Chapitre 4 — La structure des protéines · Topic 1 : Les acides aminés et les forces · Leçon 1.1
Une protéine n’est pas une chaîne d’acides aminés étalée au hasard : c’est un objet replié, précis, dont la forme conditionne la fonction. Mais qu’est-ce qui maintient ce repliement ? Pas la grosse liaison covalente qui soude les acides aminés entre eux — elle, elle fait la chaîne — mais une nuée de petites forces faibles et réversibles. Cette première leçon présente ces forces, puis les outils pour raisonner sur les charges : le pH et le pK.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- distinguer une liaison covalente d’une liaison non covalente ;
- nommer et caractériser les quatre liaisons non covalentes ;
- expliquer l’effet hydrophobe et la notion de cœur hydrophobe ;
- définir le pH et le pK ;
- prévoir si une fonction est protonée ou déprotonée en comparant pH et pKa.
🧭 Plan de la leçon
- Covalent ou non covalent ?
- Les quatre liaisons non covalentes
- L’effet hydrophobe : l’eau organise la protéine
- pH et pK : raisonner sur les charges
1. Covalent ou non covalent ?
Deux familles de liaisons interviennent dans l’architecture d’une protéine, et il ne faut surtout pas les confondre.
La liaison covalente résulte de la mise en commun d’électrons entre deux atomes. Elle est forte et spontanément non réversible. C’est elle qui forme la liaison peptidique reliant les acides aminés les uns aux autres — autrement dit, c’est elle qui construit la structure primaire (la chaîne).
Mais une fois la chaîne formée, son organisation dans l’espace (son repliement) dépend d’un tout autre type d’interactions : les liaisons non covalentes. Ce sont des liaisons faibles, facilement réversibles, et fortement influencées par le milieu — en particulier par la présence d’eau et par les variations de pH.
La liaison covalente (forte, non réversible) fait la chaîne ; les liaisons non covalentes (faibles, réversibles) font le repliement. Prises une à une elles sont fragiles, mais leur grand nombre stabilise solidement la structure.
2. Les quatre liaisons non covalentes

On retient quatre types de liaisons non covalentes :
- Van der Waals — interactions faibles entre atomes voisins, dépendantes de la distance interatomique ;
- électrostatiques (= ioniques = salines) — entre groupements de charges opposées (une charge positive et une charge négative) ;
- hydrogène — entre molécules polaires (chargées ou non) ;
- hydrophobes — un regroupement des parties apolaires, fuyant l’eau (voir section 3).
| Liaison non covalente | Se forme entre… | Particularité |
|---|---|---|
| Van der Waals | atomes voisins | dépend de la distance interatomique |
| Électrostatique (ionique / saline) | charges opposées (+ et −) | sensible au pH (qui modifie les charges) |
| Hydrogène | molécules polaires | faible mais très nombreuse ⇒ stabilisante |
| Hydrophobe | chaînes apolaires | force de rapprochement, pas une « vraie » liaison |
Zoom sur la liaison hydrogène. La polarité, c’est la capacité d’une molécule à interagir avec l’eau. L’eau elle-même est polaire mais non chargée, et c’est pourtant une grande faiseuse de liaisons hydrogène. Dans les protéines, on en distingue deux variantes selon le sens du partage : tantôt l’oxygène est donneur d’hydrogène et l’azote accepteur, tantôt l’azote est donneur et l’oxygène accepteur. Chaque liaison est faible, mais leur multiplicité stabilise fortement l’édifice.
Au concours, on attend que tu saches nommer et reconnaître les quatre liaisons. Le détail mécanistique fin de la liaison hydrogène (orbitales, géométrie précise) n’est pas exigible : concentre-toi sur « qui se lie à qui » et sur l’idée que la somme de ces liaisons faibles fait la solidité.
3. L’effet hydrophobe : l’eau organise la protéine
L’interaction hydrophobe est un peu à part : ce ne sont pas de « vraies » liaisons, mais des forces de rapprochement (ou de répulsion). Leur origine est contre-intuitive : elles viennent surtout de la forte affinité de l’eau pour elle-même.
La conséquence est une règle d’organisation presque générale :
- les résidus apolaires, incapables d’interagir avec l’eau, se regroupent au cœur de la protéine pour former un cœur hydrophobe ;
- les résidus polaires, qui interagissent volontiers avec l’eau, se placent plutôt en périphérie, au contact du solvant.
C’est l’une des bases principales de la mise en place de la structure tridimensionnelle des protéines.
Les forces de Van der Waals doivent leur nom au physicien néerlandais Johannes Diderik van der Waals, qui a reçu le prix Nobel de physique en 1910 pour ses travaux sur les gaz et les liquides réels. Plus d’un siècle plus tard, ces interactions minuscules restent indispensables pour comprendre comment une protéine tient debout.
La règle « hydrophobe au cœur, polaire en surface » connaît une exception notable : les protéines transmembranaires. Enchâssées dans la bicouche lipidique (un milieu apolaire), elles exposent au contraire leurs résidus hydrophobes vers l’extérieur, au contact des lipides de la membrane.
4. pH et pK : raisonner sur les charges
Pourquoi parler de pH dans un cours sur les protéines ? Parce que les variations de pH entraînent des variations de charges, et que ces charges sont décisives pour les fonctions des protéines (elles conditionnent par exemple les liaisons ioniques).
Le pH
Le pH mesure l’acidité d’un milieu à partir de la concentration en protons :
pH = − log [H⁺]
Le pK
Dans les milieux biologiques, il n’y a ni acide fort ni base forte, mais des acides et des bases faibles, donc partiellement ionisés dans la gamme des pH physiologiques. Pour un acide faible, l’équilibre s’écrit :
HA ⇌ H⁺ + A⁻
- HA = l’acide conjugué : c’est le donneur de proton ;
- A⁻ = la base conjuguée : c’est l’accepteur de proton.
À partir de la constante d’équilibre Ka, on définit le pK :
pK = − log Ka
La relation pH / pK
En combinant ces définitions, on obtient l’équation de Henderson-Hasselbalch, qui relie le pH du milieu au pKa de la fonction et au rapport des deux formes :
pH = pKa + log ( [A⁻] / [HA] )
Il en découle une règle de lecture incontournable au concours :
- pH = pKa ⇒ demi-dissociation : autant de forme acide (HA) que de base conjuguée (A⁻) ;
- pH > pKa ⇒ la forme déprotonée (A⁻) domine ;
- pH < pKa ⇒ la forme protonée (HA) domine.
Ne confonds pas le sens : quand le pH monte au-dessus du pKa, le milieu devient plus basique et la fonction perd son proton (forme déprotonée A⁻). Un bon réflexe : « pH haut → forme déprotonée ». On s’en servira dans la leçon 1.4 pour prévoir la charge des acides aminés à pH physiologique.
pH = − log [H⁺], pK = − log Ka. Au pH = pKa, la fonction est à moitié dissociée. Plus le pH s’éloigne du pKa, plus une forme domine : pH > pKa → déprotonée, pH < pKa → protonée.
🧠 À retenir absolument
- Covalent = fort, non réversible (la chaîne) ; non covalent = faible, réversible (le repliement).
- 4 liaisons non covalentes : Van der Waals, ionique (= électrostatique = saline), hydrogène, hydrophobe.
- Effet hydrophobe = dû à l’affinité de l’eau pour elle-même ⇒ cœur hydrophobe (apolaires au centre, polaires en surface). Exception : protéines transmembranaires.
- pH = −log[H⁺] ; pK = −log Ka ; Henderson-Hasselbalch : pH = pKa + log([A⁻]/[HA]).
- pH = pKa → demi-dissociation ; pH > pKa → déprotonée (A⁻) ; pH < pKa → protonée (HA).
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une liaison covalente et une liaison non covalente dans une protéine ?
La liaison covalente met en commun des électrons : elle est forte et spontanément non réversible, et c’est elle qui forme la liaison peptidique (la chaîne d’acides aminés). Les liaisons non covalentes sont faibles et réversibles, et c’est leur grand nombre qui assure le repliement et la stabilité tridimensionnelle de la protéine.
Quelles sont les quatre liaisons non covalentes ?
Les forces de Van der Waals (entre atomes voisins, dépendantes de la distance), les liaisons électrostatiques (aussi appelées ioniques ou salines, entre charges opposées), les liaisons hydrogène (entre molécules polaires) et les interactions hydrophobes (regroupement des chaînes apolaires fuyant l’eau).
Pourquoi les acides aminés hydrophobes se regroupent-ils au cœur des protéines ?
À cause de la forte affinité de l’eau pour elle-même. Les chaînes latérales apolaires ne peuvent pas interagir avec l’eau : elles sont donc « exclues » du solvant et se regroupent au centre de la protéine pour former un cœur hydrophobe, tandis que les résidus polaires restent en périphérie, au contact de l’eau.
Que se passe-t-il quand le pH est égal au pKa ?
On est à la demi-dissociation : la fonction est présente pour moitié sous sa forme acide (protonée, HA) et pour moitié sous sa forme base conjuguée (déprotonée, A⁻). C’est ce qu’exprime l’équation de Henderson-Hasselbalch : quand [A⁻] = [HA], le terme logarithmique s’annule et pH = pKa.
Comment savoir si une fonction est protonée ou déprotonée ?
On compare le pH du milieu au pKa de la fonction. Si le pH est inférieur au pKa, la forme protonée (HA) domine ; si le pH est supérieur au pKa, la forme déprotonée (A⁻) domine. Réflexe : « pH haut → déprotonée ».
🚀 Pour aller plus loin
Les forces et les outils sont posés ; passons maintenant aux briques elles-mêmes.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.