Chapitre 9 — Contrôle de la croissance · Topic 3 · Leçon 3.1
Les hormones thyroïdiennes (T3, T4) sont, avec la GH, indispensables à la croissance staturale. Elles agissent sur la maturation osseuse et neurologique, potentialisent les effets de la GH et permettent la différenciation des tissus. Un déficit prolongé donne une hypothyroïdie avec retard statural sévère et retard psychomoteur (crétinisme si non traitée).
🎯 Objectifs pédagogiques
- Décrire l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien ;
- Comprendre le rôle des T3/T4 dans la croissance et maturation ;
- Reconnaître l’hypothyroïdie de l’enfant ;
- Comprendre l’importance du dépistage néonatal.
🧭 Plan de la leçon
- Axe thyroïdien : TRH → TSH → T4/T3
- Effets des hormones thyroïdiennes sur la croissance
- Interactions avec la GH et l’axe somatotrope
- Hypothyroïdie de l’enfant et dépistage néonatal
1. Axe thyroïdien : TRH → TSH → T4/T3
- Hypothalamus : TRH (Thyrotropin Releasing Hormone) ;
- Hypophyse antérieure : TSH (thyréostimuline) ;
- Thyroïde : T4 (thyroxine, forme majoritaire) et T3 (triiodothyronine, forme active) ;
- Tissus périphériques : la T4 est convertie en T3 par la désiodase. T3 se lie à des récepteurs nucléaires.
Rétrocontrôle négatif classique : T3/T4 → inhibition de TSH et de TRH.
2. Effets des hormones thyroïdiennes sur la croissance
- Croissance osseuse : nécessaires à la maturation du cartilage de conjugaison et à l’ossification enchondrale ;
- Maturation neurologique : essentielles au développement du cerveau (myélinisation, synaptogenèse) — critique pendant la vie fœtale et les 2 premières années ;
- Métabolisme basal : augmentent la production de chaleur, le rythme cardiaque, la consommation d’O2 ;
- Différenciation tissulaire : nécessaires à la maturation de nombreux organes (peau, tube digestif).
3. Interactions avec la GH et l’axe somatotrope
- Les hormones thyroïdiennes potentialisent les effets de la GH sur les tissus cibles ;
- Elles sont nécessaires à la sécrétion normale de GH (une hypothyroïdie s’accompagne souvent d’une baisse de GH pulsatile) ;
- Elles stimulent également la synthèse hépatique d’IGF-1.
Résultat clinique : un déficit en T3/T4 entraîne un retard statural qui ressemble à celui d’un déficit en GH, mais avec des signes spécifiques (bradycardie, constipation, retard psychomoteur).
4. Hypothyroïdie de l’enfant et dépistage néonatal
- Fréquence : 1/3 500 naissances (assez fréquente) ;
- Causes : athyréose (agénésie thyroïdienne), ectopie thyroïdienne, dysgénésie, troubles de synthèse enzymatique ;
- Conséquences si non traitée : crétinisme = retard mental sévère + retard statural + faciès caractéristique + hypotonie ;
- Réversibilité : si dépistée et traitée avant 1 mois, développement quasi-normal. Si retardée, séquelles neurologiques irréversibles.
En France, tout nouveau-né bénéficie au 3e jour de vie d’un prélèvement au talon (test de Guthrie) qui dépiste 13 maladies, dont :
- Hypothyroïdie congénitale (dosage TSH sanguine) ;
- Phénylcétonurie ;
- Hyperplasie congénitale des surrénales ;
- Mucoviscidose ;
- Drépanocytose (dans les populations à risque) ;
- Déficit MCAD, etc.
C’est un succès de santé publique majeur : quasi-disparition du crétinisme depuis sa généralisation en 1978.
Beaucoup plus rare, l’hyperthyroïdie (souvent maladie de Basedow) donne une accélération de la croissance et de la maturation osseuse, avec âge osseux avancé. Paradoxalement, elle raccourcit souvent la taille finale car les cartilages se soudent précocement.


🧠 À retenir absolument
- Axe thyroïdien : TRH → TSH → T4/T3. T4 est majoritaire, T3 est la forme active (issue de désiodation en périphérie).
- Effets sur la croissance osseuse et surtout la maturation neurologique (fœtus + 2 premières années).
- Synergie avec la GH : potentialisent son action, stimulent IGF-1.
- Hypothyroïdie congénitale : 1/3 500 ; si non traitée = crétinisme (retard mental + statural).
- Dépistage néonatal par test de Guthrie J3 (dosage TSH). Traitement précoce = pronostic quasi-normal.
- Hyperthyroïdie : accélération croissance mais taille finale souvent raccourcie (soudure précoce).
❓ Questions fréquentes
Pourquoi doser la TSH plutôt que T3/T4 chez le nouveau-né ?
Parce que la TSH est le paramètre le plus sensible : en cas d’hypothyroïdie primaire (95 % des cas), la TSH s’élève très précocement, avant même que T4 ne baisse (le rétrocontrôle négatif est levé). Un simple dosage TSH sur buvard capte donc la quasi-totalité des cas. Si la TSH est élevée, on complète par un dosage T4.
Pourquoi les hormones thyroïdiennes sont-elles si critiques pour le cerveau ?
Parce qu’elles régulent directement la myélinisation (production de myéline par les oligodendrocytes), la synaptogenèse et la migration neuronale. Le développement cérébral post-natal (les 2 premières années) est extraordinairement dépendant des hormones thyroïdiennes : un déficit à cette période donne un retard mental irréversible, alors qu’un déficit chez l’adulte donne des symptômes réversibles (asthénie, prise de poids, bradyphrénie).
Le fœtus dépend-il des hormones thyroïdiennes maternelles ?
Oui, surtout pendant les 12 premières semaines de grossesse (avant que la thyroïde fœtale ne soit fonctionnelle). Une T4 maternelle passe le placenta et alimente le fœtus. C’est pourquoi une hypothyroïdie maternelle non traitée en début de grossesse peut avoir des conséquences neurologiques chez le fœtus, même si celui-ci est en bonne santé thyroïdienne à la naissance.
Le traitement d’une hypothyroïdie congénitale est-il à vie ?
Le plus souvent oui, par lévothyroxine (T4 synthétique). Le traitement doit être initié dans les 15 premiers jours de vie pour être efficace neurologiquement. Il est ajusté au fil de la croissance sur la TSH. Dans quelques cas transitoires (par exemple, hypothyroïdie liée à une carence iodée maternelle), le traitement peut être arrêté à distance sous surveillance.
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.