Chapitre 11 — Offre de soins, organisation et financement · Topic 1 : Acteurs et professions de santé · Leçon 1.1
Qui a le droit d’exercer une profession de santé en France ? La réponse est dans le code de santé publique, qui divise les professions du soin en trois grandes catégories, chacune avec ses règles d’exercice, son ordre professionnel et ses niveaux de formation. Cette leçon détaille ces catégories et fait le point sur les effectifs 2023.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- distinguer les trois grandes catégories de professions de santé du code de santé publique ;
- citer les professions médicales (médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes) ;
- identifier les auxiliaires médicaux et leurs caractéristiques communes ;
- connaître les effectifs 2023 des principales professions de santé ;
- situer l’évolution des effectifs sur 30 ans et le ratio généralistes/spécialistes.
🧭 Plan de la leçon
- Le code de santé publique et ses trois catégories
- Les professions médicales
- Les auxiliaires médicaux
- Les effectifs en 2023 et l’évolution sur 30 ans
- Le ratio généralistes/spécialistes
1. Le code de santé publique et ses trois catégories
Le code de santé publique est le corpus juridique qui gère tout ce qui concerne la santé en France. Il divise les professions travaillant dans le soin en trois grandes catégories :
| Catégorie | Professions incluses | Exemples |
|---|---|---|
| Professions médicales | Trois professions à responsabilité diagnostique et thérapeutique | Médecins, chirurgiens-dentistes (odontologistes), sages-femmes |
| Professions de la pharmacie et physique médicale | Délivrance des médicaments et techniques d’imagerie/radiothérapie | Pharmaciens, techniciens de physique médicale |
| Professions paramédicales | Préparateurs, auxiliaires médicaux et professions de statut d’aide-soignant | Infirmiers, kinésithérapeutes, aides-soignants, ambulanciers |
Les professions paramédicales regroupent trois sous-ensembles distincts : les préparateurs en pharmacie (aide à la gestion des médicaments, pas à la thérapeutique), les auxiliaires médicaux (voir § 3), et les professions de statut d’aide-soignant (aides-soignants, auxiliaires de puériculture, assistants dentaires, ambulanciers).
2. Les professions médicales
Les professions médicales — médecins, chirurgiens-dentistes et sages-femmes — partagent un socle de règles communes :
- Diplôme d’État ou diplôme UE reconnu, nationalité française ou ressortissante UE ;
- Mode d’exercice : libéral (cabinet) ou salarié (hôpital, clinique, entreprise) ;
- Actes cotés Sécurité sociale : la convention fixe le coût de chaque acte, le patient est en partie remboursé ;
- Inscription obligatoire à l’Ordre (code de déontologie, secret médical) : il existe un Ordre des médecins, un Ordre des chirurgiens-dentistes et un Ordre des sages-femmes ;
- Niveau de formation : bac +5 à bac +10 (voire plus pour les surspécialisations).
La sage-femme est une profession médicale à compétences définies : son domaine ne se résume pas à l’accouchement. Elle peut assurer le suivi gynécologique de femmes en bonne santé (frottis, contraception, IVG médicamenteuse) et prescrire dans le cadre de ce suivi. C’est une profession médicale à part entière, avec son propre Ordre.
3. Les auxiliaires médicaux
Les auxiliaires médicaux forment le cœur des professions paramédicales. Le code de santé publique en dresse la liste exhaustive.

Cette liste comprend : infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs d’électroradiologie, techniciens de biologie médicale, diététiciens, orthoptistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, orthophonistes, pédicures-podologues, orthésistes prothésistes, audioprothésistes, podo-orthésistes, opticiens-lunetiers, oculistes.
Tous partagent des caractéristiques communes :
- Diplôme d’État obligatoire ;
- Déontologie et secret médical : encadrés par un conseil de l’ordre interprofessionnel ;
- Monopole d’exercice : seuls eux peuvent réaliser certains actes ;
- Actes cotés par la Sécurité sociale ;
- Niveau de formation : bac +3 (licence) à bac +5 (master).
Les auxiliaires médicaux sont spécialisés dans leur domaine : un diététicien est souvent meilleur en diététique qu’un médecin généraliste. Ils apportent une expertise que le médecin ne peut pas proposer : d’où l’importance de la collaboration interprofessionnelle dans le parcours de soins.
4. Les effectifs en 2023 et l’évolution sur 30 ans
La photographie des effectifs de santé en France en 2023 fait apparaître une hiérarchie claire.

La hiérarchie observée est : infirmiers > médecins > masseurs-kinésithérapeutes, suivis des psychologues, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, opticiens-lunetiers et manipulateurs médicaux.
Les infirmiers constituent la profession de santé la plus représentée en nombre : ils sont 2 à 3 fois plus nombreux que les médecins. C’est un renversement historique : le système, longtemps centré sur le médecin, se rééquilibre au profit des paramédicaux.
Sur 30 ans, les effectifs des professions de santé ont été multipliés en moyenne par 2,5. Ce mouvement traduit :
- une diversification de l’offre de soins ;
- un rééquilibrage d’un système historiquement centré sur le médecin ;
- une délégation croissante du généraliste vers les spécialistes et vers les paramédicaux (protocoles de coopération).
Complément hors cours. Il existe une désertification des officines : les jeunes pharmaciens choisissent de plus en plus l’exercice salarié (industrie, hôpital) plutôt que l’installation en officine. En France, les pharmaciens sont les seuls habilités à délivrer des médicaments : cette exclusivité vise à éviter le mésusage. Une pénurie d’officines fragilise donc l’accès aux médicaments dans certains territoires.
5. Le ratio généralistes/spécialistes
Chez les médecins, un basculement s’est opéré. Les effectifs des généralistes stagnent, ceux des spécialistes progressent.

| Catégorie | Effectif approximatif (2025) | Tendance depuis 2012 |
|---|---|---|
| Médecins généralistes | ~ 100 000 | Stagnation |
| Médecins spécialistes | ~ 140 000 | Progression régulière |
| Ratio spécialistes / généralistes | > 1 | Franchissement du seuil récent |
Ce ratio > 1 est un fait notable en santé publique : le médecin généraliste, longtemps figure centrale du système, cède du terrain quantitatif aux spécialistes. Cela a des conséquences sur l’organisation des soins primaires et sur le parcours de soins coordonné (voir Leçon 3.2).
Malgré ces hausses, la France (et le monde) manque de professionnels de santé. Selon l’OMS, le monde pourrait manquer de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030 : les enjeux de démographie médicale, développés dans la leçon suivante, sont mondiaux.
🧠 À retenir absolument
- Le code de santé publique divise les professions du soin en 3 catégories : médicales · pharmacie et physique médicale · paramédicales.
- Professions médicales : médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes. Diplôme d’État, inscription à l’Ordre, bac +5 à +10.
- Auxiliaires médicaux : infirmiers, kinés, manip radio, orthophonistes… Diplôme d’État, monopole, actes cotés, bac +3 à +5.
- Hiérarchie 2023 : infirmiers > médecins > kinés. Infirmiers 2-3× plus nombreux que médecins.
- Effectifs de santé × 2,5 en 30 ans : diversification et rééquilibrage du système.
- Ratio spécialistes / généralistes > 1 depuis peu (~140 000 vs ~100 000).
- OMS : 11 millions de professionnels de santé manquants dans le monde d’ici 2030.
❓ Questions fréquentes
Quelles sont les trois professions médicales reconnues par le code de santé publique ?
Ce sont les médecins, les chirurgiens-dentistes (aussi appelés odontologistes) et les sages-femmes. Toutes exigent un diplôme d’État, l’inscription à un Ordre professionnel et un niveau de formation de bac +5 à bac +10.
La sage-femme est-elle une profession paramédicale ?
Non. La sage-femme est une profession médicale à compétences définies, avec son propre Ordre. Elle peut assurer le suivi gynécologique de femmes en bonne santé, prescrire une contraception ou réaliser des IVG médicamenteuses. Son champ d’exercice dépasse largement l’accouchement.
Qu’est-ce qu’un auxiliaire médical ?
Un auxiliaire médical est une profession paramédicale reconnue par le code de santé publique, avec diplôme d’État, monopole d’exercice, actes cotés Sécurité sociale et formation bac +3 à +5. La liste comprend infirmiers, kinés, orthophonistes, ergothérapeutes, orthoptistes, diététiciens, etc.
Pourquoi les infirmiers sont-ils la profession la plus nombreuse ?
Parce que le système de soins s’est diversifié en 30 ans et que la délégation vers les paramédicaux a progressé. Les infirmiers assurent des soins techniques, la surveillance des patients, l’éducation thérapeutique. Ils sont aujourd’hui 2 à 3 fois plus nombreux que les médecins.
Que signifie « ratio spécialistes / généralistes > 1 » ?
Cela signifie qu’il y a désormais plus de médecins spécialistes (~140 000) que de médecins généralistes (~100 000) en France. Ce basculement est récent : les spécialistes progressent tandis que les généralistes stagnent, ce qui pose la question de la couverture des soins primaires.
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