Formation aide-soignant · Bloc 5 — Travail en équipe pluri-professionnelle · C10, C11
Objectifs pédagogiques
- Expliquer la méthode DAR et ses trois composantes
- Rédiger une transmission ciblée DAR à partir d’une situation concrète
- Distinguer données objectives et données subjectives
- Appliquer les principes de traçabilité pour protéger sa responsabilité professionnelle
Plan de la leçon
- Qu’est-ce que la méthode DAR ?
- Les trois composantes : Données, Actions, Résultats
- Données objectives vs données subjectives
- Exemples de transmissions DAR rédigées
- Traçabilité : principes et enjeux pour l’AS
1. Qu’est-ce que la méthode DAR ?
La méthode DAR (Données / Actions / Résultats) est un outil structurant pour rédiger des transmissions ciblées dans le dossier de soins. Elle permet de consigner une observation de manière complète, logique et exploitable par l’ensemble de l’équipe soignante.
Notion-clé
Une transmission ciblée DAR est focalisée sur un problème ou une situation identifiée chez le patient. Elle ne se substitue pas aux notes de soins générales — elle les complète quand une situation particulière mérite d’être mise en évidence et suivie.
2. Les trois composantes : Données, Actions, Résultats
| Lettre | Signification | Contenu | Questions à se poser |
|---|---|---|---|
| D | Données | Ce que l’AS a observé — signes objectifs et subjectifs, mesures, comportement du patient | Qu’est-ce que j’ai vu, entendu, mesuré ? |
| A | Actions | Ce que l’AS a fait en réponse aux données — soins, signalement, positionnement… | Qu’est-ce que j’ai fait face à cette situation ? |
| R | Résultats | L’effet des actions — amélioration, persistance du problème, réaction du patient | Quel a été l’effet de ce que j’ai fait ? |
Le saviez-vous ?
La méthode DAR est une adaptation française de la méthode SOAP (Subjective, Objective, Assessment, Plan) utilisée dans les pays anglophones. Elle a été introduite en France avec le développement des démarches de soins infirmiers dans les années 1990.
3. Données objectives vs données subjectives
Les données (D) se divisent en deux types :
| Type | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Données objectives | Ce que l’AS observe directement, mesure ou constate — vérifiable par un tiers | T° 38,4°C, TA 80/50 mmHg, peau rouge sur talon gauche 2 cm, refus du plateau repas |
| Données subjectives | Ce que le patient exprime — son ressenti, ses plaintes, ses demandes | « J’ai mal à l’épaule droite », « Je me sens faible ce matin », « Je ne veux pas manger » |
Attention
Les données subjectives doivent être consignées entre guillemets et attribuées au patient. Écrire « Le patient dit : « J’ai mal à l’épaule droite » » est correct. Écrire « Le patient a mal à l’épaule droite » est une interprétation — l’AS a transformé une plainte subjective en diagnostic, ce qui dépasse son périmètre.
4. Exemples de transmissions DAR rédigées
Exemple 1 — Douleur signalée lors de la toilette
| D | A | R |
|---|---|---|
| Patient dit « J’ai très mal à la hanche gauche quand vous me retournez ». Grimaces à la mobilisation. EVA non évaluée par l’AS. | Toilette réalisée avec précaution, mobilisation lente. Signalement immédiat à l’IDE Mme X à 9h15. | IDE informée, évaluation de la douleur prévue par l’IDE. Patient toujours algique en fin de toilette. |
Exemple 2 — Rougeur cutanée détectée
| D | A | R |
|---|---|---|
| Rougeur non blanchissable d’environ 2 cm sur talon gauche observée lors de la toilette à 8h00. Pas de plaie ouverte. | Positionnement en décharge du talon gauche. Signalement à l’IDE à 8h10. Feuille de surveillance cutanée ouverte. | IDE venue évaluer à 8h30, protocole anti-escarre mis en place. Prochaine surveillance à 12h. |
Exemple 3 — Refus de soins
| D | A | R |
|---|---|---|
| Patient refuse la toilette complète ce matin à 7h45. Dit « Je ne veux pas me laver aujourd’hui, laissez-moi tranquille ». Pas de détresse visible. | Refus respecté. Soin reporté. Signalement à l’IDE. Note dans le dossier. | Toilette non réalisée. IDE informée. Nouvelle tentative prévue après le repas. |
5. Traçabilité : principes et enjeux pour l’AS
La traçabilité, c’est l’ensemble des pratiques qui permettent de retrouver l’historique des soins et d’identifier qui a fait quoi, quand et comment. Elle sert à :
- Assurer la continuité des soins entre équipes
- Prouver les soins réalisés en cas de litige
- Détecter une dégradation progressive de l’état du patient (évolution des données)
- Évaluer l’efficacité des soins (comparaison des résultats dans le temps)
Pour l’aide-soignant, bien tracer ses observations et ses actions est aussi une protection professionnelle. En cas de plainte ou d’enquête, un dossier complet et cohérent est la meilleure défense.
À retenir absolument
- DAR = Données (observation) / Actions (ce que j’ai fait) / Résultats (l’effet obtenu)
- Les données objectives = ce qu’on mesure ou constate ; les données subjectives = ce que dit le patient (entre guillemets)
- Ne jamais interpréter — décrire les faits et citer les paroles du patient
- Toute transmission DAR est datée, horodatée et signée
- La traçabilité protège le patient et protège l’AS en cas de litige
Questions fréquentes
La méthode DAR est-elle obligatoire dans tous les établissements ?
Non. La méthode DAR est très répandue en France mais n’est pas imposée réglementairement. Certains établissements utilisent d’autres méthodes (SOAP, SBAR pour les transmissions urgentes, etc.). L’AS s’adapte à la méthode utilisée dans son service — l’essentiel est que la transmission soit structurée, factuelle et complète.
Doit-on rédiger une transmission DAR pour chaque soin réalisé ?
Non. Les soins courants sans particularité sont notés dans les grilles de soins habituelles (soin réalisé / non réalisé). La transmission DAR est réservée aux situations qui méritent d’être mises en évidence : anomalie détectée, refus de soin, douleur, chute, changement comportemental, etc.
Comment rédiger la partie « Résultats » si l’IDE n’est pas encore venue évaluer ?
Si l’IDE n’a pas encore donné suite au signalement, le résultat est tout de même noté : « IDE informée, évaluation en attente. » La transmission est complète en soi — si l’IDE ajoute une suite, elle le note sous sa signature à l’heure correspondante.
Peut-on rédiger une transmission DAR à la place d’un collègue qui l’a oublié ?
Non. Chaque soignant rédige ses propres observations. Si un soin a été réalisé par un collègue et non noté, c’est ce collègue qui doit ajouter la note tardive (en précisant qu’elle est rédigée ultérieurement et pourquoi). Rédiger la note à sa place constituerait un faux en écriture.
La méthode SBAR est-elle différente de la méthode DAR ?
Oui. SBAR (Situation, Background, Assessment, Recommendation) est une méthode de communication standardisée utilisée pour les transmissions urgentes entre professionnels — par exemple lors d’un appel au médecin. Elle est plus orientée vers la communication orale en situation d’urgence, tandis que la méthode DAR est plutôt utilisée pour les transmissions écrites ciblées dans le dossier de soins.
Pour aller plus loin
- Le dossier de soins infirmier — où et comment intégrer les transmissions DAR dans le dossier.
- Transmissions orales et écrites — utiliser les données DAR lors de la relève orale.
- Organisation du travail — planifier les transmissions dans sa journée de travail.