Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 2 — Appréciation de l’état clinique d’une personne · C4, C5
40 % des cancers sont évitables. C’est le message central de la prévention en oncologie. En tant qu’infirmier, vous serez en première ligne pour promouvoir les comportements favorables à la santé, orienter vers les dépistages et lever les freins à leur participation. Cette leçon vous donne les outils concrets pour agir.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer prévention primaire, secondaire et tertiaire dans le contexte des cancers.
- Identifier les facteurs de risque modifiables des principaux cancers.
- Décrire les trois programmes nationaux de dépistage organisé et leurs modalités pratiques.
- Expliquer le rôle de la vaccination HPV dans la prévention du cancer du col de l’utérus.
- Mener une action d’éducation à la santé ciblée sur la prévention du cancer.
🧭 Plan de la leçon
- Trois niveaux de prévention
- Prévention primaire : facteurs de risque modifiables
- Programmes nationaux de dépistage organisé
- Vaccination HPV et prévention du cancer du col
- Rôle infirmier en promotion de la santé
1. Trois niveaux de prévention
| Niveau | Définition | Exemples en cancérologie |
|---|---|---|
| Primaire | Réduction de l’exposition aux facteurs de risque avant l’apparition de la maladie | Arrêt du tabac, vaccination HPV, protection solaire, alimentation équilibrée |
| Secondaire | Détection précoce (dépistage) d’une maladie asymptomatique pour un traitement curatif | Mammographie, test immunochimique fécal (TIF), FCU (frottis) |
| Tertiaire | Réduction des séquelles et des récidives après traitement | Réhabilitation oncologique, APA, surveillance post-thérapeutique, prévention des rechutes |
2. Prévention primaire : facteurs de risque modifiables
Selon l’OMS et l’INCa, les principaux facteurs de risque de cancer modifiables en France sont :
| Facteur de risque | Cancers associés | Proportion des cancers attribuables |
|---|---|---|
| Tabac | Poumon, larynx, cavité buccale, pharynx, œsophage, vessie, rein, pancréas, col utérus | ~20 % de tous les cancers (premier facteur) |
| Alcool | Bouche, pharynx, larynx, œsophage, foie, côlon-rectum, sein | ~8 % de tous les cancers |
| Excès de poids / obésité | Endomètre, sein (ménopause), côlon, rein, œsophage, pancréas | ~6 % |
| Rayonnements UV | Mélanome, carcinome basocellulaire, spinocellulaire | ~4 % |
| Agents infectieux (HPV, HBV, HCV, H. pylori) | Col utérus, foie, estomac, oropharynx | ~4 % |
| Alimentation (excès viandes rouges/transformées, manque fibres) | Côlon-rectum | ~3 % |
3. Programmes nationaux de dépistage organisé
La France dispose de trois programmes de dépistage organisé (PDO) financés par l’Assurance maladie, coordonnés par l’INCa et les structures régionales de gestion (SRG) :
3.1 Cancer du sein
- Population cible : femmes de 50 à 74 ans.
- Examen : mammographie bilatérale (2 incidences) avec double lecture.
- Rythme : tous les 2 ans.
- Taux de participation : 50 % environ (objectif OMS : > 70 %).
- Limites : ne remplace pas la mammographie diagnostique en cas de symptôme. Mammographie de surveillance renforcée dès 30–40 ans pour les femmes à haut risque (BRCA, antécédents familiaux au 1er degré).
3.2 Cancer colorectal
- Population cible : hommes et femmes de 50 à 74 ans, risque moyen.
- Examen : test immunochimique fécal (TIF / Hemoccult II remplacé depuis 2015) — recherche de sang occulte dans les selles.
- Rythme : tous les 2 ans. En cas de TIF positif → coloscopie diagnostique.
- Efficacité : réduit la mortalité par cancer colorectal de 15–20 %.
- Dépistage individuel : coloscopie d’emblée tous les 5 ans pour les sujets à risque élevé (ATCD personnel de polype ou cancer colorectal, ATCD familial au 1er degré) ou à très haut risque (PAF, Lynch).
3.3 Cancer du col de l’utérus
- Population cible : femmes de 25 à 65 ans.
- Examen : frottis cervico-utérin (FCU) 25–29 ans → cytologie. 30–65 ans → test HPV sur prélèvement.
- Rythme : 25 ans : FCU cytologique, 27 ans : 2e FCU cytologique, puis test HPV tous les 5 ans jusqu’à 65 ans.
- Nouveauté 2023 : possibilité d’auto-prélèvement vaginal pour le test HPV (améliore l’accès pour les femmes non suivies).
L’infirmier peut : informer sur les objectifs et modalités des dépistages, orienter vers les structures, lever les freins (crainte, manque d’information, pudeur), réaliser le FCU si formation complémentaire, pratiquer le test HPV ou les autoprélèvements selon les protocoles en vigueur. Depuis l’élargissement des compétences (arrêté 2026), l’infirmier peut prescrire certains dépistages dans le cadre de protocoles de coopération.
4. Vaccination HPV et prévention du cancer du col de l’utérus
Les papillomavirus humains (HPV) sont responsables de près de 100 % des cancers du col de l’utérus et d’une proportion croissante des cancers ORL (oropharynx), vulvaires, vaginaux et anaux. Les HPV à haut risque oncogène sont principalement les génotypes 16 et 18 (80 % des cancers du col).
Vaccins disponibles : Gardasil 9 (nonavalent, génotypes 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58) — recommandé en France. 2 doses pour les sujets vaccinés avant 15 ans, 3 doses après 15 ans.
Calendrier vaccinal 2025 (en vigueur) :
- Filles et garçons (extension aux garçons depuis 2021) de 11 à 14 ans révolus : 2 doses à M0 et M6.
- Rattrapage de 15 à 19 ans révolus : 3 doses.
- HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) jusqu’à 26 ans : 3 doses.
Même chez les femmes vaccinées, le FCU / test HPV reste indispensable à partir de 25 ans, car le vaccin ne couvre pas tous les génotypes oncogènes. La vaccination réduit mais n’annule pas le risque de cancer du col.
5. Rôle infirmier en promotion de la santé
L’infirmier est un acteur de santé publique en première ligne. Ses missions en prévention des cancers incluent :
- Repérage précoce des facteurs de risque : tabagisme (questionnaire AUDIT-C pour l’alcool, questionnaire de Fagerström pour le tabac), surpoids (IMC), exposition solaire excessive.
- Interventions brèves : sur le tabac (5A : Ask, Advise, Assess, Assist, Arrange), sur l’alcool, la sédentarité — efficacité démontrée en soins primaires.
- Éducation à la santé : autoexamen mammaire (complément, non substitut au dépistage organisé), règle ABCDE du mélanome, signes d’alerte digestifs.
- Vaccination HPV : l’infirmier peut administrer la vaccination HPV selon le calendrier vaccinal (prescription médicale ou protocole).
- Orientation : vers les consultations de tabacologie, les centres de dépistage, les gynécologues.
🧠 À retenir absolument
- 40 % des cancers sont évitables. Tabac (20 %) + alcool (8 %) = premiers facteurs modifiables en France.
- 3 programmes de dépistage organisé : sein (50–74 ans, mammographie/2 ans), colorectal (50–74 ans, TIF/2 ans), col utérus (25–65 ans, FCU puis test HPV/5 ans).
- Vaccination HPV : garçons ET filles, dès 11 ans, Gardasil 9. Complémentaire au dépistage, ne le remplace pas.
- Auto-prélèvement vaginal pour le test HPV : nouvel outil pour améliorer l’accès des femmes non suivies.
- L’infirmier mène des interventions brèves sur le tabac (méthode des 5A) et contribue à l’éducation à la santé individuelle et collective.
❓ Questions fréquentes
Quelle différence entre dépistage organisé et dépistage individuel ?
Le dépistage organisé (DO) est une initiative collective de santé publique : la population cible est invitée systématiquement (courrier d’invitation), l’examen est gratuit, il y a une double lecture et un contrôle qualité centralisé. Le dépistage individuel résulte d’une initiative du médecin ou du patient en dehors du programme : par exemple une mammographie chez une femme de 45 ans à risque élevé, ou une coloscopie chez un patient avec antécédents familiaux. Ces deux formes sont complémentaires.
Pourquoi la couverture du dépistage organisé est-elle insuffisante en France ?
Les principaux freins documentés en France : manque d’information, absence de symptôme perçu (sentiment de bonne santé), peur du diagnostic, désert médical (éloignement des structures), barrières socio-culturelles et économiques (bien que les examens soient gratuits, il peut y avoir des freins indirects), défiance envers les institutions de santé dans certaines populations. L’infirmier a un rôle concret pour lever ces freins lors de chaque contact avec un patient.
Sources : INCa — Cancers en France 2023, Programmes de dépistage · Santé publique France — Baromètre cancer 2021 · HAS — Stratégie de dépistage du cancer du col de l’utérus 2019 · Calendrier vaccinal 2025 (DGS) · Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.1