Chapitre 1 — Le médicament : définition, histoire et régulation · Topic 1 : Définitions fondamentales · Leçon 1.2
Un médicament, ce n’est pas un simple principe actif : c’est un couple principe actif + excipient, mis dans une forme pharmaceutique, portant plusieurs noms (chimique, DCI, commercial) et rangé dans une classification internationale (ATC). Cette leçon détaille ces composants et cette nomenclature, puis présente les grandes catégories de médicaments (spécialité, préparation magistrale, biomédicament, prodrogue).
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- définir principe actif, excipient et spécialité pharmaceutique ;
- distinguer les trois dénominations (chimique, DCI, commerciale) et reconnaître un suffixe DCI ;
- décrire les cinq niveaux de la classification ATC ;
- énumérer les principales formes pharmaceutiques et les catégories de préparations (magistrale, hospitalière, officinale) ;
- expliquer le principe d’une prodrogue à partir du couple valaciclovir/acyclovir.
🧭 Plan de la leçon
- Composition d’un médicament : principe actif et excipient
- Trois noms pour un même médicament
- La classification ATC en cinq niveaux
- Grandes catégories de médicaments
- Formes pharmaceutiques et prodrogues
1. Composition d’un médicament : principe actif et excipient
Un enfant intolérant au lactose reçoit une gélule de générique : il présente une diarrhée. Le principe actif n’est pas en cause — c’est un excipient à effet notoire, le lactose, qui l’était. Connaître la composition complète d’un médicament (PA + excipients), et pas seulement la molécule active, est donc essentiel dès la prescription.
Tout médicament est une combinaison de deux types de composants :
- Principe actif (PA) : substance active, au moins une, d’origine chimique ou naturelle, caractérisée par un mécanisme d’action précis dans l’organisme. C’est elle qui produit l’effet thérapeutique.
- Excipient : substance dépourvue d’effet thérapeutique, destinée à faciliter l’administration ou l’absorption du médicament (lactose, amidon, cellulose, colorants, conservateurs, arômes). Certains excipients peuvent avoir des effets indésirables : on parle d’excipients à effets notoires (EEN, liste ANSM).
Médicament = principe(s) actif(s) + excipient(s). Un même comprimé peut associer plusieurs PA (associations fixes, ex. : paracétamol + codéine). Les excipients représentent souvent l’essentiel de la masse du comprimé (jusqu’à > 90 %).
La spécialité pharmaceutique est le nom donné à un médicament industriel prêt à l’emploi : elle associe un ou plusieurs PA à une formulation fixe, sous un nom commercial déposé, et bénéficie d’une AMM. À l’inverse, une préparation magistrale est réalisée extemporanément (à la demande) par un pharmacien, sur ordonnance, en l’absence de spécialité adaptée.
2. Trois noms pour un même médicament
Un même principe actif porte typiquement trois dénominations distinctes, à ne pas confondre :
- Dénomination chimique : nom systématique de la substance selon la nomenclature de l’IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry, en français UICPA). Long, non utilisable en clinique.
- Dénomination Commune Internationale (DCI) : nom officiel attribué par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il regroupe les produits d’une même classe pharmacologique via un segment-clé (préfixe ou suffixe). C’est le nom que le médecin doit privilégier.
- Dénomination commerciale (nom de spécialité, nom de fantaisie) : définie par le laboratoire selon des impératifs commerciaux. Un même PA peut avoir plusieurs noms commerciaux (Dafalgan®, Doliprane®, Efferalgan® pour le paracétamol).
Exemple canonique du paracétamol :
| Dénomination | Nom |
|---|---|
| Chimique (IUPAC) | N-(4-hydroxyphényl)acétamide |
| DCI | Paracétamol |
| Commerciale | Dafalgan®, Doliprane®, Efferalgan® |
Les suffixes DCI désignent des mécanismes d’action identiques. Quelques exemples (à titre illustratif, non exigibles au concours) :
| Suffixe | Classe thérapeutique | Exemples |
|---|---|---|
| -olol | Bêta-bloquant | Propranolol, acébutolol, aténolol |
| -brutinib | Inhibiteur de la tyrosine kinase de Bruton | Ibrutinib, acalabrutinib |
| -zumab | Anticorps monoclonal humanisé | Trastuzumab, pembrolizumab |
| -navir | Inhibiteur de la protéase du VIH | Amprenavir, nelfinavir |
Complément hors cours. Les préfixes et suffixes DCI (« stems ») sont validés par un groupe d’experts de l’OMS et publiés dans la WHO Drug Information. Ils constituent un langage international : un « -mab » est un anticorps monoclonal partout dans le monde, ce qui facilite l’apprentissage et la sécurité de prescription.
3. La classification ATC en cinq niveaux
La classification ATC (Anatomique, Thérapeutique, Chimique), mise en place par l’OMS, organise les principes actifs en cinq niveaux hiérarchiques. Elle est utilisée en pharmaco-épidémiologie, en pharmacovigilance et dans les études d’usage.

Les cinq niveaux se lisent du plus général au plus précis : 1 : groupe anatomique principal (14 groupes, ex. : C = système cardiovasculaire) — 2 : sous-groupe thérapeutique — 3 : sous-groupe pharmacologique — 4 : sous-groupe chimique — 5 : substance active. Chaque niveau ajoute un ou deux caractères au code (exemple : C07AB02 = métoprolol).
4. Grandes catégories de médicaments
La législation distingue plusieurs catégories, selon le mode de fabrication et l’origine biologique :
| Catégorie | Définition |
|---|---|
| Spécialité pharmaceutique | Médicament industriel, sous un nom commercial déposé, avec AMM |
| Préparation magistrale | Réalisée extemporanément par un pharmacien sur ordonnance, en l’absence de spécialité disponible (officine ou hôpital) |
| Préparation hospitalière | Réalisée à l’avance en petites quantités en pharmacie hospitalière, sur ordonnance |
| Préparation officinale | Inscrite à la pharmacopée, préparée en officine pour les patients |
| Médicament radiopharmaceutique | Composé radioactif ou précurseur utilisé pour diagnostic ou thérapie |
| Médicament homéopathique | Obtenu à partir de souches par dilutions multiples selon procédé homéopathique |
| Médicament biologique (biomédicament) | Substance synthétisée par un organisme vivant, modifié ou non génétiquement (insuline, anticorps, EPO) |
| Biosimilaire | Équivalent biologique — mais non identique — d’un biomédicament de référence dont le brevet a expiré |
| Médicament à base de plantes | Composé exclusivement d’une ou plusieurs substances végétales (à distinguer de la phytothérapie) |
| Médicament dérivé du sang | Produit à partir de dons (globules rouges, plasma, albumine, anticorps) |
| Thérapie cellulaire / génique | Cellules humaines (modifiées ou non) ou introduction de matériel génétique dans les cellules du patient |
Un biosimilaire n’est pas un générique : un générique est chimiquement identique à son princeps (même molécule, même structure). Un biosimilaire est similaire mais pas identique — les biomédicaments sont produits par des cellules vivantes, on ne peut jamais garantir une identité stricte. Les procédures d’AMM diffèrent en conséquence (voir Chapitre 3 — Réglementaire).
5. Formes pharmaceutiques et prodrogues
La forme pharmaceutique (ou forme galénique, du nom de Galien) correspond à la forme sous laquelle le médicament se présente : comprimé, gélule, sirop, collyre, crème, solution injectable, etc. Un même principe actif peut exister sous plusieurs formes : le paracétamol existe en comprimés, en sachets effervescents, en suppositoires, en solution injectable.
Le développement d’une forme galénique passe par un cycle en deux temps : la préformulation (caractérisation physicochimique du PA) puis la formulation (choix des excipients, mise au point du procédé de fabrication).

Les formes orales solides peuvent être conçues pour une libération contrôlée : comprimés à libération prolongée (LP), gélules à microbilles, matrices érodables. Ces formes réduisent la fréquence des prises et lissent la concentration plasmatique — mais imposent au patient de ne pas les écraser ni les couper (sauf mention explicite).

Certains médicaments sont administrés sous forme inactive — c’est le concept de prodrogue (ou promédicament). Le principe : on donne au patient une molécule mieux absorbée ou mieux tolérée, qui sera activée par les enzymes de l’organisme (foie, tube digestif, plasma) pour libérer le principe actif.
Exemple emblématique : le couple valaciclovir → acyclovir (antiviraux anti-herpès). L’acyclovir est peu absorbé par voie orale. On administre donc le valaciclovir (prodrogue), bien absorbé par l’intestin ; il est ensuite transformé en acyclovir dans le foie et libéré dans la circulation. Résultat : une concentration plasmatique d’acyclovir bien supérieure à celle obtenue en donnant directement l’acyclovir par voie orale.

Valaciclovir : biodisponibilité orale de ~54 % (source ANSM, RCP Zelitrex®), contre seulement ~15-20 % pour l’acyclovir per os. C’est un gain d’un facteur trois — voilà l’intérêt clinique de la prodrogue.
À noter : si l’acyclovir est administré par voie intraveineuse, il est inutile de passer par la prodrogue puisqu’il n’y a pas d’étape d’absorption digestive. C’est la voie utilisée dans les formes graves (encéphalites herpétiques).
🧠 À retenir absolument
- Médicament = principe(s) actif(s) + excipient(s). Certains excipients ont des effets notoires (EEN).
- La spécialité pharmaceutique est un médicament industriel avec AMM, sous nom commercial déposé.
- Trois dénominations : chimique (IUPAC), DCI (OMS, à privilégier en prescription), commerciale (laboratoire).
- Les suffixes DCI désignent une classe pharmacologique (ex. -olol = bêta-bloquants).
- La classification ATC a 5 niveaux : Anatomique → Thérapeutique → Pharmacologique → Chimique → Substance.
- Catégories : spécialité, préparations (magistrale, hospitalière, officinale), radiopharmaceutique, homéopathique, biomédicament, biosimilaire, plantes, dérivés du sang, thérapies cellulaires et géniques.
- Un biosimilaire n’est pas un générique : similaire mais pas identique.
- Une prodrogue est administrée inactive et activée in vivo (ex. valaciclovir → acyclovir).
- La forme galénique (comprimé, gélule, LP, injectable…) conditionne l’absorption et la biodisponibilité.
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre DCI et nom commercial ?
La DCI est le nom officiel international attribué par l’OMS à la substance active (paracétamol). Le nom commercial est un nom déposé par un laboratoire pour désigner sa spécialité (Doliprane®). Un même PA peut avoir plusieurs noms commerciaux ; il n’a qu’une seule DCI.
Pourquoi utiliser une prodrogue plutôt que le principe actif directement ?
Pour améliorer la biodisponibilité orale (cas du valaciclovir), la tolérance (moins d’effets indésirables locaux), le ciblage (activation au niveau d’un organe spécifique) ou pour franchir des barrières (barrière hémato-encéphalique). L’activation se fait par les enzymes du foie, du plasma ou du tube digestif.
Un excipient peut-il être dangereux ?
Oui : certains excipients dits « à effets notoires » (EEN, liste ANSM) peuvent provoquer intolérances (lactose), allergies (colorants), toxicité chez le nourrisson (alcool, éthanol dans certains sirops) ou effets métaboliques (sorbitol). C’est pourquoi ils sont mentionnés sur la notice.
À quoi sert la classification ATC ?
Elle permet une codification universelle des médicaments, utilisée pour : la pharmacovigilance (regrouper les signaux par classe), les études de consommation médicamenteuse, la comparaison internationale des prescriptions, et la définition des équivalents thérapeutiques.
Un biosimilaire est-il aussi efficace que le biomédicament original ?
Oui, dans le cadre de son AMM. L’EMA exige un dossier de comparabilité (qualité, non-clinique, clinique) démontrant l’absence de différence cliniquement significative en efficacité, sécurité et immunogénicité. Une fois cette comparabilité établie, un biosimilaire est considéré comme une alternative thérapeutique valide.
🚀 Pour aller plus loin
Approfondis avec la définition légale et l’histoire des médicaments, puis la réglementation qui les encadre :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.