Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 3 — Information et accompagnement des personnes et de leur entourage · C6, C7
Topic 1 · Leçon 1-4
L’infirmier rencontre quotidiennement des patients qui souffrent psychiquement : dépression, anxiété, trouble de la personnalité, état de stress post-traumatique, deuil. Reconnaître ces tableaux, sans les confondre avec des comportements ordinaires, est indispensable pour orienter vers les bons soins et adapter la relation soignante.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Identifier les principaux tableaux psychopathologiques rencontrés en soins infirmiers (dépression, anxiété, ESPT, troubles de la personnalité).
- Distinguer le deuil normal du deuil compliqué.
- Décrire les mécanismes de défense et leur rôle dans l’adaptation psychologique.
- Adapter la relation soignante aux patients en souffrance psychique.
🧭 Plan
- Dépression et troubles anxieux
- État de stress post-traumatique (ESPT)
- Troubles de la personnalité
- Mécanismes de défense
- Deuil normal et deuil compliqué
1. Dépression et troubles anxieux
Épisode dépressif caractérisé (EDC) : durée ≥ 2 semaines, présence d’humeur dépressive ET/OU perte d’intérêt (anhédonie), plus ≥ 4 symptômes parmi : troubles du sommeil, de l’appétit, fatigue, difficultés de concentration, sentiment d’inutilité/culpabilité, pensées de mort/idées suicidaires, agitation/ralentissement psychomoteur.
Chez la personne âgée, la dépression se présente souvent de façon atypique : plaintes somatiques prédominantes (douleurs, fatigue), masque anxieux, syndrome de glissement, pseudodémence dépressive (tableau clinique mimant la démence mais réversible avec antidépresseurs). Le GDS (Geriatric Depression Scale) permet le dépistage.
Troubles anxieux :
| Trouble | Caractéristiques | Exemple |
|---|---|---|
| Anxiété généralisée (TAG) | Inquiétudes excessives et persistantes sur de multiples sujets, > 6 mois | Patient inquiet de tout, tension permanente |
| Trouble panique | Attaques de panique récurrentes + peur d’une nouvelle attaque | Tachycardie, sensation de mourir, dépersonnalisation |
| Phobie sociale | Peur intense des situations sociales d’évaluation | Difficultés à parler en public, à consulter |
| Agoraphobie | Peur des espaces publics, des foules, de ne pouvoir fuir | Patients ne sortant plus de leur domicile |
2. État de stress post-traumatique (ESPT)
L’ESPT survient après l’exposition à un événement traumatique (menace de mort, agression, catastrophe). Il se manifeste par :
- Reviviscences (flashbacks) : images intrusives, cauchemars, réactions physiologiques au rappel du trauma.
- Évitement : évitement des pensées, lieux, personnes rappelant le trauma.
- Altérations cognitivo-émotionnelles : distorsions cognitives négatives, sentiment de détachement, réduction des émotions positives (émoussement affectif).
- Hyperactivation neurovégétative : hypervigilance, sursauts, troubles du sommeil, irritabilité.
Durée > 1 mois (si < 1 mois : trouble stress aigu). Prise en charge : thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), thérapies cognitivo-comportementales (TCC), antidépresseurs (sertraline, paroxétine).
3. Troubles de la personnalité
Un trouble de la personnalité est un mode durable et rigide de perception, de relation et de pensée, déviant nettement des normes culturelles, entraînant une souffrance ou une altération du fonctionnement. Les plus fréquents en milieu de soin :
- Trouble de la personnalité borderline (état limite) : instabilité émotionnelle, relations intenses et instables, impulsivité, peur de l’abandon, comportements auto-dommageables. Fréquent aux urgences psychiatriques.
- Personnalité narcissique : grandiosité, besoin d’admiration, manque d’empathie. Peut rendre difficile l’observance des traitements (« le médecin ne comprend pas mon cas unique »).
- Personnalité paranoïaque : méfiance persistante envers les autres, interprétations hostiles. Peut rendre difficile la relation de soin.
4. Mécanismes de défense
Les mécanismes de défense (Freud, puis Anna Freud) sont des processus psychiques inconscients permettant de réduire l’angoisse liée à des conflits intérieurs ou des situations menaçantes.
| Mécanisme | Définition | Exemple clinique |
|---|---|---|
| Déni | Refus de la réalité d’un événement menaçant | « Je n’ai pas de cancer, les médecins se trompent » |
| Rationalisation | Justification intellectuelle d’un comportement pour le rendre acceptable | « Je fume parce que ça me détend et je suis moins stressé » |
| Régression | Retour à un stade développemental antérieur face au stress | Adulte hospitalisé qui se remet à sucer son pouce |
| Projection | Attribuer à autrui ses propres sentiments inacceptables | « C’est l’infirmière qui est agressive, pas moi » |
| Sublimation | Transformation d’une pulsion en activité socialement valorisée | Agressivité canalisée dans le sport de compétition |
Face à un patient en déni de sa maladie, ni combattre frontalement (augmente l’angoisse et la résistance) ni renforcer (compromet les soins nécessaires). L’attitude adaptée est d’accompagner progressivement vers une prise de conscience, en respectant le rythme du patient et en maintenant l’alliance thérapeutique.
5. Deuil normal et deuil compliqué
Deuil normal : processus psychologique d’adaptation à une perte significative (décès, maladie grave, amputation, perte d’emploi, rupture). Il comprend des phases variables (Kübler-Ross : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation — non linéaires). Il n’est pas une pathologie.
Deuil compliqué (deuil prolongé) : critères diagnostiques du DSM-5-TR (trouble deuil prolongé) :
- Décès d’un proche > 12 mois (6 mois pour enfant).
- Aspiration intense et persistante après la personne décédée.
- Symptômes de détresse cognitivo-émotionnelle : difficulté à accepter la mort, sentiment d’identité perturbé, évitement intense des rappels.
- Altération significative du fonctionnement social ou professionnel.
Prise en charge : soutien psychologique, psychothérapie centrée deuil, groupes de soutien, antidépresseurs si dépression associée.
🧠 À retenir absolument
- EDC : ≥ 2 semaines, humeur dépressive ET/OU anhédonie + ≥ 4 symptômes associés.
- ESPT : flashbacks + évitement + altérations cognitivo-émotionnelles + hyperactivation. Traitement : EMDR, TCC, antidépresseurs.
- Personnalité borderline : instabilité émotionnelle, peur de l’abandon, automutilation — fréquente aux urgences psy.
- Mécanismes de défense : déni (refus réalité), rationalisation, régression, projection, sublimation.
- Deuil compliqué : critères DSM-5 > 12 mois avec altération du fonctionnement — pas un deuil « trop long » ordinaire.
Sources : DSM-5-TR (APA, 2022) · CIM-11 (OMS, 2022) · Kübler-Ross E. — On Death and Dying (1969) · Freud A. — Le moi et les mécanismes de défense (1936) · HAS — Épisode dépressif caractérisé (2017) · EMDR Europe · Arrêté 20 février 2026.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.2