Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 2 — Appréciation de l’état clinique d’une personne · C4, C5
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité mondiale. En service de médecine interne, de cardiologie ou aux urgences, l’infirmier croise quotidiennement des patients en insuffisance cardiaque décompensée, en post-infarctus ou porteurs d’une arythmie. Reconnaître ces tableaux, les surveiller et détecter précocement les complications est une compétence vitale.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Définir et classer l’insuffisance cardiaque (gauche, droite, globale, systolique, diastolique).
- Décrire les signes cliniques de l’insuffisance cardiaque et les paramètres de surveillance.
- Distinguer angor stable et syndrome coronarien aigu (SCA), et identifier les signes d’alerte.
- Connaître les principaux troubles du rythme (fibrillation auriculaire, TSV, tachycardie ventriculaire) et leurs risques.
- Identifier le rôle infirmier dans les urgences cardiologiques.
🧭 Plan de la leçon
- Insuffisance cardiaque
- Syndrome coronarien aigu (SCA)
- Troubles du rythme cardiaque
- Endocardite infectieuse et valvulopathies
- Surveillance infirmière en cardiologie
1. Insuffisance cardiaque
L’insuffisance cardiaque (IC) est l’incapacité du cœur à assurer un débit cardiaque suffisant pour satisfaire les besoins métaboliques de l’organisme. Elle touche 1,5 million de personnes en France et est la première cause d’hospitalisation après 65 ans.
| Type | Mécanisme | Signes cliniques dominants |
|---|---|---|
| IC gauche | Défaillance du VG → œdème pulmonaire | Dyspnée (OAP), orthopnée, crépitants bilatéraux, tachycardie |
| IC droite | Défaillance du VD → stase veineuse systémique | OMI (œdèmes membres inférieurs), hépatomégalie, turgescence jugulaire, ascite |
| IC globale | Les deux ventricules | Association des signes droits et gauches |
| IC systolique (FE réduite ≤ 40 %) | ↓ contractilité du VG | Fatigue, intolérance à l’effort, signes de bas débit |
| IC diastolique (FE préservée ≥ 50 %) | ↓ relaxation du VG (rigidité) | Dyspnée d’effort prédominante, HTA souvent associée |
La classification NYHA (I à IV) évalue la sévérité fonctionnelle. Le BNP ou NT-proBNP (peptide natriurétique) est le biomarqueur clé : élevé en cas de surcharge de pression ou de volume du myocarde. La surveillance infirmière comprend : poids quotidien (± 2 kg = alerte), bilan hydrique, dyspnée (FR), SpO₂, PA, FC, OMI.
L’OAP est une décompensation brutale de l’IC gauche avec inondation alvéolaire. Signes : dyspnée intense, orthopnée, crachats « mousseux et rosés », crépitants bilatéraux, désaturation. Conduite infirmière : position demi-assise immédiate, O₂ (objectif SpO₂ ≥ 94 %), appel médical urgent, pose VVP, monitoring. Médicaments attendus : diurétiques de l’anse IV (furosémide), dérivés nitrés sublinguaux (si PA correcte), morphine IV (anxiolyse et vasodilatation).
2. Syndrome coronarien aigu (SCA)
Les syndromes coronariens aigus (SCA) résultent de l’occlusion partielle ou totale d’une artère coronaire par un thrombus formé sur une plaque athéromateuse rompue. C’est une urgence vitale.
| Forme | Mécanisme | ECG | Troponine | Urgence |
|---|---|---|---|---|
| SCA ST+ (STEMI) | Occlusion coronaire totale | Sus-décalage ST > 2 mm | Très élevée | Revascularisation < 90 min (PPCI) |
| SCA ST- (NSTEMI) | Occlusion partielle | Sous-décalage ST ou T négatives | Élevée | Coronarographie dans les 24–72 h |
| Angor instable | Plaque instable, pas de nécrose | Normal ou sous-décalage transitoire | Normale | Hospitalisation, traitement médical |
Signes cliniques du SCA : douleur thoracique constrictive en « étau », irradiant au bras gauche, à la mâchoire ou au dos, pouvant être atypique (épigastrique, nausées, dyspnée — surtout chez la femme, le diabétique et le sujet âgé). Sueurs, pâleur, angoisse.
Conduite infirmière : ECG 18 dérivations en urgence, troponine hs, glycémie, NFS, bilan hémostase, morphine IV titrée, aspirine 250 mg IV, O₂ si SpO₂ < 94 %, monitoring continu, VVP, décubitus strict, appel SAMU 15.
3. Troubles du rythme cardiaque
| Arythmie | ECG | Risque | Traitement |
|---|---|---|---|
| Fibrillation auriculaire (FA) | Absence d’ondes P, RR irréguliers, FC rapide 120–180 | Embolie cérébrale (AVC), insuffisance cardiaque | Anticoagulation (AOD), contrôle FC (bêtabloquant, digoxine), cardioversion |
| Flutter auriculaire | Ondes en dents de scie (F), conduction 2:1 ou 4:1 | Identique à FA | Cardioversion électrique, ablation par radiofréquence |
| Tachycardie ventriculaire (TV) | Tachycardie à QRS larges | Fibrillation ventriculaire → mort subite | Choc électrique externe si FV/TV sans pouls → RCP |
| Bloc auriculo-ventriculaire (BAV) III | Dissociation complète P-QRS | Syncope, mort subite | Stimulateur cardiaque (pacemaker) |
| Extrasystoles ventriculaires (ESV) | QRS larges prématurés, pause compensatrice | Généralement bénignes, mais à surveiller sur cardiopathie | Traitement étiologique (hypokaliémie, ischémie) |
En cas d’arrêt cardiaque (ACR) constaté : 1) Appeler le 15/SAMU, 2) Commencer immédiatement les compressions thoraciques (30 compressions : 2 insufflations, 100–120 cycles/min, dépression ≥ 5 cm), 3) Brancher le défibrillateur automatisé externe (DAE) dès sa disponibilité et suivre les instructions vocales. Chaque minute sans RCP réduit les chances de survie de 10 %. L’infirmier doit connaître ce protocole et être capable de le démarrer seul.
4. Endocardite infectieuse et valvulopathies
L’endocardite infectieuse (EI) est une infection des valves ou de l’endocarde par des bactéries (surtout streptocoques, staphylocoques). Elle survient sur valve native ou prothétique. Le diagnostic repose sur les critères de Duke (hémocultures positives + lésions échocardiographiques). Complications : insuffisance valvulaire aiguë, embolies septiques (AVC, infarctus splénique), abcès périvalvulaire. Traitement : antibiothérapie IV prolongée (4–6 semaines), parfois chirurgie.
Les valvulopathies (rétrécissement aortique, insuffisance mitrale, etc.) évoluent lentement mais peuvent décompenser brutalement. L’auscultation cardiaque (souffle) est le premier signe. La surveillance inclut l’échographie cardiaque (follow-up) et le traitement de l’IC secondaire.
5. Surveillance infirmière en cardiologie
| Paramètre | Fréquence | Valeur d’alerte → action |
|---|---|---|
| Fréquence cardiaque | Continue (scope) ou toutes les 4–6 h | < 50 ou > 120 bpm → médecin |
| Pression artérielle | Toutes les 4–6 h selon prescription | PA systolique < 90 ou > 180 mmHg → médecin |
| SpO₂ | Continue ou au moins 3 fois/j | < 92 % → O₂ et médecin |
| Poids (IC) | Quotidien, à jeun, même balance | +2 kg en 24 h → médecin (décompensation) |
| Diurèse | Toutes les 8 h (IC, IRA) | < 30 mL/h (oligurie) → médecin |
| Bilan hydrique | Quotidien | Bilan positif > 500 mL/j → médecin |
🧠 À retenir absolument
- L’IC gauche provoque l’OAP (œdème pulmonaire) → urgence avec O₂ + furosémide IV + position demi-assise.
- Le SCA ST+ (sus-décalage ST) est une urgence coronaire absolue → revascularisation < 90 min (PPCI).
- La FA est l’arythmie la plus fréquente ; elle impose une anticoagulation pour prévenir l’AVC embolique.
- La TV sans pouls = arrêt cardiaque → RCP immédiate + choc électrique (DEA).
- La surveillance infirmière en IC inclut le poids quotidien : + 2 kg en 24 h = décompensation.
- Le BNP/NT-proBNP est le biomarqueur de référence de l’insuffisance cardiaque.
❓ Questions fréquentes
Quelle est la différence entre dyspnée d’effort et orthopnée ?
La dyspnée d’effort est une gêne respiratoire apparaissant lors d’une activité physique — signe précoce d’IC gauche. L’orthopnée est une dyspnée survenant en position allongée et soulagée par la position assise ou semi-assise — signe d’IC plus avancée. En décubitus, le retour veineux augmente, majorant la surcharge pulmonaire. L’infirmier évalue systématiquement le nombre d’oreillers que le patient utilise pour dormir (1, 2, 3 oreillers = degré d’orthopnée).
Pourquoi la fibrillation auriculaire augmente-t-elle le risque d’AVC ?
En FA, les oreillettes ne se contractent plus de façon organisée — elles « frémissent ». Le sang stagne dans les auricules (notamment l’auricule gauche) et peut former des caillots. Ces thrombus peuvent se détacher et migrer dans la circulation artérielle systémique, se loger dans les artères cérébrales et provoquer un AVC ischémique. Le risque est évalué par le score CHA₂DS₂-VASc : une anticoagulation est recommandée si le score ≥ 2 chez l’homme et ≥ 3 chez la femme.
Qu’est-ce que la fraction d’éjection (FE) et comment est-elle mesurée ?
La fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) est le pourcentage du volume télédiastolique éjecté à chaque systole. Normale ≥ 55–60 %. Elle est mesurée par échographie cardiaque (écho-Doppler). Une FEVG ≤ 40 % définit l’IC à FE réduite (ICFEr), qui répond aux IEC/ARA II, bêtabloquants, diurétiques et ARNI (sacubitril/valsartan). Une FEVG ≥ 50 % avec signes d’IC définit l’ICFEp (IC à FE préservée), dont le traitement est moins bien codifié.
Pourquoi certains patients en SCA ne ressentent-ils pas de douleur thoracique typique ?
Les formes atypiques de SCA sont fréquentes chez les femmes (douleur épigastrique, nausées), les diabétiques (neuropathie autonome altérant la perception de la douleur), les sujets âgés (présentation sous forme de confusion, dyspnée ou malaise) et les transplantés cardiaques (dénervation). C’est pourquoi devant toute douleur thoracique atypique, abdominale haute ou dyspnée inexpliquée, un ECG et un dosage de troponine ultrasensible doivent être réalisés en urgence.
Que signifie un allongement du QT sur l’ECG ?
Le QT mesure la durée de la repolarisation ventriculaire (durée totale de la systole électrique). L’allongement du QT corrigé (QTc > 440 ms H, > 460 ms F) expose au risque de torsade de pointe (TV polymorphe potentiellement fatale). De nombreux médicaments allongent le QT : antiarythmiques (amiodarone, sotalol), antibiotiques (azithromycine, fluoroquinolones), antiémétiques (métoclopramide, dompéridone), neuroleptiques (halopéridol), antidépresseurs (citalopram). L’hypokaliémie et l’hypomagnésémie l’aggravent. L’infirmier surveille les ECG et les ionogrammes lors de ces traitements.
🚀 Pour aller plus loin
Sources : ESC Guidelines 2021–2023 (IC, SCA, FA, HTA) · HAS, recommandations insuffisance cardiaque · Société Française de Cardiologie · Arrêté du 20 février 2026.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.1