Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 2 — Appréciation de l’état clinique d’une personne · C4, C5

⏱️ Durée : 12 min
🎓 Niveau : IFSI 1re–2e année
📚 Topic : ORL et ophtalmologie
🔑 Prérequis : Anatomie de base des voies aériennes supérieures

La sphère ORL — oreilles, nez, gorge — est le territoire de toutes les infections hivernales, des douleurs banalisées et des urgences fonctionnelles sous-estimées. En tant qu’infirmier, vous serez confronté à ces pathologies aussi bien en ambulatoire qu’en hospitalier, et votre rôle ira bien au-delà de l’administration d’un antibiotique : orienter, surveiller, éduquer et dépister les complications.

🎯 Objectifs pédagogiques

  • Identifier les principales pathologies ORL et leurs signes cliniques.
  • Distinguer les formes bénignes des formes nécessitant une prise en charge urgente.
  • Décrire le traitement de référence et les soins infirmiers associés.
  • Expliquer les mécanismes et risques du syndrome d’apnée hypopnée obstructive du sommeil (SAHOS).
  • Conduire une conduite à tenir (CAT) infirmière devant une épistaxis.

🧭 Plan de la leçon

  1. Anatomie fonctionnelle ORL en bref
  2. Pathologies de l’oreille
  3. Pathologies du nez et des sinus
  4. Pathologies du pharynx et du larynx
  5. Syndrome d’apnée hypopnée obstructive du sommeil (SAHOS)
  6. Rôle infirmier dans les pathologies ORL

1. Anatomie fonctionnelle ORL en bref

La sphère ORL englobe trois sous-systèmes anatomiquement reliés : l’appareil auditif (oreille externe, moyenne, interne), les voies aériennes supérieures (nez, sinus paranasaux, pharynx, larynx) et le carrefour aéro-digestif (oro-pharynx). Cette continuité anatomique explique pourquoi une rhinite peut se propager vers l’oreille moyenne (otite) via la trompe d’Eustache, ou vers les sinus (sinusite). La muqueuse respiratoire tapissant ces cavités est garnie de cils vibratiles qui acheminent les sécrétions vers le pharynx — leur dysfonction (tabac, infection virale) rompt cette barrière protectrice.

2. Pathologies de l’oreille

2.1 Otite moyenne aiguë (OMA)

L’OMA est une infection bactérienne (ou virale) de l’oreille moyenne, quasi universelle chez l’enfant : 75 % des enfants en font une avant 3 ans. Elle survient le plus souvent en contexte de rhinopharyngite par migration bactérienne via la trompe d’Eustache (plus courte et horizontale chez l’enfant). Les germes les plus fréquents sont Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae et Moraxella catarrhalis.

Signes cliniques : otalgie (douleur d’oreille) intense, fièvre, hypoacousie transitoire, parfois otorrhée purulente en cas de perforation du tympan. Chez le nourrisson : pleurs inexpliqués, irritabilité, refus du biberon, grattage auriculaire.

Traitement : amoxicilline en première intention (80 mg/kg/j, 5 jours chez l’enfant), antalgiques, instillations nasales salines. Une antibiothérapie systématique n’est pas toujours nécessaire (HAS 2024 : attente sous surveillance pour les enfants ≥ 2 ans avec symptômes modérés).

Point infirmier

Devant un enfant avec fièvre et pleurs inexpliqués, signalez systématiquement la possibilité d’une OMA au médecin. Vérifiez l’absence de signe de mastoïdite (douleur et gonflement rétro-auriculaire, décollement du pavillon) : complication grave qui nécessite une hospitalisation.

2.2 Otite séreuse (otite séromuqueuse)

Épanchement non infectieux dans l’oreille moyenne, fréquent après OMA répétées. Se manifeste par une hypoacousie de transmission bilatérale, souvent découverte lors d’un retard scolaire. Traitement : surveillance puis, en cas de persistance > 3 mois, paracentèse avec pose d’aérateurs transtympaniques (yoyo).

2.3 Troubles de l’audition

Type Mécanisme Exemples Traitement
Hypoacousie de transmission Atteinte oreille externe ou moyenne Otite séreuse, bouchon de cérumen Traitement causal
Hypoacousie de perception (sensorielle) Atteinte cochlée ou nerf VIII Presbyacousie, traumatisme sonore Prothèse auditive, implant cochléaire
Surdité mixte Association des deux Otospongiose évoluée Chirurgie ± prothèse

Les acouphènes (bruits subjectifs perçus sans source sonore extérieure) affectent 15 % de la population adulte et retentissent souvent sur le sommeil et la qualité de vie. Ils sont fréquemment associés à une hypoacousie et peuvent être aggravés par certains médicaments ototoxiques (aminosides, sels de platine, aspirine à fortes doses, furosémide).

3. Pathologies du nez et des sinus

3.1 Rhinites

La rhinite allergique touche 20 à 30 % des Français. Elle se manifeste par une rhinorrhée claire, des éternuements en salve, un prurit nasal et une obstruction. Le diagnostic est clinique et allergologique (tests cutanés, IgE spécifiques). Le traitement associe éviction de l’allergène si possible, antihistaminiques oraux, corticoïdes nasaux locaux. La désensibilisation (immunothérapie allergénique) est le seul traitement modifiant le cours de la maladie.

3.2 Sinusites aiguës

La sinusite maxillaire aiguë est la plus fréquente (90 % des sinusites). Elle succède souvent à une rhinovirus. Le diagnostic clinique repose sur : douleur sous-orbitaire unilatérale augmentant lors de la flexion antérieure du tronc, rhinorrhée unilatérale purulente, fièvre. Les formes compliquées (cellulite orbitaire, méningite, abcès intracérébral) sont rares mais graves.

Traitement : lavages nasaux salines (isotonique ou hypertonique), antalgiques, décongestionnants nasaux (< 5 jours pour éviter la rhinite médicamenteuse). Antibiotiques réservés aux formes purulentes avec critères diagnostiques stricts (HAS 2011) : amoxicilline 1 g × 3/j, 7–10 jours.

3.3 Épistaxis

Saignement nasal, le plus souvent d’origine bénigne (tache vasculaire de la tache vasculaire de Kiesselbach dans 90 % des cas). Causes favorisantes : sécheresse de l’air, grattage, HTA, anticoagulants, hémopathies.

CAT infirmière devant une épistaxis

  1. Asseoir le patient, tête penchée en avant (éviter la déglutition du sang).
  2. Compression bi-digitale de l’aile du nez (pression ferme sur la partie cartilagineuse) pendant 10–15 minutes sans relâcher.
  3. Application de glaçons sur la nuque ou la racine du nez.
  4. Si échec à 15 min : tampon nasal antérieur (méchage). Pas de mouchage.
  5. Mesurer la PA, ECG si terrain cardiovasculaire. Bilan hémostase si récidivant.
  6. En cas d’épistaxis postérieure (sang dans l’oro-pharynx, bilatérale, abondante) : hospitalisation, méchage postérieur, surveillance hémodynamique.

4. Pathologies du pharynx et du larynx

4.1 Angines et pharyngites

L’angine est une inflammation des amygdales palatines. La grande majorité (80 %) est d’origine virale, mais c’est l’angine bactérienne à Streptocoque β-hémolytique du groupe A (SGA) qui justifie une antibiothérapie pour éviter les complications (rhumatisme articulaire aigu — RAA — devenu rare en France, glomérulonéphrite, syndromes toxiques).

Le Test de Diagnostic Rapide (TDR) du streptocoque est recommandé chez l’enfant > 3 ans et l’adulte avant toute prescription d’antibiotiques. Si TDR positif : amoxicilline 50 mg/kg/j en 2 prises, 6 jours. Si TDR négatif : traitement symptomatique uniquement.

À ne pas confondre

Angine érythémato-pultacée (enduits blanchâtres sur les amygdales rouges) ≠ Angine pseudomembraneuse (fausses membranes blanchâtres débordant les amygdales). Cette dernière peut évoquer une diphtérie (devenue très rare en France grâce à la vaccination) ou une mononucléose infectieuse (EBV). Le risque de l’angine pseudomembraneuse à EBV : prescription inadvertante d’amoxicilline → rash cutané caractéristique (exanthème maculopapuleux).

4.2 Laryngites

La laryngite striduleuse de l’enfant (faux croup) est une urgence pédiatrique : stridor inspiratoire, toux aboyante, voix rauque, dyspnée. Elle survient souvent la nuit, déclenchée par des virus. CAT infirmière : humidifier l’air (aérosol de sérum physiologique), calmer l’enfant (l’agitation aggrave la détresse), appel médical immédiat. Corticoïdes (dexaméthasone IM ou per os) très efficaces. En cas de signe de gravité (cyanose, tirage intense) : appel du 15.

5. Syndrome d’apnée hypopnée obstructive du sommeil (SAHOS)

Le SAHOS est défini par la survenue répétée (≥ 5/heure) d’épisodes d’interruption ou de réduction du débit aérien pendant le sommeil, liés à un effondrement des voies aériennes supérieures. Il touche 5 à 15 % des adultes, avec une nette prédominance masculine (ratio 2:1) et une corrélation forte avec l’obésité, le tabac et la consommation d’alcool.

Clinique :

  • Nocturne : ronflements intenses, apnées témoignées par le conjoint, agitation nocturne, nycturie.
  • Diurne : somnolence (Échelle d’Epworth ≥ 11), céphalées matinales, troubles de concentration, irritabilité.
  • Complications cardiovasculaires : HTA résistante, FA, ACFA, infarctus, AVC (hypoxie intermittente et activation du système nerveux sympathique).

Diagnostic : polysomnographie nocturne (gold standard) ou polygraphie ventilatoire (simplifiée). L’index d’apnée-hypopnée (IAH) classe la sévérité : léger (5–15), modéré (15–30), sévère (> 30).

Traitement : PPC (pression positive continue) = première intention pour SAHOS modéré à sévère. Orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) pour les formes légères à modérées. Mesures hygiéno-diététiques (amaigrissement, éviction alcool/somnifères, position latérale).

Rôle infirmier — PPC

L’observance de la PPC est le facteur clé de son efficacité. L’infirmier joue un rôle central dans l’éducation thérapeutique : explication du fonctionnement, gestion du masque (taille, positionnement, fuites), entretien du matériel, gestion des effets indésirables (sécheresse buccale → humidificateur intégré, claustrophobie → masque nasal plutôt que facial). La télésurveillance via le prestataire de santé permet de vérifier l’adhérence (objectif ≥ 4 h/nuit).

6. Rôle infirmier dans les pathologies ORL

Pathologie Surveillance infirmière Éducation du patient
OMA Fièvre, douleur, évolution sous antibiotiques, signes de mastoïdite Respect de la durée du traitement, mouchage doux, lavages nasaux
Sinusite Signes de complication (céphalées intenses, raideur nuque, exophtalmie) Lavages nasaux salines, hydratation, éviter vasoconstricteurs prolongés
Épistaxis Volume de sang perdu, PA, saturation, hémostase si récidivant Compression bi-digitale correcte, ne pas se moucher après l’épisode
SAHOS Saturation nocturne, observance PPC, HTA, poids Utilisation et entretien de la PPC, hygiène du sommeil, perte de poids

🧠 À retenir absolument

  • L’OMA est la 1re cause de prescription d’antibiotiques chez l’enfant ; le TDR guide la prescription dans l’angine.
  • La CAT épistaxis : tête penchée en avant + compression bi-digitale 15 min + mesure de la PA.
  • Le SAHOS touche 5–15 % des adultes ; la PPC est le traitement de référence ; l’infirmier a un rôle clé dans l’observance.
  • Médicaments ototoxiques à surveiller : aminosides, sels de platine, furosémide, aspirine à haute dose.
  • Laryngite striduleuse = urgence pédiatrique nocturne → humidification, calme, corticoïdes.

❓ Questions fréquentes

Quelle différence entre une rhinite et une sinusite ?

La rhinite est une inflammation de la muqueuse nasale seule. La sinusite implique l’extension de l’inflammation aux sinus paranasaux. En pratique, on parle de « rhinosinusite » car les deux sont souvent associées. L’élément orientant vers une sinusite bactérienne est la douleur sinusienne (sous-orbitaire, augmentée en se penchant en avant), la rhinorrhée unilatérale purulente et la fièvre persistante > 10 jours après le début d’une infection virale.

Quand adresser un patient en urgences ORL ?

Signes d’alarme justifiant une orientation urgente : corps étranger encastré (nez, gorge, oreille), épistaxis non contrôlée après 20 min de compression, dysphagie intense avec hypersalivation (abcès péri-amygdalien), stridor inspiratoire chez l’enfant avec signes de lutte, trauma facial avec déformation, paralysie faciale périphérique d’installation brutale, surdité brusque unilatérale (urgence médicale absolue dans les 48 heures).

Pourquoi la surdité brusque est-elle une urgence ?

La surdité brusque (perte > 30 dB en 3 fréquences consécutives, en moins de 72 heures) est une urgence médicale car le pronostic auditif dépend de la rapidité de la prise en charge (dans les 48–72 heures idéalement). Elle est probablement vasculaire ou virale (cochléite). Le traitement repose sur les corticoïdes systémiques (parfois injection intratympanique). Passé 4 semaines, les chances de récupération chutent considérablement.

Sources : HAS — Recommandations sur les rhinosinusites (2011), les angines (2017), le SAHOS (2019) · Société française d’ORL (SFORL) · Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier.

Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.1

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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