien motivationnel (Miller et Rollnick) et suit un schéma en 5 étapes (FRAMES) :
- F — Feedback : restituer au patient ses résultats de repérage de façon neutre et factuelle (« votre score indique une consommation à risque »).
- R — Responsibility : affirmer que c’est au patient de décider (« c’est vous qui décidez de ce que vous faites de cette information »).
- A — Advice : conseiller clairement de réduire (« je vous recommande de réduire votre consommation »).
- M — Menu : proposer plusieurs options de changement, adaptées à la personne.
- E — Empathy : maintenir une attitude empathique et non jugeante tout au long de l’échange.
- S — Self-efficacy : renforcer le sentiment de capacité à changer (« je pense que vous pouvez y arriver »).
4. RPIB et tabac
Pour le tabac, le repérage repose sur deux questions simples : fumez-vous ? Souhaitez-vous arrêter ? L’outil questionnaire de Fagerström évalue la dépendance à la nicotine.
En cas de dépendance forte (Fagerström ≥ 7), l’intervention brève seule est insuffisante — orienter vers un addictologue ou une consultation de tabacologie, et proposer les traitements de substitution nicotinique (TSN) ou la varénicline.
5. RPIB et santé mentale
Le RPIB s’étend au repérage des troubles anxieux et dépressifs en soins primaires. Les outils validés :
- PHQ-2 (2 questions) puis PHQ-9 si positif — dépistage de la dépression.
- GAD-2 puis GAD-7 — dépistage des troubles anxieux généralisés.
- EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale) — dépression du post-partum.
6. Rôle infirmier dans le RPIB
- Intégrer le RPIB dans les soins courants (consultations, bilans d’entrée hospitalière, soins à domicile).
- Utiliser les outils validés (AUDIT-C, Fagerström, PHQ-2) de façon systématique.
- Conduire une intervention brève si le score est positif — 5 à 20 minutes suffisent.
- Orienter vers un professionnel spécialisé (addictologue, psychiatre, médecin traitant) si dépendance avérée.
- Documenter dans le dossier de soins.
📌 À retenir absolument
- RPIB = repérage précoce + intervention brève — prévention secondaire des addictions.
- Alcool : AUDIT-C — ≥4 homme / ≥3 femme = consommation à risque.
- Un verre standard = 10 g d’alcool pur quelle que soit la boisson.
- Seuils OMS alcool : max 10 verres/semaine, max 2/jour, au moins 2 jours sans.
- Intervention brève = schéma FRAMES (6 étapes), inspiré de l’entretien motivationnel.
- Tabac : Fagerström ≥ 7 → orientation spécialisée.
Sources
- Santé publique France. Le repérage précoce et l’intervention brève (RPIB). 2022.
- Miller WR, Rollnick S. Motivational Interviewing. 3e éd. New York : Guilford, 2012.
- Cochrane. Brief interventions for heavy alcohol users. 2018.
- Référentiel IFSI 2026 — Arrêté du 20 février 2026, UE C.1