Chapitre 7 — Pharmacocinétique quantitative · Topic 1 : Paramètres d’absorption · Leçon 1.1
La phase d’absorption est l’étape limitante de la pharmacocinétique d’un médicament administré par voie extra-vasculaire : seule une fraction — parfois très faible — de la dose atteint la circulation générale. Pour la chiffrer, on utilise deux catégories de paramètres : un paramètre qualitatif (Tmax, qui reflète la vitesse) et des paramètres quantitatifs (Cmax, ASC, biodisponibilité F). L’aire sous la courbe (ASC) et la concentration maximale (Cmax) sont les deux paramètres piliers des études de bioéquivalence.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- expliquer pourquoi la phase d’absorption est limitante pour la voie extra-vasculaire ;
- lire une courbe concentration plasmatique-temps et y repérer Cmax, Tmax et ASC ;
- distinguer paramètre qualitatif visualisé (Tmax) et paramètres quantitatifs mesurés ou calculés (Cmax, ASC, F) ;
- définir l’ASC comme intégrale des concentrations, la calculer par la méthode des trapèzes ;
- utiliser la proportionnalité ASC ↔ dose valable en cinétique linéaire ;
- identifier ASC + Cmax comme les deux paramètres réglementaires des études de bioéquivalence.
🧭 Plan de la leçon
- Absorption : étape limitante des voies extra-vasculaires
- Deux types de paramètres pharmacocinétiques
- Aire sous la courbe (ASC ou AUC) : définition et calcul
- Cmax et Tmax : vitesse d’absorption
- ASC + Cmax : les deux piliers des études de bioéquivalence
1. Absorption : étape limitante des voies extra-vasculaires
Un comprimé de paracétamol 1 g ne dépose pas 1 g de paracétamol dans le sang du patient. Une fraction est non dissoute, une autre est non absorbée, une autre encore est métabolisée avant même d’atteindre la circulation générale (premier passage intestinal et hépatique). Pour piloter une prescription, il faut donc mesurer ce qui arrive réellement dans le compartiment sanguin — et à quelle vitesse.
Par voie intraveineuse (IV), la totalité de la dose administrée se retrouve dans la circulation sanguine générale : il n’y a pas d’étape d’absorption à franchir. À l’inverse, par voie extra-vasculaire (orale, sublinguale, IM, SC, cutanée, inhalée…), la dose peut ne pas atteindre en totalité la circulation sanguine générale, pour au moins deux raisons :
- dissolution incomplète du principe actif (PA) dans le tractus gastro-intestinal ;
- destruction enzymatique du PA dans la lumière intestinale (premier passage intestinal) ou lors du premier passage hépatique.
La phase d’absorption est l’étape limitante de la pharmacocinétique d’un médicament administré par voie extra-vasculaire (+++). C’est ce qui justifie de la chiffrer avec des paramètres dédiés (Cmax, Tmax, ASC, F).
2. Deux types de paramètres pharmacocinétiques
La phase d’absorption est décrite par deux catégories de paramètres, à ne pas confondre.
Tmax = temps nécessaire pour observer la concentration maximale du médicament dans l’organisme. C’est le reflet de la vitesse d’absorption du médicament. On le visualise directement sur la courbe concentration-temps : c’est l’abscisse du pic.
- Cmax — concentration plasmatique (ou sanguine) maximale du médicament, observée au temps Tmax. Paramètre mesuré.
- Aire sous la courbe (ASC ou AUC en anglais) — reflet de l’exposition globale de l’organisme au médicament. Paramètre calculé.
- Biodisponibilité (F) — fraction (ou pourcentage) de la dose administrée qui parvient sous forme inchangée dans la circulation sanguine générale. Toujours calculée par rapport à une voie de référence (voir Leçon 1.2).

| Paramètre | Type | Signification |
|---|---|---|
| Tmax | Qualitatif (visualisé) | Vitesse d’absorption — temps du pic |
| Cmax | Quantitatif (mesuré) | Concentration maximale atteinte |
| ASC (AUC) | Quantitatif (calculé) | Exposition totale — intégrale de la concentration |
| F | Quantitatif (calculé à partir de l’ASC) | Fraction inchangée arrivant dans la circulation systémique |
3. Aire sous la courbe (ASC ou AUC) : définition et calcul
L’ASC des concentrations plasmatiques (ou sanguines) est le reflet de l’exposition globale de l’organisme au médicament. Elle permet d’estimer la quantité de médicament ayant atteint la circulation sanguine générale.
Mathématiquement, l’ASC est l’intégrale de la concentration plasmatique du médicament sur un intervalle de temps défini — ou extrapolée à l’infini (ASC0→∞).
Concrètement, on prélève le patient à plusieurs temps après la prise (par exemple à t = 0,5 h, 1 h, 2 h, 4 h, 6 h, 10 h…), on trace la courbe concentration-temps, et on calcule l’aire sous cette courbe. La méthode la plus classique est la méthode des trapèzes.

Entre deux temps de prélèvement consécutifs ti et ti+1, on assimile la portion de courbe à un trapèze dont les côtés parallèles sont les concentrations Ci et Ci+1 :
Si = [(Ci + Ci+1) / 2] × (ti+1 − ti)
L’ASC totale s’obtient en sommant tous les trapèzes. La queue de courbe (au-delà du dernier prélèvement) est extrapolée à l’infini par Cdernier/ke.
Dans la grande majorité des cas (cinétique linéaire, également appelée cinétique d’ordre 1), l’ASC est directement PROPORTIONNELLE à la dose administrée (+++).
Concrètement : si on double la dose, l’ASC double. Cette propriété est constamment testée aux concours : elle explique aussi que la clairance (voir Ch.7, Leçon 2.2) et la demi-vie (voir Ch.7, Leçon 3.1) sont indépendantes de la dose.
4. Cmax et Tmax : vitesse d’absorption
Cmax et Tmax décrivent conjointement la rapidité avec laquelle le médicament apparaît dans le sang :
- Tmax — délai pour atteindre le pic de concentration après administration ;
- Cmax — hauteur de ce pic, mesurée en mg/L, µg/mL ou ng/mL selon le médicament.
Deux formulations d’un même principe actif peuvent avoir la même ASC mais des Cmax et Tmax très différents. C’est typiquement le cas d’un comprimé à libération immédiate vs un comprimé à libération prolongée (LP) : la LP écrase le pic (Cmax plus basse, Tmax plus tardif) tout en délivrant la même quantité totale. C’est pourquoi les deux paramètres sont indissociables en bioéquivalence.
| Situation | Effet sur Cmax | Effet sur Tmax |
|---|---|---|
| Voie IV directe | Immédiate, très élevée | Quasi nul (Tmax ≈ 0) |
| Voie orale, libération immédiate | Élevée | Court (0,5 à 2 h) |
| Voie orale, forme LP | Aplatie | Plus tardif (4 à 8 h) |
| Voie transdermique (patch) | Faible et stable | Très tardif (heures à jours) |
5. ASC + Cmax : les deux piliers des études de bioéquivalence
L’ASC (quantité totale absorbée) et la Cmax (vitesse d’absorption) sont les deux paramètres pharmacocinétiques réglementaires pour les études de bioéquivalence. Une ASC identique ne suffit pas : il faut également que la vitesse d’apparition du médicament dans l’organisme (donc la Cmax) soit comparable.
- ASC = paramètre calculé (méthode des trapèzes) → exposition totale ;
- Cmax = paramètre mesuré → hauteur du pic ;
- Tmax = paramètre qualitatif visualisé → vitesse d’absorption ;
- ASC et Cmax sont les deux critères des études de bioéquivalence (voir Leçon 1.3).
Ne pas confondre : l’ASC quantifie la quantité totale absorbée, la Cmax et le Tmax quantifient la vitesse. Deux formulations peuvent avoir la même ASC (même quantité) mais des cinétiques totalement différentes — d’où l’exigence conjointe des deux critères en bioéquivalence.
🧠 À retenir absolument
- La phase d’absorption est l’étape limitante de la pharmacocinétique par voie extra-vasculaire.
- Tmax = paramètre qualitatif (visualisé) → vitesse d’absorption.
- Cmax = paramètre mesuré → hauteur du pic plasmatique.
- ASC (AUC) = paramètre calculé par méthode des trapèzes → exposition totale.
- Biodisponibilité F = calculée à partir de l’ASC.
- En cinétique linéaire : ASC ∝ dose (+++).
- Les 2 paramètres de bioéquivalence sont ASC ET Cmax.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi la voie IV n’a-t-elle pas de phase d’absorption ?
Parce que le principe actif est déposé directement dans le compartiment sanguin systémique : il n’a ni membrane à franchir, ni premier passage hépatique à subir. La totalité de la dose injectée est donc immédiatement disponible dans la circulation générale. C’est ce qui fait de la voie IV la voie de référence pour mesurer la biodisponibilité absolue des autres voies (voir Leçon 1.2).
L’ASC est-elle mesurée ou calculée ?
Calculée. Ce sont les concentrations plasmatiques qui sont mesurées (dosages sanguins successifs à différents temps après la prise). L’ASC s’obtient ensuite mathématiquement, le plus souvent par la méthode des trapèzes : on assimile chaque portion de courbe entre deux prélèvements à un trapèze, puis on somme les aires. La Cmax, elle, est directement mesurée : c’est la plus haute concentration observée.
Que signifie « cinétique linéaire » et pourquoi est-elle si importante en concours ?
Une cinétique est dite linéaire (ou d’ordre 1) quand la vitesse d’élimination est proportionnelle à la concentration plasmatique. Sa conséquence majeure pour les paramètres d’absorption : l’ASC est proportionnelle à la dose administrée. Doubler la dose double l’ASC (et double la Cmax). Cette propriété, valable pour la grande majorité des médicaments aux doses usuelles, permet d’extrapoler simplement d’une dose à l’autre. Les rares cinétiques non linéaires (saturation d’enzymes, ex. : phénytoïne) sont l’exception qui confirme la règle.
Deux formulations avec la même ASC peuvent-elles être considérées comme équivalentes ?
Non — pas automatiquement. Deux formulations peuvent avoir la même quantité totale absorbée (même ASC) tout en produisant des pics très différents (Cmax et Tmax distincts), par exemple un comprimé à libération immédiate vs une forme à libération prolongée. Or un pic élevé peut être toxique et un pic tardif peut ne pas atteindre le seuil d’efficacité à temps. C’est pour cette raison que la bioéquivalence exige la comparaison conjointe de l’ASC et de la Cmax.
Comment lit-on concrètement une courbe concentration-temps ?
L’abscisse porte le temps depuis l’administration (en heures), l’ordonnée porte la concentration plasmatique (en mg/L, µg/mL ou ng/mL). Pour une voie orale, la courbe présente une phase montante (absorption > élimination), un pic où absorption = élimination — dont l’ordonnée est Cmax et l’abscisse Tmax —, puis une phase descendante (élimination pure). L’aire délimitée par la courbe et l’axe du temps est l’ASC. Pour une voie IV en injection unique, il n’y a pas de phase montante : la courbe démarre immédiatement à C₀ et décroît de manière exponentielle.
🚀 Pour aller plus loin
Pour prolonger cette leçon et voir ses applications :
- Leçon 1.2 — Biodisponibilité absolue et relative : calculs à partir de l’ASC
- Chapitre 6 — Formes galéniques, voies d’administration et PK descriptive : la biodisponibilité descriptive avant les calculs
- Chapitre 8 — Variabilité de la réponse aux médicaments : sources de variabilité de l’ASC entre patients
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.