Chapitre 3 — Électrocardiogramme (ECG) · Topic 3 : Tracé, interprétation et troubles · Leçon 3.1
L’électrocardiogramme est le premier outil de diagnostic cardiologique. Avant d’interpréter une fréquence ou un axe électrique, il faut savoir nommer et situer chaque élément du tracé : onde P, complexe QRS, onde T, segments PR et ST. Cette leçon décrit le tracé ECG fidèlement au cours Sorbonne Université UE3b 2025-2026.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir l’ECG et le principe de son enregistrement extracellulaire ;
- Nommer et positionner chaque élément du tracé (lignes isoélectriques, onde P, segment PR, complexe QRS, segment ST, onde T) ;
- Associer chaque élément à l’état électrique des oreillettes et des ventricules ;
- Expliquer la correspondance électromécanique et la disparition de la repolarisation auriculaire sur le tracé.
🧭 Plan de la leçon
- Définition de l’ECG
- Éléments du tracé : tableau de synthèse
- L’onde P — dépolarisation auriculaire
- Le complexe QRS — dépolarisation ventriculaire
- L’onde T et le segment ST — repolarisation ventriculaire
- Correspondance électromécanique
1. Définition de l’ECG
L’électrocardiogramme (ECG) est l’enregistrement des différences de potentiel créées dans le milieu extracellulaire par l’activité cardiaque durant le cycle cardiaque — lors de la progression des fronts de dépolarisation et de repolarisation — à distance du cœur, au moyen d’électrodes placées à la surface du corps.
Ce n’est pas le potentiel d’action intracellulaire lui-même qui est enregistré, mais le champ électrique extracellulaire généré par les courants ioniques transmembranaires. Chaque dérivation capte la projection de ce champ selon son axe propre.

2. Éléments du tracé : tableau de synthèse
Le cycle cardiaque génère un tracé composé de lignes isoélectriques (absence de front actif) et de déflexions (ondes et complexes) correspondant aux fronts de dépolarisation ou de repolarisation. Le tableau ci-dessous résume les corrélations pour chaque élément.
| Élément | Lignes isoélectriques | Onde P | Segment PR | Complexe QRS | Segment ST | Onde T |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Oreillettes | Repos | En voie de dépolarisation | Dépolarisées | En voie de repolarisation | Repos | Repos |
| Ventricules | Repos | Repos | Repos | En voie de dépolarisation | Dépolarisés | En voie de repolarisation |
| Phénomène enregistré | — | Dépolarisation auriculaire | Conduction auriculo-ventriculaire | Dépolarisation ventriculaire + repolarisation auriculaire masquée | — | Repolarisation ventriculaire |
C’est pendant la dépolarisation (variation rapide du potentiel transmembranaire) que l’on enregistre un signal électrique (déflexion). Lors du plateau du potentiel d’action (phase 2, entrée de Ca²⁺), le potentiel reste stable : le tracé est alors isoélectrique. C’est pourquoi le segment ST est normalement plat en conditions basales.

3. L’onde P — dépolarisation auriculaire
- Représente la dépolarisation auriculaire : activation des oreillettes à partir du nœud sinusal.
- Correspond mécaniquement à la systole auriculaire (contraction des oreillettes).
- La contraction auriculaire effective ne commence qu’au début de l’onde Q (légèrement après la fin de la dépolarisation électrique).
- Amplitude normalement faible : la masse musculaire auriculaire est petite.
- Durée normale : 0,08 à 0,10 s.

Le segment PR correspond à la conduction auriculo-ventriculaire : l’influx traverse le nœud AV, le faisceau de His et ses branches. Pendant ce segment, les oreillettes sont dépolarisées (plateau → isoélectrique) et les ventricules restent au repos. Durée normale : 0,12 à 0,20 s (3 à 5 petits carreaux).
4. Le complexe QRS — dépolarisation ventriculaire
Le complexe QRS représente la dépolarisation ventriculaire : le front d’excitation gagne les deux ventricules via le réseau de Purkinje et les fibres myocardiques. Simultanément, la repolarisation auriculaire a lieu, mais elle est entièrement masquée par le signal ventriculaire (amplitude bien plus faible → invisible sur le tracé).
- Onde Q : déflexion négative initiale (dépolarisation septale).
- Onde R : déflexion positive principale (dépolarisation pariétale). Mécaniquement : diastole auriculaire.
- Onde S : déflexion négative terminale (fin de dépolarisation). Mécaniquement : excitation ventriculaire (début de contraction).
Durée normale du QRS : < 0,10 s (moins de 2,5 petits carreaux). Un QRS large (> 0,12 s) évoque un bloc de branche ou une extrasystole ventriculaire.

5. L’onde T et le segment ST — repolarisation ventriculaire
- Le segment ST est normalement isoélectrique : les ventricules sont entièrement dépolarisés (plateau du PA), sans gradient → aucun courant net → signal plat.
- L’onde T représente la repolarisation ventriculaire : retour au potentiel de repos des cellules myocardiques.
- Mécaniquement, l’onde T correspond à la systole ventriculaire ; la contraction effective des ventricules débute au début de l’onde T.
- L’onde T est normalement positive (concordante avec la déflexion principale du QRS) et asymétrique.

6. Correspondance électromécanique
Il existe un décalage temporel entre l’événement électrique (dépolarisation) et l’événement mécanique (contraction) qui en résulte. Le tableau de correspondance à retenir :
- Onde P → systole auriculaire (contraction débute au début de l’onde Q).
- Onde R → diastole auriculaire (relâchement des oreillettes).
- Onde S → excitation ventriculaire (initiation de la contraction ventriculaire).
- Onde T → systole ventriculaire (contraction ventriculaire débute au début de l’onde T).
Pendant la systole ventriculaire, le segment ST correspond au plateau (tension maximale, isoélectrique) et l’onde T au relâchement électrique précédant la diastole ventriculaire.

La repolarisation auriculaire produit un signal de très faible amplitude (petite masse musculaire auriculaire). Elle se produit pendant le complexe QRS, dont l’amplitude est incomparablement supérieure. Le signal auriculaire est donc complètement masqué et invisible sur le tracé standard. Ce n’est que dans des conditions exceptionnelles (dissociation auriculo-ventriculaire complète) qu’on peut parfois l’apercevoir.
🧠 À retenir absolument
- ECG = enregistrement des différences de potentiel extracellulaires lors des fronts de dépolarisation/repolarisation, à la surface du corps.
- Onde P = dépolarisation auriculaire → systole auriculaire (contraction débute au début de l’onde Q).
- Segment PR = conduction AV, isoélectrique, durée 0,12–0,20 s.
- QRS = dépolarisation ventriculaire + repolarisation auriculaire masquée ; durée normale < 0,10 s.
- Onde R → diastole auriculaire ; onde S → excitation ventriculaire.
- Segment ST normalement isoélectrique (plateau du PA ventriculaire).
- Onde T = repolarisation ventriculaire → systole ventriculaire (contraction débute au début de l’onde T).
- Signal visible = pendant la dépolarisation ; signal isoélectrique = pendant le plateau.
- Repolarisation auriculaire masquée par le QRS (amplitude insuffisante).
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une ligne isoélectrique et un segment ECG ?
Une ligne isoélectrique désigne toute portion du tracé où la différence de potentiel enregistrée est nulle, signant l’absence de front actif de dépolarisation ou repolarisation. Un segment (PR, ST) est une portion spécifique délimitée par des repères précis du tracé : de la fin de l’onde P au début de l’onde Q pour le segment PR ; de la fin de l’onde S au début de l’onde T pour le segment ST. En conditions normales, ces deux segments sont isoélectriques, mais un sus-décalage ou sous-décalage du ST indique une pathologie coronaire ou péricardique.
Pourquoi la repolarisation auriculaire est-elle invisible sur l’ECG ?
La repolarisation auriculaire génère un signal électrique de très faible amplitude : la masse musculaire des oreillettes est nettement inférieure à celle des ventricules. De plus, cette repolarisation se produit exactement pendant le complexe QRS, dont l’amplitude lui est incomparablement supérieure. Elle est donc masquée et ne peut être vue sur un ECG standard. Ce n’est que dans des conditions pathologiques particulières (bloc auriculo-ventriculaire complet avec dissociation) que l’on peut parfois apercevoir des ondes de repolarisation auriculaire.
Quelle est la relation entre l’onde P et la contraction auriculaire ?
L’onde P traduit la dépolarisation électrique des oreillettes, qui précède la contraction mécanique d’un bref délai. La contraction auriculaire effective (systole auriculaire) ne commence qu’au début de l’onde Q, soit environ 0,02 à 0,04 s après le début de l’onde P. Ce délai correspond au temps nécessaire pour que l’augmentation de Ca²⁺ intracellulaire déclenche le glissement des filaments d’actine et de myosine — c’est le couplage excitation-contraction.
Pourquoi le segment ST est-il normalement isoélectrique ?
Après la dépolarisation ventriculaire (QRS), toutes les cellules myocardiques sont au plateau de leur potentiel d’action (phase 2). Il n’existe alors aucun gradient de potentiel entre les différentes zones du myocarde, et aucun courant net ne circule. Le tracé extracellulaire est plat. Dès qu’une ischémie perturbe ce plateau dans un territoire coronaire, un courant de lésion apparaît : le segment ST se déplace vers le haut (sus-décalage, ischémie transmurale aiguë) ou vers le bas (sous-décalage, ischémie sous-endocardique).
Que représente le complexe QRS sur le plan mécanique ?
Le complexe QRS traduit électriquement la dépolarisation ventriculaire. Sur le plan mécanique, il est contemporain de deux événements distincts : la diastole auriculaire (onde R — relâchement des oreillettes après la systole auriculaire) et l’excitation ventriculaire (onde S — mise en tension des fibres ventriculaires). La contraction ventriculaire proprement dite (systole ventriculaire) ne débute qu’au début de l’onde T, après un délai de couplage excitation-contraction.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.