Formation aide-soignant · Bloc 1 — Accompagnement et soins de la personne dans les activités de vie quotidienne · C1, C2, C3
Objectifs pédagogiques
- Réaliser un brossage des dents adapté à l’état du patient
- Entretenir et mettre en place une prothèse dentaire
- Réaliser des soins de bouche chez un patient non coopérant, alité ou en fin de vie
- Identifier les complications buccales à signaler à l’IDE
Plan de la leçon
- Importance de l’hygiène bucco-dentaire en soins
- Brossage des dents chez un patient coopérant
- Entretien des prothèses dentaires
- Soins de bouche chez un patient non coopérant ou alité
- Signes d’alerte buccaux à signaler
1. Importance de l’hygiène bucco-dentaire en soins
L’hygiène bucco-dentaire est souvent sous-estimée dans les soins de base. Pourtant, une bouche mal entretenue est une source majeure de complications :
- Infections locales : candidoses (muguet), gingivites, abcès dentaires
- Infections systémiques : pneumonie d’aspiration (particulièrement dangereuse chez les patients alités et âgés)
- Inconfort : sécheresse buccale (xérostomie), douleurs, difficultés à s’alimenter
- Impact psychosocial : mauvaise haleine, altération de l’image de soi, isolement
Notion-clé
La pneumonie d’aspiration est une infection pulmonaire causée par l’inhalation de sécrétions buccales colonisées par des bactéries. Elle touche particulièrement les patients âgés, alités et dysphagiants. Une hygiène bucco-dentaire rigoureuse réduit significativement ce risque.
2. Brossage des dents chez un patient coopérant
Le brossage doit être réalisé au moins 2 fois par jour (matin et soir), idéalement après chaque repas pour les patients hospitalisés longtemps.
| Étape | Action |
|---|---|
| Préparation | Installer le patient en position semi-assise ou assis. Préparer brosse à dents, dentifrice, verre d’eau, haricot, serviette. Mettre des gants. |
| Brossage | Brosser toutes les faces des dents (extérieure, intérieure, occlusale) avec des mouvements doux de bas en haut, 2 minutes minimum. Brosser aussi la langue. |
| Rinçage | Faire rincer et cracher dans le haricot. Essuyer les lèvres. |
| Finition | Appliquer un baume labial si les lèvres sont sèches. Rincer et ranger le matériel. FHA. |
Attention
Ne jamais réaliser un brossage de dents sur un patient en décubitus dorsal strict sans protection — risque de fausse route. Le patient doit être installé en position semi-assise (tête relevée à 30° minimum). En cas de contre-indication à la position semi-assise, des soins de bouche adaptés remplacent le brossage classique.
3. Entretien des prothèses dentaires
| Moment | Action |
|---|---|
| Retrait | Retirer la prothèse avec précaution (haut puis bas pour les appareils complets), la tenir fermement pour éviter la casse |
| Nettoyage | Brosser la prothèse sous l’eau avec une brosse dédiée et du dentifrice ou produit spécifique — au-dessus du lavabo tapissé d’une serviette pour amortir une éventuelle chute |
| Conservation nocturne | Plonger la prothèse dans un verre d’eau froide ou dans un bain dentaire nettoyant la nuit (jamais dans de l’eau chaude qui déforme l’appareil) |
| Remise en bouche | Rincer la prothèse à l’eau froide avant de la remettre. S’assurer qu’elle est bien ajustée. |
| Bouche résiduelle | Nettoyer la muqueuse buccale et les gencives avec une compresse humide pendant que la prothèse est retirée |
Le saviez-vous ?
Une prothèse dentaire perdue ou abîmée en établissement de soins peut représenter un coût important pour le patient et générer une détresse psychologique (isolement, refus de s’alimenter). L’AS doit manipuler les prothèses avec la plus grande précaution et signaler toute dégradation à l’IDE.
4. Soins de bouche chez un patient non coopérant ou alité
Pour les patients impossibles à installer en position semi-assise, inconscients, ou en fin de vie, le brossage classique est remplacé par des soins de bouche adaptés.
| Situation | Technique | Produit |
|---|---|---|
| Patient conscient mais non coopérant | Bâtonnet citronné ou compresse montée sur pince, nettoyage doux des muqueuses et des dents | Eau bicarbonatée, sérum physiologique ou produit prescrit |
| Patient inconscient ou en soins palliatifs | Compresse humide enroulée sur le doigt ganté ou pince, nettoyage méthodique de toutes les muqueuses | Sérum physiologique, baume labial pour les lèvres |
| Sécheresse buccale (xérostomie) | Humidification fréquente des muqueuses, application de baume, spray buccal si prescrit | Eau, sérum physiologique, spray buccal sur prescription |
5. Signes d’alerte buccaux à signaler
Lors des soins de bouche, l’AS observe systématiquement la muqueuse buccale. Tout signe anormal est signalé à l’IDE :
- Muguet : dépôts blanchâtres sur la langue et les muqueuses (candidose buccale)
- Aphtes : petites ulcérations douloureuses
- Gingivorragie : saignement des gencives lors du brossage
- Carie visible : douleur dentaire signalée par le patient
- Lèvres très sèches ou craquelées : signe de déshydratation possible
- Mauvaise haleine persistante : peut indiquer une infection, un problème digestif ou une hygiène insuffisante
À retenir absolument
- L’hygiène bucco-dentaire prévient la pneumonie d’aspiration — risque vital chez le patient alité
- Brossage des dents minimum 2 fois/jour, en position semi-assise uniquement
- Prothèse : brosse dédiée, eau froide pour la conservation, jamais d’eau chaude
- Patient non coopérant ou inconscient : soins de bouche avec compresse humide
- Tout signe anormal buccal (muguet, saignement, aphte) est signalé à l’IDE
Questions fréquentes
Peut-on utiliser du bain de bouche commercial pour les soins buccaux ?
Non, pas sans prescription. Les bains de bouche commerciaux (type Listerine) contiennent de l’alcool et peuvent irriter des muqueuses fragilisées. En service de soins, les produits utilisés sont ceux prescrits ou validés par le protocole du service (eau bicarbonatée, sérum physiologique). L’AS n’utilise pas de produits de sa propre initiative.
Que faire si la prothèse du patient tombe et se casse ?
Signaler immédiatement à l’IDE et au cadre de santé. Conserver tous les morceaux. La casse d’une prothèse en service peut engager la responsabilité de l’établissement. C’est pourquoi le protocole recommande de nettoyer la prothèse au-dessus d’une serviette posée dans le lavabo — pour amortir une éventuelle chute.
Comment réaliser un soin de bouche sans provoquer de fausse route ?
En utilisant le moins de liquide possible (compresse légèrement humide plutôt que grande quantité d’eau), en inclinant légèrement la tête de côté pour faciliter l’écoulement, et en aspirant les sécrétions si une aspiration est disponible et prescrite. Chez un patient à haut risque de fausse route, les soins de bouche sont réalisés sur prescription avec un protocole spécifique.
Le patient est en soins palliatifs et ses lèvres sont très sèches. Que faire ?
Humidifier fréquemment les lèvres avec un baume labial ou une compresse humide. En soins palliatifs, la sécheresse buccale (souvent liée aux morphiniques) est une source d’inconfort majeur. L’humidification régulière de la bouche, même si le patient ne mange plus, reste un soin de confort essentiel. Le médecin peut prescrire un spray buccal spécifique.
Le patient a refusé le soin de bouche hier. Doit-on insister aujourd’hui ?
Proposer à nouveau le soin en expliquant son importance pour le confort. Si le refus persiste, le respecter, noter dans le dossier et informer l’IDE. En cas de refus répété, l’équipe peut chercher un compromis (moment différent, technique adaptée, implication du patient dans son propre soin). Le soin ne se fait jamais de force.
Pour aller plus loin
- Toilette au lit et au lavabo — intégrer les soins de bouche dans le protocole global de la toilette.
- Alimentation et hydratation — le lien entre hygiène buccale et prise alimentaire chez le patient.
- Soins des ongles, cheveux et rasage — compléter l’hygiène corporelle par les soins annexes.