Chapitre 9 — Contrôle de la croissance · Topic 2 · Leçon 2.3
L’axe somatotrope est l’axe hormonal central de la croissance post-natale. Il enchaîne 4 étages : hypothalamus (GHRH, somatostatine) → hypophyse antérieure (GH) → foie (IGF-1) → tissus cibles (cartilage, muscle, adipocyte). Cette leçon décrit chaque niveau, les rétrocontrôles, les effets métaboliques et les pathologies associées.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Nommer les hormones des 4 étages de l’axe somatotrope ;
- Décrire la régulation double par GHRH (+) et somatostatine (-) ;
- Comprendre le rôle central de l’IGF-1 hépatique ;
- Identifier les effets métaboliques de la GH (glucose, protéines, lipides) ;
- Reconnaître les pathologies : nanisme hypophysaire, acromégalie.
🧭 Plan de la leçon
- Vue d’ensemble : les 4 étages de l’axe
- Étage hypothalamique : GHRH et somatostatine
- Étage hypophysaire : la GH
- Étage hépatique : IGF-1 et rétrocontrôles
- Effets métaboliques de la GH et pathologies
1. Vue d’ensemble : les 4 étages de l’axe
- Hypothalamus : neurones à GHRH (stimulant) et neurones à somatostatine (inhibiteur) ;
- Hypophyse antérieure (adénohypophyse) : cellules somatotropes → GH pulsatile ;
- Foie : cellules hépatocytaires → IGF-1 (le vrai effecteur périphérique) ;
- Tissus cibles : chondrocytes (croissance osseuse), muscle, adipocyte, foie lui-même.
Ce n’est pas la GH mais l’IGF-1 hépatique qui médiatise l’essentiel des effets « croissance » de la GH — d’où le terme original de « somatomédine » pour IGF-1 (SomatoMedin C).
2. Étage hypothalamique : GHRH et somatostatine
| Facteur | Effet | Origine |
|---|---|---|
| GHRH (Growth Hormone Releasing Hormone) | Stimule la sécrétion pulsée de GH | Noyau arqué de l’hypothalamus |
| Somatostatine (SST) | Inhibe la sécrétion de GH | Noyau périventriculaire de l’hypothalamus |
La pulsatilité de la GH résulte de l’alternance entre pics de GHRH (déclenchent la sécrétion) et pics de somatostatine (l’arrêtent). Résultat : 6-10 pulses de GH par 24 h, essentiellement nocturnes (au début du sommeil lent profond).
La ghreline, hormone gastrique (« hormone de la faim »), stimule aussi puissamment la sécrétion de GH via un récepteur propre (GHS-R = Growth Hormone Secretagogue Receptor). C’est un lien intéressant entre nutrition et croissance : le jeûne augmente la ghreline et donc la GH.
3. Étage hypophysaire : la GH
- Nature : peptide de 191 acides aminés (proche de la prolactine et de la hPL) ;
- Cellules productrices : cellules somatotropes de l’antéhypophyse (~50 % des cellules antéhypophysaires) ;
- Sécrétion pulsatile, essentiellement nocturne ;
- Récepteur GH-R : cytokine-like, active la voie JAK2/STAT5 (STAT5 induit la transcription du gène IGF-1).
4. Étage hépatique : IGF-1 et rétrocontrôles
- Le foie est la principale source d’IGF-1 circulant (~75 % du pool) ;
- IGF-1 agit sur les chondrocytes du cartilage de conjugaison → croissance en longueur des os ;
- IGF-1 agit sur le muscle (hypertrophie), l’adipocyte, tous les tissus prolifératifs.
- IGF-1 → hypothalamus : inhibe la GHRH et stimule la somatostatine → diminue GH ;
- IGF-1 → hypophyse : inhibe directement les cellules somatotropes.
La GH exerce également un rétrocontrôle court sur l’hypothalamus (stimule la somatostatine). Ces boucles maintiennent l’homéostasie hormonale.
5. Effets métaboliques de la GH et pathologies
- Glucose : effet diabétogène (résistance périphérique à l’insuline, hyperglycémie) ;
- Protéines : effet anabolisant (synthèse protéique augmentée, bilan azoté positif) ;
- Lipides : lipolyse (mobilisation des acides gras, épargne du glucose).
Ces effets métaboliques sont surtout directs de la GH, tandis que les effets trophiques (croissance en longueur) passent par IGF-1.
| Pathologie | Mécanisme | Clinique |
|---|---|---|
| Nanisme hypophysaire | Déficit en GH (congénital ou acquis) | Retard statural harmonieux, faciès infantile, IGF-1 bas. Traitement : GH recombinante. |
| Syndrome de Laron | Résistance à la GH (mutation GH-R) | Nanisme sévère + GH élevée + IGF-1 effondrée. Traitement : IGF-1 recombinante. |
| Gigantisme | Adénome à GH avant fusion des cartilages | Grande taille, extrémités volumineuses. |
| Acromégalie | Adénome à GH après fusion des cartilages | Élargissement des extrémités (mains, pieds, mâchoire), prognathisme, complications CV et métaboliques. |







🧠 À retenir absolument
- Axe somatotrope : GHRH ↔ SST → GH → IGF-1 → tissus cibles.
- GH pulsatile, essentiellement nocturne (sommeil lent profond).
- Récepteur GH-R → voie JAK2/STAT5 → transcription IGF-1.
- IGF-1 hépatique = effecteur principal de la croissance (agit sur cartilage de conjugaison).
- Rétrocontrôles négatifs : IGF-1 sur hypothalamus (↑ SST, ↓ GHRH) et sur hypophyse.
- Effets GH directs : diabétogène + anabolisant protéique + lipolyse.
- Pathologies : nanisme (déficit GH), syndrome de Laron (résistance GH), gigantisme (adénome GH avant cartilage soudé), acromégalie (adénome GH après cartilage soudé).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi la GH est-elle sécrétée surtout la nuit ?
Parce que la pulsatilité de la GH est fortement liée au sommeil lent profond (stades N3), qui domine le début de la nuit. Environ 70 % de la sécrétion journalière de GH se fait pendant le sommeil, ce qui explique l’importance d’un bon sommeil pour la croissance des enfants (« l’enfant grandit la nuit »). Un sommeil chroniquement perturbé peut retentir sur la croissance.
Quelle est la différence entre nanisme hypophysaire et syndrome de Laron ?
Le nanisme hypophysaire est un déficit de production de GH : GH basse, IGF-1 basse, réponse au traitement par GH recombinante. Le syndrome de Laron est une résistance à la GH (mutation du récepteur) : GH élevée (voire très élevée), IGF-1 effondrée, pas de réponse à la GH mais réponse au traitement par IGF-1 recombinante. Cliniquement, les deux donnent un nanisme sévère mais harmonieux.
Pourquoi l’adénome à GH donne-t-il un tableau différent avant et après la puberté ?
Parce qu’avant la fermeture des cartilages de conjugaison, l’excès de GH stimule la croissance en longueur des os → gigantisme (grande taille). Après la fermeture des cartilages (adulte), les os ne peuvent plus s’allonger mais peuvent encore s’épaissir en périphérie → acromégalie (élargissement des extrémités : mains, pieds, mâchoire, os du visage). Un même adénome donne donc un tableau très différent selon l’âge.
Comment doser la GH en pratique ?
La GH étant pulsatile, un dosage ponctuel a peu de valeur. On utilise donc : le dosage de l’IGF-1 (qui reflète l’intégration de la GH sur les jours précédents — bien plus stable), des tests dynamiques (hyperglycémie provoquée pour tester la freination normale de GH, ou tests de stimulation par ornithine/insuline pour rechercher un déficit).
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.