Formation aide-soignant · Bloc 5 — Travail en équipe pluri-professionnelle · C10, C11
Objectifs pédagogiques
- Définir le rôle des transmissions dans la continuité des soins
- Conduire une transmission orale structurée lors de la relève
- Distinguer transmission orale et transmission écrite et leurs complémentarités
- Identifier les erreurs fréquentes de transmission et leurs conséquences
Plan de la leçon
- Pourquoi transmettre ? La continuité des soins en jeu
- Les transmissions orales : la relève d’équipe
- Les transmissions écrites : du dossier à la feuille de liaison
- Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
1. Pourquoi transmettre ? La continuité des soins en jeu
Les soins d’un patient ne s’arrêtent pas quand l’aide-soignant termine son service. Pour garantir que le patient reçoit des soins cohérents et continus d’une équipe à l’autre, les informations essentielles doivent circuler efficacement. C’est l’objet des transmissions.
Notion-clé
La transmission est un acte professionnel à part entière. Des études en sécurité des soins montrent que la majorité des événements indésirables graves résultent de défauts de communication entre équipes. Une mauvaise transmission, c’est un risque patient.
2. Les transmissions orales : la relève d’équipe
La relève (ou rapport) est le moment où l’équipe sortante passe les informations à l’équipe entrante. Elle a lieu à chaque changement d’équipe (matin, après-midi, nuit).
2.1 Structure d’une bonne transmission orale
Une transmission orale efficace suit une logique claire, patient par patient :
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Identification | Nom, prénom, chambre, âge, motif de séjour ou de prise en charge |
| État général | Comment le patient s’est senti durant le soin, comportement, douleur, agitation |
| Soins réalisés | Toilette, repas (appétit, quantité), paramètres mesurés et leurs valeurs |
| Anomalies observées | Changements de comportement, aspect cutané, trouble de la déglutition, chute… |
| Actions prises | Signalement à l’IDE, changement de position, appel médecin, etc. |
| Points de vigilance | Ce à quoi l’équipe entrante doit prêter attention pour ce patient |
2.2 Les transmissions ciblées
Les transmissions ciblées sont des transmissions focalisées sur un problème précis identifié pour un patient — par opposition aux transmissions générales. Elles utilisent souvent la méthode DAR (Données / Actions / Résultats), détaillée en leçon 3. Elles peuvent être orales ou écrites.
3. Les transmissions écrites
Les transmissions écrites permettent de conserver une trace opposable des soins et des observations. Elles prennent plusieurs formes.
| Support | Contenu | Utilisé quand ? |
|---|---|---|
| Dossier de soins infirmier | Observations DAR, paramètres mesurés, soins réalisés, refus de soins | Après chaque soin ou observation significative |
| Feuille de surveillance | Température, poids, diurèse, selles, repas (quantité ingérée) | En continu, à chaque mesure |
| Plan de soins | Soins prévus pour la journée — validé par l’IDE | Chaque matin, adapté selon l’état du patient |
| Feuille de liaison (HAD/SSIAD) | Informations transmises entre les intervenants à domicile | À chaque passage à domicile |
Attention
Une transmission écrite doit toujours être datée, horodatée et signée. Une observation non signée ou sans date n’est pas opposable en cas de litige. En informatique, la signature électronique remplace la signature manuscrite — mais elle doit être associée à l’identifiant personnel de l’AS.
4. Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreur fréquente | Bonne pratique |
|---|---|
| Transmettre « ça allait » sans précision | Décrire précisément l’état du patient avec des données factuelles |
| Interpréter plutôt qu’observer (« il est déprimé ») | Décrire les faits (« refuse de parler, n’a pas touché son plateau ») |
| Oublier de signaler un refus de soin | Noter tout refus dans le dossier et le citer à la relève |
| Transmettre des informations non vérifiées (« on m’a dit que… ») | Ne transmettre que ce qu’on a observé soi-même |
| Parler du patient dans le couloir devant d’autres patients | Relève dans un espace dédié — respect du secret professionnel |
Le saviez-vous ?
Dans certains services, la relève se fait maintenant « au chevet du patient » (bedside handover). Cette pratique inclut le patient dans les transmissions, améliore sa satisfaction et réduit les erreurs de communication. Elle requiert d’adapter le vocabulaire et de respecter les informations confidentielles.
À retenir absolument
- Les transmissions garantissent la continuité des soins — les lacunes créent des risques patient
- Une transmission orale efficace couvre : identification, état général, soins réalisés, anomalies, actions, points de vigilance
- Toute transmission écrite doit être datée, horodatée et signée
- Transmettre des observations factuelles — pas des interprétations
- Les refus de soins doivent toujours être notés et transmis à l’IDE
Questions fréquentes
L’aide-soignant peut-il réaliser la relève seul, sans la présence de l’IDE ?
Oui, dans certains services l’AS peut réaliser une relève AS-à-AS pour les informations relevant de son périmètre. Mais les informations cliniques importantes (paramètres anormaux, changements d’état) doivent ensuite être transmises à l’IDE de l’équipe entrante. La relève complète incluant les éléments médicaux doit impliquer l’IDE.
Que faire si l’équipe entrante n’est pas disponible pour la relève ?
L’AS doit attendre ou s’assurer qu’un membre de l’équipe entrante reçoit les informations essentielles avant de partir. Partir sans transmettre expose à une mise en cause de responsabilité si un incident survient. En cas d’impossibilité absolue, laisser une transmission écrite claire et contacter le cadre de santé.
Doit-on citer le nom du patient lors de la relève orale ?
Oui, dans le cadre interne d’une équipe soignante, citer le nom est nécessaire pour identifier clairement le patient concerné. En revanche, la relève doit se dérouler dans un espace protégé (salle de soins, bureau), pas dans les couloirs ou espaces où d’autres patients ou visiteurs pourraient entendre.
Un aide-soignant peut-il utiliser des abréviations dans ses transmissions écrites ?
Oui, les abréviations standardisées reconnues dans l’établissement sont acceptables (T° pour température, TA pour tension artérielle, etc.). En revanche, les abréviations personnelles incompréhensibles pour les autres sont à proscrire — elles créent des malentendus et ne sont pas opposables en cas de litige.
La relève doit-elle être faite en salle de soins ou peut-elle être faite dans les chambres ?
Les deux pratiques existent. La relève traditionnelle en salle de soins protège la confidentialité et permet les échanges d’équipe. La relève au chevet (bedside handover) implique le patient et réduit les erreurs de communication. L’établissement définit sa politique — l’AS s’y conforme. Dans tous les cas, les informations sensibles (diagnostic, pronostic) ne sont pas évoquées à voix haute si d’autres patients peuvent entendre.
Pour aller plus loin
- Le dossier de soins infirmier — composition, règles de tenue et accès.
- Traçabilité et méthode DAR — structurer ses transmissions écrites pour se protéger professionnellement.
- Communication et relation d’aide — les techniques de communication soignant-soignant et soignant-patient.