Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Bloc 2 — Appréciation de l’état clinique d’une personne · C4, C5

⏱️ Durée : 14 min
🎓 Niveau : IFSI 1re–2e année
📚 Topic : Cancers et hémopathies
🔑 Prérequis : Biologie cellulaire de base (division cellulaire)

En France, le cancer représente la première cause de mortalité prématurée (avant 65 ans). En 2023, près de 430 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués. Mais l’oncologie d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier : la médecine de précision, l’immunothérapie et les progrès des soins de support ont transformé le pronostic de nombreux cancers en maladies chroniques. L’infirmier est l’acteur pivot de cette prise en charge globale.

🎯 Objectifs pédagogiques

  • Décrire les mécanismes de la cancérogenèse et les principales caractéristiques des cellules cancéreuses.
  • Identifier les cancers solides les plus fréquents et leurs signes d’alerte.
  • Distinguer les grandes familles d’hémopathies malignes.
  • Expliquer les mécanismes d’action et les effets indésirables des traitements oncologiques.
  • Assurer des soins de support adaptés aux besoins physiques et psychologiques du patient cancéreux.

🧭 Plan de la leçon

  1. Cancérogenèse et biologie du cancer
  2. Cancers solides prévalents
  3. Hémopathies malignes
  4. Traitements oncologiques
  5. Soins de support infirmiers

1. Cancérogenèse et biologie du cancer

Le cancer est une maladie génétique acquise des cellules somatiques. La transformation maligne résulte d’une accumulation de mutations dans des gènes régulant la prolifération cellulaire, l’apoptose, la différenciation et la réparation de l’ADN.

Les cellules cancéreuses présentent six caractéristiques fondamentales décrites par Hanahan et Weinberg (Hallmarks of Cancer, 2000 et 2011) :

  1. Autosuffisance en signaux de croissance (oncogènes activés)
  2. Insensibilité aux signaux anti-croissance (gènes suppresseurs de tumeurs inactivés)
  3. Résistance à l’apoptose
  4. Potentiel réplicatif illimité (télomérase)
  5. Angiogenèse soutenue (VEGF)
  6. Invasion et métastases

La classification TNM (Tumor–Node–Metastasis) est le système standard de stadification : T décrit la taille et l’extension locale de la tumeur (T1 à T4), N le statut ganglionnaire régional (N0–N3), M la présence de métastases à distance (M0–M1). Le stade global (I à IV) oriente la stratégie thérapeutique.

2. Cancers solides prévalents

Cancer Fréquence (France 2023) Facteurs de risque principaux Signes d’alerte
Poumon ~54 000 cas/an (1er chez H) Tabac (85 %), amiante, radon Toux persistante, hémoptysie, dyspnée, amaigrissement
Sein ~61 000 cas/an (1er chez F) Âge, ATCD familiaux, hormones, obésité Nodule, écoulement mamelonnaire, rétraction cutanée
Côlon-rectum ~47 000 cas/an Âge > 50 ans, alimentation, sédentarité, MICI, ATCD familiaux Rectorragies, troubles du transit, douleurs abdominales
Prostate ~60 000 cas/an (1er chez H > 50 ans) Âge, origine africaine, ATCD familiaux Troubles mictionnels, PSA élevé
Peau (mélanome) ~17 000 cas/an UV, phototype clair, nævus nombreux Règle ABCDE (Asymétrie, Bord, Couleur, Diamètre, Évolution)
Règle ABCDE du mélanome

Asymétrie — Bords irréguliers — Couleur hétérogène — Diamètre > 6 mm — Évolution récente. Tout grain de beauté répondant à un ou plusieurs de ces critères doit être examiné par un dermatologue.

3. Hémopathies malignes

Les hémopathies malignes sont des cancers du tissu hématopoïétique (moelle osseuse, ganglions, rate). On distingue :

Type Origine Forme aiguë / chronique Signes caractéristiques
Leucémies Précurseurs médullaires LAM, LAL (aiguës) / LLC, LMC (chroniques) Pancytopénie, infections, hémorragies, splénomégalie
Lymphomes Lymphocytes B ou T Hodgkin / non-Hodgkin Adénopathies indolores, fièvre, sueurs nocturnes, amaigrissement (signes B)
Myélome multiple Plasmocytes médullaires Douleurs osseuses, fractures pathologiques, hypercalcémie, insuffisance rénale, anémie

La leucémie aiguë myéloblastique (LAM) est une urgence médicale : aplasie médullaire rapide avec risque infectieux et hémorragique majeur. Le diagnostic repose sur le myélogramme (> 20 % de blastes). Traitement : chimiothérapie d’induction intensive (protocole 3+7) + allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH) en deuxième ligne.

4. Traitements oncologiques

Traitement Mécanisme Effets indésirables clés Surveillance infirmière
Chirurgie Exérèse tumorale Liés à l’acte opératoire Soins post-op, douleur, cicatrice, drain
Chimiothérapie Cytotoxicité (cellules en division) Alopécie, nausées/vomissements, mucite, aplasie, neuropathie NFS, T°, mucites, accès veineux (KT central)
Radiothérapie Irradiation des cellules tumorales Radiodermatite, fatigue, mucite, nausées selon localisation Soins cutanés, hydratation, douleur
Hormonothérapie Blocage hormonal (sein, prostate) Bouffées de chaleur, prise de poids, ostéoporose Densitométrie osseuse, bilan lipidique
Thérapies ciblées Inhibiteurs de cibles moléculaires (EGFR, HER2, BRAF…) Rash cutané, diarrhées, HTA, cardiotoxicité Pression artérielle, peau, ECG
Immunothérapie (ICI) Inhibiteurs de points de contrôle (anti-PD-1, anti-CTLA-4) Colite, pneumonite, thyroïdite, hépatite auto-immune Transit, dyspnée, TSH, bilan hépatique
Risque d’aplasie fébrile sous chimiothérapie

L’aplasie post-chimiothérapie (nadir vers J7–J14) expose à des infections graves rapidement fatales. Température ≥ 38,5°C (une mesure) ou ≥ 38°C deux fois en une heure chez un patient neutropénique = urgence médicale → appel médecin immédiat, hémocultures, antibiothérapie IV large spectre sans attendre les résultats bactériologiques. Ne jamais administrer d’AINS ni d’aspirine (masque la fièvre et risque hémorragique).

5. Soins de support infirmiers

Les soins de support visent à prévenir et traiter les conséquences de la maladie et de ses traitements afin de préserver la qualité de vie. Ils sont intégrés dès le diagnostic et tout au long du parcours, y compris en phase palliative.

Besoin Évaluation Interventions infirmières
Douleur Échelle EVA/EN, caractéristiques Antalgiques selon paliers OMS, techniques non médicamenteuses (relaxation, repositionnement)
Nausées/vomissements chimio-induits Fréquence, intensité, alimentation Antiémétiques (sétrons, dexaméthasone), petits repas fractionnés, hydratation IV si nécessaire
Mucites Classification OMS (grade 0–4) Bains de bouche (bicarbonate, chlorhexidine), glace pendant perfusion, hydratation, alimentation adaptée
Fatigue cancéreuse Échelle de Piper, EVA Activité physique adaptée (APA) — paradoxalement bénéfique, gestion des priorités, sommeil
Alopécie Casque réfrigérant pendant chimiothérapie, information anticipée, soutien psychologique, prothèse capillaire (prise en charge Assurance maladie)
Soutien psychologique Évaluation de la détresse (thermomètre de détresse) Écoute active, orientation psychologue/psychiatre, groupe de soutien, dispositif d’annonce
Nutrition Dénutrition (MUST, NRS-2002, poids) Compléments nutritionnels oraux, nutrition entérale ou parentérale si nécessaire, diététicien
Dispositif d’annonce

Depuis le Plan Cancer I (2003), tout patient doit bénéficier d’un dispositif d’annonce structuré en 4 temps : 1/ Temps médical d’annonce (médecin). 2/ Temps soignant (infirmier, en général IDE de coordination oncologique — IDEC) pour écouter, reformuler, expliquer. 3/ Accès aux soins de support (psychologue, assistante sociale, diététicien). 4/ Temps d’articulation avec la médecine de ville. L’infirmier joue un rôle central dans le deuxième temps.

🧠 À retenir absolument

  • 430 000 nouveaux cancers/an en France. Poumon (H), sein (F), côlon-rectum et prostate = cancers les plus fréquents.
  • Classification TNM + stade I–IV = base de la décision thérapeutique (RCP obligatoire).
  • Aplasie fébrile post-chimiothérapie = urgence médicale : T° ≥ 38,5°C → hémocultures + ATB IV large spectre sans délai.
  • Immunothérapie (ICI) : effets indésirables auto-immuns (colite, pneumonite, thyroïdite) — souvent retardés.
  • Soins de support = traitement à part entière, intégré dès le diagnostic : douleur, nutrition, fatigue, soutien psy, mucites.
  • Dispositif d’annonce = droit du patient, devoir infirmier.

❓ Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une RCP et quel est le rôle de l’infirmier ?

La Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) réunit au minimum un chirurgien, un oncologue médical, un radiothérapeute et un radiologue pour décider collégialement du traitement de tout patient atteint de cancer (obligation légale depuis le Plan Cancer). L’infirmier, notamment l’IDE de coordination oncologique (IDEC), participe à la préparation des dossiers, assure la transmission des informations cliniques et suit la mise en œuvre des décisions de la RCP auprès du patient.

Comment gérer une extravasation de chimiothérapie vésicante ?

L’extravasation (fuite du produit dans les tissus périvasculaires) avec des agents vésicants (anthracyclines, vinca-alcaloïdes) peut provoquer des nécroses tissulaires irréversibles. CAT immédiate : stopper la perfusion sans retirer l’aiguille, aspirer le maximum de produit, délimiter la zone, appliquer une poche de glace (sauf vinca-alcaloïdes = chaleur), informer le médecin immédiatement. Un antidote spécifique peut être indiqué (dexrazoxane pour les anthracyclines).

Sources : INCa — Chiffres du cancer 2023 · Plan Cancer 2021–2030 · HAS — Recommandations soins de support 2022 · AFSOS (Association française des soins oncologiques de support) · Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier.

Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B.1

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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