Chapitre 4 — Règles de prescription et rapport bénéfice/risque · Topic 1 : Bonnes pratiques de prescription · Leçon 1.3
Tous les médicaments à prescription médicale obligatoire sont juridiquement des substances vénéneuses — expression du Code de la santé publique qui rappelle qu’à dose thérapeutique, un médicament peut être bénéfique, à dose plus élevée toxique, et à dose massive létale (principe de Paracelse). C’est pour cela que le législateur les classe en trois listes (I, II, stupéfiants) assorties de règles précises : durée de prescription maximale, renouvellement, type d’ordonnance, mode de délivrance. À côté, une catégorie particulière — les médicaments d’exception — encadre les traitements très coûteux, et des accès dérogatoires (compassionnel, précoce) permettent l’usage anticipé de molécules innovantes.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- distinguer liste I, liste II et stupéfiants par leur cadre rouge/vert, leur durée maximale et leur règle de renouvellement ;
- connaître les durées particulières des psychotropes (anxiolytiques 12 semaines, hypnotiques 4 semaines) et de la morphine ;
- définir le médicament d’exception et le rôle de la fiche d’information thérapeutique (FIT) ;
- expliquer les accès compassionnel (ANSM) et précoce (HAS + ANSM) issus de la réforme de juillet 2021 ;
- identifier les quatre situations d’opposition à la substitution générique.
🧭 Plan de la leçon
- Substances vénéneuses et principe des listes
- Liste I — potentiellement dangereux (rectangle rouge)
- Liste II — potentiellement toxiques (rectangle vert)
- Stupéfiants — ordonnance sécurisée obligatoire
- Médicaments d’exception et accès dérogatoires
- Prescription médicale facultative et vaccins recommandés
1. Substances vénéneuses et principe des listes
Quand tu vois sur une boîte de médicament un rectangle coloré (rouge ou vert) au dos, c’est le marqueur visuel du régime réglementaire de cette molécule. Ce signal, imposé par le Code de la santé publique, permet en un coup d’œil au pharmacien et au patient de comprendre le niveau de vigilance requis.
Tous les médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO) sont classés comme substances vénéneuses. Cette qualification déclenche trois régimes possibles :
- Liste I — le plus strict.
- Liste II — moins strict.
- Stupéfiants — le plus strict, avec ordonnance sécurisée obligatoire.
Un médicament qui n’est inscrit sur aucune de ces trois listes relève de la prescription médicale facultative (PMF) — vu au §6.
2. Liste I — potentiellement dangereux (rectangle rouge)
- Potentiellement dangereux (risque vital en cas de mauvais usage).
- Marquage : rectangle rouge sur le conditionnement.
- Non renouvelable si non indiqué (sauf mention explicite « à renouveler X fois »).
- Prescrits pour 3 mois (jusqu’à 12 mois possibles si mentionné sur l’ordonnance).
Cas particulier des psychotropes (anxiolytiques et hypnotiques) : la durée de prescription est écourtée en raison du risque d’accoutumance et de dépendance.
| Classe | Durée maximale de prescription |
|---|---|
| Anxiolytiques (benzodiazépines) | 12 semaines maximum |
| Hypnotiques (zolpidem, zopiclone) | 4 semaines maximum |
3. Liste II — potentiellement toxiques (rectangle vert)
- Potentiellement très toxiques (mais moins dangereux que ceux de la liste I).
- Marquage : rectangle vert sur le conditionnement.
- Renouvelable même si non indiqué (sauf mention explicite « à ne pas renouveler »).
- Prescrits pour 12 mois par défaut.
La logique est inversée entre liste I et liste II en matière de renouvellement.
• Liste I (rouge) : NON renouvelable par défaut ; il faut la mention pour renouveler.
• Liste II (vert) : RENOUVELABLE par défaut ; il faut la mention pour l’interdire.
Un moyen mnémotechnique : rouge = « stop » (pas de renouvellement sans autorisation) ; vert = « va » (renouvellement libre).
4. Stupéfiants — ordonnance sécurisée obligatoire
Les stupéfiants relèvent d’un régime encore plus strict, en raison du risque de détournement et d’addiction.
- Rectangle rouge et mention obligatoire « stupéfiant : prescription limitée à 28 jours ».
- Ordonnance sécurisée obligatoire (dosage, dose par prise et nombre de prises en toutes lettres — voir leçon 1.2).
- Durée maximale réduite selon le médicament :
- Morphine et dérivés injectables : 7 jours maximum.
- Morphine par voie orale : 28 jours maximum.
- Délivrance fractionnée possible (le pharmacien délivre par petites quantités).
La morphine est un exemple parfait de l’ambivalence pharmakon : extraite du pavot par Sertürner en 1804 (voir chapitre 1), c’est le prototype des antalgiques de palier 3 de l’OMS, indispensable en douleur cancéreuse. Mais son potentiel addictif justifie le régime le plus restrictif du droit du médicament, incarné par l’ordonnance sécurisée et la délivrance fractionnée (sources : ANSM, HAS « Bon usage des opioïdes »).
5. Médicaments d’exception et accès dérogatoires
Médicament d’exception. Cette catégorie regroupe des traitements très coûteux pour lesquels la Sécurité sociale n’accepte le remboursement que si la prescription respecte des indications thérapeutiques précises, définies par la fiche d’information thérapeutique (FIT).
- Pour leur majorité (75 %), ils appartiennent aussi à la liste des médicaments à prescription restreinte. Si les deux catégories se combinent, la prescription doit être faite sur ordonnance de médicament d’exception (voir leçon 1.2).
- Pris en charge uniquement si prescrits dans le respect des indications de la FIT.
- Sinon : peuvent être prescrits sur ordonnance simple, mais non remboursés (c’est la différence avec les médicaments à prescription restreinte).
- Exemples : EPO (érythropoïétine), anticorps monoclonaux.
Accès dérogatoires. La réforme de juillet 2021 a simplifié les procédures d’usage anticipé des médicaments hors AMM en deux régimes seulement, réservés à l’impasse thérapeutique (absence de traitement approprié pour une maladie grave ou invalidante) ou à un traitement ne pouvant être différé, dont l’efficacité et la sécurité sont fortement présumées.
| Régime | Accès compassionnel | Accès précoce |
|---|---|---|
| Demande | ANSM, médecin, ministre ou association de patients | HAS (par le laboratoire pharmaceutique) |
| Statut du médicament | A déjà une AMM pour une autre indication ; pas de développement en cours pour l’indication concernée | Destiné à être commercialisé dans l’indication concernée ; présumé innovant (pas encore d’AMM) |
| Données cliniques | — | Disponibles ou en cours de recueil |
| Décision | ANSM | HAS et ANSM |
| Remboursement | 100 % par la Sécurité sociale | 100 % par la Sécurité sociale |
Le pharmacien exerce en règle son droit de substitution par un générique. Quatre situations permettent de s’y opposer :
• MTE (marge thérapeutique étroite), pour 13 molécules listées par arrêté — mention « non substituable MTE » par le médecin, ou « MTE-PH » par le pharmacien (qui doit alors prévenir le prescripteur).
• CIF (contre-indication formelle) — patient allergique à un excipient à effet notoire présent dans tous les génériques ; mention « non substituable CIF » par le médecin.
• EFG (équivalent forme galénique) — enfant de moins de 6 ans pour lequel tous les génériques sont inadaptés ; mention « non substituable EFG » par le médecin.
• Stabilité chez les plus de 75 ans (HTA, diabète 2, hypercholestérolémie, insuffisance cardiaque) — mention « non substituable » par le pharmacien seul.
Si le patient refuse la substitution sans motif : il paie le médicament en totalité (pas de tiers-payant) et est remboursé sur la base du générique le plus cher.
6. Prescription médicale facultative et vaccins recommandés
Les médicaments à prescription médicale facultative (PMF) ne sont inscrits ni sur la liste I, ni sur la liste II, ni sur la liste des stupéfiants. Ils peuvent être prescrits (avec ordonnance) ou proposés (médication officinale) — mais ne sont pas remboursés sans ordonnance.
La publicité auprès du grand public n’est autorisée que pour les PMF non remboursables, avec deux exceptions importantes : dérogation pour les médicaments de sevrage tabagique et pour certains vaccins listés par arrêté du ministre chargé de la santé ; interdiction depuis 2024 pour l’ibuprofène 400 mg en raison d’effets indésirables graves (source : ANSM).
Les vaccins occupent une place à part : ils sont couverts par un calendrier vaccinal officiel actualisé chaque année par le ministère de la Santé, sur avis de la Haute Autorité de Santé.

Le calendrier vaccinal français distingue les vaccinations obligatoires (11 vaccins imposés depuis 2018 pour les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018) et les vaccinations recommandées (grippe, HPV, zona, COVID-19, VRS…). Depuis 2023, le vaccin contre les papillomavirus humains (HPV) est proposé à tous les élèves de 5e, filles et garçons. Ce calendrier, mentionné à titre indicatif par le cours et non exigible au concours, est publié par la Direction générale de la Santé (source : HAS, 2025).
🧠 À retenir absolument
- Tous les médicaments à PMO sont juridiquement des substances vénéneuses.
- Liste I (rouge) : potentiellement dangereux, 3 mois (12 max si mentionné), non renouvelable par défaut. Anxiolytiques 12 semaines ; hypnotiques 4 semaines.
- Liste II (vert) : potentiellement toxiques, 12 mois par défaut, renouvelable par défaut.
- Stupéfiants : rectangle rouge + mention « 28 jours », ordonnance sécurisée obligatoire, morphine IV 7 j / morphine orale 28 j, délivrance fractionnée possible.
- Médicament d’exception : coûteux, remboursement si conforme à la FIT validée par la HAS. Ex. : EPO, anticorps monoclonaux.
- Accès dérogatoires (juillet 2021) : compassionnel (ANSM, AMM ailleurs, pas de développement) et précoce (HAS + ANSM, médicament innovant présumé). Remboursés 100 %.
- PMF : non listés, non remboursés sans ordonnance. Publicité grand public autorisée ; ibuprofène 400 mg interdit de publicité depuis 2024.
❓ Questions fréquentes
Un médicament de liste I peut-il être renouvelé automatiquement ?
Non. Sur la liste I (rectangle rouge), la règle est l’interdiction du renouvellement, sauf si le prescripteur écrit explicitement « à renouveler X fois ». La logique est inverse pour la liste II (rectangle vert), où le renouvellement est autorisé par défaut sauf mention « à ne pas renouveler ».
Pourquoi la morphine injectable est-elle limitée à 7 jours et la morphine orale à 28 jours ?
Parce que le risque de mésusage, de surdose et d’addiction est jugé plus élevé avec les formes injectables, dont l’effet est plus rapide et plus intense. La forme orale, à libération immédiate ou prolongée, expose moins et permet un traitement chronique de la douleur cancéreuse ; sa durée maximale d’ordonnance est donc plus longue.
Quelle est la différence entre médicament d’exception et médicament à prescription restreinte ?
Les deux notions peuvent se recouvrir (75 % des médicaments d’exception sont aussi à prescription restreinte). La différence : si un médicament à prescription restreinte est utilisé hors indication, il n’est pas remboursé mais reste prescriptible ; si un médicament d’exception est prescrit hors de la fiche d’information thérapeutique, il n’est pas remboursé — c’est la même conséquence économique, mais l’ordonnance requise n’est pas la même.
Comment obtient-on un accès compassionnel ?
La demande est adressée à l’ANSM par un médecin, le ministre chargé de la santé ou une association de patients. Le médicament visé doit déjà avoir une AMM pour une autre indication et il n’y a pas de développement en cours ni de projet d’AMM pour l’indication ciblée. Une fois accordé, l’accès compassionnel est remboursé à 100 %.
Pourquoi certaines classes ont-elles une durée de prescription raccourcie ?
Pour limiter le risque de dépendance, d’accoutumance ou d’effets indésirables graves. Anxiolytiques : 12 semaines maximum. Hypnotiques : 4 semaines maximum. Stupéfiants : 28 jours pour la forme orale de morphine, 7 jours pour la forme injectable. Ces plafonds imposent une réévaluation régulière et évitent la prescription automatique de longue durée.
🚀 Pour aller plus loin
Pour approfondir les ordonnances associées à chaque liste, la définition légale du médicament et la pharmacovigilance :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.