Chapitre 9 — Contrôle de la croissance · Topic 2 · Leçon 2.1
Après la naissance, la croissance staturale se déroule en plusieurs phases distinctes, chacune sous le contrôle de régulateurs spécifiques. On distingue classiquement 4 phases post-natales : 0-1 an (vitesse maximale post-natale), enfance (croissance régulière), puberté (pic pubertaire), fin de croissance (soudure des cartilages).
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer les 4 phases de la croissance post-natale ;
- Connaître la vitesse de croissance à chaque âge ;
- Identifier les hormones dominantes selon la phase ;
- Comprendre la fin de croissance (soudure des cartilages de conjugaison).
🧭 Plan de la leçon
- Phase 1 — 0 à 1 an (vitesse maximale)
- Phase 2 — Enfance (1 an à la puberté)
- Phase 3 — Puberté (pic pubertaire)
- Phase 4 — Fin de croissance et soudure des cartilages
1. Phase 1 — 0 à 1 an (vitesse maximale post-natale)
- Taille de naissance : ~ 50 cm en moyenne (48-52 cm).
- Taille à 1 an : ~ 75 cm (soit + 25 cm en 1 an — vitesse maximale post-natale).
- Régulation : encore largement GH-indépendante pendant les 6-12 premiers mois ; l’IGF-I prend progressivement le relais d’IGF-II ; l’insuline et la nutrition sont essentielles.
- Poids : triple entre 0 et 1 an (de ~3,5 kg à ~10 kg).
C’est aussi la période de la myélinisation cérébrale accélérée et du développement des acquisitions psychomotrices.
2. Phase 2 — Enfance (1 an à la puberté)
- Vitesse : décroît progressivement de ~10 cm/an vers 2 ans à ~5-6 cm/an juste avant la puberté.
- Régulation : GH devient le régulateur principal (déficit congénital en GH démasqué vers 6-12 mois → retard statural progressif).
- Rôle majeur des hormones thyroïdiennes : leur déficit (hypothyroïdie) donne un retard statural sévère avec retard psychomoteur.
- À cette phase, la courbe de croissance est un outil clinique essentiel de surveillance (carnet de santé).
Sur une courbe de croissance, on considère qu’un enfant est dans les normes si sa taille est comprise entre -2 DS et +2 DS (95,4 % des enfants). Une taille < -2 DS ou > +2 DS mérite une exploration endocrinienne. Une cassure de la courbe (changement de couloir) est aussi un signe d’alerte, même si les valeurs restent dans la norme.
3. Phase 3 — Puberté (pic pubertaire)
- Fille : pic vers 12 ans, vitesse maximale ~8-9 cm/an. Débute avant les règles (ménarche). La croissance s’arrête ~2 ans après la ménarche.
- Garçon : pic vers 14 ans, vitesse maximale ~10-11 cm/an. Croissance qui se prolonge plus tardivement.
- Cause : synergie GH + stéroïdes sexuels (œstrogènes surtout, y compris chez le garçon par aromatisation de la testostérone).
- Le pic pubertaire ajoute ~20-25 cm au capital statural final.
4. Phase 4 — Fin de croissance et soudure des cartilages
La croissance en longueur des os longs se fait au niveau du cartilage de conjugaison (ou cartilage de croissance, situé entre l’épiphyse et la métaphyse).
- Les œstrogènes (chez la fille ET chez le garçon) sont responsables de la soudure définitive du cartilage (fermeture des épiphyses).
- Une fois soudé, l’os ne peut plus grandir.
- Âge de fin de croissance : ~16-17 ans chez la fille, ~18-19 ans chez le garçon.
C’est pourquoi les puberté précoces raccourcissent la taille finale (soudure précoce du cartilage) et les puberté retardées peuvent l’augmenter (soudure retardée).
| Phase | Vitesse | Hormone-clé |
|---|---|---|
| 0-1 an | + 25 cm/an (maximum post-natal) | Encore IGF/insuline ; nutrition |
| 1 an → puberté | 5-10 cm/an décroissante | GH + hormones thyroïdiennes |
| Puberté | 8-11 cm/an au pic | GH + stéroïdes sexuels |
| Post-puberté | 0 (arrêt) | Œstrogènes = soudure |

🧠 À retenir absolument
- 0-1 an : + 25 cm (vitesse max post-natale), largement GH-indépendante.
- Enfance : 5-10 cm/an, GH devient dominante. Hormones thyroïdiennes essentielles.
- Puberté : pic pubertaire 8-11 cm/an. Synergie GH + stéroïdes sexuels.
- Fin de croissance : soudure des cartilages sous l’effet des œstrogènes.
- Une puberté précoce raccourcit la taille finale, une puberté retardée peut l’augmenter.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi les œstrogènes sont-ils responsables de la soudure des cartilages même chez le garçon ?
Chez le garçon, une partie de la testostérone est convertie en œstradiol par l’enzyme aromatase (au niveau du cartilage lui-même). Ce sont donc les œstrogènes locaux qui déclenchent la fermeture du cartilage de croissance. La preuve : les rares cas de mutations inactivatrices du récepteur aux œstrogènes ou de l’aromatase chez le garçon donnent une croissance qui ne s’arrête jamais (grandes tailles pathologiques avec fragilité osseuse).
Un enfant né petit rattrape-t-il forcément ?
Environ 90 % des enfants nés avec un RCIU rattrapent leur couloir génétique dans les 2 premières années (« catch-up growth »). Les 10 % restants gardent une petite taille adulte et bénéficient parfois d’un traitement par GH recombinante. Le rattrapage est plus facile si le RCIU est d’origine placentaire tardive que s’il est constitutionnel ou lié à une atteinte génétique.
La vitesse de croissance est-elle constante dans l’année ?
Non, il y a de vraies variations saisonnières (plus rapide au printemps et en été, plus lente en hiver — probablement liée à la vitamine D et à l’activité physique). Il y a aussi des mini-cycles de quelques jours (« mini-growth spurts »). C’est pourquoi une mesure ponctuelle a peu de sens : l’important est la trajectoire sur plusieurs mois.
Quel outil clinique suit la croissance ?
La courbe de croissance du carnet de santé (référence française : courbes de Sempé). On y reporte à chaque consultation la taille et le poids, ce qui permet de visualiser la trajectoire. On surveille : la position par rapport à la moyenne (± 2 DS), la constance du couloir de croissance, et l’écart avec la taille cible génétique parentale.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.