Chapitre 7 — Adaptation rénale au sodium · Topic 3 · Leçon 3.2
Après filtration, 99 % du sodium de l’urine primitive est réabsorbé le long du tubule. Cette réabsorption se répartit en 4 segments avec des transporteurs différents : TCP (65 %), BAHL (20 %), TCD (10 %), canal collecteur (3-5 %). Cette leçon décrit ces segments et leurs transporteurs — cibles majeures des diurétiques.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Identifier les 4 segments tubulaires et leurs proportions ;
- Localiser les transporteurs spécifiques par segment ;
- Relier chaque segment à une classe de diurétiques ;
- Comprendre le rôle central du canal collecteur dans la régulation.
🧭 Plan de la leçon
- Segments tubulaires et proportions réabsorbées
- TCP (65 %) et BAHL (20 %)
- TCD (10 %) et canal collecteur (3-5 %)
1. Segments tubulaires et proportions réabsorbées
| Segment | Abréviation | % de la charge filtrée | Site de régulation |
|---|---|---|---|
| Tubule contourné proximal | TCP | 65 % | Faible (grosse quantité, peu de contrôle fin) |
| Branche ascendante large de l’anse de Henlé | BAHL | 20 % | Faible |
| Tubule contourné distal | TCD | 10 % | Aldostérone, angiotensine II |
| Canal collecteur | CC | 3-5 % | Fort (aldostérone, ANP/BNP) |
| Total réabsorbé | ~ 99 % | ||
| Excrété | ~ 1 % (100-200 mmol/jour) | ||
Retenir : la réabsorption est majoritaire en amont (TCP + BAHL = 85 %), mais la régulation fine se fait en aval (TCD + CC), là où le pourcentage réabsorbé est le plus modulable.
2. TCP (65 %) et BAHL (20 %)
Transporteurs apicaux :
- Cotransports Na+-glucose, Na+-AA, Na+-phosphate : réabsorption couplée des nutriments (comme au jéjunum).
- NHE3 (échangeur Na+/H+) : assure ~50 % de la réabsorption sodée au TCP.
Transporteur basolatéral : pompe Na+/K+ ATPase (motrice de tout).
Régulation :
- Système sympathique (récepteurs α) → ↑ Na+/K+ ATPase, ↑ NHE3.
- Angiotensine II (récepteurs AT1) → ↑ Na+/K+ ATPase, ↑ NHE3.
Transporteur apical clé : le cotransporteur NKCC2 (Na+-K+-2Cl−) :
- Fait entrer 1 Na+ + 1 K+ + 2 Cl− ;
- Électroneutre (charges équilibrées).
Autres transporteurs :
- Canal ROMK (K+, apical) : recycle le K+ vers la lumière → électropositivité luminale → réabsorption paracellulaire de Na+, Ca2+, Mg2+.
- Canal ClCKb (Cl−, basolatéral) : sortie du Cl−.
- Pompe Na+/K+ ATPase basolatérale (motrice).
Peu de régulation hormonale importante à la BAHL en physiologie.
Le furosémide (Lasilix®) inhibe spécifiquement le NKCC2 de la BAHL. Résultat : perte massive de Na+ (jusqu’à 25 % de la charge filtrée !) et d’eau. C’est la classe de diurétiques la plus puissante, utilisée en urgence dans l’œdème aigu du poumon (OAP), l’insuffisance cardiaque décompensée. Effets secondaires classiques : hypokaliémie, alcalose métabolique, hypocalcémie.
3. TCD (10 %) et canal collecteur (3-5 %)
Transporteur apical clé : le cotransporteur NCCT (Na+-Cl−) :
- Fait entrer 1 Na+ + 1 Cl− ;
- Électroneutre.
Régulation :
- Système sympathique (récepteurs α) → ↑ pompe Na+/K+ ATPase, ↑ NCCT.
- Angiotensine II (AT1).
- Aldostérone (récepteurs MR cytosoliques) → ↑ NCCT, ↑ pompe Na+/K+ ATPase.
Les thiazidiques (hydrochlorothiazide, indapamide) inhibent le NCCT du TCD. Diurèse plus modérée que celle des diurétiques de l’anse, mais efficace en HTA essentielle (traitement de première ligne dans le monde entier). Effets secondaires : hyponatrémie, hypokaliémie, hyperuricémie.
Au canal collecteur (partie corticale et médullaire), la réabsorption a lieu dans les cellules principales (pas les cellules intercalaires) :
- Canal ENaC (apical, électrogénique) : entrée passive de Na+.
- Canal ROMK (apical) : sécrétion de K+ couplée à la réabsorption de Na+ (gradient favorable créé par ENaC).
- Pompe Na+/K+ ATPase basolatérale.
Régulation hormonale majeure :
- Aldostérone ↑ (récepteurs MR) : augmente l’expression et l’activité de ENaC et de la pompe Na+/K+ ATPase → rétention sodée + excrétion potassique.
- ANP/BNP ↓ (récepteurs à activité guanylate cyclase) : diminuent l’expression de ENaC → natriurèse.
Bien qu’il ne réabsorbe que 3-5 % du Na+ filtré (peu, en absolu), c’est là que se joue la régulation fine. C’est en effet le seul segment où l’aldostérone peut faire varier la réabsorption sodée de facteur 2. Ainsi, si le bilan sodé nécessite une rétention, l’aldostérone gonfle ENaC et récupère un maximum du Na+ qui allait être excrété. À l’inverse, ANP/BNP freinent ENaC et laissent le Na+ partir dans les urines. C’est l’ajustement clef de l’excrétion aux entrées.
Deux mécanismes possibles au canal collecteur :
- Amiloride, triamtérène : bloquent directement ENaC → ↓ réabsorption Na+ et ↓ sécrétion K+.
- Spironolactone, éplérénone : antagonistes du récepteur MR de l’aldostérone → ↓ expression ENaC. Utilisés en insuffisance cardiaque (bénéfice pronostique démontré) et en hyperaldostéronisme.
« Épargneurs de K+ » car ils préviennent l’hypokaliémie induite par les autres diurétiques. Attention : risque d’hyperkaliémie si utilisés seuls ou en association avec un IEC/ARA2.






🧠 À retenir absolument
- Réabsorption tubulaire du Na+ : TCP 65 %, BAHL 20 %, TCD 10 %, CC 3-5 % = 99 %.
- TCP : cotransports Na/glucose, Na/AA, NHE3 + pompe Na/K ATPase. Régulé par sympathique et Ang II.
- BAHL : cotransporteur NKCC2 (Na/K/2Cl). Cible du furosémide.
- TCD : cotransporteur NCCT (Na/Cl). Cible des thiazidiques. Régulé par aldostérone.
- CC (cellules principales) : canal ENaC (électrogénique) + ROMK. Cible de l’amiloride, de la spironolactone. Régulé par aldostérone (↑) et ANP/BNP (↓).
- Régulation fine au CC : peu de % mais très modulable → chef d’orchestre du bilan sodé.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi le TCP réabsorbe-t-il tant de Na⁺ sans être régulé finement ?
Parce que sa fonction est de réabsorber massivement et de façon isosmotique tout ce qui doit être conservé (nutriments, eau, sodium, bicarbonates). Il fonctionne à haute capacité mais avec peu de sélectivité fine. La régulation fine se fait en aval, sur les 15-20 % restants — plus économique et plus précis.
Pourquoi les diurétiques de l’anse sont-ils si puissants ?
Parce qu’ils bloquent NKCC2 dans la BAHL, où 20 % du Na⁺ filtré est réabsorbé. Ils peuvent faire perdre jusqu’à 25 % de la charge filtrée (soit ~6 000 mmol/jour), ce qui représente une diurèse considérable. C’est la classe la plus puissante mais aussi la plus riche en effets secondaires (hypokaliémie, alcalose, déshydratation).
Pourquoi la spironolactone est-elle bénéfique en insuffisance cardiaque ?
L’aldostérone n’a pas qu’un rôle rénal : elle favorise aussi la fibrose myocardique et l’inflammation cardiovasculaire (rôles néfastes). Bloquer l’aldostérone (spironolactone, éplérénone) a démontré une réduction de la mortalité en insuffisance cardiaque chronique (études RALES, EMPHASIS-HF). C’est un pilier du traitement, en association avec IEC/ARA2 et bêtabloquants.
Que sont les cellules principales vs intercalaires ?
Au canal collecteur, deux types cellulaires cohabitent : les cellules principales (réabsorption de Na⁺ par ENaC + sécrétion de K⁺ par ROMK) et les cellules intercalaires (régulation acide-base : sécrétion de H⁺ ou de HCO₃⁻ selon le type α ou β). Elles jouent des rôles complémentaires : les principales pour le bilan Na/K, les intercalaires pour le bilan acide-base. Voir Ch8 pour la partie hydrique de l’aquaporine 2.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.