Formation aide-soignant · Bloc 1 — Accompagnement et soins de la personne dans les activités de vie quotidienne · C1, C2, C3
Objectifs pédagogiques
- Définir l’escarre et expliquer son mécanisme de formation
- Identifier les facteurs de risque et les zones à risque
- Utiliser l’échelle de Braden pour évaluer le risque d’escarre
- Appliquer les mesures de prévention adaptées
- Reconnaître les stades d’escarre et adopter la conduite à tenir
Plan de la leçon
- Qu’est-ce qu’une escarre ?
- Facteurs de risque et zones à risque
- Évaluation du risque : l’échelle de Braden
- Mesures de prévention
- Stades d’escarre et conduite à tenir
1. Qu’est-ce qu’une escarre ?
L’escarre est une lésion cutanée et tissulaire causée par une pression prolongée sur une zone du corps, entraînant une ischémie (défaut d’irrigation sanguine) des tissus comprimés. Elle se développe généralement aux points d’appui chez les patients alités ou en fauteuil.
Le mécanisme est simple : la pression comprime les capillaires sanguins, bloquant l’apport d’oxygène et de nutriments aux tissus. Sans circulation, les cellules meurent progressivement, créant une nécrose.
Notion-clé
L’escarre est une complication évitable dans la grande majorité des cas. La prévention est la responsabilité de toute l’équipe soignante — et l’AS est en première ligne, car c’est lui qui réalise les toilettes, les changes et les mobilisations qui permettent de détecter et de prévenir les escarres.
2. Facteurs de risque et zones à risque
| Catégorie | Facteurs |
|---|---|
| Mobilité réduite | Alitement prolongé, paralysie, coma, sédation, contention |
| État nutritionnel | Dénutrition, déshydratation, hypoalbuminémie |
| État cutané | Peau sèche, macération (incontinence), âge avancé, œdème |
| État général | Diabète, artérite, insuffisance circulatoire, fièvre, douleur |
| Facteurs externes | Literie inadaptée, friction, humidité prolongée, plâtre, attelle |
| Position | Zones principalement à risque |
|---|---|
| Décubitus dorsal | Sacrum, talons, omoplates, occiput, coudes |
| Décubitus latéral | Trochanter, malléole externe, genou, oreille, épaule |
| Position assise / fauteuil | Ischions, coccyx, talons, omoplates |
| Décubitus ventral | Rotules, crêtes iliaques, sternum, orteils, joues |
3. Évaluation du risque : l’échelle de Braden
L’échelle de Braden est l’outil d’évaluation du risque d’escarre le plus utilisé. Elle évalue 6 paramètres, chacun noté de 1 à 4 (ou 1 à 3) :
| Paramètre | Ce qu’il évalue |
|---|---|
| Perception sensorielle | Capacité à ressentir et exprimer une gêne liée à la pression |
| Humidité | Degré d’exposition de la peau à l’humidité (incontinence…) |
| Activité | Niveau d’activité physique (alité, fauteuil, marche…) |
| Mobilité | Capacité à changer de position seul |
| Nutrition | Habitudes alimentaires et apports nutritionnels |
| Friction / cisaillement | Risque de glissement et de frottement dans le lit ou le fauteuil |
Score total sur 23 points. Un score ≤ 16 indique un risque élevé nécessitant des mesures de prévention renforcées.
4. Mesures de prévention
| Mesure | Fréquence / modalités |
|---|---|
| Changements de position | Toutes les 2 à 3 heures en décubitus — alterner dorsal, latéral droit, latéral gauche. En fauteuil : toutes les heures. |
| Décharge des points d’appui | Talon en décharge (coussin sous les mollets), sacrum protégé par matelas adapté |
| Support anti-escarre | Matelas à mémoire de forme ou à air, coussin anti-escarre au fauteuil — sur prescription selon protocole |
| Hydratation cutanée | Application de crème hydratante sur les zones à risque après la toilette, massage doux si peau intacte |
| Gestion de l’incontinence | Change rapide après souillure, protection adaptée, nettoyage doux, application de crème barrière |
| Nutrition et hydratation | Surveiller les apports, signaler tout refus alimentaire ou manque de boisson à l’IDE |
Attention
Ne jamais masser une zone de rougeur sur laquelle la peau est intacte mais non blanchissable (stade 1 probable) — le massage peut aggraver l’ischémie. On peut masser les zones saines environnantes pour stimuler la circulation. Une rougeur non blanchissable = signalement immédiat à l’IDE.
5. Stades d’escarre et conduite à tenir
| Stade | Description | Conduite AS |
|---|---|---|
| Stade 1 | Rougeur non blanchissable sur peau intacte | Signaler à l’IDE, mettre en décharge, surveiller |
| Stade 2 | Phlyctène (cloque) ou abrasion superficielle de la peau | Signaler à l’IDE — soin de plaie par l’IDE ou selon protocole |
| Stade 3 | Perte de substance profonde jusqu’au tissu sous-cutané | Signaler à l’IDE — soin de plaie complexe, suivi rapproché |
| Stade 4 | Atteinte profonde jusqu’à l’os, au tendon ou au muscle | Signaler à l’IDE — prise en charge médicale, risque vital possible |
À retenir absolument
- L’escarre = ischémie par compression prolongée — évitable dans la majorité des cas
- Zones à risque en dorsal : sacrum, talons, omoplates, occiput
- Retournement toutes les 2 à 3h en décubitus, toutes les heures en fauteuil
- Rougeur non blanchissable = stade 1 → signalement immédiat, ne pas masser
- L’AS ne traite pas les plaies d’escarre — il observe, prévient et signale
Questions fréquentes
La rougeur disparaît quand on appuie dessus — est-ce une escarre ?
Non. Une rougeur qui blanchit sous la pression (blanchissable) signifie que la microcirculation locale fonctionne encore — c’est un signe d’alerte mais pas encore une escarre vraie. En revanche, une rougeur qui ne blanchit pas à la pression indique une atteinte de la microcirculation — c’est un stade 1 d’escarre qui impose des mesures immédiates.
Peut-on utiliser des anneaux en mousse pour protéger les talons ?
Non. Les anneaux en mousse créent une pression circulaire autour de la zone, aggravant l’ischémie en périphérie. La recommandation actuelle est de placer le talon en décharge totale avec un coussin sous les mollets, pour que le talon soit complètement dans le vide sans appuyer nulle part.
L’échelle de Braden est-elle remplie par l’AS ou par l’IDE ?
L’évaluation est habituellement réalisée par l’IDE, qui est responsable de la démarche de soins. Cependant, l’AS contribue à plusieurs paramètres (il observe la mobilité, l’humidité, la nutrition) et ses observations alimentent l’évaluation. En pratique, selon les établissements, l’AS peut être impliqué dans le remplissage sous supervision de l’IDE.
Un patient refuse d’être retourné. Que faire ?
Respecter le refus dans l’immédiat, expliquer calmement l’importance du retournement pour prévenir une escarre douloureuse et difficile à traiter. Proposer un compromis (changement de position partiel, réglage du lit). Informer l’IDE du refus et noter dans le dossier. Si le refus persiste et que le risque est élevé, l’IDE peut en discuter avec le patient et le médecin.
Quand faut-il utiliser un matelas anti-escarre ?
Sur prescription ou selon les protocoles du service, en fonction du risque évalué (score de Braden). Un matelas anti-escarre est indiqué dès que le patient présente un risque élevé (score ≤ 16) ou dès l’apparition d’un stade 1. L’AS signale toute détection qui pourrait justifier ce matériel ; la décision appartient à l’IDE ou au médecin.
Pour aller plus loin
- Toilette au lit et au lavabo — intégrer l’inspection cutanée systématique dans chaque toilette.
- Confort et installation du patient — positions thérapeutiques et matériel anti-escarre.
- Manutention et mobilisation — techniques de retournement sécurisées pour l’AS et le patient.