Chapitre 12 — Salutogenèse et promotion de la santé · Topic 1 : Concept de salutogenèse · Leçon 1.1
Plan de la leçon
- Qui est Aaron Antonovsky ?
- L’étude fondatrice : femmes juives survivantes de la Shoah
- Le continuum santé-maladie (S-/S+)
- Facteur de stress, tension et deux issues possibles
1. Qui est Aaron Antonovsky ?
Aaron Antonovsky (1923-1994) est un sociologue médical israélo-américain. Chercheur à l’Université Ben Gourion du Néguev (Beer-Sheva, Israël), il est à l’origine du concept de salutogenèse, qu’il développe à la fin des années 1970 et formalise dans son ouvrage Health, Stress and Coping (1979), puis dans Unraveling the Mystery of Health (1987).
Son point de départ est une question simple, mais radicalement différente de celle que pose habituellement la médecine : plutôt que de demander « pourquoi les gens tombent-ils malades ? », il demande « pourquoi certaines personnes restent-elles en bonne santé malgré des conditions de vie difficiles ? »
💡 Notion-clé — Salutogenèse
Du latin salus (santé) et du grec genesis (origine, genèse). La salutogenèse est l’étude des origines de la santé et des facteurs qui permettent de la conserver ou de la retrouver.
Elle s’oppose à la pathogenèse (étude des origines des maladies), sans la nier : les deux approches sont complémentaires.
2. L’étude fondatrice : femmes juives survivantes de la Shoah
Dans les années 1970, Antonovsky mène une étude comparative sur des femmes juives nées en Europe centrale et ayant traversé la ménopause. L’un des groupes est composé de femmes ayant survécu aux camps de concentration nazis.
Résultat inattendu : une fraction significative de ces femmes présente un état de santé mentale positive, malgré le traumatisme extrême qu’elles ont subi. Comment est-ce possible ?
Antonovsky en tire la conclusion qu’il existe des facteurs protecteurs qui permettent à certaines personnes de maintenir ou de retrouver leur santé face à l’adversité. C’est ce constat qui fonde la théorie de la salutogenèse.
🔍 Le saviez-vous ?
L’étude d’Antonovsky sur les survivantes de la Shoah est souvent citée comme l’une des premières études empiriques à poser la question de la résilience dans un cadre médico-social. Elle a profondément influencé la psychologie positive et la recherche en promotion de la santé.
3. Le continuum santé-maladie (S-/S+)
La première rupture théorique d’Antonovsky consiste à rejeter la vision binaire santé/maladie. Pour lui, la santé et la maladie ne sont pas deux états séparés et exclusifs, mais les deux pôles d’un même axe continu.
Il appelle cet axe le continuum santé-maladie, représenté entre deux extrêmes :
- S− (pôle négatif) : état de santé très dégradé, mort prochaine
- S+ (pôle positif) : état de santé optimal, bien-être total
Chaque individu se situe à tout moment sur ce continuum, entre S− et S+. Sa position n’est pas fixe : elle fluctue en fonction des événements de vie, des ressources disponibles et des défis rencontrés.

⚠️ Attention
La représentation d’O’Neill (2012) reprend et vulgarise ce schéma. Dans les cours de PASS/LAS, c’est souvent cette version qui est utilisée. Retiens l’essentiel : S− / S+, axe continu, pas dichotomie binaire.
4. Facteur de stress, tension et deux issues possibles
Tout au long de la vie, des facteurs de stress (stressors) surviennent : maladies physiques, conflits sociaux, deuils, insécurité économique, etc. Ces facteurs créent une tension (tension state), c’est-à-dire un état de déséquilibre qui appelle une réponse.
La clé de la salutogenèse est ce qui se passe après cette tension. Deux issues sont possibles :
- Issue pathogénique : la tension n’est pas gérée, elle conduit au problème de santé, au déplacement vers S−.
- Issue salutogénique : la tension est gérée grâce aux ressources disponibles, elle est résolue ou absorbée, et l’individu se maintient ou se rapproche de S+.
La question centrale devient alors : qu’est-ce qui détermine laquelle de ces deux issues se réalise ? La réponse d’Antonovsky tient en deux concepts — le sentiment de cohérence (SOC) et les ressources générales de résistance — que la leçon suivante développe.
💡 Notion-clé — Pathogenèse vs salutogenèse
Ces deux approches ne s’opposent pas, elles se complètent :
- Pathogenèse : « comment la maladie apparaît-elle et comment la traiter ? » → médecine curative classique.
- Salutogenèse : « qu’est-ce qui maintient la santé face à l’adversité ? » → promotion de la santé, prévention.
📌 À retenir
- Aaron Antonovsky, sociologue médical, années 1970, Université Ben Gourion (Israël)
- Étude sur les femmes juives survivantes de la Shoah → certaines maintiennent une santé positive malgré le trauma
- Question salutogénique : « pourquoi reste-t-on en bonne santé ? » (vs question pathogénique)
- Continuum S−/S+ : santé = axe continu, pas état binaire
- Facteur de stress → tension → 2 issues : pathogénique (→ S−) ou salutogénique (→ S+)
❓ FAQ
La salutogenèse veut-elle dire qu’on peut rester en bonne santé quoi qu’il arrive ?
Non. Antonovsky ne prétend pas qu’on peut tout surmonter. Il montre que, face au même stress, certaines personnes s’en sortent mieux que d’autres, et il cherche à comprendre pourquoi. La salutogenèse s’intéresse aux ressources protectrices, pas à l’invulnérabilité.
S− correspond-il à la mort ?
Dans la représentation d’Antonovsky, le pôle S− est l’état de santé le plus dégradé, tendant vers la mort. Mais l’important est la notion de continuum : on ne passe pas directement de la santé parfaite à la mort, on se déplace progressivement sur l’axe.
La salutogenèse est-elle une théorie ou un modèle ?
On parle généralement de modèle théorique. Antonovsky lui-même la qualifie d’« orientation salutogénique », une façon de poser les questions plutôt qu’une théorie unifiée achevée. Elle a depuis été opérationnalisée dans de nombreux outils de recherche (questionnaire SOC, indicateurs de littératie, etc.).
Quelle est la différence entre résilience et salutogenèse ?
La résilience est la capacité à rebondir après un traumatisme. La salutogenèse est plus large : elle s’intéresse à toutes les situations stressantes (pas seulement les traumatismes), et elle englobe les ressources structurelles (sociales, économiques, culturelles) en plus des capacités individuelles.
Antonovsky est-il cité au concours de PASS ?
Oui, fréquemment. Les QCM portent sur : la définition de la salutogenèse, l’étude fondatrice, le continuum S-/S+, et les deux issues possibles face au stress. Retiens surtout la date (années 1970), l’institution (Ben Gourion) et les concepts-clés (SOC, continuum).
🚀 Pour aller plus loin
- Leçon 1.2 — Sentiment de cohérence (SOC) et ressources générales de résistance — Les deux outils d’Antonovsky pour expliquer les issues salutogéniques.
- Leçon 2.3 — Salutogenèse vs pathogenèse : changement de paradigme — Exemples de recherches contemporaines utilisant ce cadre.
- Chapitre 13 — Sociologie de la santé et des professions — Le cadre sociologique dans lequel s’inscrit la salutogenèse.