Formation aide-soignant · Bloc 1 — Accompagnement et soins de la personne dans les activités de vie quotidienne · C1, C2, C3
Objectifs pédagogiques
- Adopter la position correcte pour aider un patient à la marche
- Identifier les facteurs de risque de chute chez un patient
- Décrire la conduite à tenir immédiate après une chute
- Connaître les principales aides à la marche et leur utilisation
Plan de la leçon
- Importance de la marche et risques associés
- Position de l’AS lors de l’aide à la marche
- Aides techniques à la marche
- Évaluation du risque de chute
- Conduite à tenir après une chute
1. Importance de la marche et risques associés
La mobilisation debout et la marche sont des objectifs thérapeutiques fondamentaux pour prévenir les complications de l’immobilisation (phlébite, escarres, amyotrophie, syndrome de déconditionnement). L’aide à la marche est une activité quotidienne de l’AS.
Cependant, la marche expose au risque de chute — première cause d’hospitalisation traumatologique chez les personnes âgées. Une chute peut entraîner fracture, hématome sous-dural, ou une peur de chuter (syndrome post-chute) qui aggrave la dépendance.
2. Position de l’AS lors de l’aide à la marche
| Situation | Position de l’AS |
|---|---|
| Patient valide avec légère instabilité | À côté, légèrement en arrière, main dans le dos ou sur la ceinture de transfert |
| Patient hémiplégique | Du côté atteint — soutenir le bras hémiplégique, accompagner la hanche |
| Patient très instable ou lourd | Ceinture de transfert obligatoire — AS à côté, mains sur la ceinture |
| Patient avec aide de marche (canne, déambulateur) | Du côté opposé à l’aide de marche — laisser le patient utiliser l’aide technique |
Consignes de déplacement :
- Avancer au rythme du patient — ne jamais tirer ou pousser
- Adapter la longueur des pas à ceux du patient
- Surveiller en permanence l’équilibre et le faciès (pâleur, sueurs)
- Prévoir le trajet à l’avance (dégager les obstacles, tapis, fils)
3. Aides techniques à la marche
| Aide | Indication principale | Côté d’utilisation |
|---|---|---|
| Canne simple | Légère instabilité, soulagement d’un membre douloureux | Main du côté valide (opposé au membre atteint) |
| Canne tripode / quadripode | Instabilité modérée, hémiplégie | Main du côté valide |
| Déambulateur à roues | Instabilité marquée, Parkinson, sujet âgé | Les deux mains — largeur épaules |
| Déambulateur fixe (sans roues) | Rééducation post-opératoire — le patient soulève et avance | Les deux mains |
| Béquilles | Mise en décharge d’un membre — post-fracture, post-opératoire | Selon la prescription du kinésithérapeute |
Canne et hémiplégie
La canne se tient du côté valide. Séquence de marche avec canne en hémiplégie : canne d’abord, puis pied atteint, puis pied valide. Cette séquence est enseignée par le kinésithérapeute — l’AS la connaît pour encourager le patient à la respecter.
4. Évaluation du risque de chute
Certains patients sont particulièrement exposés au risque de chute :
- Âge ≥ 65 ans avec antécédents de chute
- Troubles de l’équilibre ou de la marche (ataxie, Parkinson, hémiplégie)
- Médicaments à risque : hypnotiques, antihypertenseurs, diurétiques, antidiabétiques (hypoglycémie)
- Hypotension orthostatique
- Troubles visuels non corrigés
- Confusion ou troubles cognitifs
- Environnement à risque : sol mouillé, éclairage insuffisant, obstacles
Des échelles standardisées (Morse Fall Scale, Tinetti) permettent de quantifier ce risque et d’adapter les mesures préventives.
5. Conduite à tenir après une chute
Ne jamais relever un patient chuteur sans évaluation préalable
Relever un patient sans évaluation peut aggraver une fracture ou une lésion interne. L’évaluation précède toujours le relèvement.
Étapes à suivre après une chute :
- Rester calme — ne pas paniquer, rassurer le patient
- Ne pas relever immédiatement — évaluer d’abord
- Évaluer l’état de conscience — le patient répond-il ?
- Rechercher des signes de traumatisme : douleur, déformation d’un membre, plaie, saignement, hématome
- Alerter l’IDE immédiatement — décrire les circonstances et les signes observés
- Ne pas mobiliser le patient en cas de suspicion de traumatisme rachidien ou de fracture — attendre l’évaluation médicale
- Si pas de signe de traumatisme et patient coopérant — aider au relèvement progressif avec la technique de relèvement (patient sur le côté, à genoux, puis debout avec appui)
- Tracer l’incident : heure, circonstances, état du patient, transmissions à l’équipe
À retenir absolument
- AS du côté atteint pour le patient hémiplégique — ceinture de transfert si instabilité
- Canne du côté valide — séquence hémiplégie : canne → pied atteint → pied valide
- Après une chute : ne pas relever avant évaluation — alerter l’IDE
- Suspicion de fracture ou traumatisme rachidien : ne pas bouger le patient
- Tracer toute chute avec circonstances et état du patient
Questions fréquentes
Un patient chute dans sa chambre alors que l’AS n’était pas présent. Que faire ?
Même conduite à tenir : ne pas relever avant évaluation, alerter l’IDE, évaluer les signes de traumatisme. En plus : essayer de reconstituer les circonstances (le patient peut témoigner s’il est conscient), identifier les facteurs environnementaux (sol mouillé, câble au sol) et les signaler pour corriger le risque. Remplir la fiche d’événement indésirable (FEI) selon la procédure du service.
Peut-on utiliser la ceinture de transfert pour aider à la marche ?
Oui — c’est même l’usage recommandé pour les patients instables. La ceinture permet une prise ferme sur le tronc du patient, ce qui donne à l’AS un meilleur contrôle en cas de déséquilibre imminent, sans avoir à saisir les vêtements ou les membres.
Que faire si le patient commence à tomber pendant que l’AS l’accompagne ?
L’AS accompagne la chute de façon contrôlée plutôt que de tenter de retenir un patient lourd (risque de chute pour les deux, ou de lésions par traction brusque). En tenant la ceinture de transfert, l’AS guide le patient vers le sol en amortissant la chute, s’accroupit avec lui et le protège du choc. Retenir un patient qui chute à la force des bras expose l’AS à une blessure grave du dos.
Le patient refuse de porter ses chaussures pour marcher. Que faire ?
Expliquer le risque de chute lié aux chaussettes sur sol lisse. Proposer des alternatives (chaussons fermés à semelle antidérapante, chaussures adaptées). Si le refus persiste, en informer l’IDE et tracer le refus dans le dossier — la responsabilité de l’AS est engagée s’il accompagne un patient à pied sans protection adéquate après avoir signalé le risque.
L’AS doit-il remplir une fiche d’événement indésirable après une chute ?
Oui. Toute chute, même sans blessure apparente, doit faire l’objet d’un signalement via la fiche d’événement indésirable (FEI) ou l’outil de déclaration utilisé dans l’établissement. Cette traçabilité permet d’analyser les causes, d’adapter les mesures préventives et de détecter les patients à risque récurrent.
Pour aller plus loin
- Transfert lit-fauteuil et aide au lever — étape préalable à la marche : le lever du patient.
- Aides techniques à la manutention — ceinture de transfert et autres outils pour sécuriser la marche.
- Ergonomie et gestes de manutention — protéger votre rachis pendant l’\ »accompagnement à la marche.