Durée estimée : 16 min Niveau : Terminale spé SVT Position : Topic 4 — Leçon 4.4

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • Définir l’auxine et le phototropisme
  • Retracer les expériences historiques de Darwin, Boysen-Jensen, Paál, Went
  • Identifier le mécanisme : migration latérale de l’auxine vers le côté ombré
  • Connaître d’autres hormones végétales et leurs rôles

1. Le phototropisme : un comportement observable

Phototropisme : croissance orientée d\’une plante vers une source de lumière. Quand une plante reçoit de la lumière d\’un côté, sa tige se courbe progressivement vers cette source, comme si elle « cherchait » la lumière.

Ce comportement est facilement observable : place une plante près d\’une fenêtre, et en quelques jours, sa tige se courbe vers la fenêtre. Cela démontre que la plante perçoit la direction de la lumière et y répond par une croissance asymétrique. Sans déplacement, sans œil, sans cerveau — comment fait-elle ?

L\’élucidation de ce phénomène est une histoire scientifique passionnante qui s\’étale de 1880 à 1934. Elle constitue l\’un des plus beaux exemples de progression expérimentale en biologie végétale.

2. Darwin et son fils (1880) : la pointe perçoit

Le premier à étudier scientifiquement le phototropisme est Charles Darwin, accompagné de son fils Francis. Dans son livre The Power of Movement in Plants (1880), il décrit des expériences sur les coléoptiles de phalaris (équivalent jeune des graminées).

2.1 Les expériences

Darwin teste plusieurs configurations :

  • Coléoptile entier exposé à la lumière unilatérale → la plante se courbe vers la lumière
  • Coléoptile dont la pointe est coupée → pas de courbure
  • Coléoptile dont la pointe est recouverte d\’un capuchon opaque → pas de courbure
  • Coléoptile dont la base seule est recouverte d\’un manchon opaque (la pointe reste exposée) → courbure normale

Conclusion de Darwin : c\’est la pointe du coléoptile qui perçoit la lumière, mais la courbure se produit en dessous. Il en déduit qu\’une « influence » est transmise de la pointe vers la zone d\’élongation, mais ne peut pas identifier sa nature.

3. Boysen-Jensen (1913) : l\’influence est chimique

Trente-trois ans plus tard, le Danois Peter Boysen-Jensen poursuit l\’analyse. Il sectionne la pointe du coléoptile, insère soit une lamelle de gélatine soit une lamelle de mica entre la pointe et la base, puis remet la pointe en place.

3.1 Les résultats

  • Avec une gélatine (perméable aux molécules dissoutes) : la courbure se produit normalement
  • Avec un mica (imperméable, isolant) : pas de courbure

Conclusion de Boysen-Jensen : l\’« influence » transmise par la pointe est une substance chimique diffusible, et non un signal électrique ou physique. Cette substance traverse la gélatine mais pas le mica.

4. Paál (1918) : la substance fait croître

Le Hongrois Árpád Paál ajoute une étape décisive. Il sectionne la pointe d\’un coléoptile, puis la repose décalée sur un seul côté de la base. Aucune lumière directionnelle n\’est appliquée. Que se passe-t-il ?

La plante se courbe spontanément, du côté opposé à celui où la pointe a été reposée. Autrement dit, du côté où la pointe a été décalée, la croissance est plus forte.

Conclusion de Paál : la substance produite par la pointe stimule la croissance du côté où elle diffuse. Une distribution asymétrique de cette substance entraîne une croissance asymétrique, et donc une courbure. Pas besoin de lumière pour générer une courbure : il suffit d\’une asymétrie de distribution de la substance.

5. Went (1928) : isoler la substance

Le Néerlandais Frits Went, alors jeune chercheur à Utrecht, conçoit l\’expérience décisive. Il sectionne plusieurs pointes de coléoptiles et les pose pendant quelques heures sur un petit bloc de gélose (agar). Pendant ce temps, la substance diffuse de la pointe vers la gélose et s\’y accumule.

Went prélève alors le bloc de gélose et le pose sur un coléoptile décapité (privé de pointe), de façon asymétrique (un seul côté).

5.1 Résultat

Le coléoptile décapité, qui ne pouvait plus produire la substance, se courbe pourtant du côté opposé au bloc de gélose. La gélose imprégnée a remplacé la pointe naturelle : elle libère la substance, qui stimule la croissance du côté où elle a été déposée.

Conclusion de Went : la substance peut être isolée et stockée dans la gélose, puis transférée d\’une plante à l\’autre. Elle agit indépendamment de la pointe d\’origine. Went donne à cette substance le nom d\’« auxine » (du grec auxein = faire croître). Méthode quantitative (mesure de l\’angle de courbure) qui permettra d\’établir une véritable bioassay de l\’auxine.

6. Kögl, Haagen-Smit et Went (1934) : la structure chimique

En 1934, l\’équipe néerlandaise dirigée par Fritz Kögl et Arie Haagen-Smit, en collaboration avec Frits Went, isole et identifie chimiquement l\’auxine : c\’est l\’acide indol-3-acétique, souvent abrégé AIA (ou IAA en anglais).

L\’AIA reste à ce jour la principale auxine identifiée chez les plantes. Sa structure chimique permet désormais sa synthèse en laboratoire et son utilisation pratique (hormones de bouturage, herbicides sélectifs).

Cette série d\’expériences, de Darwin (1880) à l\’identification chimique (1934), est l\’exemple classique de la démarche scientifique en biologie. Chaque chercheur s\’appuie sur les résultats du précédent et apporte une preuve nouvelle. C\’est ainsi qu\’on passe d\’une observation curieuse (la plante se penche vers la lumière) à l\’identification d\’une molécule précise (AIA).

7. Le mécanisme du phototropisme aujourd\’hui

Comprenons maintenant comment tout ceci fonctionne :

  1. Perception de la lumière : la pointe du coléoptile (ou de toute jeune pousse) contient des récepteurs lumineux, les phototropines, qui détectent la direction et l\’intensité de la lumière.
  2. Production de l\’auxine : dans la pointe, l\’auxine est produite en permanence.
  3. Migration latérale : sous l\’effet de la lumière unilatérale, l\’auxine migre du côté éclairé vers le côté ombré. La pointe envoie donc une dose dissymétrique vers le bas.
  4. Action sur la croissance : l\’auxine atteint la zone d\’élongation. Du côté ombré (riche en auxine), les cellules s\’allongent plus ; du côté éclairé (pauvre en auxine), elles s\’allongent moins.
  5. Courbure : la croissance asymétrique fait pencher la tige vers la lumière.

L\’auxine agit en assouplissant la paroi cellulaire (activation d\’enzymes appelées expansines) et en favorisant l\’absorption d\’eau dans la vacuole. Le mécanisme exact a été élucidé en biologie moléculaire dans les années 1990-2000.

8. Autres hormones végétales

L\’auxine n\’est pas seule. D\’autres hormones végétales coopèrent pour orchestrer la croissance et le développement :

Hormone Rôle principal
Auxine (AIA) Croissance par élongation, phototropisme, gravitropisme, dominance apicale
Cytokinines Multiplication cellulaire, formation des bourgeons, retard de sénescence
Gibbérellines Croissance des tiges, germination, floraison
Acide abscissique (ABA) Stress hydrique, fermeture des stomates, dormance des graines
Éthylène Maturation des fruits, abscission des feuilles, réponse au stress

Ces hormones agissent en réseau, leurs effets dépendant de leurs ratios et de leur localisation. C\’est ce cocktail hormonal, ajusté en permanence, qui permet à la plante de répondre finement aux signaux de son environnement et de coordonner sa croissance.

La régulation hormonale du développement est ce qui permet à la plante fixée d\’avoir une croissance contextuelle : elle pousse vers la lumière, vers l\’eau, contre la gravité, en réponse à chaque signal du milieu. Le « cerveau » de la plante n\’est pas localisé : il est diffus, hormonal.

Ce qu\’il faut retenir

  • Phototropisme : croissance orientée vers la lumière. Dû à une distribution asymétrique de l\’auxine dans la jeune pousse
  • Expériences historiques en cascade : Darwin (1880) identifie la perception par la pointe ; Boysen-Jensen (1913) montre que l\’influence est chimique ; Paál (1918) montre qu\’elle stimule la croissance ; Went (1928) l\’isole dans la gélose ; Kögl-Haagen-Smit-Went (1934) l\’identifient chimiquement comme AIA
  • Mécanisme : auxine produite à la pointe, migre vers le côté ombré, déclenche un allongement asymétrique → courbure
  • L\’auxine agit en assouplissant les parois (expansines)
  • Autres hormones : cytokinines, gibbérellines, ABA, éthylène. Régulation par cocktail hormonal
  • Cette régulation permet à la plante fixée d\’avoir une croissance contextuelle, adaptée en permanence à son environnement

🤖 Synthèse rédigée avec assistance IA à partir des cours universitaires et de sources académiques de référence.

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