Chapitre 1 — Le médicament : définition, histoire et régulation · Topic 2 : Histoire de la pharmacologie · Leçon 2.1

⏱️ Durée : 14 min
🎓 Niveau : PASS / LAS / L1 SV
📚 Topic : Histoire de la pharmacologie
🔑 Prérequis : Leçon 1.1 (définition du médicament et de la pharmacologie)

Le médicament n’est pas une invention récente : la lutte contre les maladies est l’une des préoccupations les plus anciennes de l’humanité. Avant la chimie, avant l’AMM, avant le RCT, l’Homme a d’abord tâtonné, observé, puis peu à peu construit une méthode. Cette leçon retrace les deux premières phases de l’histoire de la pharmacologie, celles qui vont de l’Antiquité au XVIIIe siècle.

Ancrage clinique

Comprendre d’où vient le médicament, c’est comprendre pourquoi la pharmacologie moderne exige aujourd’hui autant de preuves : chaque étape du parcours actuel (AMM, essais contrôlés, pharmacovigilance) répond à des erreurs et des impasses accumulées depuis 4 000 ans.

🎯 Objectifs pédagogiques

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • situer les quatre phases de l’histoire de la pharmacologie sur une frise ;
  • citer les trois grands écrits fondateurs de la phase primitive et leur apport ;
  • expliquer pourquoi le Moyen Âge est une période de stagnation et le rôle des apothicaires ;
  • identifier les figures clés de la phase physiologique (Paracelse, Harvey, Wepfer, Sydenham, Linné, Withering) ;
  • relier la création du Collège de pharmacie (1777) à la naissance de la profession de pharmacien.

🧭 Plan de la leçon

  1. Vue d’ensemble : les 4 phases de la pharmacologie
  2. Phase primitive — Antiquité et Moyen Âge
  3. Phase physiologique — Renaissance et XVIIe siècle
  4. Vers la phase chimique — XVIIIe siècle

1. Vue d’ensemble : les 4 phases de la pharmacologie

Le cours découpe l’histoire du médicament en quatre grandes phases. Elles se recouvrent partiellement mais se distinguent par leur méthode dominante.

Phase Période Méthode dominante
Primitive Antiquité → XVIe siècle Instinct, magie, observation empirique, remèdes de plantes et d’animaux
Physiologique XVIIe → XVIIIe siècle Compréhension du corps humain, premières expérimentations animales
Chimique XIXe → milieu XXe siècle Isolement de principes actifs, synthèse chimique
Biologique À partir du milieu du XXe siècle Biomédicaments, cibles moléculaires, régulation stricte

Cette leçon couvre les deux premières phases. Les deux suivantes (chimique et biologique) sont traitées dans la leçon 2.2.

Piège classique

Le découpage en 4 phases est celui du cours Sorbonne 2025-2026. D’autres manuels en distinguent 3 ou 5. Pour le concours, retiens exactement primitive → physiologique → chimique → biologique, avec les bornes indiquées ci-dessus.

2. Phase primitive — Antiquité et Moyen Âge

2.1 Antiquité : de l’instinct aux premiers écrits

À l’origine, les thérapeutiques reposent sur l’instinct ou la magie, à partir d’ingestions accidentelles observées puis reproduites. Trois grands corpus écrits fondent la pharmacologie ancienne :

Document Date Apport
Tablette sumérienne de Nippur ~2300 av. J.-C. 1re description écrite de remèdes (ex. bière comme véhicule d’herbes médicinales)
Papyrus égyptien d’Ebers ~1550 av. J.-C. 1re pharmacopée systématique (ex. miel pour traiter plaies et infections)
Écrits d’Hippocrate, Dioscoride et Galien IVe av. → IIe ap. J.-C. Écorce de saule (acide salicylique, précurseur de l’aspirine), colchique (colchicine, goutte)
Le savais-tu ?

Complément hors cours. L’usage du miel comme antiseptique et cicatrisant a été redécouvert au XXe siècle : la Haute Autorité de Santé reconnaît aujourd’hui certains miels médicaux (dispositifs médicaux type Melectis®) pour la cicatrisation dirigée. L’observation empirique des Égyptiens n’était pas si loin de la vérité pharmacologique.

2.2 Moyen Âge : stagnation en Occident, mais essor arabe

Le Moyen Âge occidental est marqué par une longue stagnation de l’esprit scientifique, faute de connaissance sérieuse de l’anatomie et de la physiologie humaine. La science médicale et pharmaceutique se conserve dans les couvents et monastères. En parallèle, les pays arabes maintiennent l’activité scientifique et transmettront à la Renaissance une doctrine originale basée sur la chimie.

Chiffre-clé — 1258

Le statut des apothicaires est défini pour la première fois en France par Saint Louis en 1258. La préparation de remèdes devient une profession distincte. Attention : le mot vient du latin apothecarius (« boutiquier »), pas de « pharmacien ». La profession de pharmacien ne sera créée qu’au XVIIIe siècle.

À partir du XVIe siècle, on cherche pour la première fois un remède spécifique à une maladie donnée : c’est la rupture qui ouvre la phase suivante.

3. Phase physiologique — Renaissance et XVIIe siècle

3.1 Renaissance : Paracelse et la naissance de la toxicologie

La Renaissance apporte trois nouveautés :

  • l’arrivée en Europe d’une doctrine scientifique arabe fondée sur la chimie ;
  • l’expansion des universités (Salerne, Montpellier) qui regroupent des savants internationaux ;
  • les premières formations universitaires des apothicaires.

Figure centrale : Paracelse (1493-1541), médecin suisse, considéré comme le père de la toxicologie.

Citation à retenir

« Tout est poison, rien n’est sans poison, seule la dose fait qu’une chose est sans poison. » — Paracelse. En clair : il n’y a pas d’effets désirés sans effets indésirables. C’est le principe fondateur du rapport bénéfice/risque moderne.

3.2 XVIIe siècle : comprendre le corps pour agir dessus

Le XVIIe siècle est marqué par une compréhension croissante de la physiologie humaine et par les premières expérimentations animales. Trois noms structurent le cours :

Auteur Apport
William Harvey (1578-1657) Décrit le premier la circulation sanguine
Johann Jakob Wepfer (1620-1695) Teste les effets pharmacologiques et toxiques de composés chez l’animal
Thomas Sydenham (1624-1689) Établit un système de classification des maladies
Le savais-tu ?

Complément hors cours. Wepfer, médecin bâlois, est aussi considéré comme un pionnier de la neuropathologie : il a été le premier à décrire précisément l’accident vasculaire cérébral hémorragique en 1658. Son travail sur les toxiques (ciguë, digitale) préfigure les études précliniques modernes exigées par l’ICH avant tout essai chez l’Homme.

4. Vers la phase chimique — XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle est charnière : la botanique se développe, la chimie progresse, la physiologie s’affine. C’est la véritable naissance de la pharmacologie.

4.1 Trois avancées majeures

  • Classification de Linné — le naturaliste suédois Carl von Linné classe les espèces vivantes selon leur ressemblance (systématique binomiale). Cela permet de nommer les plantes médicinales avec précision et de reproduire les remèdes d’un pays à l’autre.
  • William Withering (1741-1799) — médecin anglais, utilise les extraits de digitale pour traiter des œdèmes. Ces extraits contiennent la digitaline, active dans l’insuffisance cardiaque (une maladie qui produit précisément des œdèmes).
  • Développement de la chimie et de la physiologie, qui annoncent la véritable naissance de la pharmacologie.
Chiffre-clé — 1777

En France, Louis XVI crée le Collège de pharmacie en 1777. Les apothicaires prennent le nom de pharmaciens, les apothicaireries deviennent des pharmacies. C’est la naissance officielle de la profession en France.

4.2 Ce qui manque encore

À la fin du XVIIIe siècle, la pharmacologie reste néanmoins essentiellement empirique :

  • on utilise des extraits totaux (digitale, écorce de saule, quinquina…), pas des molécules pures ;
  • les mécanismes d’action sont inconnus ;
  • il n’existe ni essai clinique contrôlé, ni procédure d’AMM, ni pharmacovigilance.

Ces trois manques structurent tout le XIXe et le XXe siècle : l’isolement des principes actifs, la synthèse chimique, puis la régulation moderne feront l’objet de la leçon 2.2.

🧠 À retenir absolument

  • 4 phases : primitive (Antiquité → XVIe), physiologique (XVIIe-XVIIIe), chimique (XIXe → mi-XXe), biologique (à partir de mi-XXe).
  • Phase primitive : tablette de Nippur (~2300 av. J.-C.), papyrus d’Ebers (~1550 av. J.-C.), Hippocrate/Dioscoride/Galien (saule → acide salicylique, colchique → colchicine).
  • Moyen Âge occidental : stagnation, science conservée dans les monastères ; 1258 Saint Louis définit le statut d’apothicaire.
  • Paracelse (XVIe) : père de la toxicologie — « seule la dose fait le poison ». Pas d’effet désiré sans effet indésirable.
  • XVIIe : Harvey (circulation sanguine), Wepfer (expérimentation animale), Sydenham (classification des maladies).
  • XVIIIe : Linné (classification des espèces), Withering (digitale → insuffisance cardiaque), 1777 Collège de pharmacie (Louis XVI).

❓ Questions fréquentes

Pourquoi le cours parle-t-il de 4 phases et pas de 3 ou 5 ?

C’est le découpage retenu par la Sorbonne pour l’UE6 2025-2026 : primitive, physiologique, chimique, biologique. D’autres ouvrages proposent des découpages différents (par exemple en séparant Antiquité et Moyen Âge, ou en fusionnant chimique et biologique). Pour le concours, retiens exactement les 4 phases du cours avec leurs bornes chronologiques.

Quelle est la différence entre un apothicaire et un pharmacien ?

Historiquement, l’apothicaire (statut défini par Saint Louis en 1258) est un préparateur de remèdes dont le nom vient du latin apothecarius (« boutiquier »). Il n’a pas de formation universitaire structurée. Le pharmacien, en France, naît en 1777 avec le Collège de pharmacie de Louis XVI : la profession devient universitaire et réglementée. La distinction est donc à la fois chronologique, statutaire et institutionnelle.

Que veut vraiment dire la citation de Paracelse ?

« Seule la dose fait le poison » signifie qu’une même substance peut être thérapeutique à faible dose et toxique à forte dose. C’est le fondement de la fenêtre thérapeutique et du rapport bénéfice/risque, deux notions centrales de l’UE6. On retrouve ce principe dans les études précliniques (toxicité aiguë et chronique) et dans les études de dose-effet des phases I et II.

Pourquoi Harvey compte-t-il dans l’histoire de la pharmacologie ?

Parce que sans compréhension de la circulation sanguine, on ne peut pas comprendre comment un médicament administré à un endroit atteint sa cible ailleurs dans l’organisme. La description de la circulation par Harvey (1628) est un préalable à toute pharmacocinétique et à toute pharmacodynamie modernes. C’est un exemple typique de découverte physiologique qui ouvre la porte à une pharmacologie rationnelle.

Withering utilisait-il vraiment de la digitaline pure ?

Non : il utilisait des extraits de digitale, obtenus par macération de feuilles. La digitaline (principe actif) ne sera isolée qu’au XIXe siècle, avec les progrès de la chimie. C’est justement ce passage des extraits totaux aux principes actifs isolés qui marque le début de la phase chimique, objet de la leçon 2.2.

Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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