Chapitre 3 — Électrocardiogramme (ECG) · Topic 1 : Bases anatomiques et électriques du cœur · Leçon 1.1
Le cœur bat plus de 100 000 fois par jour sans aucun ordre du cerveau. Ce phénomène repose sur un système électrique autonome — le tissu nodal — qui génère et conduit l’influx stimulant les cellules contractiles. Comprendre cette organisation est le point de départ indispensable à toute lecture d’un ECG.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer tissu nodal et tissu myocardique dans leurs rôles respectifs ;
- Citer les quatre composantes du tissu nodal, leur localisation et leur fréquence d’automatisme ;
- Expliquer pourquoi le nœud sinusal impose son rythme à l’ensemble du cœur ;
- Relier l’anatomie cardiaque à la position du centre électrique dans le ventricule gauche.
🧭 Plan de la leçon
- Rappel de la circulation cardiaque
- Deux types de cellules cardiaques
- Anatomie fonctionnelle du tissu nodal
- Tissu nodal vs tissu myocardique — tableau récapitulatif
1. Rappel de la circulation cardiaque
Le cœur est divisé en deux parties fonctionnelles :
- Cœur droit : reçoit le sang veineux (désoxygéné, bleu) et l’envoie vers les poumons (circulation pulmonaire).
- Cœur gauche : reçoit le sang artériel (oxygéné, rouge) et l’envoie vers l’ensemble de l’organisme (circulation systémique).
La paroi du ventricule gauche est très épaisse (il génère une pression élevée pour propulser le sang dans tout l’organisme). C’est pourquoi le centre électrique du cœur se situe dans le ventricule gauche.
Les contractions sont synchronisées : les deux oreillettes se contractent simultanément, puis les deux ventricules simultanément. Les valves auriculo-ventriculaires empêchent le reflux du sang des ventricules vers les oreillettes.

2. Deux types de cellules cardiaques
Le muscle cardiaque contient deux populations cellulaires aux fonctions complémentaires :
- Tissu myocardique (grande majorité des cellules) : cellules contractiles responsables de la fonction de pompe. Elles se contractent lorsqu’elles sont stimulées électriquement, mais ne génèrent pas l’influx elles-mêmes.
- Tissu nodal (cardionecteur, petit nombre de cellules) : spécialisé dans la genèse et la conduction de l’influx électrique. Il stimule le tissu myocardique de façon automatique et régulière.
Le tissu nodal représente moins de 1 % de la masse cardiaque totale. Il est composé de cellules très différenciées pour la conduction et l’automatisme, au détriment de la fonction contractile. Leur structure histologique est différente : peu de myofibrilles, peu de mitochondries, mais une densité élevée de canaux ioniques spécialisés.
3. Anatomie fonctionnelle du tissu nodal

Le tissu nodal comprend quatre structures organisées en cascade, de l’oreillette droite jusqu’à la pointe des ventricules :
3.1 Le nœud sinusal (nœud de Keith et Flack)
Situé dans la paroi de l’oreillette droite, à la jonction avec la veine cave supérieure, le nœud sinusal est le pacemaker biologique principal du cœur. Il présente un automatisme excitateur spontané et régulier à une fréquence de 60 à 100 stimulations par minute au repos.
C’est lui qui impose son rythme à l’ensemble du myocarde grâce à sa fréquence de dépolarisation diastolique spontanée, plus rapide que celle des autres structures nodales. L’influx qu’il génère est propagé à tout le myocarde auriculaire de proche en proche.

3.2 Le nœud atrio-ventriculaire (NAV) (nœud d’Aschoff-Tawara)
Situé à la jonction des oreillettes et des ventricules, le NAV n’intervient pas en physiologie normale (dominé par le nœud sinusal). Il joue deux rôles essentiels :
- Filtre de conduction : il introduit un délai de 0,15 seconde entre la contraction auriculaire et la contraction ventriculaire, permettant le remplissage en sang des ventricules avant leur systole.
- Pacemaker secondaire (moins efficace) : en cas de défaillance du nœud sinusal, il prend le relais à une fréquence de 40 à 50 stimulations/min.
3.3 Le faisceau de His
Le faisceau de His naît du NAV et descend dans le septum inter-ventriculaire avant de se diviser en deux branches (droite et gauche). Il n’intervient pas en physiologie normale mais constitue le pacemaker tertiaire, à une fréquence de 30 à 40 stimulations/min — le rythme d’échappement en cas de défaillance des deux nœuds supérieurs.


3.4 Le réseau de Purkinje
Le réseau de Purkinje est le rameau terminal du tissu nodal. Il distribue l’influx électrique à l’ensemble des parois ventriculaires de façon quasi simultanée, assurant une contraction synchronisée et efficace des deux ventricules.

4. Tissu nodal vs tissu myocardique — tableau récapitulatif
| Structure | Localisation | Rôle physiologique | Fréquence d’automatisme |
|---|---|---|---|
| Nœud sinusal (Keith et Flack) | Oreillette droite | Pacemaker principal — génère l’influx et l’impose à tout le myocarde | 60–100 stimulations/min |
| NAV (Aschoff-Tawara) | Jonction auriculo-ventriculaire | Délai 0,15 s (remplissage ventriculaire) — pacemaker secondaire | 40–50 stimulations/min |
| Faisceau de His | Septum inter-ventriculaire | Conduction vers les ventricules — pacemaker tertiaire (échappement) | 30–40 stimulations/min |
| Réseau de Purkinje | Parois ventriculaires | Distribution finale de l’influx aux ventricules | — |
| Tissu myocardique | Masse principale du cœur | Contraction (fonction de pompe) — pas d’automatisme spontané | — |
Le NAV et le faisceau de His ont un automatisme latent mais ne l’expriment qu’en cas de défaillance du nœud sinusal (pathologie). En conditions normales, ils sont entraînés par le nœud sinusal et ne jouent aucun rôle de pacemaker. Le rythme cardiaque normal est donc toujours d’origine sinusale.
🧠 À retenir absolument
- Tissu nodal = genèse et conduction de l’influx (petit nombre de cellules, automatisme) ; tissu myocardique = contraction (pompe, grand nombre de cellules, pas d’automatisme spontané).
- Nœud sinusal (Keith et Flack) = pacemaker principal, 60–100/min, oreillette droite.
- NAV (Aschoff-Tawara) = délai 0,15 s + pacemaker secondaire (40–50/min).
- Faisceau de His = pacemaker tertiaire (30–40/min), rythme d’échappement.
- Réseau de Purkinje = distribution finale aux ventricules.
- Le centre électrique du cœur se situe dans le ventricule gauche (paroi la plus épaisse).
- En physiologie normale, le rythme est toujours imposé par le nœud sinusal (fréquence la plus haute).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le nœud sinusal impose-t-il son rythme à tout le cœur ?
Parce que sa fréquence de dépolarisation spontanée est la plus élevée (60–100/min). Chaque fois qu’il émet un influx, celui-ci se propage à toutes les autres structures avant qu’elles aient eu le temps d’atteindre leur propre seuil de dépolarisation spontanée. Les pacemakers secondaires (NAV, His) sont donc constamment « réinitialisés » par le nœud sinusal et ne peuvent exprimer leur propre automatisme qu’en cas de silence sinusal.
À quoi sert le délai de 0,15 s au niveau du NAV ?
Ce délai est essentiel au remplissage ventriculaire. Lorsque les oreillettes se contractent, elles éjectent leur sang dans les ventricules. Si les ventricules se contractaient simultanément, les valves se fermeraient immédiatement et le sang n’aurait pas le temps de transiter. Le délai de 0,15 s au NAV — assuré par la faible vitesse de conduction dans cette structure fibreuse — laisse le temps au remplissage avant la systole ventriculaire.
Qu’est-ce qu’un rythme d’échappement ?
Un rythme d’échappement est le rythme propre d’un pacemaker secondaire qui « s’échappe » et prend le relais lorsque le pacemaker dominant fait défaut. Si le nœud sinusal s’arrête, le NAV prend le relais à 40–50/min (rythme jonctionnel d’échappement). Si le NAV est également bloqué, le faisceau de His ou le réseau de Purkinje peut émettre à 30–40/min (rythme ventriculaire d’échappement). Ces rythmes assurent la survie mais sont insuffisants à l’effort.
Pourquoi le centre électrique du cœur est-il dans le ventricule gauche ?
Le ventricule gauche possède la paroi musculaire la plus épaisse (environ 1 cm contre 0,3 cm pour le VD), car il doit éjecter le sang dans la circulation systémique à haute pression. Cette masse musculaire importante génère des vecteurs électriques de dépolarisation plus intenses que le ventricule droit. Le vecteur électrique résultant de l’activation ventriculaire est donc orienté vers le ventricule gauche — c’est le « centre électrique » dans le contexte de l’ECG.
Quelle est la différence entre automatisme sinusal et automatisme nodal ?
Les deux désignent la capacité à se dépolariser spontanément sans stimulus externe. La différence est de vitesse : le nœud sinusal atteint le seuil de dépolarisation plus rapidement (pente de dépolarisation diastolique plus rapide), d’où une fréquence de 60–100/min contre 40–50/min pour le NAV et 30–40/min pour His-Purkinje. En physiologie, l’automatisme nodal est masqué par la domination du nœud sinusal.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.