Chapitre 11 — Offre de soins, organisation et financement · Topic 1 : Acteurs et professions de santé · Leçon 1.2

⏱️ Durée : 13 min
🎓 Niveau : PASS / LAS / L1 Santé
📚 Topic : Acteurs et professions de santé
🔑 Prérequis : Leçon 1.1 (professions et effectifs)

La France forme davantage de médecins qu’il y a 30 ans, et pourtant certains territoires n’ont plus de généraliste à moins d’une heure de route. Comment ce paradoxe est-il possible ? Cette leçon analyse la démographie médicale, les disparités territoriales qui alimentent les déserts médicaux, et l’ampleur mondiale de la pénurie de soignants annoncée par l’OMS.

🎯 Objectifs pédagogiques

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • définir la densité médicale et suivre son évolution en France ;
  • expliquer l’effet retardé de la suppression du numerus clausus ;
  • caractériser un désert médical et citer les régions concernées en France ;
  • identifier les zones les mieux/moins bien dotées à l’échelle mondiale ;
  • citer l’alerte OMS sur la pénurie de 11 millions de soignants d’ici 2030.

🧭 Plan de la leçon

  1. Densité médicale : définition et évolution en France
  2. Disparités territoriales et déserts médicaux
  3. Densité médicale mondiale et alerte OMS

1. Densité médicale : définition et évolution en France

La densité médicale est le nombre de médecins pour une population donnée (généralement pour 1 000 ou 100 000 habitants). C’est l’indicateur central de la démographie médicale.

Notion-clé — Densité médicale

Densité médicale = nombre de médecins / population. Elle est en augmentation en France depuis la réforme et la suppression du numerus clausus (remplacé par le numerus apertus en 2020). Mais l’effet est lent, car la formation médicale est longue.

Pourquoi cet effet retardé ?

  • La formation d’un médecin dure environ 10 ans (études médicales, internat, thèse) ;
  • La suppression du numerus clausus (2020) ne produira ses effets pleins qu’à partir de 2030 environ ;
  • Dans l’intervalle, les départs à la retraite des médecins formés dans les années 1970-1980 pèsent lourd ;
  • D’où une question aujourd’hui débattue : faut-il continuer à augmenter le nombre de médecins formés ?
Le saviez-vous ? — Le numerus apertus

Complément hors cours. Depuis 2020, le numerus clausus est remplacé par le numerus apertus : les capacités d’accueil en 2ᵉ année sont désormais fixées par chaque université en fonction des besoins territoriaux, et non plus par un plafond national uniforme. L’objectif est d’ajuster la formation aux besoins de démographie médicale de chaque région.

2. Disparités territoriales et déserts médicaux

Malgré la hausse globale de la densité, les déserts médicaux persistent en France. Un désert médical est un territoire où l’offre de soins est insuffisante par rapport aux besoins de la population, avec une densité médicale nettement inférieure à la moyenne nationale.

Carte de la densité des médecins généralistes en France par commune, avec zones bien dotées en Île-de-France et Sud-Est, et déserts médicaux en Bretagne et dans le Nord
Figure 1 — La densité des généralistes en France.

La carte communale de la densité des médecins généralistes fait apparaître une fracture territoriale :

Zones bien dotées Zones sous-dotées (déserts médicaux)
Île-de-France (grande couronne parisienne) Bretagne (notamment intérieur)
Sud-Est (littoral méditerranéen, PACA) Nord de la France
Grandes métropoles universitaires Zones rurales, périurbaines et de petite montagne
Point d’attention — Généralistes ET spécialistes

Les déserts médicaux ne concernent pas seulement les généralistes : l’accès à certains spécialistes (ophtalmologues, dermatologues, gynécologues) peut aussi être très difficile en zone sous-dotée, avec des délais de rendez-vous parfois supérieurs à 6 mois.

Les causes des déserts médicaux sont multifactorielles :

  • Formation longue (10 ans) qui rend l’ajustement démographique lent ;
  • Choix d’installation des jeunes médecins (préférence métropoles, cadre de vie du conjoint, présence d’écoles) ;
  • Départs à la retraite massifs sans remplacement local ;
  • Diminution du temps médical disponible (temps partiel, féminisation, tâches administratives).
Le saviez-vous ? — La désertification des officines

Complément hors cours. Un phénomène analogue touche les officines pharmaceutiques : les jeunes pharmaciens préfèrent l’exercice salarié (industrie, hôpital) à l’installation en officine. Il existe ainsi des déserts pharmaceutiques, particulièrement problématiques puisque les pharmaciens sont, en France, les seuls habilités à délivrer des médicaments.

3. Densité médicale mondiale et alerte OMS

Le problème français n’est qu’un aspect d’un enjeu mondial. La densité de professionnels de santé est très inégale à l’échelle planétaire.

Carte mondiale de la densité des professionnels de santé, avec l'Afrique, l'Amérique du Sud et l'Asie parmi les continents les moins dotés
Figure 2 — La densité mondiale des professionnels de santé.
Densité élevée Densité intermédiaire Densité faible
Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon Amérique du Sud (partiel), Moyen-Orient Afrique, Asie (une partie), zones les plus rurales
Notion-clé — Alerte OMS 2030

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le monde pourrait manquer de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030, essentiellement en Afrique et en Asie. Cette pénurie est un obstacle majeur à l’atteinte de la couverture sanitaire universelle.

Quelles solutions ? Deux logiques s’affrontent :

  • Formation locale : développer les capacités de formation des pays du Sud (universités, écoles paramédicales) ;
  • Migration internationale : recruter des professionnels de santé formés à l’étranger — solution rapide mais qui aggrave la pénurie dans les pays d’origine (fuite des cerveaux).
Le paradoxe éthique

Recruter des médecins formés à l’étranger permet aux pays riches de combler leur pénurie au détriment des pays d’origine. L’OMS a adopté en 2010 un Code de pratique mondial pour le recrutement international des personnels de santé pour tenter d’encadrer ces flux migratoires et protéger les systèmes de santé les plus fragiles.

🧠 À retenir absolument

  • Densité médicale = nombre de médecins par habitant. En France, elle est en hausse depuis la fin du numerus clausus.
  • L’effet est retardé : la formation d’un médecin dure ~10 ans → suppression du numerus clausus (2020) → effets pleins vers 2030.
  • Déserts médicaux persistent malgré la hausse : Bretagne et Nord sous-dotés, Île-de-France et Sud-Est bien dotés.
  • Concernent généralistes ET spécialistes (délais de RDV très longs).
  • À l’échelle mondiale : Afrique, Amérique du Sud et Asie les moins dotées.
  • OMS : pénurie de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030.

❓ Questions fréquentes

Pourquoi la densité médicale augmente-t-elle sans faire disparaître les déserts médicaux ?

Parce que la hausse est nationale et lente (la formation dure 10 ans), tandis que la répartition territoriale reste inégale : les jeunes médecins s’installent plutôt en métropole. La densité moyenne progresse, mais les zones sous-dotées le restent, voire s’aggravent avec les départs à la retraite non remplacés.

Qu’est-ce que le numerus clausus, et pourquoi l’a-t-on supprimé ?

Le numerus clausus était le nombre plafond d’étudiants admis en 2ᵉ année de médecine chaque année. Instauré en 1971, il a été très bas dans les années 1990-2000, causant une partie de la pénurie actuelle. Il a été supprimé en 2020 et remplacé par le numerus apertus, fixé par chaque université selon les besoins.

Quelles régions françaises sont les plus touchées par les déserts médicaux ?

Principalement la Bretagne (surtout l’intérieur), le Nord de la France et les zones rurales et de petite montagne. À l’inverse, l’Île-de-France et le Sud-Est (littoral méditerranéen, PACA) restent bien dotés en généralistes et en spécialistes.

Combien de professionnels de santé manqueront-ils dans le monde en 2030 ?

Selon l’OMS, le monde pourrait manquer de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030. Cette pénurie touchera essentiellement l’Afrique et une partie de l’Asie, régions déjà les moins bien dotées aujourd’hui.

Les déserts médicaux ne concernent-ils que les médecins généralistes ?

Non. L’accès aux spécialistes (ophtalmologues, dermatologues, gynécologues, pédiatres) est également très inégal, avec des délais de rendez-vous pouvant dépasser 6 mois en zone sous-dotée. Les pharmacies subissent aussi une désertification (déserts pharmaceutiques).

🚀 Pour aller plus loin

Tu connais maintenant les enjeux territoriaux. Explore l’organisation des soins et le rôle régulateur des ARS :

Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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