Formation IFSI · Module B — Sciences biologiques et médicales
Formation aide-soignant · Blocs 1 & 2 — Soins de la personne et appréciation clinique · C1, C2, C3, C4, C5
Plus d’un million de Français vivent avec une plaie chronique. Ulcère veineux, escarre, plaie du pied diabétique, cicatrice chirurgicale : chacune nécessite un soin adapté à son stade évolutif. Le bon pansement au bon moment peut réduire de moitié le temps de cicatrisation — le mauvais peut aggraver la plaie.
🎯 Objectifs pédagogiques
- Classifier une plaie selon sa nature, son stade et son degré de contamination.
- Décrire les 3 phases de la cicatrisation (inflammation, prolifération, remodelage).
- Choisir et réaliser un pansement adapté au stade de la plaie.
- Réaliser une détersion mécanique et chimique.
- Identifier les signes d’infection locale d’une plaie (NERDS, STONEES).
🧭 Plan de la leçon
- Classification des plaies
- Phases de cicatrisation
- Évaluation d’une plaie : l’outil TIME
- Choix des pansements selon le stade
- Détersion et signes d’infection
1. Classification des plaies
| Critère | Catégories |
|---|---|
| Durée | Aiguë (<4–6 semaines) / Chronique (≥4–6 semaines sans cicatrisation) |
| Profondeur | Superficielle (épiderme) / Partielle (derme) / Totale (hypoderme) / Profonde (fascias, muscle, os) |
| Cause | Traumatique, chirurgicale, pression (escarre), vasculaire (ulcère), neuropathique (pied diabétique), tumorale |
| Contamination | Propre / Contaminée / Infectée / Septique |
| Aspect du lit de plaie | Nécrotique (noir) / Fibrineux (jaune) / Bourgeonnant (rouge) / Épidermisant (rosé) |
Plaies chroniques les plus fréquentes :
• Ulcère veineux : insuffisance veineuse chronique, localisation malléolaire interne, fond fibrineux, bords irréguliers.
• Escarre : pression sur proéminence osseuse, 4 stades NPUAP/EPUAP (cf. leçon 1-2 ch. 16).
• Plaie du pied diabétique : neuropathie + artériopathie, risque d’ostéite, amputation.
2. Phases de cicatrisation
| Phase | Durée | Processus biologiques | Aspect clinique |
|---|---|---|---|
| 1. Inflammation | J0–J5 | Hémostase, afflux de leucocytes, débridement naturel, production de cytokines | Rougeur, chaleur, œdème, douleur ; fond exsudatif |
| 2. Prolifération | J5–J21 | Angiogenèse, synthèse de collagène, formation du tissu de granulation, contraction des berges | Tissu rouge vif et irrégulier (bourgeonnement), exsudat décroissant |
| 3. Remodelage | J21–18 mois | Remodelage du collagène, maturation de la cicatrice, régression vasculaire | Cicatrice blanchâtre, résistance progressive (max 80 % de la résistance initiale) |
3. Évaluation d’une plaie : l’outil TIME
L’outil TIME est le cadre d’évaluation de référence pour les plaies chroniques (HAS, EWMA) :
- T — Tissue (tissu) : caractériser le lit de plaie (nécrose, fibrine, granulation, épidermisation).
- I — Infection/Inflammation : signes locaux d’infection (NERDS) ou systémiques (STONEES).
- M — Moisture (humidité) : équilibre hydrique de la plaie (trop sèche → nécrose ; trop humide → macération).
- E — Edge (berges) : progression des berges vers le centre (bonne cicatrisation) ou stagnation/rétraction (facteur bloquant).
4. Choix des pansements selon le stade
| Type de pansement | Indication principale | Mécanisme/Avantage |
|---|---|---|
| Hydrocolloïde | Plaie superficielle, exsudative modérée, phase de prolifération | Gel protecteur, milieu humide, autolytique, changer tous les 3–5 j |
| Hydrogel (en plaque ou gel) | Nécrose sèche à réhydrater, fibrine | Apport d’eau, favorise la détersion autolytique ; ne pas utiliser sur plaie infectée |
| Alginate de calcium | Plaie très exsudative, saignante | Absorbe jusqu’à 20× son poids en exsudat ; hémostatique ; se gélifie au contact |
| Hydrofibres (Aquacel®) | Plaie très exsudative, cavitaire | Très haute absorption, gel cohésif, moins traumatique au retrait |
| Interfaces (Urgotul®) | Plaie en cours de bourgeonnement/épidermisation | Non adhérent, protège le tissu de granulation, change tous les 2–3 j |
| Mousse (Mepilex®, Biatain®) | Plaie modérément à fortement exsudative | Haute absorption, confort, maintien du milieu humide |
| Tulle gras | Plaie propre peu exsudative, brûlure superficielle | Évite l’adhérence, bon glissement ; changer tous les 1–2 j |
| Pansement argent | Plaie infectée ou à haut risque infectieux | Action antimicrobienne locale (bactériostatique) ; limiter dans le temps |
5. Détersion et signes d’infection
Détersion : élimination des tissus nécrotiques, fibrineux et des débris qui freinent la cicatrisation.
- Autolytique : maintien du milieu humide (hydrogel, hydrocolloïde) pour activer les enzymes naturelles du patient. Lente mais atraumatique.
- Mécanique : curetage au bistouri ou curette, ou irrigation à la seringue/pression. Rapide mais douloureuse — prémédication antalgique nécessaire.
- Enzymatique : application de collagénase (Santyl®) ou papaïne. Sélective, moins traumatique que la mécanique.
- Biologique (asticots) : Lucilia sericata stériles dans des cas sélectionnés de nécrose résistante.
Infection locale — critères NERDS (superficiels) : Non-healing (pas de cicatrisation), Exudate increase, Red and bleeding (tissu rouge qui saigne), Debris, Smell (odeur). 3/5 ou plus = infection locale probable.
Infection profonde — critères STONEES : Size increase, Temperature increase, Os/probe to bone, New satellite lesions, Erythema/Edema, Exudate, Smell. Indique une infection profonde nécessitant antibiothérapie systémique.
L’antisepsie systématique d’une plaie chronique est contre-indiquée. L’eau de Javel, la Bétadine® forte et l’eau oxygénée sont cytotoxiques pour les fibroblastes et les cellules épithéliales, et retardent la cicatrisation. Le nettoyage au sérum physiologique (NaCl 0,9 %) est la règle. Les antiseptiques ne sont utilisés qu’en cas d’infection avérée et selon prescription.
🧠 À retenir absolument
- 3 phases de cicatrisation : inflammation (J0–J5), prolifération (J5–J21), remodelage (J21–18 mois).
- Outil TIME : Tissue, Infection, Moisture, Edge — cadre d’évaluation des plaies chroniques.
- Lit de plaie : noir (nécrose) → jaune (fibrine) → rouge (granulation) → rosé (épidermisation).
- Choix du pansement selon l’humidité de la plaie : absorber si trop humide (alginate, mousse), hydrater si trop sèche (hydrogel).
- NERDS = infection superficielle ; STONEES = infection profonde.
- Nettoyage au sérum phy 0,9 % ; antiseptiques forts contre-indiqués sur les plaies chroniques.
❓ Questions fréquentes
Peut-on utiliser de la Bétadine® pour nettoyer une plaie chronique ?
Non. La povidone iodée (Bétadine®) concentrée est cytotoxique pour les fibroblastes et les cellules épithéliales et retarde la cicatrisation des plaies chroniques. Le rinçage doit être réalisé au sérum physiologique (NaCl 0,9 %) sous pression douce. La Bétadine® ne peut être utilisée que sur des plaies aiguës pour la décontamination initiale ou sur prescription médicale en cas d’infection avérée.
Contenu pédagogique original — Réussir SVT · reussir-svt.com · Module IFSI B, Ch. 19