Chapitre 13 — Sociologie de la santé et des professions · Topic 1 : Sciences humaines et santé · Leçon 1.2

⏱️ Durée : 14 min
🎯 Objectif : Comprendre la santé et la maladie comme constructions sociales ; maîtriser le triptyque disease/illness/sickness et le modèle du Mindful Body
🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

Plan de la leçon

  1. La santé comme construction sociale — définition OMS et au-delà
  2. La maladie : un changement de regard à partir des années 1970
  3. Disease / Illness / Sickness — le triptyque de Kleinman
  4. Le Mindful Body — Lock et Scheper-Hughes
  5. La sociologie de la santé en France — Claudine Herzlich

1. La santé comme construction sociale — définition OMS et au-delà

La définition OMS de la santé (1946) est devenue un repère incontournable :

💡 Définition — Santé (OMS, 1946)

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

— Préambule de la Constitution de l’OMS, 1946

Cette définition est révolutionnaire à sa date : elle dépasse le modèle biomédical (santé = absence de maladie) et intègre une dimension sociale (« bien-être social »). Elle n’est cependant pas exempte de critiques : elle est jugée utopique (« complet bien-être » n’est jamais atteint), et elle peut paradoxalement conduire à une médicalisation excessive en faisant de tout inconfort une pathologie.

Du point de vue sociologique, la définition de la santé est socialement et culturellement construite : ce qui est considéré comme sain ou malade varie selon les époques, les cultures et les classes sociales. Par exemple :

  • L’homosexualité était classée maladie mentale par le DSM jusqu’en 1973
  • L’obésité est médicalisée différemment selon les cultures
  • La tristesse peut être vue comme une maladie (dépression) ou comme une réponse normale à l’adversité

2. La maladie : un changement de regard à partir des années 1970

Jusqu’aux années 1970, la sociologie de la maladie était surtout descriptive — elle décrivait les comportements des malades. À partir de cette décennie, un tournant conceptuel s’opère : la maladie devient un objet de construction sociale à analyser. On ne demande plus seulement « comment les malades se comportent ? », mais « qu’est-ce que la société fait de la maladie, et comment la définit-elle ? »

Ce tournant est lié à plusieurs facteurs : montée des maladies chroniques, mouvements des droits des patients, remise en cause de l’autorité médicale, essor de la sociologie critique.

3. Disease / Illness / Sickness — le triptyque de Kleinman

L’anthropologue médical américain Arthur Kleinman propose de distinguer trois dimensions de la maladie, souvent confondues dans le terme français unique « maladie » :

💡 Triptyque — Disease / Illness / Sickness (Kleinman)

  • Disease (la maladie biologique) : la pathologie au sens biomédical — dysfonctionnement organique objectivable, visible au scanner, dans les analyses biologiques. C’est ce que le médecin diagnostique.
  • Illness (la maladie vécue) : l’expérience subjective de la maladie par le patient — souffrance, perception du symptôme, impact sur la vie quotidienne. C’est ce que le patient ressent et raconte.
  • Sickness (la maladie sociale) : le statut social de malade — rôle de malade dans la société, droits et devoirs associés, reconnaissance sociale de l’incapacité. C’est ce que la société fait de la maladie.

⚠️ Point de concours fondamental

Ce triptyque est très souvent testé. Retenez :

  • Disease = biologique, médical, objectif → « le médecin voit »
  • Illness = subjectif, vécu, expérienciel → « le patient ressent »
  • Sickness = social, rôle, statut → « la société reconnaît »

Exemple clinique : un patient déprimé peut avoir une disease (dépression diagnostiquée par DSM), une illness (souffrance, fatigue, perte de sens) et une sickness (arrêt de travail reconnu, modification de ses relations sociales).

4. Le Mindful Body — Lock et Scheper-Hughes

L’anthropologue Margaret Lock et la sociologue Nancy Scheper-Hughes ont développé le concept de Mindful Body (« corps conscient » ou « corps attentif »). Elles proposent d’analyser le corps à trois niveaux analytiques distincts mais interdépendants :

  • Corps individuel (individual body) : l’expérience vécue du corps — comment chaque individu perçoit, ressent et représente son propre corps. Lié à la notion d’illness de Kleinman.
  • Corps social (social body) : le corps comme symbole — comment la société utilise le corps pour représenter et reproduire ses normes, valeurs et catégories (ex : le corps féminin comme objet de normes esthétiques, le corps malade comme corps « déviant »).
  • Corps politique (body politic) : le corps comme objet de pouvoir — comment les institutions (médecine, État, droit) contrôlent et régulent les corps (Foucault et le biopouvoir).

🔍 Le saviez-vous ?

Le concept de « biopouvoir » de Michel Foucault rejoint la dimension du corps politique de Lock et Scheper-Hughes : pour Foucault, la médecine moderne est une institution de contrôle social des corps — elle définit la norme, classe les individus en sains/malades et exerce un pouvoir normatif sur les comportements corporels.

5. La sociologie de la santé en France — Claudine Herzlich

Claudine Herzlich (née en 1938) est la figure centrale de la sociologie de la santé en France. Sociologue de formation, elle a consacré sa carrière à l’étude des représentations sociales de la santé et de la maladie.

Ses contributions majeures :

  • Santé et maladie, analyse d’une représentation sociale (1969) : première étude qualitative approfondie des représentations sociales de la santé et de la maladie en France, montrant leur caractère socialement construit.
  • VIH-Sida comme tournant sociologique (années 1980) : l’épidémie de Sida a constitué un tournant pour la sociologie de la santé française. Elle a imposé la prise en compte des associations de patients, des droits des malades et des dimensions sociales de la maladie dans les politiques de santé.
  • Tuberculose et représentations sociales : Herzlich analyse comment la tuberculose est passée d’une représentation romantique (maladie des artistes, de la créativité) à une maladie associée à la misère sociale et à la classe prolétaire — montrant que les représentations de la maladie sont profondément liées aux rapports de classe.

📌 À retenir

  • Santé OMS 1946 : « complet bien-être physique, mental et social » — critique : utopique, risque de médicalisation
  • Triptyque Kleinman : Disease (biologique, médecin) / Illness (subjectif, patient) / Sickness (social, société)
  • Mindful Body (Lock & Scheper-Hughes) : corps individuel / corps social / corps politique
  • Claudine Herzlich : fondatrice de la sociologie de la santé française, VIH-Sida comme tournant, tuberculose romantique → prolétaire

❓ FAQ

La définition OMS de la santé est-elle toujours d’actualité ?

Elle reste la définition de référence internationale, mais elle est souvent complétée ou amendée. La définition de Machteld Huber (2011) propose de remplacer l’idée d’« état complet de bien-être » (utopique) par la capacité d’adaptation et d’auto-gestion face aux défis sociaux, physiques et émotionnels — vision plus dynamique et plus proche des pratiques contemporaines.

Est-ce qu’illness peut exister sans disease ?

Oui. C’est le cas de nombreuses maladies fonctionnelles (colon irritable, fibromyalgie, certaines douleurs chroniques) : le patient souffre réellement (illness) mais le médecin ne trouve pas de lésion organique (pas de disease objectivable). Ces situations posent un défi clinique et révelent les limites du modèle biomédical.

Et disease sans illness ?

Oui aussi. Un diabète de type 2 débutant peut être diagnostiqué (disease) chez un patient qui ne se sent pas malade (pas d’illness). La tension entre disease (ce que le médecin voit) et illness (ce que le patient ressent) est au cœur de nombreuses difficultés dans l’éducation thérapeutique.

La sickness est-elle figée dans le temps ?

Non. La sickness évolue avec la société. Historiquement, la tuberculose était parfois une source de respect social (artiste romantique) avant de devenir stigmatisante. Aujourd’hui, certaines maladies mentales ou addictions sont progressivement dé-stigmatisées, modifiant le statut social des personnes concernées.

Herzlich est-elle toujours active ?

Claudine Herzlich (née en 1938) est sociologue au CNRS et à l’EHESS. Elle a continué à travailler sur les représentations sociales de la maladie et sur l’histoire de la médecine tout au long de sa carrière.

🚀 Pour aller plus loin

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