Chapitre 7 — Procréation et AMP · Topic 2 : Techniques d’AMP · Leçon 2.2
La FIV et l’ICSI produisent souvent plusieurs embryons pour un seul replacement : il faut donc encadrer leur conservation et leur devenir. Par ailleurs, quand les gamètes du couple ne suffisent pas, le recours au don — de sperme, d’ovocytes, voire d’embryon — permet de poursuivre un projet parental. Enfin, le diagnostic pré-implantatoire (DPI) permet de sélectionner un embryon indemne d’une maladie génétique connue dans la famille.
🎯 Objectifs pédagogiques
À la fin de cette leçon, tu sauras :
- connaître les conditions du don de sperme et du don d’ovocytes ;
- décrire le protocole de cryoconservation des embryons en paillettes ;
- énoncer les 3 devenirs possibles des embryons surnuméraires et les conditions de l’accueil d’embryons ;
- détailler les 4 étapes du DPI et ses avantages ;
- situer les repères historiques du DPI (Valentin) et du « bébé médicament » (Adam Nash, Zain).
🧭 Plan de la leçon
- Don de sperme et don d’ovocytes
- La cryoconservation des embryons
- Le devenir des embryons surnuméraires et l’accueil d’embryons
- Le diagnostic pré-implantatoire (DPI)
1. Don de sperme et don d’ovocytes
Lorsque les gamètes du couple ne permettent pas d’envisager une AMP intraconjugale, le recours à un tiers donneur est possible. Les conditions diffèrent selon qu’il s’agit d’un don de sperme ou d’un don d’ovocytes.
| Type de don | Âge | Conditions |
|---|---|---|
| Don de sperme | 18 à 45 ans | Absence de problème de santé : bon état général, clinique, infectieux et sans antécédents ; bonne qualité des spermatozoïdes |
| Don d’ovocytes | 18 à 37 ans | Information préalable sur la légalité et les contraintes ; maximum 2 cycles de stimulation par donneuse ; bonne réserve ovarienne évaluée par échographie pelvienne (compte des follicules antraux) et dosage sanguin de l’AMH (hormone anti-müllérienne) |
Que ce soit pour le sperme ou les ovocytes, tout don repose sur les principes de volontariat, d’anonymat et de gratuité. Le don d’ovocytes comporte, en plus, un risque réel pour la donneuse lié à la stimulation et au prélèvement ovocytaires.
Complément hors cours. En 2023, le don d’ovocytes représentait environ 900 donneuses pour 2 500 tentatives en France, contre 700 donneurs de sperme pour environ 17 000 tentatives — un rapport très différent qui reflète la lourdeur du prélèvement ovocytaire par rapport au recueil de sperme.
2. La cryoconservation des embryons
Les embryons obtenus par FIV ou ICSI et non replacés immédiatement sont congelés par vitrification en vue d’une utilisation ultérieure. La technique repose sur la paillette.

Chaque paillette contient 1 embryon (parfois 2, quand ce sont des embryons précoces au stade J2-J3), placé au sein d’un milieu de vitrification entre 2 bulles d’air. La paillette est ensuite plongée dans de l’azote liquide à −196°C, au même titre que les gamètes. Ce mode de conservation n’a pas de délai de péremption, ce qui explique les longues durées de conservation possibles.
| Étape de la décongélation | Détail |
|---|---|
| a. Sortie de l’azote | La paillette contenant les embryons est sortie de l’azote liquide |
| b. Réhydratation | L’embryon est réhydraté dans des bains successifs jusqu’à atteindre 37°C |
| c. Replacement | Les embryons ayant survécu sont replacés dans l’utérus de la patiente le jour même ou le lendemain de la décongélation |
Le transfert d’embryons vitrifiés ne peut s’effectuer qu’en présence des 2 conjoints, pour s’assurer qu’ils sont vivants et consentants. Comme pour l’insémination artificielle, il n’existe pas de transfert d’embryons post-mortem.
3. Le devenir des embryons surnuméraires et l’accueil d’embryons
Les embryons surnuméraires sont les embryons congelés par vitrification qui n’ont pas été placés dans l’utérus de la patiente. La loi encadre strictement leur devenir, car les embryons ont une potentialité humaine : leur destruction in vitro systématique est impossible.
Avant toute FIV/ICSI, un consentement écrit des 2 membres du couple est requis, accompagné d’une information détaillée sur les possibilités de devenir des embryons si le projet parental s’arrête. Ensuite, le couple est consulté chaque année par écrit sur son désir concernant le maintien ou non de la conservation, possible jusqu’à 20 ans.
S’il n’y a plus de projet parental, la loi prévoit 3 devenirs possibles pour les embryons conservés :
- Don à un autre couple ou à une femme non mariée ;
- Don à la recherche ;
- Arrêt de la conservation.
Pour le don à un autre couple/femme et le don à la recherche, la loi de 2021 autorise le don même si l’un des membres du couple est décédé, à condition qu’il ait consenti de son vivant. En revanche, il n’existe pas de transfert d’embryon post-mortem — cette possibilité reste réservée au don, non au projet parental du couple survivant.
Symétriquement, l’accueil d’embryons permet à un couple receveur de bénéficier d’un embryon issu du don. Le couple accueillant doit être préalablement informé des risques entraînés par l’AMP pour l’enfant à naître. L’autorisation d’accueil est délivrée pour une durée de 3 ans renouvelable, et seuls les établissements publics ou privés à but non lucratif sont autorisés à conserver les embryons destinés à être accueillis et à mettre en œuvre la procédure.
4. Le diagnostic pré-implantatoire (DPI)
Le diagnostic pré-implantatoire (DPI) est un diagnostic biologique effectué à partir de cellules prélevées sur l’embryon in vitro. Il est autorisé en France depuis la loi de bioéthique du 29 juillet 1994, précisée par le décret n°98-216 du 24 mars 1998. Seuls 6 centres AMP sont autorisés à le pratiquer en France.
- FIV
- Sélection d’un embryon
- Biopsie d’un blastomère (prélèvement d’une cellule de l’embryon) : recherche d’une seule maladie génétique connue dans la famille et établissement d’un caryotype
- Réimplantation de l’embryon sain dans l’utérus
Le DPI présente plusieurs avantages : il évite les interruptions médicales de grossesse (IMG), il permet le transfert d’un embryon sain, et le potentiel de développement de l’embryon reste inchangé après la biopsie.
Valentin, né le 13 novembre 2000 à l’hôpital Antoine Béclère de Clamart, est le premier bébé français sélectionné génétiquement pour être exempt d’une maladie incurable. L’équipe associait les Prs René Frydman, Arnold Munnich et Michel Vekemans, des hôpitaux Antoine Béclère (Clamart) et Necker (Paris).
Une variante particulière du DPI est le « bébé médicament » : l’embryon est sélectionné non seulement pour être indemne d’une maladie, mais aussi pour être compatible avec un frère ou une sœur malade, en vue d’un don de cellules souches à la naissance.
| Date | Événement |
|---|---|
| 5 octobre 2000 | États-Unis (Minneapolis) : naissance d’Adam Nash, 1er bébé médicament, choisi parmi 14 embryons pour guérir sa sœur Molly (maladie de Fanconi) par une greffe de cellules compatibles |
| 14 février 2002 | Grande-Bretagne : naissance de Zain, 1er bébé médicament britannique, conçu et sélectionné pour être donneur compatible avec son frère malade |
Complément hors cours. Une extension du DPI, le DPI-A (diagnostic pré-implantatoire à la recherche d’aneuploïdies, c’est-à-dire d’anomalies du nombre de chromosomes), fait partie des thématiques évoquées pour la future loi de bioéthique attendue vers 2028.
🧠 À retenir absolument
- Don de sperme : 18-45 ans. Don d’ovocytes : 18-37 ans, max 2 cycles de stimulation, réserve ovarienne évaluée par échographie (follicules antraux) + AMH.
- 3 principes du don : volontariat, anonymat, gratuité.
- Cryoconservation : paillette (1 embryon entre 2 bulles d’air), azote liquide à −196°C, sans délai de péremption.
- Embryons surnuméraires : consentement écrit, consultation annuelle, conservation ≤ 20 ans ; 3 devenirs si plus de projet parental (don à un couple, don à la recherche, arrêt de conservation) ; pas de transfert post-mortem.
- Accueil d’embryons : autorisation de 3 ans renouvelable, réservée aux établissements publics ou privés à but non lucratif.
- DPI : autorisé depuis la loi du 29 juillet 1994 (décret 1998), 6 centres en France, 4 étapes (FIV → sélection → biopsie d’un blastomère → réimplantation). 1er bébé français : Valentin (13 novembre 2000).
- Bébé médicament : Adam Nash (USA, 2000), Zain (GB, 2002).
❓ Questions fréquentes
Quelles sont les limites d’âge pour donner ses gamètes ?
Le don de sperme est possible entre 18 et 45 ans, à condition d’avoir un bon état de santé général et une bonne qualité spermatique. Le don d’ovocytes est possible entre 18 et 37 ans, avec un maximum de 2 cycles de stimulation par donneuse et une bonne réserve ovarienne, évaluée par échographie pelvienne et dosage de l’AMH.
Comment sont conservés les embryons congelés ?
Chaque embryon est placé dans une paillette, au sein d’un milieu de vitrification, entre deux bulles d’air. La paillette est ensuite plongée dans de l’azote liquide à −196°C. Ce mode de conservation n’a pas de délai de péremption, ce qui permet des durées de conservation longues, jusqu’à 20 ans selon la loi.
Que deviennent les embryons surnuméraires si le couple n’a plus de projet parental ?
Trois possibilités sont prévues par la loi : le don à un autre couple ou à une femme non mariée, le don à la recherche, ou l’arrêt de la conservation. Depuis la loi de bioéthique de 2021, les deux premières options restent possibles même si l’un des membres du couple est décédé, à condition qu’il ait donné son consentement de son vivant.
En quoi consiste le diagnostic pré-implantatoire (DPI) ?
Le DPI est un diagnostic génétique réalisé sur un embryon obtenu par FIV, avant sa réimplantation. Il comprend 4 étapes : la FIV, la sélection d’un embryon, la biopsie d’un blastomère pour rechercher une seule maladie génétique connue dans la famille, puis la réimplantation de l’embryon reconnu sain. Il est autorisé en France depuis la loi de bioéthique du 29 juillet 1994.
Qu’est-ce qu’un « bébé médicament » ?
C’est un enfant conçu par FIV puis sélectionné par DPI non seulement pour être indemne d’une maladie génétique, mais aussi pour être génétiquement compatible avec un frère ou une sœur déjà malade, en vue d’un don de cellules souches à la naissance. Adam Nash (États-Unis, 2000) et Zain (Grande-Bretagne, 2002) sont les deux premiers cas médiatisés.
🚀 Pour aller plus loin
Tu maîtrises maintenant le don de gamètes, la conservation des embryons et le DPI. Reviens sur les techniques d’insémination et de FIV, ou explore le cadre bioéthique plus large :
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. Synthèse rédigée avec assistance IA, à partir du cours Sorbonne Université 2025-2026 (UE7). L’équipe Réussir SVT.