Formation aide-soignant · Bloc 1 — Accompagnement et soins de la personne dans les activités de vie quotidienne · C1, C2, C3
Objectifs pédagogiques
- Réaliser les retournements et changements de position d’un patient alité en sécurité
- Effectuer la remontée dans le lit seul ou à deux
- Installer correctement un patient en décubitus latéral
- Relier la mobilisation régulière à la prévention des escarres
Plan de la leçon
- Pourquoi mobiliser le patient alité
- Le retournement en décubitus latéral
- La remontée dans le lit
- Installer en décubitus latéral
- Fréquence et traçabilité des mobilisations
1. Pourquoi mobiliser le patient alité
Un patient immobilisé en décubitus dorsal prolongé est exposé à de nombreuses complications : escarres (ischémie cutanée par compression), phlébites (stase veineuse), pneumonie hypostatique (accumulation de sécrétions dans les bases pulmonaires), raideurs articulaires et amyotrophie.
Les mobilisations régulières constituent la première mesure de prévention des escarres, recommandée toutes les 2 à 3 heures chez les patients à risque.
2. Le retournement en décubitus latéral
Préparation :
- Informer le patient et expliquer le geste
- Régler le lit à la hauteur des hanches du soignant
- Abaisser les barrières du côté vers lequel le patient sera tourné
- S’assurer que le patient est bien centré dans le lit (le rapprocher du côté opposé si besoin, avec drap de glisse)
Technique à un soignant :
- Croiser la cheville et le genou du patient du côté vers lequel il va se tourner
- Placer une main sur l’épaule et l’autre sur la hanche du côté opposé
- Basculer doucement en bloc (épaule et hanche ensemble — ne jamais faire tourner tronc sans bassin)
- Installer en décubitus latéral stable (voir section 4)
Le principe du « en bloc »
Le tronc et le bassin doivent toujours tourner ensemble lors d’\ »un retournement. Faire pivoter uniquement les épaules en laissant le bassin fixe crée une torsion du rachis — particulièrement dangereuse chez les patients opérés de la colonne, porteurs d’\ »un hématome épidural ou présentant une instabilité vertébrale.
3. La remontée dans le lit
Un patient glisse naturellement vers le bas du lit, notamment en position semi-assise. La remontée doit être réalisée régulièrement.
| Situation | Technique |
|---|---|
| Patient coopérant, peut s’\ »aider | Demander au patient de fléchir les genoux, poser les pieds à plat et pousser au signal — 1 soignant guide avec drap de glisse |
| Patient peu coopérant | 2 soignants, drap de glisse, saisir le drap chacun d’\ »un côté et tirer coordonné vers la tête de lit |
| Patient lourd ou douloureux | Lève-malade ou drap de glisse + 2 soignants — ne jamais tirer sur les membres ou sous les aisselles |
Jamais sous les aisselles
Saisir un patient sous les aisselles pour le remonter dans le lit est une erreur classique — elle risque de provoquer une luxation de l’\ »épaule et une blessure aux plexus brachial. Toujours utiliser le drap de glisse et saisir le drap, pas les membres.
4. Installer en décubitus latéral
Une fois le patient retourné, l’\ »installation en décubitus latéral stable comprend :
- Tête : oreiller adapté pour maintenir l’\ »axe tête-tronc (pas de flexion latérale excessive)
- Dos : coussin dans le dos pour maintenir la position et éviter le retour en arrière
- Bras inférieur : légèrement en avant, pas coincé sous le thorax
- Bras supérieur : soutenu par un coussin pour éviter la chute vers l’\ »avant et la douleur d’\ »épaule
- Jambe supérieure : légèrement fléchie, soutenue par un coussin pour éviter la rotation interne de hanche et le contact genou-genou
- Talons : décollés du matelas (talon suspendu) pour éviter les escarres talonnières
5. Fréquence et traçabilité des mobilisations
Chez un patient à risque d’\ »escarre (score de Braden ou Norton faible), la fréquence recommandée est de toutes les 2 à 3 heures le jour, et la nuit selon le protocole du service. Chaque mobilisation est tracée sur la feuille de surveillance (ou le dossier informatisé) avec l’\ »heure, la position installée et le nom du soignant.
À retenir absolument
- Mobilisation toutes les 2–3 h chez les patients à risque d’\ »escarre
- Retournement « en bloc » — tronc et bassin ensemble, ne jamais tordre
- Remontée dans le lit : jamais sous les aisselles — utiliser le drap de glisse
- Décubitus latéral : coussin dos, bras et jambe supérieure soutenus, talons décollés
- Tracer chaque mobilisation avec heure et position
Questions fréquentes
Peut-on mobiliser un patient opéré de la colonne vertébrale ?
Oui, mais uniquement selon le protocole prescrit par le chirurgien. Certaines chirurgies nécessitent des retournements stricts en bloc avec matelas à retournement ou avec l’\ »aide de plusieurs soignants. L’\ »AS doit connaître le protocole de mobilisation du patient avant d’\ »agir et en informer l’\ »IDE en cas de doute.
Le patient refuse d’\ »être retourné car il a mal. Que faire ?
Respecter la douleur, ne pas forcer. Informer l’\ »IDE pour évaluer la douleur et adapter l’\ »analgésie si nécessaire. Une prémédication antalgique avant les mobilisations peut être prescrite. Ne pas renoncer définitivement à la mobilisation — proposer à nouveau après la prise d’\ »antalgique. Tracer le refus et la douleur dans le dossier.
Comment savoir si un patient est à risque d’\ »escarre ?
Les échelles de risque (Braden, Norton) évaluent des critères comme la mobilité, l’\ »état de la peau, la nutrition et l’\ »humidité. Un score bas indique un risque élevé. En pratique, tout patient alité, peu mobile, dénutri, incontinant ou présentant des troubles de la sensibilité est considéré à risque — les mobilisations régulières s’\ »appliquent à lui.
Faut-il toujours être deux pour retourner un patient ?
Pas nécessairement. Un patient léger et coopérant peut être retourné par un seul soignant avec la bonne technique. Pour un patient lourd, douloureux, ou porteur d’\ »un dispositif médical complexe (drain, perfusion, traction), deux soignants sont recommandés. Le bon sens et l’\ »évaluation clinique guident la décision.
Le matelas anti-escarre remplace-t-il les retournements ?
Non. Les matelas à pression alternée ou en mousse viscoélastique réduisent les pressions de contact mais ne les éliminent pas. Ils complètent les retournements réguliers, les soins de peau et la nutrition — ils ne les remplacent pas. Un patient sur matelas anti-escarre continue à bénéficier des mobilisations régulières.
Pour aller plus loin
- Prévention et soins des escarres — les stades d’\ »escarre et les protocoles de prévention complets.
- Aides techniques à la manutention — lève-malade et draps de glisse pour les mobilisations difficiles.
- Transfert lit-fauteuil et aide au lever — passer de la mobilisation alitée au transfert vers le fauteuil.