Chapitre 7 — Adaptation rénale au sodium · Topic 4 · Leçon 4.1
Le Système Rénine-Angiotensine-Aldostérone (SRAA) est le principal système hormonal de régulation du bilan sodé. Sa mise en action en cas de déplétion sodée aboutit à une rétention de Na+ et d’eau, une vasoconstriction et une élévation de la pression artérielle. C’est aussi la cible thérapeutique numéro 1 en cardiologie (IEC, ARA2).
🎯 Objectifs pédagogiques
- Décrire la cascade rénine → angiotensine II → aldostérone ;
- Identifier les stimulus de sécrétion de la rénine ;
- Comprendre l’action synergique de l’angiotensine II et de l’aldostérone ;
- Connaître les cibles thérapeutiques (IEC, ARA2, spironolactone).
🧭 Plan de la leçon
- La cascade du SRAA
- Stimulus de sécrétion de la rénine
- Actions synergiques et thérapeutiques
1. La cascade du SRAA
- Rénine (enzyme rénale) sécrétée dans le sang par les cellules à grains de rénine (artérioles afférentes rénales).
- Angiotensinogène (glycoprotéine hépatique, circulante) est clivé par la rénine en angiotensine I (peptide de 10 AA, inactif).
- Angiotensine I est clivée par l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ECA) — présente dans l’endothélium pulmonaire notamment — en angiotensine II (peptide de 8 AA, hormone active).
- Angiotensine II agit sur ses récepteurs : AT1 (majoritaire, effets classiques) et AT2 (mineurs).
- L’angiotensine II stimule la surrénale (zone glomérulée du cortex) qui sécrète l’aldostérone, hormone stéroïde.
La rénine est le facteur limitant de toute la cascade. Ni l’angiotensinogène (produit en permanence par le foie), ni l’ECA (ubiquitaire), ni les capacités de la surrénale à répondre à l’angiotensine II ne limitent normalement le système. C’est la sécrétion rénale de rénine qui contrôle tout : quand elle augmente, toute la cascade s’active ; quand elle baisse, tout se calme.
C’est pourquoi les inhibiteurs directs de la rénine (aliskiren) sont une classe thérapeutique intéressante — bien que moins utilisée que les IEC/ARA2 en pratique.
2. Stimulus de sécrétion de la rénine
La rénine est sécrétée en cas d’hypovolémie. Trois mécanismes complémentaires :
- Hypoperfusion rénale : baisse de pression dans l’artériole afférente → détection mécanique par les cellules à grains → sécrétion de rénine. C’est le mécanisme direct principal.
- Activation sympathique : récepteurs β1-adrénergiques sur les cellules à grains → sécrétion de rénine augmentée. En hypovolémie/hypotension, le sympathique est activé (voir Leçon 4.3).
- Baisse du NaCl délivré au TCD : détection par les cellules de la macula densa (cellules spécialisées du TCD au contact de l’artériole afférente). Elles stimulent la sécrétion de rénine par les cellules à grains voisines. Signale une baisse du DFG (secondaire à l’hypovolémie).
Ces trois signaux convergent chez un patient hypovolémique et amplifient la sécrétion de rénine.
3. Actions synergiques et thérapeutiques
| Hormone | Cibles | Effets |
|---|---|---|
| Angiotensine II | CML artériolaires (AT1) | Vasoconstriction puissante → ↑ RPT → ↑ PA |
| Cellules TCP et TCD (AT1) | ↑ pompe Na/K ATPase, ↑ NHE3, ↑ NCCT → ↑ réabsorption Na+ | |
| Cellules surrénaliennes (AT1) | ↑ sécrétion d’aldostérone | |
| Aldostérone | Cellules TCD (récepteurs MR) | ↑ NCCT, ↑ pompe Na/K ATPase → ↑ réabsorption Na+ |
| Cellules principales CC (récepteurs MR) | ↑ ENaC, ↑ pompe Na/K ATPase → ↑ réabsorption Na+ + ↑ excrétion K+ |
L’angiotensine II agit sur le TCP et le TCD, l’aldostérone sur le TCD et le CC. Ensemble, ils couvrent tout le trajet tubulaire avec un même but : maximiser la réabsorption sodée face à une déplétion. C’est un système d’une puissance et d’une efficacité remarquables — vestige d’une évolution qui devait gérer la rareté du sel.
Effet global : rétention sodée + rétention hydrique + vasoconstriction + ↑ PA.
Le SRAA est la cible thérapeutique la plus prescrite en cardiologie. Quatre grandes classes :
- Inhibiteurs de la rénine (aliskiren) — peu utilisés.
- IEC (inhibiteurs de l’enzyme de conversion) — captopril, énalapril, ramipril, périndopril, lisinopril. Bloquent la conversion AT I → AT II. Effets secondaires classiques : toux sèche (par accumulation de bradykinine), angio-œdème.
- ARA2 (antagonistes du récepteur AT1) — losartan, valsartan, candésartan, irbésartan. Bloquent l’effet de l’angiotensine II sur AT1. Alternative aux IEC en cas de toux.
- Antagonistes du récepteur de l’aldostérone (MR) — spironolactone, éplérénone. Épargneurs de K+.
Indications principales : HTA (première ligne), insuffisance cardiaque (bénéfice pronostique majeur), néphropathie diabétique, insuffisance rénale chronique.
Longtemps considérée comme uniquement rénale, l’aldostérone a des effets cardiovasculaires directs : fibrose myocardique, remodelage vasculaire, inflammation, altération de la fonction endothéliale. C’est pour cela que la spironolactone améliore le pronostic en insuffisance cardiaque au-delà de son seul effet diurétique. Les études RALES (1999), EPHESUS (2003) et EMPHASIS-HF (2011) ont établi cette classe comme un pilier thérapeutique de l’IC.



🧠 À retenir absolument
- Cascade SRAA : Rénine (rein) → Angiotensinogène (foie) → Angiotensine I → ECA → Angiotensine II → surrénale → Aldostérone.
- Rénine = facteur limitant ; sécrétée en cas d’hypovolémie.
- 3 stimulus de la rénine : hypoperfusion rénale, activation sympathique (β1), baisse NaCl au TCD (macula densa).
- Angiotensine II : vasoconstriction (AT1) + ↑ Na TCP/TCD + ↑ aldostérone.
- Aldostérone : ↑ NCCT (TCD) + ↑ ENaC (CC) → rétention Na, excrétion K.
- Cibles thérapeutiques : IEC, ARA2, spironolactone/éplérénone.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le SRAA est-il si central en cardiologie ?
Parce qu’il contrôle à la fois la volémie et la pression artérielle par plusieurs leviers (rein, vaisseaux, cœur). Son activation inappropriée (insuffisance cardiaque, HTA) aggrave la pathologie sous-jacente : rétention hydrosodée qui surcharge le VG, vasoconstriction qui augmente la postcharge, fibrose myocardique. Bloquer le SRAA a des effets cardio-rénaux protecteurs démontrés dans de nombreuses études.
Pourquoi les IEC provoquent-ils de la toux ?
L’ECA a un double substrat : elle transforme l’angiotensine I en angiotensine II, mais elle dégrade aussi la bradykinine. En inhibant l’ECA, on empêche la dégradation de la bradykinine, qui s’accumule et provoque une toux sèche persistante chez ~10-15 % des patients. Le remplacement par un ARA2 (qui ne touche pas la bradykinine) fait disparaître la toux.
Que fait l’aldostérone sur le K⁺ ?
En augmentant l’activité d’ENaC (entrée de Na⁺ dans la cellule) et de la pompe Na/K ATPase (sortie de Na⁺, entrée de K⁺), l’aldostérone crée un gradient favorable à la sortie de K⁺ par le canal ROMK apical. Elle stimule ainsi indirectement l’excrétion de K⁺. C’est pour cela qu’un hyperaldostéronisme donne une hypokaliémie, et un déficit en aldostérone (Addison) une hyperkaliémie.
Peut-on bloquer complètement le SRAA sans danger ?
Non. Un blocage double (IEC + ARA2) ou triple (+ spironolactone) expose à des complications sévères : hyperkaliémie majeure, insuffisance rénale aiguë, hypotension. Les recommandations actuelles proscrivent le double blocage IEC + ARA2 (études ONTARGET, ALTITUDE), sauf indications rares et surveillance stricte. La spironolactone en association avec IEC ou ARA2 est possible mais impose une surveillance de la kaliémie.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.