Chapitre 4 — La structure des protéines · Topic 2 : La liaison peptidique et la structure primaire · Leçon 2.1
On a vingt briques ; il faut maintenant les souder en une chaîne. Ce rôle revient à la liaison peptidique, une liaison covalente aux propriétés étonnantes : elle est rigide, plane, et impose une grande partie de la géométrie de la protéine. Comprendre cette liaison — et les angles qui l’entourent — c’est comprendre comment une simple séquence peut se replier dans l’espace.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- décrire la formation de la liaison peptidique (condensation) ;
- expliquer pourquoi elle est rigide, plane et polaire (hybride de résonance) ;
- définir les trois angles Φ, Ψ et Ω ;
- distinguer les configurations cis et trans ;
- orienter une chaîne de l’extrémité N-terminale vers C-terminale.
🧭 Plan de la leçon
- La formation de la liaison peptidique
- Une liaison rigide, plane et polaire
- Les trois angles : Φ, Ψ et Ω
- L’orientation de la chaîne : N → C
1. La formation de la liaison peptidique

La liaison peptidique se forme par condensation : le groupe α-carboxyle (la fonction acide) d’un acide aminé réagit avec le groupe α-aminé (la fonction amine) de l’acide aminé suivant.
Cette réaction s’accompagne de l’élimination d’une molécule d’eau (H₂O). C’est une liaison covalente : c’est elle qui construit la structure primaire (la séquence) de la protéine.

Liaison peptidique = condensation (perte d’une molécule d’eau) entre le −COOH d’un acide aminé et le −NH₂ du suivant. C’est une liaison covalente qui fait la structure primaire.
2. Une liaison rigide, plane et polaire
La liaison peptidique n’est pas une liaison simple ordinaire. Elle se comporte comme un « hybride de résonance » entre deux formes extrêmes : le nuage d’électrons est partagé entre trois atomes — O, C et N, sur une orbitale moléculaire π qui recouvre les trois. Ce partage lui donne trois propriétés majeures :
| Propriété | Explication |
|---|---|
| Plane | Les trois atomes C, O et N sont dans un même plan |
| Rigide | Aucune rotation possible autour de cet axe : le nuage d’électrons (au-dessus et en-dessous du plan) bloque la rotation |
| Polaire | Non ionisable, mais polaire, du fait des orbitales moléculaires au-dessus et en-dessous du plan |
« La liaison peptidique est une simple liaison qui tourne librement » est faux. Sa nature d’hybride de résonance la rend rigide et plane : c’est justement cette rigidité qui limite les conformations possibles de la chaîne. La rotation, elle, se fait autour de la liaison peptidique (angles Φ et Ψ), pas dans la liaison peptidique.
3. Les trois angles : Φ, Ψ et Ω
Les dimensions de la liaison peptidique sont pratiquement fixes. La conformation de la chaîne dépend donc de trois angles remarquables : Φ (phi), Ψ (psi) et Ω (oméga).

L’angle Ω (oméga) est la torsion autour de la liaison C−N de la liaison peptidique. Comme cette liaison est rigide, Ω ne peut prendre que deux valeurs :
- Ω = 0° → configuration cis (les deux Cα du même côté du plan) ;
- Ω = 180° → configuration trans (les deux Cα de part et d’autre).
La configuration trans est presque toujours adoptée car elle est plus stable : elle éloigne les chaînes latérales voisines et évite l’encombrement stérique.

Les angles Φ et Ψ sont, eux, des angles de rotation libre, de part et d’autre de la liaison peptidique :
- Φ (phi) : rotation autour de la liaison entre le Cα et l’azote (amidique) de la liaison peptidique ;
- Ψ (psi) : rotation autour de la liaison entre le Cα et le carbonyle (C=O) de la liaison peptidique.
Ce sont eux qui donnent à la chaîne sa liberté de conformation : leurs valeurs, dictées par la composition en chaînes latérales, déterminent l’agencement spatial — et donc les futures structures secondaires.
En 1963, le biophysicien indien G. N. Ramachandran a mis au point un diagramme — le diagramme de Ramachandran — qui représente les couples d’angles Φ / Ψ géométriquement permis dans une protéine. Encore utilisé aujourd’hui pour valider les structures, il montre que la plupart des combinaisons sont interdites par l’encombrement stérique : la chaîne est bien moins « libre » qu’elle n’en a l’air.
4. L’orientation de la chaîne : N → C
Une chaîne polypeptidique a un sens, fixé par convention :
- elle commence par l’acide aminé dont la fonction amine reste libre : c’est l’extrémité N-terminale, placée à gauche ;
- elle se termine par l’acide aminé dont la fonction carboxylique reste libre : c’est l’extrémité C-terminale, placée à droite.
On lit et on écrit donc toujours une séquence de N-terminale (gauche) vers C-terminale (droite) — exactement le sens dans lequel la protéine est synthétisée lors de la traduction.
Ω : rigide, 2 valeurs (cis 0° / trans 180°, trans dominant). Φ et Ψ : rotation libre autour de la liaison peptidique, à l’origine du repliement. Chaîne orientée N-terminale (gauche) → C-terminale (droite).
🧠 À retenir absolument
- Liaison peptidique = condensation (−H₂O) entre −COOH et −NH₂ ; liaison covalente (structure primaire).
- C’est un hybride de résonance (O, C, N) ⇒ liaison plane, rigide et polaire (non ionisable).
- Ω = torsion C−N, rigide, 2 valeurs : cis (0°) / trans (180°) ; trans presque toujours (plus stable).
- Φ (Cα–N) et Ψ (Cα–C=O) = rotations libres ⇒ liberté de conformation.
- Chaîne orientée N-terminale → C-terminale (amine libre à gauche, carboxyle libre à droite).
❓ Questions fréquentes
Comment se forme la liaison peptidique ?
Par condensation : le groupe α-carboxyle (−COOH) d’un acide aminé réagit avec le groupe α-aminé (−NH₂) du suivant, avec élimination d’une molécule d’eau. C’est une liaison covalente, qui constitue la structure primaire de la protéine.
Pourquoi la liaison peptidique est-elle rigide et plane ?
Parce qu’elle se comporte comme un hybride de résonance : le nuage d’électrons est partagé entre trois atomes (O, C, N) sur une orbitale π qui les recouvre. Ce nuage, situé au-dessus et en-dessous du plan, empêche toute rotation autour de la liaison et maintient les trois atomes dans un même plan.
Que représentent les angles Φ, Ψ et Ω ?
Ω est la torsion autour de la liaison C−N de la liaison peptidique (rigide, d’où seulement deux valeurs : cis ou trans). Φ est la rotation autour de la liaison Cα–azote, et Ψ la rotation autour de la liaison Cα–carbonyle. Φ et Ψ sont libres et déterminent la conformation de la chaîne.
Pourquoi la configuration trans est-elle la plus fréquente ?
Parce qu’elle est plus stable : en plaçant les deux carbones α de part et d’autre du plan de la liaison, elle éloigne les chaînes latérales voisines et évite l’encombrement stérique (ou l’opposition de charges). La configuration cis, plus contrainte, est rare.
Dans quel sens lit-on une chaîne polypeptidique ?
De l’extrémité N-terminale (à gauche, fonction amine libre) vers l’extrémité C-terminale (à droite, fonction carboxylique libre). C’est aussi le sens dans lequel la protéine est synthétisée lors de la traduction.
🚀 Pour aller plus loin
La chaîne est formée et orientée ; voyons ce que ses extrémités et ses chaînes latérales lui donnent comme charge.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.