Formation IFSI · Module C — Prévention et promotion de la santé
Formation aide-soignant · Bloc 4 — Entretien de l’environnement immédiat et des matériels · C8, C9
On soigne pour améliorer la santé — mais les soins eux-mêmes ont une empreinte environnementale. Le système de santé français est responsable d’environ 8% des émissions nationales de gaz à effet de serre, soit autant que les transports aériens et maritimes réunis. Médicaments, dispositifs médicaux à usage unique, gaz anesthésiques, déplacements des patients et des soignants… Comprendre ces sources permet d’identifier des leviers d’action concrets.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Quantifier l’empreinte carbone du système de santé français.
- Identifier les principaux postes d’émissions de GES en santé.
- Expliquer l’impact environnemental des médicaments et des gaz anesthésiques.
- Décrire la réglementation sur les DASRI et les déchets de soins.
- Proposer des leviers d’action à l’échelle du soignant.
🧭 Plan de la leçon
- L’empreinte carbone du système de santé français
- Les principaux postes d’émissions
- Impact environnemental des médicaments
- Gaz anesthésiques et impact climatique
- Déchets de soins (DASRI) — réglementation et enjeux
- Leviers d’action à l’échelle du soignant
1. L’empreinte carbone du système de santé français
Le système de santé français émet environ 46 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an, soit ~8% des émissions nationales. Cette estimation inclut l’ensemble de la chaîne de valeur (scope 1, 2 et 3 selon le bilan GES) :
- Scope 1 : émissions directes (chaudières, véhicules de l’établissement, gaz anesthésiques).
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie achetée (électricité, chaleur).
- Scope 3 : toutes les autres émissions indirectes (achats de médicaments, dispositifs médicaux, déplacements des patients et visiteurs, alimentation, déchets).
2. Les principaux postes d’émissions
| Poste | Part approximative | Remarque |
|---|---|---|
| Achats (médicaments, DM, alimentation) | ~62% | Premier poste — scope 3 |
| Déplacements (patients, visiteurs, soignants) | ~16% | Scope 3 |
| Énergie (chauffage, climatisation, électricité) | ~12% | Scope 1 et 2 |
| Déchets | ~5% | Dont DASRI |
| Gaz anesthésiques | ~5% | Scope 1 — fort potentiel de réchauffement |
3. Impact environnemental des médicaments
La fabrication des médicaments est très énergivore et génère des déchets chimiques. Mais leur impact environnemental ne s’arrête pas à la production :
- Rejet dans les eaux : les médicaments non métabolisés sont éliminés dans les urines et les selles, puis dans les eaux usées. Les stations d’épuration éliminent incomplètement les résidus médicamenteux (antidépresseurs, contraceptifs oraux, antibiotiques, anti-inflammatoires).
- Antibiotiques dans l’environnement : contribuent à la sélection de bactéries résistantes dans les milieux aquatiques.
- Médicaments non utilisés (MNU) : à remettre en pharmacie (Cyclamed), jamais à jeter dans les eaux usées ou les ordures ménagères.
- Perturbateurs endocriniens : l’éthinylestradiol (contraceptif oral) perturbe la reproduction des poissons dans les rivières.
4. Gaz anesthésiques et impact climatique
Les gaz anesthésiques halogénés (desflurane, sévoflurane, isoflurane) sont des gaz à effet de serre puissants :
- Le desflurane a un potentiel de réchauffement global (PRG) ~2 500 fois supérieur au CO₂.
- Le protoxyde d’azote (N₂O) a un PRG ~270 fois supérieur au CO₂ et contribue à la destruction de la couche d’ozone.
- Des alternatives moins polluantes existent : propofol (anesthésie intraveineuse totale — AIVT), sévoflurane à faible débit, systèmes de récupération des gaz expirés.
5. Déchets de soins (DASRI) — réglementation
Les DASRI (Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux) sont réglementés par le décret n°97-1048 du 6 novembre 1997 et ses mises à jour. Ils comprennent :
- DASRI piquants-coupants-tranchants (PCT) : aiguilles, scalpels, lancettes — boîtes jaunes.
- DASRI mous : compresses souillées, tubulures, gants — sacs jaunes.
La filière DASRI oblige les producteurs à assurer leur collecte et leur traitement (incinération ou prétraitement par désinfection). En ville, les patients réalisant des soins à domicile (diabétiques sous insuline) disposent d’une filière de collecte gratuite (boîtes PCT remises en pharmacie).
6. Leviers d’action à l’échelle du soignant
- Bon usage des médicaments : éviter la surprescription, respecter les doses, retourner les MNU en pharmacie.
- Réduction des dispositifs à usage unique : préférer le réutilisable stérilisable quand possible et validé.
- Gestion des déchets : trier correctement DASRI/DAOM pour éviter la surclassification coûteuse et polluante.
- Gaz anesthésiques : sensibiliser à l’AIVT et aux faibles débits de gaz.
- Déplacements : favoriser la téléconsultation quand cliniquement approprié, covoiturage soignants.
- Énergie : éteindre les équipements en veille, régler correctement le chauffage/climatisation.
📌 À retenir absolument
- Système de santé français = ~8% des GES nationaux (~46 Mt CO₂ éq/an).
- Premier poste d’émissions : les achats (médicaments, DM) = ~62% — scope 3.
- Desflurane : PRG ~2 500× CO₂ — gaz anesthésique le plus polluant.
- DASRI = boîtes jaunes (PCT) + sacs jaunes — décret n°97-1048.
- MNU = Cyclamed (retour en pharmacie) — jamais dans les eaux usées ni les ordures.
Sources
- Shift Project. Décarboner la santé pour soigner durablement. 2023.
- Ministère de la Santé / ADEME. Bilan carbone du système de santé français. 2023.
- Décret n°97-1048 du 6 novembre 1997 relatif à l’élimination des DASRI.
- Référentiel IFSI 2026 — Arrêté du 20 février 2026, UE C.1