Chapitre 9 — Les lipides · Topic 1 : Les briques de base · Leçon 1.2
Une seule double liaison suffit à changer le destin d’un acide gras : elle « casse » la chaîne et modifie tout son comportement. Cette leçon décrit les acides gras insaturés, l’isomérie cis/trans, et surtout les deux familles incontournables au concours : les oméga-3 et les oméga-6, qui sont des acides gras essentiels.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- distinguer acides gras mono- et polyinsaturés ;
- expliquer l’isomérie cis/trans et le rôle de la désaturase Δ9 ;
- définir les familles ω-3 et ω-6 ;
- expliquer pourquoi ω-3 et ω-6 sont essentiels ;
- citer les précurseurs (linoléique, α-linolénique) et leurs dérivés.
🧭 Plan de la leçon
- Les acides gras monoinsaturés
- Les acides gras polyinsaturés
- Les familles ω-3 et ω-6
- Les acides gras essentiels
1. Les acides gras monoinsaturés
Un acide gras monoinsaturé possède une seule double liaison. Son introduction provoque une cassure (un coude) dans la chaîne — c’est ce changement géométrique qui modifie les propriétés physico-chimiques.

Formule générale : CH₃−(CH₂)ₓ−CH=CH−(CH₂)ᵧ−COOH, avec une première double liaison toujours en position 9. C’est l’enzyme Δ9 désaturase qui la crée (à 9 carbones de l’extrémité COOH).
Isomérie : chez les mammifères, la double liaison est toujours en cis (isomère naturel). Les isomères trans proviennent des procédés d’hydrogénation agro-alimentaires (ils rendent les lipides plus rigides).

Exemples : l’acide oléique (C18:1) — majoritaire dans l’huile d’olive, famille ω-9, formé à partir de l’acide stéarique (C18:0) par la Δ9 désaturase ; et l’acide palmitoléique (C16:1), formé à partir de l’acide palmitique (C16:0).

2. Les acides gras polyinsaturés
Un acide gras polyinsaturé possède au moins 2 doubles liaisons (jusqu’à 6). La première double liaison est toujours synthétisée en position 9, et c’est la position de la dernière double liaison (la plus proche du méthyle ω) qui définit la famille.

Dans les AG polyinsaturés naturels, les doubles liaisons sont en position cis et non conjuguées : il y a toujours un carbone entre deux doubles liaisons, donc pas de phénomène de résonance.
3. Les familles ω-3 et ω-6
| Oméga-6 (ω-6) | Oméga-3 (ω-3) | |
|---|---|---|
| Dernière double liaison | à 6 carbones de l’extrémité ω | à 3 carbones de l’extrémité ω |
| AG précurseur | Acide linoléique C18:2 (Δ9,12) | Acide α-linolénique C18:3 (Δ9,12,15) |
| Dérivé | Acide arachidonique C20:4 | Acide docosahexaénoïque (DHA) C22:6 |
Le passage du précurseur au dérivé se fait par l’action d’élongases (qui allongent la chaîne) et de désaturases (qui ajoutent des doubles liaisons).



4. Les acides gras essentiels
Chez les animaux, l’ajout d’une 2ᵉ double liaison se fait toujours entre la double liaison préexistante (en 9) et le groupe carboxyle — jamais du côté du méthyle. Conséquence : les animaux ne savent pas fabriquer les insaturations du côté ω des familles ω-3 et ω-6.
C’est pourquoi les ω-6 et ω-3 sont des acides gras essentiels : ils doivent être apportés par l’alimentation (par les végétaux). Et ils sont non interconvertibles : on ne peut pas transformer un ω-6 en ω-3, ni l’inverse.
La notion d’acide gras essentiel a été établie en 1929 par George et Mildred Burr : en privant des rats de tout corps gras, ils provoquèrent une maladie de carence que seul l’acide linoléique guérissait. Ils inventèrent ainsi l’expression « acides gras essentiels » — un parallèle direct avec les acides aminés essentiels vus en biochimie des protéines.
Monoinsaturé = 1 double liaison (toujours en position 9, en cis ; Δ9 désaturase) ; ex. oléique C18:1 (ω-9). Polyinsaturé = ≥ 2 doubles liaisons. Familles : ω-6 (linoléique → arachidonique) et ω-3 (α-linolénique → DHA), tous deux essentiels et non interconvertibles.
🧠 À retenir absolument
- Monoinsaturé : 1 double liaison, 1ʳᵉ toujours en position 9, formée par la Δ9 désaturase. Chez les mammifères : cis (trans = hydrogénation industrielle).
- Exemples : oléique C18:1 (ω-9) (← stéarique), palmitoléique C16:1 (← palmitique).
- Polyinsaturé : ≥ 2 doubles liaisons, non conjuguées (1 carbone entre deux), en cis.
- ω-6 : linoléique C18:2 → arachidonique C20:4. ω-3 : α-linolénique C18:3 → DHA C22:6.
- ω-6 et ω-3 = essentiels (apportés par l’alimentation), non interconvertibles. À retenir absolument !
❓ Questions fréquentes
Quelle différence entre un acide gras monoinsaturé et polyinsaturé ?
Un acide gras monoinsaturé possède une seule double liaison, un polyinsaturé en possède au moins deux (jusqu’à six). Dans les deux cas, la première double liaison est toujours synthétisée en position 9.
Qu’est-ce que l’isomérie cis/trans des acides gras ?
Chez les mammifères, la double liaison est toujours en configuration cis (l’isomère naturel), qui « coude » la chaîne. Les isomères trans, plus rigides, proviennent des procédés industriels d’hydrogénation des graisses.
Comment distingue-t-on les familles oméga-3 et oméga-6 ?
Par la position de la dernière double liaison, comptée à partir du méthyle terminal (ω) : à 3 carbones pour les oméga-3, à 6 carbones pour les oméga-6. Le précurseur des ω-6 est l’acide linoléique (C18:2), celui des ω-3 l’acide α-linolénique (C18:3).
Pourquoi les oméga-3 et oméga-6 sont-ils essentiels ?
Parce que les animaux ne savent pas créer de double liaison du côté méthyle (l’ajout se fait toujours entre la double liaison en 9 et le carboxyle). Ils ne peuvent donc pas fabriquer ces acides gras, qui doivent être apportés par l’alimentation (les végétaux). De plus, ω-3 et ω-6 ne sont pas interconvertibles.
Quels sont les dérivés des acides gras essentiels ?
À partir de l’acide linoléique (ω-6), des élongases et désaturases produisent l’acide arachidonique (C20:4). À partir de l’acide α-linolénique (ω-3), elles produisent l’acide docosahexaénoïque ou DHA (C22:6).
🚀 Pour aller plus loin
Saturés ou insaturés : voyons maintenant comment cela change leurs propriétés physiques.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.