Chapitre 8 — Bilan de l’eau · Topic 2 · Leçon 2.1
Toutes les molécules dissoutes ne comptent pas de la même façon pour le mouvement de l’eau. Une osmole efficace ne peut pas diffuser librement à travers la membrane cellulaire (elle « attire » l’eau vers elle). Une osmole inefficace (comme l’urée) diffuse librement et n’exerce pas de force osmotique nette. Cette distinction est centrale.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Distinguer osmoles efficaces et inefficaces ;
- Identifier les principaux solutés intra vs extracellulaires ;
- Comprendre pourquoi l’urée n’est pas osmotiquement active ;
- Calculer l’osmolalité efficace vs totale.
🧭 Plan de la leçon
- Répartition des osmoles entre compartiments
- Osmoles efficaces vs inefficaces
- Osmolalité totale vs efficace
1. Répartition des osmoles entre compartiments
| Extracellulaire | Intracellulaire | |
|---|---|---|
| Cation majoritaire | Na+ (140 mmol/L) | K+ (140 mmol/L) |
| Anions majoritaires | Cl− (100), HCO3− (24) | Phosphates organiques (HPO42−, H2PO4−), protéines chargées |
| Osmolalité efficace | ~ 305 mOsm/kg d’eau (identique à l’équilibre) | |
Bien que les identités des ions diffèrent entre les compartiments (Na+ vs K+ notamment), l’osmolalité efficace est identique à l’équilibre — sinon l’eau se déplacerait pour la rééquilibrer.
Grâce à la pompe Na+/K+ ATPase (voir Ch7), qui expulse activement 3 Na+ et fait entrer 2 K+ à chaque cycle. Cette pompe consomme de l’ATP en permanence et maintient les gradients transmembranaires. Sans elle, les gradients disparaîtraient en quelques minutes (le Na+ entrerait et le K+ sortirait par diffusion passive selon les gradients).
Consommation d’ATP : la pompe Na+/K+ ATPase représente ~20-40 % de la consommation basale d’ATP de tout l’organisme. C’est un coût énergétique majeur — mais indispensable à la vie.
2. Osmoles efficaces vs inefficaces
Une osmole efficace est un soluté qui :
- Ne peut pas diffuser librement à travers la membrane cellulaire ;
- Exerce donc une pression osmotique effective sur cette membrane ;
- Contribue au maintien du volume cellulaire.
Une osmole inefficace diffuse librement à travers la membrane : elle s’équilibre rapidement entre les deux compartiments et n’exerce pas de force osmotique nette.
| Osmole | Efficace ? | Raison |
|---|---|---|
| Na+ (extracellulaire) | ✅ Efficace | Restriction stricte par la Na/K ATPase |
| K+ (intracellulaire) | ✅ Efficace | Idem |
| Cl−, HCO3− | ✅ Efficace | Confinés au compartiment extracellulaire |
| Glucose | ✅ Efficace (dans certaines conditions) | Transporté activement dans la cellule puis métabolisé. Exerce une osmolalité effective dans le sang. |
| Urée | ❌ INEFFICACE | Traverse librement les membranes cellulaires (canaux à urée). Concentration égale de part et d’autre. |
L’urée est le déchet azoté de la dégradation des protéines. Elle a une perméabilité membranaire comparable à celle de l’eau (grâce à des canaux spécifiques UT — urea transporters). Résultat :
- Sa concentration s’équilibre rapidement entre les compartiments ;
- Elle n’exerce aucune force osmotique nette à travers la membrane cellulaire ;
- Elle est donc osmotiquement inefficace.
C’est pourquoi une insuffisance rénale sévère avec urée à 2 g/L (33 mmol/L) n’entraîne pas de mouvement d’eau intracellulaire — bien que l’osmolalité totale soit élevée.
3. Osmolalité totale vs efficace
- Osmolalité totale plasmatique : ~ 310 mOsm/kg d’eau. Somme de toutes les osmoles (efficaces + inefficaces).
- Osmolalité liée à l’urée : ~ 5 mOsm/kg d’eau (basse en physiologie).
- Osmolalité efficace : totale − urée = ~ 305 mOsm/kg d’eau.
C’est l’osmolalité efficace qui gouverne les mouvements d’eau entre compartiments et qui est la variable régulée (voir Leçon 2.2).
Nuance de vocabulaire :
- Osmolalité : mmol de solutés par kg d’eau.
- Osmolarité : mmol de solutés par litre de plasma (qui contient de l’eau + des protéines).
Dans le plasma, 1 L contient environ 930 mL d’eau (les 70 mL restants étant du volume protéique). Donc osmolarité plasmatique ≈ 285-290 mOsm/L, contre osmolalité ≈ 310 mOsm/kg d’eau. Ces deux termes sont souvent utilisés indifféremment mais leurs valeurs numériques diffèrent.
Le glucose exerce une osmolalité efficace mesurable en physiopathologie :
- En temps normal, la glycémie (~ 5 mmol/L) est faible et contribue peu.
- Dans un coma hyperosmolaire diabétique (glycémie > 30 mmol/L), le glucose devient un contributeur majeur de l’osmolalité efficace → déshydratation cellulaire par mouvement d’eau vers le compartiment extracellulaire → coma.
Le calcul de l’osmolalité en clinique inclut donc : Osm ≈ 2 × [Na+] + [glucose] + [urée] (formule à retenir en médecine).

🧠 À retenir absolument
- Extracellulaire : Na+ (140), Cl− (100), HCO3− (24) sont les principaux osmoles.
- Intracellulaire : K+ (140), phosphates organiques et protéines.
- Osmolalité efficace identique dans les 2 compartiments (~ 305 mOsm/kg) — sinon transfert d’eau.
- Osmole efficace : ne diffuse pas librement → exerce pression osmotique → mouvement d’eau.
- Osmole inefficace : diffuse librement → pas de mouvement d’eau. Ex : urée.
- Osmolalité totale = 310 ; osmolalité efficace = totale − urée = 305 mOsm/kg d’eau.
- Distinguer osmolalité (kg d’eau) et osmolarité (L de plasma, ~285-290 mOsm/L).
- Formule pratique : Osm ≈ 2 × Na+ + glucose + urée.
❓ Questions fréquentes
Pourquoi l’urée n’est-elle pas osmotiquement efficace ?
Parce qu’elle diffuse librement à travers les membranes cellulaires grâce à des canaux spécifiques (les UT, urea transporters). Sa concentration s’équilibre en quelques minutes entre les compartiments intra- et extracellulaire. Il n’y a donc pas de gradient de concentration net à travers la membrane, donc pas de mouvement d’eau. C’est pour cela qu’une urée élevée en insuffisance rénale ne provoque pas de déshydratation cellulaire par mouvement d’eau (contrairement à une hypernatrémie).
Pourquoi le glucose peut-il devenir osmotiquement actif en clinique ?
Parce qu’il n’entre pas passivement dans toutes les cellules — son entrée nécessite des transporteurs GLUT dont l’expression est régulée. En cas d’hyperglycémie majeure (coma hyperosmolaire diabétique, glycémie > 30 mmol/L), le glucose s’accumule dans le plasma sans pouvoir entrer massivement dans les cellules. Il exerce alors une force osmotique effective qui « aspire » l’eau des cellules vers le sang → déshydratation cellulaire → coma.
L’osmolalité est-elle vraiment identique intra et extracellulaire ?
Oui, à l’état d’équilibre. Tout écart déclenche instantanément un mouvement d’eau qui rééquilibre les osmolalités. C’est pourquoi les variations d’osmolalité extracellulaire (par apport ou perte de sel/eau) se traduisent toujours par des variations du volume cellulaire — l’eau bouge pour maintenir l’équivalence des osmolalités. Ce couplage entre volume cellulaire et osmolalité extracellulaire est central en pathologie hydro-électrolytique.
Comment calcule-t-on l’osmolalité en clinique ?
Par la formule pratique : Osmolalité ≈ 2 × [Na⁺] + [glucose] + [urée] (concentrations en mmol/L). Le facteur 2 devant le Na⁺ tient compte des anions associés (Cl⁻, HCO₃⁻). Cette formule donne une valeur proche de l’osmolalité mesurée par osmométrie. Un « gap osmolaire » (différence entre mesurée et calculée > 10 mOsm/kg) évoque la présence d’un autre soluté non mesuré (intoxication à l’éthanol, méthanol, éthylène glycol, mannitol).
🚀 Pour aller plus loin
Contenu pédagogique original — Réussir SVT. L’équipe Réussir SVT.